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Torah féminine

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Piégé par une femme, sauvé par une femme : l'histoire de Kora'h

Mis en ligne le Mercredi 13 Juin 2018

“Je la déteste cette voisine”, “Cette copine m’énerve : tout lui réussit”... : il n’y a rien de positif qui ressort des disputes et de la jalousie, et l’histoire de Kora’h en est une parfaite illustration.
Qui est Kora’h ? C’est un érudit de grande envergure qui s’est complètement laissé piéger par sa terrible jalousie. Accompagné par ses acolytes, Dathan et Aviram, et d’autres membres distingués du peuple juif, Kora’h incite à lancer une grande révolte contre les deux leaders spirituels du peuple juif : Aharon et Moché. La fin de cette histoire a été tragique pour Kora’h et pour tous les hommes qui se sont rebellés, puisqu’ils se sont retrouvés engloutis par la terre. “Ils descendirent, eux et tous les leurs, vivants dans la tombe; la terre se referma sur eux, et ils disparurent du milieu de l'assemblée[1]. Qu’est-ce qui a donc incité Kora’h à une attitude si insensée ?

De plus, Kora’h avait un nombre d’adeptes parmi lesquels figurait One ben Pélèt. A la dernière minute, ce dernier abandonna la révolte de Kora’h et fut ainsi sauvé du sort terrible réservé aux autres membres. Qu’est-ce qui l’a fait changer d’avis ?
Selon nos Sages, dans les deux cas, ce fut deux femmes qui, dans les coulisses, ont été responsables de la décision de leur mari !
L’épouse de Kora’h ressentait que son mari, indéniablement un homme d’une grande intelligence, avait été relégué au second plan et c’est en fait elle qui a transmis à son époux sa jalousie maladive. Il devint alors le chef de la rébellion, qui s’acheva de façon désastreuse pour lui et ses acolytes.
Et qu’en fut-il de One ben Pélèt ? Il avait commencé par être un adepte de Kora’h, mais sa femme lui fit comprendre qu’il s’engageait dans un chemin erroné. Il lui répondit qu’elle avait raison, mais que s’ils venaient le chercher, il irait avec eux tout de même, car il aurait honte de les abandonner au milieu de la révolte. Alors, elle prit les devants. Elle lui servit du vin à boire jusqu’à ce qu’il soit saoul. Elle se mit devant la porte de leur tente et découvrit ses cheveux. Les hommes qui sont venus chercher One ben Pélèt, gênés de voir cette femme mariée les cheveux découverts, ont finalement fait marche arrière et sont repartis bredouille ! Ainsi, de façon judicieuse et malicieuse, elle réussit à empêcher son mari de participer à cette révolte et le sauva d'une destruction fatale.
Ces faits nous montrent une dimension de la féminité : la réussite du foyer dépend de l’attitude de la femme. Comme le dit le Midrach sur le verset : “La sagesse des femmes édifie la maison; leur folie la renverse de ses propres mains[2] : “La sagesse des femmes” : il s’agit de la femme de One ben Pélèt; “Leur folie” : il s’agit de la femme de Kora’h[3].
Mais essayons d’aller plus loin. Quelle a été la différence fondamentale entre l’attitude de ces deux femmes ? Toutes les deux ont voulu protéger leurs maris et ont fait ce qu’elles ont estimé être le mieux pour eux, n’est-ce pas ?
La différence entre les deux est dans la façon de regarder les choses. La femme de Kora’h regarde en arrière, elle “ronge son frein”, elle est bloquée dans le passé. Ses arguments commencent par : “Regarde ce que Moché t’a fait, ce n’est pas juste etc.” Cette façon de voir les choses ne propose en général aucune perspective positive, mais ouvre juste les vannes de la rancoeur et de la jalousie. De ressasser le passé, c’est en général plus destructeur que bénéfique.
En revanche, la femme de One ben Pélèt regarde vers l’avenir. Elle formule les choses bien autrement, elle demande : “Qu’as-tu à gagner à suivre Kora’h ? Que ça soit l’un ou l’autre qui gagne, ton statut sera le même, donc il vaut mieux rester en dehors du conflit et, en fin de compte, t’associer avec le gagnant”. Quelle femme brillante ! Elle se concentre sur les conséquences de ses actes, avec un conseil pragmatique. Cette façon d’analyser le problème ne peut qu’être bénéfique pour elle, et pour ceux à qui elle prodigue ses conseils.
Lorsqu’on voudra donner un conseil à quelqu’un de notre entourage, on se demandera toujours si ce qui nous motive est la rancune ou la jalousie liée à des choses du passé. Ou, à l’inverse, si on perçoit un danger pour quelqu’un de notre entourage, il faut faire de notre mieux pour élaborer un plan d’action clair, tourné vers l’avenir. Lorsqu’on se trouve dans le second type de posture, on saura que l’on est dans une dynamique de construction et non pas de destruction.
Mais l’histoire ne s'arrête pas là ! Les femmes n’ont pas dit leur dernier mot…
En effet, si c’est son épouse qui a mené Kora’h à sa perte, et bien, environ 300 ans plus tard, c’est encore une femme qui va intervenir, mais cette fois-ci pour sauver le sort de Kora’h. Cette femme exceptionnelle, c’est ‘Hanna la prophétesse. ‘Hanna est une descendante de Kora’h et elle est également la mère du prophète Samuel. ‘Hanna a su que Kora’h, comme toute personne ayant rejeté les valeurs fondamentales du judaïsme, s’était vu fermer les portes d’accès au monde futur…
Par pitié pour son ancêtre, ‘Hanna n’a cessé d’implorer Hachem que ce dernier sorte des portes de l’enfer dans lesquelles il aurait dû rester éternellement, pour pouvoir accéder au monde futur. Cette requête lui a été accordée, car ‘Hanna, concernée par le triste sort de son ancêtre, a prié avec l’immensurable compassion qui la caractérise tant.
Mal influencé par une épouse, sauvé par sa descendante, décidément, le sort de ce pauvre Kora’h reste éternellement entre les mains des femmes !
Heureusement que, pour le fin mot de l’histoire, cela soit pour son bien !


[1] Bamidbar (16,33)

[2] Michlé (14,1)

[3] Sanhédrin (109,b)

Joy GALAM - © Torah-Box
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