Des dizaines de milliers d’habitants de Manhattan retinrent leur respiration ce matin ensoleillé du printemps de 1974, devant la scène incroyable qui se déroulait sous leurs yeux. Non seulement étaient-ils surpris, mais ils étaient surtout effrayés et subjugués.

Tout avait commencé six ans plus tôt, lorsqu’un Français, Philippe Petit, assis dans la salle d’attente de son dentiste, avait aperçu la couverture d’un magazine qui exposait la photo des tours jumelles qui étaient alors en voie de construction à Manhattan. En examinant cette photo, il eut une idée : quoi de plus excitant et émouvant que de traverser l’espace séparant les bâtiments en marchant sur… un fil. Petit se consacra les années suivantes à des préparatifs minutieux pour ce one-man-show hors du commun. Il construisit dans la cave de sa maison une maquette des tours jumelles, dont il étudia chaque détail. Il s’infiltra dans le bâtiment, déguisé en journaliste, en ouvrier et en homme d’affaires et en visita tous les étages, il suivit les dispositions sécuritaires des lieux, apprit les habitudes des gardes, loua un hélicoptère pour photographier la partie supérieure du bâtiment, mesura la vitesse du vent et l’humidité de l’air, et prépara une plaque d’acier spéciale pesant 200 kilos sur laquelle il exécuterait son acrobatie…

Ce matin-là, des milliers d’habitants de Manhattan levèrent les yeux et virent Petit se promener, sautiller, danser et même avancer en vélo, et le tout, à 420 mètres de hauteur. Il salua de la main la foule rassemblée au pied des tours, s’allongea sur le fil et engagea la conversation avec une mouette curieuse venue vérifier ce que faisait cette créature qui se promenait aux endroits réservés aux créatures ailées…

La police, convoquée sur les lieux, était évidemment impuissante. Quel policier accepterait de courir sur un fil tendu entre les deux tours jumelles pour arrêter un fou debout sur un fil, dansant sur un pied et se lançant un ballon de basket ?

Mais en vérité, l’histoire de Philippe Petit n’est pas si étonnante qu’elle n’en paraît. En vérité, nous vivons tous sur un fil étroit. Il suffit de se lancer dans une démarche erronée pour s’attirer un malheur. C’est pourquoi les hommes investissent beaucoup pour se trouver une « assurance. » Ils économisent de l’argent, investissent dans leur santé, tentent de parer à toutes sortes d’incidents imprévisibles. Mais il y a une limite jusqu’à quel point l’homme peut se préparer : lorsque l’homme arrive à cette limite, et comprend que certaines choses ne sont pas sous son contrôle, il devient victime du stress.

La mitsva de Soucca vient lui rappeler les principes élémentaires de la vie : mon cher monsieur, lui dit-elle, toute cette vie est en réalité une demeure provisoire. Quels que soient la portée de tes investissements et efforts, ton existence matérielle ne sera pas plus stable que les parois branlantes de la Soucca et le tapis percé de son toit. Si tu veux vraiment mettre à profit ton existence, ne perds pas ton temps. Dépense dans les choses matérielles le minimum nécessaire, mais veille à investir le maximum dans le domaine spirituel : étudie la Torah, accomplis les Mitsvot, fais du ‘Hessed (actes de bonté). Ce sont des domaines qui subsistent pour l’éternité, dont le sens demeure à jamais.

Etes-vous curieux de savoir ce qui est arrivé à Philippe Petit ? L’aventurier français consentit finalement à descendre du fil après que la police l’eut menacé d’envoyer un hélicoptère qui le ferait descendre de force. Petit n’a peut-être pas été impressionné par cette menace, mais a décidé qu’il avait déjà fait son spectacle. Il fit une révérence à la foule et sauta sur le toit. Dernière chose : le photographe qui aurait dû filmer toute la scène était très fatigué ce jour-là, et s’endormit sans rien filmer… Incroyable, n’est-ce pas ? Un homme est capable de voir une scène incroyable et malgré tout, de plonger dans un profond sommeil. Ceci nous apprend que si nous ne nous réveillons pas, personne ne le fera à notre place !

A’hénou