La Paracha de cette semaine, Matot, la guerre entre le peuple juif et celui de Midian. Au milieu du récit, elle précise que le prophète Bilaam fut tué durant la bataille.[1] Le Midrach[2] raconte qu’il y eut deux hommes sages dans le monde, l’un Juif – A’hitofel[3], et l’autre pas – Bilaam. Et tous deux moururent prématurément. Il en explique la raison ; leur intelligence n’était pas un don d’Hachem, ils la « dérobèrent ». De ce fait, elle ne les sauva pas d’une mort précoce.

On ne comprend pas bien ce que signifie « dérober » une connaissance. Rav ‘Haïm Kanievsky rapporte un verset de Michlé qui affirme qu’Hachem accorde la sagesse, mais il précise qu’Hachem ne la donne qu’à celui qui s’efforce de l’acquérir – on la reçoit en cadeau si on s’évertue pour l’acquérir ; sinon, on l’acquiert. Ceci est basé sur une Guémara selon laquelle celui qui affirme avoir peiné pour la Torah sans être parvenu à l’apprendre ne peut être cru. Il en est de même s’il prétend n’avoir fait aucun effort, tout en ayant réussi à intérioriser l’étude. Seul celui qui dit s’être investi et avoir acquis la Torah peut être cru[4].

Alors, comment comprendre qu’A’hitofel et Bilaam « dérobèrent » la Torah et que celle-ci ne fut donc pas un cadeau d’Hachem – s’ils œuvrèrent pour l’étudier, quelle fut leur faille et pourquoi leur sagesse est-elle considérée comme un vol ?

Rav Kanievsky explique qu’une personne doit travailler dur pour mériter de connaître la Torah. Mais parfois la Halakha interdit d’étudier la Torah. Si l’individu s’obstine à vouloir étudier à ces moments, il n’accomplit pas la Mitsva de Talmoud Torah ; au contraire, il transgresse la parole d’Hachem. Une telle personne peut connaître beaucoup de Torah, elle ne recevra pas la sagesse de la Torah de la part d’Hachem et ne gagnera rien de ce savoir. On compte parmi les moments inopportuns à l’étude : le jour de Ticha Béav[5] la semaine de deuil[6], lors de la répétition de la Amida[7] ou à d’autres moments de la Téfila[8].

Rav Kanievsky déduit que la sagesse de Bilaam et d’A’hitofel fut acquise de manière interdite, d’où le terme « dérobé ».

Ce développement nous apprend comment concevoir l’étude de la Torah. Nous savons que « Talmoud Torah Kénégued Koulam » — elle équivaut à l’accomplissement de toutes les Mitsvot. On peut comprendre simplement que sans elle, l’homme ne peut accomplir les autres Mitsvot, elle est donc un prérequis pour le respect de la Torah. Une analyse plus profonde montre que l’étude de la Torah aide à comprendre la façon dont Hachem considère le monde – on aligne ainsi notre conception et nos valeurs à celles du Maître de l’univers.

Rappelons que l’étude de la Torah n’est pas une fin en soi – son objectif ultime est de se rapprocher d’Hachem. Or si lorsque l’on étudie, on va à l’encontre de Sa volonté, tout le but est perdu. Ce fut la faille d’A’hitofel qui était très intelligent, mais qui utilisa sa sagesse à des fins négatives.

’Hazal encouragent l’étude de la Torah, même lorsque les intentions de la personne ne sont pas pures[9]. Mais les commentateurs expliquent qu’elle perd tout son sens si son but est de causer du tort aux autres. Ils affirment même qu’un tel individu n’aurait pas dû naître.[10]

L’enseignement du Rav Kanievsky nous rappelle de faire attention à étudier de manière permise, et de garder à l’esprit l’objectif de l’étude – nous rapprocher d’Hachem.



[1] Bamidbar, 31:8.

[2] Rapporté par Rav Kanievsky, Taama Dikra, Bamidbar, 31:8.

[3] Il fut un conseiller d’Avchalom lors de sa rébellion contre le roi David. Lorsqu’il réalisa que celle-ci était vouée à l’échec, il se suicida.

[4] Méguila 6b.

[5] Il est interdit d’étudier pendant Ticha Béav, car l’étude égaie et cette journée est affligeante. Il est permis d’étudier uniquement les sections de Torah qui sont tristes, comme les lois de deuil ou bien les chapitres des Prophètes qui évoquent des périodes sombres.

[6] Les lois relatives à Ticha Béav s’appliquent également à l’endeuillé, car en ce jour, nous avons le statut d’endeuillés.

[7] Lors de la répétition de la Amida, il faut écouter les bénédictions du ’Hazan et répondre Amen à chacune d’elles.

[8] Taama Dikra, Bamidbar, 31:8.

[9] Voir Nazir 23b.

[10] Brakhot 17a.