Le Machia'h est souvent associé à la résurrection des morts. Mais il faut bien comprendre que ce sont deux périodes bien distinctes de la Guéoula. La vie pendant les jours du Machia'h ne sera pas tellement différente de ce que nous vivons aujourd'hui. Ce sera une vie belle et agréable mais qui ne chamboulera pas totalement notre vie quotidienne, comme nos Sages l'ont enseigné : il n'y a de différence entre ce monde et les jours du Machia'h que l'asservissement aux Nations.

Par contre, la résurrection nous fera basculer dans une réalité totalement différente, comme les Sages l'ont également enseigné[1] : “Dans le monde futur, on ne boit ni ne mange, mais les Justes sont assis … et jouissent du rayonnement de la Présence divine.”[2]

Pourquoi ?

Plusieurs questions se posent quant à la manière dont les choses se dérouleront. Tout d'abord, éclaircissons un point d'importance. Pourquoi la résurrection ? Ne pourrait-on pas être des âmes désincarnées au Gan Eden ? En fait, la Kabbala et la 'Hassidout expliquent que la possibilité de s'attacher et de connaître D.ieu est bien plus intense dans le monde de la matière : la racine profonde de la matière provient de l’Essence même du divin, de l’Essence de Celui qui existe absolument. Tant que cette matière n’a pas été épurée, alors elle ne fait que cacher le spirituel. Mais lors de l’avènement du Machia'h, c’est sa nature profonde qui nous sera dévoilée.

C’est pour cette raison que la plupart de nos maîtres considèrent que le but ultime du monde est la résurrection des morts. Même les âmes qui s’élèvent depuis des siècles dans le Gan Eden désirent retourner dans un corps matériel. A tel point que la 'Hassidout affirme qu’à la fin des temps, c’est l’âme qui se nourrira spirituellement du corps.

Où, quand, comment ?

Le moment et le lieu de la résurrection sont sujets à controverse. Certains pensent qu'elle aura lieu à la fin du sixième millénaire, d'autres 70 ou même 40 ans après l'avènement du Machia'h.

Certains pensent qu'elle peut avoir lieu aussi en dehors de la Terre d'Israël. D'autres excluent cette possibilité et affirment que tous les corps qui méritent d'être ressuscités seront miraculeusement amenés en terre d’Israël. Connaître la réponse à ces questions n'est pas très important, elles sont somme toute très techniques et ne touchent pas vraiment au principe même de la résurrection. Mais il existe une question un peu plus angoissante qui peut effectivement être pertinente pour nous ou nos proches : on sait, grâce au saint Ari Zal que nos âmes ont transmigré de corps en corps durant toute l'histoire afin qu'elles puissent arriver à leur ultime Tikoun (réparation). Mais lors de la résurrection, dans quel corps reviendront-t-elles ?

Ne stressez pas. Je vais immédiatement répondre à cette grave question existentielle. Le Ari[3], justement, explique que si l'on n'a pas pu achever entièrement le perfectionnement de son âme en une fois (ce qui est pratiquement impossible) alors, la partie qui n'a pas été sublimée reviendra dans un autre individu, et ainsi de suite. Une même âme peut donc faire vivre plusieurs corps. Et lors de la résurrection chaque corps reviendra avec la partie de l'âme qu'il aura réparé. Nous voilà rassurés.

Pour tout le monde ?

Nos Sages enseignent que tout Israël a part au monde futur[4]. A quelques exceptions près. Comme par exemple  celui qui nie l'origine divine de la Torah ou nie la résurrection. Mais même ceux-là, les commentateurs précisent que tout n'est pas forcément perdu pour eux. Tout d'abord , la Téchouva est toujours possible. Et même s’ils n'ont pas fait Téchouva, les actions de leurs enfants peuvent les sauver. Qui plus est, cette perte du monde futur n'est valable que si ce fauteur n'a pas reçu de punition pour ses égarements. Après avoir payé, il fera partie aussi du monde futur, comme le dit le Talmud de Jérusalem[5] : même Jéroboam fils de Nébat et ses complices qui font partie de ceux qui n'ont pas part au monde futur, puisqu'ils ont reçu leur punition durant toutes ces années, alors leurs fautes sont pardonnées et ils mériteront la résurrection.

Enfin, même si l'on trouvait quelqu'un dont les fautes étaient tellement graves qu'il n'aurait jamais part à la résurrection, on parlerait seulement du corps dans lequel ces fautes furent accomplies[6]. En effet l'âme, étant une « partie de D.ieu » ne peut disparaître. Ainsi, c'est le corps du fauteur qui disparaîtrait à jamais, son âme quant à elle se réincarnerait dans un autre corps, car aucune âme d'Israël ne peut être perdue.


[1] Traité Brakhot 17a.

[2] C'est vraisemblablement cette affirmation qui fait dire au Rambam que le but ultime n'est pas la résurrection mais bien une vie désincarnée. En effet, s'il n'y a plus besoin de manger, c'est qu'il n'y a plus de corps ! Mais l'écrasante majorité des Sages d'Israël ne sont pas d'accord avec lui, preuves à l'appui. La récompense ultime de la Torah et des Mitsvot sera bien reçu dans un monde matériel, dans un corps.

[3] Cha’ar Hagilgoulim chapitre 4.

[4] Traité Sanhédrin début du chapitre 10.

[5] Traité Kilaïm chapitre 9 loi 3.

[6] Cha’ar Haguilgoulim chapitre 11.