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Guy Mardel - une star française de l’Eurovision à la Yéchiva !

Mis en ligne le Dimanche 16 Juillet 2017

Découvrez l'histoire de Mordekhai Elkouby alias Guy Mardel, ancienne star de la musique française. C'est avec beaucoup de joie que nous publions cet article puisque Guy Mardel a étudié la Torah 2 ans à la Yéchiva Torah-Box à Jerusalem, louant même une partie de ses locaux à notre association.Lorsque Guy Mardel fait le récit de sa vie, il la divise en cinq parties, et chacune d’entre elle peut facilement remplir un livre entier. Mardel a réussi à être juriste, chanteur, producteur et restaurateur en France, et aujourd’hui, plus de cinquante ans depuis qu’il a débuté sa carrière à Paris, il étudie à la Yéchiva, habite à Jérusalem et consacre la majeure partie de son temps à l’étude de la Torah.

Les spectateurs du concours de l’Eurovision de 1965, qui virent la remarquable prestation du représentant français et lui offrirent la troisième place, espéraient certainement que ce charmant chanteur exploiterait ce succès enregistré lors de cette compétition, pour fonder une carrière dans la musique et le show-biz. Ils ne s’imaginaient pas que plusieurs dizaines d’années plus tard, il quitterait le show-biz, s’éloignerait également beaucoup de la France, s’installerait dans un autre pays et naviguerait dans un tout autre monde, où le concours de l’Eurovision et la musique pop occupent une place négligeable, au mieux...


Je n’avais aucune chance contre une poupée de 17 ans

L’histoire de Mardel commence en Algérie, où il naît il y a soixante-douze ans, Il s’appelle alors Mordékhaï Elkouby, nom qu’il a repris ces dernières années. A l’âge de quinze ans, il émigre avec sa famille en France, et quatre ans plus tard, il commence à étudier le droit dans une université parisienne : « Je ne savais pas quoi faire, et j’ai compris que ça pourrait m’être utile dans tous les domaines. » A cette époque, il se passionne pour la musique de jazz, et après les cours, il joue avec un groupe d’amis dans une salle de répétition. Le directeur des lieux les entendit, et, enthousiaste, décida de conclure un accord avec eux : ils pourraient occuper la salle de répétition gratuitement, en échange de quoi ils se produiraient le Chabbath devant les jeunes du quartier. Ils acceptèrent la proposition, et le jeune Juif d’Alger, qui jusque-là s’était satisfait du rôle de pianiste, endossa également le rôle de chanteur, « J’étais le seul qui savait chanter convenablement. »

Six mois après avoir commencé les représentations, son amie de l’époque décida de lui présenter sa tante, qui travaillait pour une grande société parisienne. La tante se fit une bonne impression de lui et lui présenta le producteur de musique Lee Hallyday, oncle du chanteur Johnny Halliday, qui fut lui aussi impressionné. Il lui fit signer un contrat de leur société Polydor et changea son nom en Guy Mardel. Le premier disque qu’ils produisirent ensemble ne se vendit pas très bien, et Mardel demanda à cesser ses relations avec la société Polydor pour produire seul son prochain disque. Il s’adressa à son père à qui il proposa un marché : il lui prêterait une première somme pour la production du disque, et si le disque marchait, l’argent lui serait rendu ; dans le cas contraire, Mardel quitterait le monde de la musique.

Une fois les enregistrements terminés, les résultats parvinrent à Lucien Morisse, grand producteur de l’industrie musicale française, qui était entre autres le mari et producteur de la chanteuse Dalida (des années plus tard, il mit fin à sa vie). Morisse jugea que Mardel avait un potentiel, il le fit signer un contrat, et peu de temps après, sortit en son nom une chanson, « Si tu n’y crois pas », qui devint un tube, et grâce à laquelle des centaines de milliers d’exemplaires de l’album furent vendus. « Papa était satisfait de notre accord », relate Mardel en souriant.

A cette époque, il finit ses études de droit, et travaille en parallèle sur la sortie de son deuxième album. Lorsqu’il fait écouter à Morisse les nouvelles chansons, ce dernier lui répond qu’il doit continuer à travailler. Il demanda du temps à cet effet, mais un instant avant que la rencontre avec son directeur ne s’achève, il se remémora l’existence d’une autre chanson, qu’il ne lui avait pas fait écouter. « Juste avant que Lucien ne quitte la pièce, je me rappelai que j’avais composée une chanson dont les paroles avaient été écrites par Françoise Dorine, qui, en ce mois de mars 1964, avait deux tubes à la radio. Je le persuadai de rester dans la salle et d’écouter une dernière chanson. »

La chanson s’appelait « N’avoue jamais », et Morisse en fut si enchanté qu’il annonça à son protégé qu’il voulait que cette chanson représente la France au concours de l’Eurovision. « Lucien y travailla, et quelques semaines plus tard, la télévision française me téléphona et m’annonça que la chanson avait été sélectionnée. Je rencontrai un des directeurs de la télévision et lui expliquai que je voulais chanter cette chanson au concours. Il me dit que la France doit gagner, et que moi, je n’ai que vingt ans, je n’ai pas d’expérience pour me produire devant des millions de spectateurs, il vaut mieux confier la chanson à un autre chanteur. Je lui réponds : "je promets que si je chante, nous allons rafler l’une des trois premières places". Il demanda deux jours de réflexion. »

« Lors de cette rencontre, Paul Lederman était également présent ; c’était le producteur de Claude François, un chanteur très populaire de l’époque. Il me dit alors que si je choisis de me produire à l’Eurovision, il me donnera la place du chanteur qui se produit avant Claude pour que j’apprenne auprès de lui. Après que j’ai été choisi, Paul me dit : « ça y’est, commence à travailler. » Dès cet instant-là, j’ai énormément travaillé, je suis apparu en concert avec Claude dans toute la France et j’ai appris auprès de lui à me produire sur scène. »

Le 20 mars 1965, le jeune Mardel monte sur la scène du concours de l’Eurovision à Naples, en Italie. « Je n’ai pas compris ce qui se passait autour de moi, se rappelle-t-il, mais je tins promesse ; je remportai la troisième place. » Le premier prix est remporté par Françoise Gall, qui représentait le Luxembourg avec une chanson qui devint un tube international : « Poupée de cire, poupée de son » (enregistré également en hébreu) et composée par Serge Gainsbourg. « Elle n’avait alors que 17 ans, une poupée, et je n’avais aucune chance contre elle, affirme Mardel. Lorsque je rentrai à Paris, tout le monde me connaissait, ma vie changea. Je me souviens que je voulais garer ma voiture à une place interdite, et lorsque le policier me reconnut, il me dit que c’était ok, il ne me donna pas de PV. A cette époque, l’Internet n’existait pas et les chaînes de télévision étaient peu nombreuses, tout le monde avait vu l’Eurovision. »

Après le concours, Mardel partit pour une nouvelle tournée de concerts avec Claude François, et, par la suite, il représenta la France dans un concours de chansons en Espagne, en Tchécoslovaquie, au Brésil et au Japon. Il se produisit également au Mexique et en Argentine. « J’étais comme une machine », plaisante-t-il. Mais, à un moment donné, cette machine à succès commença à grincer.
 

Mes amis pensèrent que j’avais perdu la raison

Les grincements commencèrent au début des années 70, lorsque la musique rock était dominante dans le monde entier, et en France, les chansons romantiques du style de Mardel devinrent marginalisées. Celui-ci, marié et père de deux enfants à l’époque, décida de quitter la scène et de rejoindre les coulisses en devenant producteur d’émissions télévisées. Il avait totalement renoncé aux projecteurs, mais un jour, il reçut un appel d’un ami qui lui demanda de sauver un créneau du dimanche après-midi sur l’une des chaînes principales. Il accepta la proposition et commença à animer un talk-show qui enregistra un franc succès. « De nombreuses stars de l’époque y apparaissaient : Alain Dalon, Julio Iglesias, Gilbert Bécaud », relate-t-il.

A un certain moment, il invita dans ce programme le journaliste Michel Drucker, mais, par la suite, il se querella avec lui. Lorsque la direction de la chaine leur demande de produire ce programme ensemble, il décida de partir. « Je leur dis bye-bye, relate Mardel, je n’ai jamais fait de compromis. Drucker, par contre, n’a plus quitté la télévision à partir de ce moment-là ; il y est encore aujourd’hui. Nous nous sommes réconciliés à la fin, et il me confia même que sa rencontre avec moi lui avait été la clé de son succès. »

En 1978, alors qu’il est remarié et père de quatre enfants, il ouvre une société de disques et produit des artistes. Huit ans plus tard, il fait un autre changement. « Je remarquai que personne ne m’invitait plus à chanter, je le regrettais, car la chanson était ce que j’aimais. Je décidai que j’avais besoin d’un lieu qui m’appartiendrait et où je serai le boss et je pourrai chanter. Je fondai le restaurant Chorus café, c’était un restaurant ordinaire, mais ouvert seulement le soir. A 22 heures, j’allais chanter avec mon groupe, et tout le monde se mettait debout sur les tables. Mes amis pensaient que j’avais perdu la raison, mais j’étais sûr de moi. Je sentais qu’après la vague de disco des années 70 et 80, les gens avaient la nostalgie pour les vieux tubes des années 60. Et c’est vrai, ça a eu beaucoup de succès. »

Le restaurant était une institution célèbre et fonctionna jusqu’en 2006. Les dernières années, l’intérêt que Mardel y trouvait déclina, jusqu’à ce qu’il décide de le fermer définitivement. Son esprit était déjà préoccupé par d’autres choses.
 

Passage du mensonge à la vérité

Son rapprochement au judaïsme commença au milieu des années 80, à l’époque de l’ouverture du restaurant. « J’ai grandi dans un foyer juif, mais je ne portais pas la Kippa, relate-t-il. J’ai alors commencé à sérieusement apprendre le judaïsme, et peu à peu, ça a pris du poids. J’étais penché sur mon piano à Paris, mais mon esprit était sur la Guémara à Jérusalem. Les premières années, j’ai partagé mon temps entre Paris et Jérusalem ; je gérai également le restaurant à distance depuis Jérusalem, mais cela fait plus de dix ans que je vis uniquement ici, j’étudie dans plusieurs structures. J’étudie en ce moment avec l’un de mes fils chez le Rav Yaakov Sitruk au Kollel Alef Lédorot. »


Le passage de l’Eurovision à la Yéchiva, c’est une sacrée transformation

« La transition que j’ai faite est celle du mensonge à la vérité, et je la fais pas à pas. Lorsque je regarde en arrière je remarque que chaque partie de ma vie, toute rencontre que j’ai faite, faisait partie du programme divin. J’ai rencontré des gens riches et célèbres, à qui tout le monde veut ressembler, mais ils ont un problème : ils ne sont pas heureux, ils veulent toujours ce qu’ils n’ont pas : une nouvelle télévision, une nouvelle voiture, un nouveau frigo. On travaille pour pouvoir acheter encore et encore. La Torah nous a été donnée pour que nous apprenions à être heureux sur terre. »

« Je remarque qu’aujourd’hui l’Eurovision a perdu la tête : il faut mettre du rouge à lèvres ou une barbe. C’est tout à fait différent de ce qu’il y avait dans ces années-là, à part qu’il faut encore de bonnes mélodies et de bonnes chansons. Dans la culture d’aujourd’hui, il n’y a plus de respect, pas d’autorité, ni de règles. On en rend responsable la génération des années 60 et 70, mais si vous regardez les chansons des Beatles ou des Rolling Stones, vous verrez qu’elles étaient "clean". Par rapport à ce qui est à la mode aujourd’hui, on dirait des anges. »

Source : Ben Ofer (Ynet)

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