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Torah écrite (pentateuque) » Deutéronome (Devarim)

Chapitre 1 (Devarim)

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1,1
Ce sont là les paroles que Moïse adressa à tout Israël en deçà du Jourdain, dans le désert, dans la plaine en face de Souf, entre Pharan et Tofel, Labân, Hacéroth et Di-Zahab.

Celles-là sont les paroles

Etant donné que ce qui va suivre est constitué par des remontrances, et que le texte énumère ici tous les lieux où ils ont irrité Hachem, il les dissimule et ne les cite que par allusions, afin de ménager l’honneur d’Israël (Sifri)

A tout Israël

S’il n’en avait réprimandé qu’une seule partie, ceux restés dans la rue auraient ergoté : « Vous avez entendu, vous, ce qu’a dit le fils de ‘Amram, et vous n’avez rien trouvé à répliquer sur tel ou tel point ! Tandis que nous, si nous avions été présents, nous lui aurions répondu ! » Aussi les a-t-il tous réunis et leur a-t-il dit : « Vous êtes tous présents ! Si quelqu’un a une objection, qu’il l’émette ! 

Dans le désert

Ce n’est pas dans le désert qu’ils se trouvaient, mais dans les plaines de Moav ! Pourquoi parler du « désert » ? Parce que c’est dans le désert qu’ils L’ont irrité, lorsqu’ils ont dit : « Si seulement nous étions morts par la main de Hachem dans le pays d’Egypte… » (Chemoth 16, 3)

Dans la plaine

A cause de la plaine, lorsqu’ils ont péché avec Ba‘al-Pe‘or, à Chitim, dans les plaines de Moav (Bamidbar 25, 1 et suivants)

Face à Souf

En ce qu’ils se sont rebellés à la mer des Joncs (souf), lorsqu’ils y sont arrivés, en disant : « Est-ce parce qu’il n’y a pas de sépultures en Egypte…? » (Chemoth 14, 11), et aussi lorsqu’ils se sont engagés dans la mer, comme il est écrit : « … Il se sont rebellés, à cause de la mer, dans la mer des Joncs » (Tehilim 106, 7), comme indiqué dans le traité ‘Arkhin (15a)

Entre Paran et entre Tofel

Rabi Yo‘hanan a enseigné : Nous avons parcouru tout le texte sans y trouver d’endroit appelé Tofel ou Lavan. Il s’agit ici, en fait, de reproches qu’Il leur a adressés pour avoir couvert (taflou) [d’injures] la manne qui est « blanche » (lavan) en disant : « … et notre âme est dégoûtée du pain misérable » (Bamidbar 21, 5), et pour s’être mal comportés dans le désert de Paran dans l’affaire des explorateurs

Et ‘Hatséroth

Dans la querelle de Qora‘h. Autre explication : Il leur a dit : « Au lieu de retenir la leçon de ce que j’ai fait à Miryam à ‘Hatséroth pour cause de médisance, vous avez calomnié Hachem. » (Sifri)

Et Di-Zahav

Il les a réprimandés à cause du veau d’or qu’ils avaient fabriqué par surabondance de l’or (zahav) en leur possession (Berakhoth 32a), comme il est écrit : « Je leur ai donné beaucoup d’argent, et de l’or ils en ont fait un Ba‘al. » (Hoché‘a 2, 10)

1,2
Il y a onze journées depuis le Horeb, en passant par le mont Séir, jusqu'à Kadéch-Barnéa.

Onze jours depuis le ‘Horev

Mochè leur a dit : « Voyez ce dont vous avez été la cause ! Il n’est pas de plus court chemin de ‘Horev à Qadéch-Barné‘a qu’à travers le mont Sé‘ir, et le temps qu’il faut pour le parcourir, soit onze jours, vous l’avez réduit à trois ! » C’est en effet le vingt iyar qu’ils sont partis du ‘Horev, comme il est écrit : « Ce fut, dans la deuxième année, au deuxième mois, au vingt dans le mois […] les fils d’Israël partirent » (Bamidbar 10, 11 et 12). Et c’est le vingt-neuf siwan qu’ils ont envoyé les explorateurs (Ta‘anith 29a). Si l’on défalque les trente jours qu’ils ont passés à Qivroth Hataawa, où ils ont mangé de la viande pendant un mois (Bamidbar 11, 20), plus les sept jours passés à ‘Hatséroth pendant qu’était cloîtrée Miryam (Bamidbar 12, 14), il reste trois jours pendant lesquels ils ont parcouru tout ce trajet. « La chekhina était très impatiente d’accélérer votre venue dans le pays, mais parce que vous avez péché, elle vous a fait faire le tour du mont Sé‘ir quarante années durant. 

1,3
Or, ce fut dans la quarantième année, le onzième mois, le premier jour du mois, que Moïse redit aux enfants d'Israël tout ce que l'Éternel lui avait ordonné à leur égard.

Ce fut dans la quarantième année

Cela nous apprend qu’il ne leur a adressé des remontrances qu’à l’approche de sa mort. Et de qui a-t-il appris [qu’il fallait agir ainsi] ? De Ya‘aqov, qui n’a adressé des remontrances à ses fils qu’à l’approche de sa mort. Il a dit : « Reouven, mon fils ! Je vais te dire pourquoi je ne t’ai pas adressé de remontrances pendant toutes ces années : C’est pour que tu ne me quittes pas pour aller t’attacher à mon frère ‘Essaw. » Il existe quatre raisons de n’adresser des reproches aux gens qu’à l’approche de sa mort : Pour n’avoir pas, après avoir blâmé, à devoir blâmer encore ; pour que celui que l’on a blâmé, rencontrant [l’auteur du blâme], n’ait pas honte, etc. comme enseigné dans le Sifri. Il en a été de même pour Yehochou‘a qui n’a adressé des remontrances à Israël qu’à l’approche de sa mort (Yehochou‘a 24, 1 et suivants), de même pour Chemouel (I Chemouel 12, 3), de même pour David en ce qui concerne son fils Chelomo (I Melakhim 2, 1 à 9)

1,4
Après avoir défait Sihon, roi des Amorréens, qui résidait à Hesbon, et Og, roi du Basan, qui résidait à Astaroth et à Edréi;

Après qu’il frappa

Mochè s’était dit : « Si je leur adresse des remontrances avant leur entrée dans une partie du pays, ils diront : “Quel droit a-t-il sur nous ? Quel bienfait nous a-t-il octroyé ? Il ne vient que pour chercher querelle et trouver des prétextes, puisqu’il n’a même pas le pouvoir de nous faire entrer dans le pays !” » Voilà pourquoi il a attendu d’avoir fait tomber devant eux Si‘hon et ‘Og et de s’être emparé de leur pays, après quoi il les a réprimandés

Si‘hon […] qui demeurait…

Si Si‘hon avait résidé à ‘Hechbon sans être [un adversaire] difficile, il aurait été difficile [à vaincre] à cause des difficultés opposées par [la configuration de] son pays. Et s’il avait résidé dans une autre ville, celle-ci aurait été difficile [à vaincre] à cause des difficultés opposées par son roi. A plus forte raison en a-t-il été ainsi, le roi et le pays étant l’un et l’autre difficiles [à vaincre]

Qui demeurait à ‘Achteroth

Le roi et le pays étant l’un et l’autre difficiles [à vaincre]

‘Achteroth

Ce mot exprime l’idée de « rochers » et de « dureté », comme dans : « ‘Achteroth-Qarnayim », ce ‘Achteroth-là n’étant autre que le ‘Achteroth-Qarnayim siège des Refaïm qu’a vaincus Amrafèl, comme il est écrit : « … ils frappèrent les Refaïm à ‘Achteroth-Qarnayim » (Beréchith 14, 5). Et c’est de chez eux qu’a réchappé ‘Og, ainsi qu’il est écrit : « Vint le rescapé… » (Beréchith 14, 13), et aussi : « Car seulement ‘Og, roi du Bachane, est resté du restant des Refaïm… » (infra 3, 11)

Edré‘i

C’est le nom d’un royaume

1,5
en deçà du Jourdain, dans le pays de Moab, Moïse se mit en devoir d'exposer cette doctrine, et il dit:

Commença

Comme dans : « Voici, je te prie, j’ai “commencé” de parler… » (Beréchith 18, 27)

D’exposer la loi

Il la leur a commentée en soixante-dix langues

1,6
"L'Éternel notre Dieu nous avait parlé au Horeb en ces termes: "Assez longtemps vous avez demeuré dans cette montagne.

Assez pour vous de demeurer

A prendre au sens littéral. Il existe aussi beaucoup de Midrechei aggada : Votre séjour dans cette montagne-là vous a valu grandeur et récompenses. Vous avez réalisé le tabernacle, la menora et les ustensiles, vous avez reçu la Tora, vous avez institué des tribunaux, des chefs de milliers et des chefs de centaines

1,7
Partez, poursuivez votre marche, dirigez-vous vers les monts amorréens et les contrées voisines, vers la plaine, la montagne, la vallée, la région méridionale, les côtes de la mer, le pays des Cananéens et le Liban, jusqu'au grand fleuve, le fleuve d'Euphrate.

Tournez

C’est le voyage à ‘Arad et à ‘Horma (Bamidbar 21, 1 à 3)

Et venez à la montagne du Emori

A prendre au sens littéral

Et vers toutes ses voisines

‘Ammon, Moav et le mont Sé‘ir

Dans la plaine

C’est la plaine de la forêt

Dans la montagne

C’est la montagne du Roi

Et dans le plat pays

C’est le plat pays du sud

Et dans le sud et dans le rivage de la mer

Achqelon, ‘Aza et Césarée, etc., comme indiqué dans le Sifri

Jusqu’au grand fleuve

On l’appelle « grand » parce que mentionné avec Erets Yisrael. Comme le dit un dicton populaire : « Le serviteur d’un roi est comme le roi lui-même (Chevou‘oth 47b). Attache-toi à un gouverneur, on se prosternera devant toi ! Approche-toi d’un homme oint, on t’oindra ! »

1,8
Voyez, je vous livre ce pays! Allez prendre possession du pays que l'Éternel a juré à vos pères, Abraham, Isaac et Jacob, de donner à eux et à leur postérité après eux."

Vois

Vous le voyez de vos propres yeux. Je ne vous le dis pas par conjecture ou par ouï-dire

Venez et prenez possession

Nul ne vous opposera de contestation et vous n’aurez pas à livrer bataille. S’ils n’avaient pas envoyé d’explorateurs, ils n’auraient pas eu besoin d’armes

A vos pères

Pourquoi le texte continue-t-il en mentionnant encore Avraham, Yits‘haq et Ya‘aqov ? Pour souligner que [le mérite] d’Avraham aurait suffi à lui seul, de même celui de Yits‘haq, de même celui de Ya‘aqov

1,9
Dans ce temps-là, je vous parlai ainsi: "Je ne puis assumer, moi seul, votre charge.

Je vous ai dit en ce temps-là en disant

Que veut dire : « en disant » ? Voici ce que Mochè a voulu leur dire : « Ce n’est pas de mon propre chef que je vous parle, mais au nom du Saint béni soit-Il. 

Je ne puis

Se peut-il que Mochè ait été dans l’incapacité de juger Israël, que l’homme qui les avait fait sortir d’Egypte, qui leur avait fendu la mer, qui avait fait tomber la manne, qui avait suscité les cailles, ait été incapable de les juger ? Voici ce qu’il a voulu leur dire : « “Hachem, votre Eloqim, vous a multipliés”, Il vous a agrandis et élevés au-dessus de vos juges, Il vous a épargné les punitions et les a infligées aux juges. » De même pour Chelomo qui a dit : « … car qui pourra juger ton peuple si écrasant ? » (I Melakhim 3, 9) Comment celui à propos duquel il est écrit qu’il a été « le plus sage de tous les hommes » (ibid. 5, 11) a-t-il pu dire une chose pareille ? Voici ce qu’il a voulu dire : « Les juges de ce peuple-ci ne sont pas comme ceux des autres peuples, plongés dans l’idolâtrie. Si ceux-ci condamnent à mort, à la peine de malqouth, à la strangulation en faisant dévier la justice et en volant autrui, cela n’a pas d’importance. Mais si moi, je condamne injustement à payer, j’en suis responsable sur ma vie, comme il est écrit : “Il dérobe leur vie à ceux qui les dérobent” (Michlei 22, 23). 

1,10
L'Éternel, votre Dieu, vous a fait multiplier, et vous voilà, aujourd'hui, nombreux comme les étoiles du ciel.

Et vous voici aujourd’hui comme les étoiles des cieux

Etaient-ils vraiment ce jour-là aussi nombreux que les étoiles des cieux ? Ils n’étaient pourtant que six cent mille ! Que veut dire : « vous voici aujourd’hui » ? « Vous êtes comparables au jour, car aussi éternels que le soleil, la lune et les étoiles. 

1,11
Veuille l'Éternel, Dieu de vos pères, vous rendre mille fois plus nombreux encore et vous bénir comme il vous l'a promis!

Ajoutera sur vous comme vous mille fois

Que veut dire la répétition : « Il vous bénira comme il vous a déclaré » ? Ils lui avaient dit : « Mochè ! Tu imposes une limitation à nos bénédictions ! Car le Saint béni soit-Il a déjà promis à Avraham : “ Que si un homme peut compter…” (Beréchith 13, 16) ». Ce à quoi il a répondu : « C’est de moi que cela est venu, mais Lui, “Il vous bénira comme Il vous a déclaré”. 

1,12
Comment donc supporterais-je seul votre labeur, et votre fardeau, et vos contestations!

Comment porterai-je moi seul

Si je voulais dire : « [Je ferai cela] contre récompense », je ne le pourrais. C’est ce que je vous ai dit : « Ce n’est pas de mon propre chef que je vous parle, mais au nom du Saint béni soit-Il. 

Votre charge

Cela nous apprend qu’Israël était composé de gens exténuants. Si quelqu’un voyait son adversaire sur le point de gagner son procès, il disait [aux juges] : « J’ai des témoins à citer, j’ai des preuves à administrer, je vais vous adjoindre d’autres juges. 

Et votre fardeau

Cela nous apprend qu’ils étaient hérétiques. Si Mochè sortait de bonne heure [de sa tente], ils disaient : « Pourquoi le fils de ‘Amram sort-il ? Serait-ce parce qu’il n’est pas à l’aise chez lui ? » Tardait-il à sortir ? « Pourquoi le fils de ‘Amram ne sort-il pas ? Qu’en pensez-vous ? Il est assis à manigancer contre vous de sombres desseins et à élaborer des projets contre vous ! 

Et vos contestations

Cela nous apprend qu’ils étaient procéduriers

1,13
Choisissez parmi vous, dans vos tribus, des hommes sages, judicieux et éprouvés; je les établirai vos chefs."

Attribuez-vous

Préparez-vous à la chose

Des hommes

Te serait-il venu à l’esprit qu’il pût s’agir de femmes ? Que veut dire le texte avec : « des hommes » ? Des gens vertueux

Sages

Des gens précieux

Intelligents

Aptes à comprendre une chose par déduction à partir d’une autre. C’est la question qu’a posée Arius à Rabi Yossi : « Quelle différence sépare-t-elle les sages des gens intelligents ? » [Il lui a répondu :] « Le sage ressemble à un riche changeur : Quand on le charge d’examiner des dinars, il les examine. Quand on ne lui en apporte pas, il reste assis à rêvasser. L’homme intelligent ressemble à un changeur professionnel : Quand on le charge d’examiner des dinars, il les examine. Quand on ne lui en remet pas, il se fait apporter des siens. 

Et connus

Il faut qu’ils soient connus de vous. Car si quelqu’un se présente devant moi revêtu de ses vêtements, je ne saurai pas qui il est, ni à quelle tribu il appartient, ni s’il est qualifié. Mais vous, vous le connaissez, car vous avez été élevé avec lui. Voilà pourquoi il est écrit : « et connus, selon vos tribus »

A vos têtes

Des chefs et des gens que vous respectez, et à qui vous témoignez honneur et considération

Je les établirai (waassimèm)

Il manque le yod entre le sin et le mèm, [de sorte qu’on peut lire : achmam (« leur faute »)]. Cela nous apprend que les fautes commises par Israël sont imputées à leurs juges, lesquels auraient dû les en préserver et les guider sur le droit chemin

1,14
Vous me répondîtes en disant: "Ce que tu conseilles de faire est excellent."

Vous m’avez répondu…

Vous vous êtes déterminés en fonction de vos intérêts. Vous auriez dû répondre : « Notre maître Mochè ! Auprès de qui convient-il que nous apprenions ? Auprès de toi, ou auprès de tes disciples ? N’est-ce pas auprès de toi qui t’es donné tant de mal ? » Mais je sais ce que vous avez pensé. Vous vous êtes dit : « Maintenant qu’on va nommer sur nous de nombreux juges, s’il en est que nous ne connaissions pas, nous lui apporterons un cadeau et il nous sera favorable. » (Sifri)

De faire

Si j’avais traînassé, vous m’auriez dit : « Dépêche-toi ! 

1,15
Et je désignai les principaux de vos tribus, hommes sages et éprouvés, et je vous les donnai pour chefs, soit commandants de chiliades, de centuries, de cinquantaines et de dizaines, soit commissaires de vos tribus.

J’ai pris les chefs de vos tribus

J’ai rallié leurs bonnes grâces par des paroles : « Heureux êtes-vous ? Sur qui avez-vous été nommés ? Sur les enfants d’Avraham, de Yits‘haq et de Ya‘aqov, descendants d’Adam que l’on appelle “frères” et “compagnons” [de Hachem] (Tehilim 122, 8), Sa part et Son héritage ! », et par toutes sortes de termes d’affection

Hommes sages et connus

Mais des hommes « intelligents » (verset 13), je n’en ai pas trouvé. C’est là l’une des sept qualités dont avait parlé Yithro à Mochè, et dont il n’a trouvé que trois : des « hommes », « sages » et « connus » (Sifri)

Chefs (rachim) sur vous

Que vous puissiez respecter, qui soient premiers (rachim) en matière d’achat, premiers en matière de vente, premiers en matière commerciale, qui entrent en dernier [au tribunal] et en sortent en premier

Des dirigeants de milliers

Un chef affecté à mille hommes (Sanhèdrin 18a)

Des dirigeants de centaines

Un chef affecté à cent hommes (ibid.)

Et des policiers

Que j’ai affectés sur vous à vos tribus. Ce sont ceux qui arrêtent [les délinquants] et qui manient le fouet sur ordre des juges

1,16
Je donnai alors à vos juges les instructions suivantes: "Ecoutez également tous vos frères et prononcez équitablement, entre chacun et son frère, entre chacun et l'étranger.

J’ai ordonné à vos juges

Je leur ai dit : « “Soyez circonspects dans le jugement” (Avoth 1, 1) : Si un même type d’affaire t’est soumis une première, puis une deuxième et une troisième fois, ne dis pas : “Ce point à trancher m’a déjà été présenté à maintes reprises !” Mais il faut en délibérer. » (Sifri)

En ce temps-là

Je leur ai dit dès leur nomination : « Désormais, les choses ne seront plus comme avant : Vous étiez jadis vos propres maîtres, vous êtes dorénavant au service de la communauté. » (Sifri)

Ecoutez

Le mot chamo‘a (« écoutez ») est au gérondif. En français médiéval : « oyant ». Comme zakhor (« souviens-toi ») (Chemoth 20, 8) et chamor (« garde ») (infra 5, 12)

Et entre son étranger (guéro)

Il s’agit de son adversaire qui a accumulé (ougar) contre lui des arguments. Autre explication : Même pour des affaires de résidence (gour), pour un partage entre frères, même pour une affaire de four et de poêle (Sanhèdrin 7b)

1,17
Ne faites point, en justice, acception de personnes; donnez audience au petit comme au grand, ne craignez qui que ce soit, car la justice est à Dieu! Que si une affaire est trop difficile pour vous, déférez-la moi et j'en prendrai connaissance."

Vous ne reconnaîtrez pas les figures en justice

Cela s’adresse à celui qui est chargé de nommer les juges. Il ne doit pas se dire : « Voici quelqu’un d’élégant, ou de vigoureux : Je vais le nommer juge. Untel m’est apparenté : Je vais le nommer juge dans la ville. », s’il s’agit de quelqu’un d’incompétent en matière de justice, de quelqu’un qui risque de condamner l’innocent et d’innocenter le coupable. Je tiens pour responsable celui qui l’aura nommé, à l’égal de celui qui fait acception de personnes en justice (Sifri)

Comme le petit comme le grand vous écouterez

Il faut qu’un procès portant sur une perouta ait pour toi autant d’importance qu’un procès sur cent manas. S’il se présente devant toi en premier, ne le relègue pas au dernier rang ! (Sanhèdrin 8a). Autre explication : « Comme le petit comme le grand vous écouterez » signifie, conformément au Targoum Onqelos, que l’on ne doit pas dire : « Cet homme est un indigent, et son adversaire est riche. C’est une mitswa de le nourrir ! Aussi vais-je faire gagner son procès au pauvre, de sorte qu’il sera secouru dans la dignité. ». Autre explication : « Comment pourrais-je froisser la dignité de cet homme riche pour un simple dinar ! Je vais le disculper immédiatement et je lui dirai, quand il sortira : “Paie-le, car tu le lui dois !” 

Vous n’aurez pas peur d’un homme

N’ayez pas peur ! Autre explication : L’expression : « vous n’aurez pas peur » signifie que tu ne dois à cause de personne retenir ce que tu as à dire (Sanhèdrin 8a), le mot exprimant la même idée que dans : « celui qui accumule (oguér) [des provisions] en été » (Michlei 10, 5)

Car la justice est à Eloqim

Ce que tu retires injustement à l’un, tu m’obliges à le lui rendre. C’est donc contre moi que tu as fait dévier la justice

Vous me la ferez approcher

C’est pour avoir dit cela que [Mochè] a été empêché de pouvoir juger l’affaire des filles de Tselof‘had (voir Rachi Bamidbar 27, 5). Il en a été de même pour Chemouel, qui avait dit à Chaoul : « C’est moi qui suis le voyant ! » (I Chemouel 9, 19). Le Saint béni soit-Il lui a dit : « Par ta vie ! Je vais te montrer que tu n’es pas un voyant. » Et quand le lui a-t-Il montré ? Quand il est venu oindre David, « il vit Eliav et se dit : “L’oint de Hachem est certainement là, devant moi !” » (I Chemouel 16, 6). Le Saint béni soit-Il lui dit alors : « N’as-tu pas dit : “C’est moi qui suis le voyant !” ? “Ne te fie pas à son apparence… ” (ibid. verset 7) »

1,18
Et je vous prescrivis, dans ce même temps, tout ce que vous aviez à observer.

Toutes les choses que vous ferez

Ce sont les dix différences qui séparent les procès civils des procès criminels (Sanhèdrin 4, 1, 32a)

1,19
Nous partîmes du Horeb, nous traversâmes tout ce long et redoutable désert que vous savez, nous dirigeant vers les monts amorréens, comme l'Éternel notre Dieu nous l'avait prescrit, et nous atteignîmes Kadêch-Barnéa.

Le grand et redoutable désert

Peuplé de serpents aussi [énormes que] des poutres, et de scorpions aussi [vifs que] des arcs (voir infra 8, 15) (Sifri)

1,20
Et je vous dis: "Vous voici arrivés au pied des monts amorréens, que l'Éternel, notre Dieu, nous donne.
1,21
Regarde! L'Éternel, ton Dieu, t'a livré ce pays; va, prends-en possession, comme te l'a dit l'Éternel, Dieu de tes pères; sois sans peur et sans faiblesse!"
1,22
Mais vous vîntes vers moi, tous, en disant: "Nous voudrions envoyer quelques hommes en avant, qui exploreraient pour nous ce pays et qui nous renseigneraient sur le chemin que nous devons suivre et sur les villes où nous devons aller."

Vous vous êtes tous approchés vers moi

Dans le désordre. Et il est écrit plus loin : « Vous vous êtes approchés vers moi, tous les chefs de vos tribus et vos anciens. Vous avez dit : Voici, Hachem, notre Eloqim, nous a fait voir Son honneur et Sa grandeur… », (infra 5, 20 et 21). Cette manière-là de vous approcher était conforme à la bienséance : Les enfants qui respectaient leurs Anciens les ont envoyés devant eux, et les Anciens qui respectaient les chefs ont laissé ceux-ci les précéder. Mais ici, « vous vous êtes “tous approchés” vers moi », dans le désordre, les enfants bousculant les Anciens, et les Anciens bousculant les chefs

Ils nous rendront compte (littéralement : « ils nous rapporteront parole (davar) »)

[Ils nous diront] quelle est la langue dans laquelle ils parlent (medaberim)

Du chemin…

Il n’est de chemin qui ne présente de sinuosité

Et des villes vers lesquelles nous viendrons

En premier, pour les conquérir

1,23
La proposition me plut, et je choisis parmi vous douze hommes, un homme par tribu.

La chose a été bonne à mes yeux

A « mes » yeux, et non à ceux de Hachem. Mais si cela a été « bon aux yeux » de Mochè, pourquoi en a-t-il parlé dans les remontrances ? Cela ressemble à quelqu’un qui aura dit à un autre : « Vends-moi ton âne ! » Celui-ci lui répond : « D’accord ! » – « Me permets-tu de l’essayer ? » – « D’accord ! » – « [De l’essayer] en montagne comme en plaine ? » – « D’accord ! » Voyant qu’il ne formule aucune objection, l’acheteur se dit : « Cet homme est assuré que je n’y trouverai aucun défaut. » Il lui dit alors : « Voici l’argent ! Je n’ai plus besoin de l’essayer. » J’ai de même acquiescé à vos paroles en espérant que vous changeriez d’avis en voyant que je n’émettais pas d’objection, mais cela n’a pas été le cas

J’ai pris d’entre vous

Parmi vos élus, parmi vos purs

Douze hommes

Cela nous apprend que la tribu de Léwi n’en faisait pas partie (Sifri)

1,24
Ils partirent, s'avancèrent sur la montagne, atteignirent la vallée d'Echkol, et explorèrent cette contrée.

Jusqu’au torrent d’Echkol

Cela nous apprend qu’il a été nommé d’après ce qui devait lui arriver un jour (voir Bamidbar 13, 24) (Sifri)

Ils l’ont exploré

Cela nous apprend qu’ils l’ont parcouru dans quatre directions, en long et en large (Sifri)

1,25
Puis ils prirent de ses fruits, qu'ils nous apportèrent, et nous rendirent compte en disant: "Il est bon, le pays que l'Éternel, notre Dieu, nous donne."

Ils l’ont fait descendre vers nous

Cela nous apprend qu’Erets Yisrael est plus élevé que tous les autres pays (Sanhèdrin 69a et 87a)

Ils ont dit : Bon est le pays

Quels sont ceux qui en ont dit du bien ? Yehochou‘a et Calev (Sifri)

1,26
Mais vous refusâtes d'y monter, désobéissant ainsi à la voix de l'Éternel, votre Dieu;

Vous vous êtes rebellés

Expression comportant une connotation de « résistance » : « Vous avez résisté à Sa parole. 

1,27
et vous murmurâtes dans vos tentes et vous dîtes: "C'est par haine pour nous que l'Éternel nous a fait sortir de l'Egypte! C'est pour nous livrer au pouvoir de l'Amorréen, pour nous anéantir!

Vous avez récriminé (watérag-nou)

Par de la médisance. De même : « Paroles de mouchard (nirggan)… » (Michlei 18, 8), de celui qui calomnie

C’est par haine de Hachem pour nous

Il vous aimait, mais vous L’avez haï. Comme le dit un dicton populaire, « la haine que tu éprouves envers quelqu’un, tu la lui attribues envers toi » (Sifri)

C’est par haine de Hachem pour nous qu’Il nous a fait sortir du pays d’Egypte

« Nous avoir fait sortir d’Egypte était une manifestation de haine. » Cela ressemble à un roi de chair et de sang qui aura eu deux fils et qui aura possédé deux champs. L’un de ces champs est irrigué, et l’autre aride. Il donnera le champ bien irrigué à celui qu’il aime, et à celui qu’il hait celui qui est aride. L’Egypte, grâce aux crues du Nil, est un pays bien irrigué, tandis que la terre de Kena‘an est aride. « Il nous a fait sortir d’Egypte pour nous donner le pays de Kena‘an. 

1,28
Où veut-on que nous allions? Nos frères ont abattu notre courage, en disant: Il y a là une race plus grande et plus forte que la nôtre, des villes considérables et fortifiées jusqu'au ciel, et nous y avons même vu des enfants d'Anak."

Les villes grandes et fortifiées dans le ciel

Le texte emploie ici un mode emphatique

1,29
Et je vous répondis: "Vous n'avez pas à trembler ni à les craindre.

Ne vous épouvantez pas (ta‘artsoun)

Expression comportant une connotation de « brisure », ainsi que la rend le Targoum Onqelos, de même que dans : « obligés d’habiter dans la brèche (ba‘arouts) des ravins » (Iyov 30, 6) – dans la brisure des ravins

1,30
L'Éternel, votre Dieu, qui marche à votre tête, lui-même combattra pour vous, tout comme il l'a fait contre l'Egypte, sous vos yeux,

Combattra pour vous

En votre faveur

1,31
et aussi dans ce désert, où tu as vu l'Éternel, ton Dieu, te porter comme un père porte son fils, durant tout le trajet que vous avez fait, jusqu'à votre arrivée en ce lieu-ci.

Et dans le désert où tu as vu

Ce verset fait suite à celui qui le précède : « Comme tout ce qu’Il a fait pour vous en Egypte… », Il le fera aussi « dans le désert où tu as vu qu’Il t’a porté… 

Comme un homme porte son fils

Comme je l’ai expliqué à propos du verset : « L’ange de ha-Eloqim partit, qui allait devant le camp d’Israël… » (Chemoth 14, 19) : « Cela ressemble à quelqu’un qui marche sur une route, précédé par son fils. Si des brigands font irruption, etc. » (voir Rachi Chemoth 14, 20)

1,32
Et dans cette circonstance vous ne vous confieriez pas en l'Éternel, votre Dieu!

Et dans cette chose-là

En ce qu’Il vous a promis de vous amener dans le pays, vous ne la croyez pas

1,33
Lui qui précède votre marche, choisissant les lieux propices à vos stations, la nuit par le feu, pour vous montrer la route à suivre, et le jour par la nuée!"

Pour vous faire voir (larothkhem)

Comme leharothkhem [au hif‘il]. De même : « Pour les conduire (lan‘hotham) par le voyage » (Chemoth 13, 21) [au lieu de lehan‘hotham]. De même : « Pour faire entendre (lachmi‘a) d’une voix de remerciement » (Tehilim 26, 7) [au lieu de lehachmi‘a] . De même : « Pour aller raconter (lagguid) à Yizre‘él » (II Melakhim 9, 15) [au lieu de lehagguid]

1,34
L'Éternel entendit vos paroles, et il s'irrita, et il proféra ce serment:
1,35
"Si jamais un seul de ces hommes, de cette génération mauvaise, voit l'heureux pays que j'ai juré de donner à vos pères!...
1,36
Seul, Caleb, fils de Yefounné, le verra; ce sol qu'il a foulé, je le donnerai à lui et à ses enfants, parce qu'il est resté fidèle au Seigneur."

Dans lequel il a cheminé

Il s’agit de ‘Hèvron, comme il est écrit : « Il vint jusqu’à ‘Hèvron » (Bamidbar 13, 22)

1,37
Contre moi aussi l'Éternel s'irrita à cause de vous, au point de dire: "Tu n'y entreras pas, toi non plus!"

S’est irrité

Il s’est empli de colère

1,38
Josué, fils de Noun, qui est à ton service, c'est lui qui doit y entrer: affermis son courage, car c'est lui qui en donnera possession à Israël.
1,39
Et vos familles, dont vous avez dit: "Elles nous seront ravies", et vos enfants, qui ne discernent pas encore le bien du mal, ceux-là entreront dans ce pays; je le leur donnerai à eux et ils le posséderont.
1,40
Pour vous, changez de direction et acheminez-vous vers le désert, du côté de la mer des Joncs."

Tournez-vous

J’avais eu l’intention de vous faire traverser le pays d’Edom dans sa largeur, du côté du nord, pour vous faire entrer dans le pays. Mais vous avez péché, causant ainsi la survenance d’un obstacle

Tournez-vous

Derrière vous, et passez par le désert en direction de la mer des Joncs. Car le désert dans lequel ils marchaient était au sud du mont Sé‘ir, et situé entre la mer des Joncs et le mont Sé‘ir. Maintenant, avancez en direction de la mer et vous contournerez le mont Sé‘ir par toute sa partie sud, d’ouest en est

1,41
Alors vous vous écriâtes, en me disant: "Nous avons péché contre le Seigneur; nous voulons monter et combattre, comme nous l'a ordonné le Seigneur, notre Dieu." Et chacun de vous ceignit ses armes et vous vous disposâtes à gravir la montagne.

Vous vous êtes disposés (watahinou)

Comme dans : « Nous voici (hinnènnou), nous monterons vers l’endroit… » (Bamidbar 14, 40). C’est l’expression dont vous avez usé : hén (« oui »), pour indiquer que vous étiez prêts

1,42
Mais l'Éternel me parla ainsi: "Dis-leur: Ne montez pas, ne livrez point de combat, car je ne serai point avec vous; ne vous exposez pas aux coups de vos ennemis."

Ne montez pas

Ce ne sera pas pour vous une « montée », mais une « descente » (voir Rachi Bamidbar 16, 12)

1,43
Je vous le redis, mais vous n'en tîntes pas compte; vous désobéîtes à la parole du Seigneur et vous eûtes la témérité de vous avancer sur la montagne.
1,44
L'Amorréen, qui occupe cette montagne, marcha à votre rencontre; et ils vous poursuivirent comme font les abeilles, et ils vous taillèrent en pièces dans Séir, jusqu'à Horma.

Comme le font les abeilles

De même que l’abeille, lorsqu’elle pique quelqu’un, meurt aussitôt, de même eux, quand ils vous ont attaqués, ont-ils aussitôt succombé

1,45
De retour, vous pleurâtes devant le Seigneur; mais le Seigneur fut insensible à vos cris, il ne vous écouta point.

Et Hachem n’a pas écouté votre voix

Vous avez, s’il est permis de s’exprimer ainsi, transformé Sa miséricorde en rigueur

1,46
Vous demeurâtes de longs jours à Kadêch… Vous savez combien de jours vous y avez demeuré.

Vous avez demeuré à Qadéch des jours nombreux

Dix-neuf ans, comme il est écrit : « comme les jours que vous avez demeuré », dans les autres étapes. Comme cela a fait [en tout] trente-huit ans, [c’est donc] dix-neuf ans qu’ils ont passés à Qadéch, et dix-neuf autres en marches cahotantes après lesquelles ils sont retournés à Qadéch, ainsi qu’il est écrit : « Il les a fait errer dans le désert » (Bamidbar 32, 13). Voilà ce que j’ai trouvé dans le Sédèr ‘olam

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