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Notre belle jeunesse Séfarade et Achkénaze

Mis en ligne le Lundi 12 Mars 2018

Ces derniers mois, je vous ai livré un grand nombre de mes expériences personnelles,  ainsi que d’autres histoires. Je ne me réfère pas seulement à mon récent séjour à l’hôpital suite à la fracture de ma hanche, mais également à ma série d’articles sur la Hachga’ha Pratit, la Providence Divine, des événements qui nous arrivent et peuvent facilement être attribués à des circonstances aléatoires, mais en y regardant de plus près et en procédant à une introspection honnête, ils témoignent tous d’une Main Divine et de la compassion d’Hachem. Dans cet article, je vais vous relater un autre cas de Providence Divine particulière.

Cette dernière année, notre organisme a étendu ses activités et établi un programme de leadership pour notre jeunesse Séfarade. Avant même de m’embarquer pour mon programme de Pessa’h, nous avons fixé une date pour un Chabbaton de leadership Séfarade/Ashkénaze. Cet événement était censé avoir lieu à la fin du mois de mai, mais lorsque j’ai eu mon accident, ma présence devint sujette à question. Je tenais à y participer, et grâce à D.ieu, Il m’accorda ce privilège.  Alors que ma première apparition publique suite à mon opération eut lieu à la fête de gala du 40ème anniversaire de Hinéni, ce Chabbaton Séfarade/Ashkénaze marquerait mon premier programme de Chabbath. L’événement était programmé dans un hôtel du Connecticut, pas trop éloigné de la ville, mais pour moi, ce voyage était largement suffisant. De petites choses qui, dans des circonstances ordinaires, ne sont pas prises en compte, comme s’assoir en voiture pendant deux heures, trouver où mettre mes jambes enflées, se transforment en défis… Ma mère, la Rabbanite Miriam Jungreis, de mémoire bénie, disait toujours en Yiddish : « Far ah kranker - pour un malade, peu importe comment et où vous le mettez, ce n’est jamais confortable ». C’était mon état en cette veille de Chabbath.

De même, j’étais déterminée à partir et étais tellement inquiète d’arriver à temps que je réussis à sublimer mes douleurs sans faire de pause pour pouvoir arriver à temps.

Deux cents jeunes gens représentant Hinéni et « Go Sepharadic » s’étaient inscrits, et c’était en soi une source d’inspiration. Lors de nos cours à Hinéni dans le quartier ouest de Manhattan, j’étais toujours enthousiaste en observant le public et en voyant comment des Juifs de toutes les couches de la population, des laïcs aux plus pratiquants, Ashkénazes, Séfarades, jeunes et vieux, célibataires et mariés, étions tous là, unis dans le désir d’étudier notre Torah… à présent, je me sens renforcée et portée et par ce Chabbath très spécial qui unit notre belle jeunesse Séfarade et Ashkénaze.

Alors que notre voiture arrivait devant l’hôtel, je remarquai quelques ‘Hassidim arriver également en voiture. Se pouvait-il que, sans m’avertir, le comité avait voulu me faire une surprise et invité des ‘Hassidim à participer ? Mais alors que de plus en plus de ‘Hassidim arrivaient, je réalisai que quelque chose se passait. « Assistez-vous à une convention ici ? », demandai-je en Yiddish.

« Non, me répondirent-ils, nous sommes ici pour un événement familial privé. »

Lorsque je découvris plus tard ce qu’était cet « événement familial », je versai des larmes de joie. L’événement familial qui avait rassemblé ces ‘Hassidim à l’hôtel était le 90ème anniversaire de leur mère. Survivante d’Auschwitz, ses enfants, petits-enfants et arrière petits-enfants s’étaient tous rassemblés pour souhaiter à la maman des Brakhot et lui offrir du Na’hat, de la satisfaction juive, en cette occasion si particulière.

Toutes les personnes présentes étaient des enfants et petits-enfants. Mais lorsque je découvris  combien ils étaient, je fus perplexe. Cette maman et mamie, une survivante des camps de concentration d’Hitler, était entourée de 400 enfants et petits-enfants, et c’est ce qui m’a fait monter les larmes aux yeux de joie.

Comme vous le savez, je suis également une survivante de la Shoah d’Hitler, et voir cela était non seulement une déclaration de victoire sur les Nazis, mais la célébration la plus triomphante de l’éternité de notre peuple, une éternité qu’aucune force, aucun pouvoir sur terre ne peut jamais détruire.

Le Chabbath après-midi, cette célébration prit une dimension encore plus belle. La famille dédia un Séfer Torah en l’honneur de la maman. C’était une scène à laquelle il fallait assister. Assise dans une chaise roulante, on lui donna une petite Torah symbolique à porter. Son visage était recouvert par un voile en l’honneur du saint Séfer Torah, la Kalla, la mariée du peuple juif.

Je vous demande de visualiser cette scène. Quatre cents enfants, petits-enfants et arrière petits-enfants dansant autour de la grand-mère avec un Séfer Torah qu’ils dédiaient en son honneur, et par cette Hakhnassat Séfer Torah, toutes les personnes présentes s’unirent : Séfarades, Ashkénazes, et ‘Hassidim de Satmar. Si vous y réfléchissez, vous sentirez aussi des frissons vous parcourir !

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Cet après-midi là, je donnai mon cours de Torah et nos nouveaux amis ‘hassidiques se joignirent à nous. Mon cœur débordait de gratitude. Toute ma douleur, tout mon inconfort me quittèrent. Je n’eus aucune difficulté à me tenir debout pendant une heure. « Merci, Hachem, pour ce cadeau magique », murmurai-je encore et encore.

C’était tellement magnifique, le premier rassemblement chabbatique suivant mon opération, Hachem m’avait accordé le mérite d’enseigner la Torah à notre peuple, fusionnant en une force unique. Cette pensée me conduisit au Mont Sinaï, lorsque D.ieu nous avait donné Sa Torah et nous tenions en Sa présence, tels « un seul homme avec un seul cœur ».

Quelle merveille : ce tout premier Chabbath suivant une période douloureuse, je pouvais transmettre des enseignements de Torah à notre peuple, à un échantillon majestueux du ‘Am Israël.

Avant de conclure cet article, permettez-moi de remarquer qu’en cette période brutale et terrifiante, lorsque la vie même de notre peuple est à nouveau en danger, notre plus grande force de protection et de bénédiction est la A’hdout, l’unité, l’affection entre un Juif et son prochain. Rien de plus précieux pour Hachem que de voir la paix et la sérénité unissant tous Ses enfants. N’oublions pas que dans la génération du roi David, le peuple était méticuleux dans son observance des Mitsvot, mais ils ont pourtant été condamnés et ont perdu leurs batailles.

D’un autre côté, le pervers roi, A’hav, qui servait un culte aux idoles païennes, a remporté des victoires. Quel était le secret de cet échec et de cette victoire ? La réponse est simple. Malgré leur dévouement aux Mitsvot, la génération de David était fragmentée par la division et la jalousie. D’un autre côté, la génération de A’hav, en dépit de son idolâtrie, était unie par un amour fraternel, et devant le Trône d’Hachem, cette unité l’emporte sur tout le reste.

Pourquoi ne pouvons-nous retenir cette simple leçon ? Des milliers d’années se sont écoulées depuis la destruction de notre Temple causée par la jalousie et la haine, et hélas, nous devons apprendre cette simple vérité - la Ahavat Israël est le cadeau le plus précieux que nous pouvons offrir à notre Père céleste… un cadeau qui garantit notre protection de tout mal et toute souffrance. C’est si simple, mais si difficile à la fois…

Rabbanite Esther JUNGREIS - © Torah-Box
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