Question d'une internaute : Je suis mariée depuis 11 ans avec un homme formidable, Baroukh Hachem, avec qui je m'entends très bien. Tout devrait parfaitement fonctionner, sauf qu'un petit problème nous empoisonne la vie.

Je ne suis pas du tout "portée sur la chose", disons que je pourrais totalement me passer de relations intimes, même pendant plusieurs semaines, sans en ressentir de manque. Mon mari le ressent et ça le vexe terriblement. Il doit toujours être celui qui provoque les choses et me reproche aussi de ne jamais venir vers lui. Il est devenu très susceptible et moi j'ai l'impression qu'il n'est pas reconnaissant des efforts que je fais pour lui faire plaisir, malgré mon absence de désir. Du coup, cela empiète sur notre couple et empoisonne nos relations au quotidien... C'est une vraie souffrance; pour lui comme pour moi...

Réponse de Mme Nathalie Seyman :

Auriez-vous une solution ?

Dans le judaïsme, la sexualité est l’un des piliers fondamentaux du couple. Au-delà de sa fonction de reproduction, il s’agit d’une véritable union physique et mentale de deux êtres qui se sont unis pour la vie. Une sorte de consécration de la complicité et de l’amour qui les lient. Et pourtant, parfois, il arrive que désir et amour ne coexistent pas, ou plus. Mais alors, quelles sont les raisons qui font que l’on arrive à aimer son conjoint sans pour autant le désirer ? Et quelles sont les solutions qui permettent de retrouver le plaisir de ce rapprochement physique si important pour le couple ? Tout en préservant les préceptes et explications de notre Torah, penchons-nous sur le sujet.

La sexualité dans la Torah

La Torah donne énormément d’importance au plaisir de la femme. L’acte ne doit pas être égoïste, au contraire, il doit vraiment s’agir d’une fusion entre deux âmes et deux corps. Or, la femme et l’homme sont foncièrement différents jusqu’à leur façon et leur moyen de s’abandonner l’un à l’autre. Dans le traité de Nidda, on retrouve l’explication de la différence d’éveil de la libido féminine et masculine : il est plus lent chez la femme, et c’est pour cela que la Halakha invite le mari à tout tenter pour que sa femme arrive à l’épanouissement physique et ne pas se précipiter simplement pour le sien, afin que cela ne devienne pas un acte rapide et bestial, qui serait en total contradiction avec l’esprit de la Torah. Il est aussi rapporté que si l’homme parvient à ce que sa femme arrive au stade du plaisir avant lui, il en sera récompensé par le fait d’engendrer un garçon.

Les raisons d’un manque de désir

Tout d’abord, sachez que vous n’êtes pas la seule dans ce cas. Plus de 30% des femmes vivent cette phase temporaire ou prolongée au cours de leur vie conjugale. Les femmes ne se situent pas du tout au même niveau de désir que les hommes. Elles sont des êtres portés par leurs réflexions et leurs émotions, alors que les hommes savent les faire taire pour être plus à l’écoute de leur besoins physiques. Donc, par essence même, elles sont moins « demandeuses » qu’eux, moins « portées sur la chose », selon vos propres mots. Mais, tout comme il y a des raisons générales à la condition féminine pour expliquer ce manque de désir, il existe des raisons spécifiques à la vie de chacune d’entre nous :

- La routine et la fatigue : travailler, s’occuper des enfants en bas âge et des tâches ménagères, tout en même temps apporte beaucoup de fatigue à la femme qui n’a plus la force et le temps de désirer une sexualité active et de réinventer son couple afin d’éviter la monotonie du quotidien.

- Le stress : les soucis financiers, familiaux, le rythme de vie, etc. peuvent empêcher la femme de ressentir l’envie de s’abandonner avec son mari alors que lui en aura besoin comme exutoire.

- Les contraceptifs hormonaux : la prise de certains contraceptifs entraîne une baisse involontaire de la libido.

- La maternité : après un accouchement, la femme est très sollicitée physiquement et émotionnellement pendant les premiers mois du nourrisson, occultant parfois totalement l’envie d’être une femme pour privilégier celui d’être une mère.

- Une raison médicale : parfois, il est important d’aller voir un gynécologue pour être sûre que tout va bien et écarter cette éventualité.

- Vous-même : peut-être n’êtes-vous pas à l’aise avec votre corps ou avec votre intimité et que cela vous bloque par pudeur, peur des interdits ou de mal faire ?

- Le mari lui-même : parfois, même si on adore son mari, quelque chose peut nous gêner chez lui au point de nous ôter tout désir (odeur, surpoids, paroles et gestes inappropriés pendant l'acte, etc.). Peut-être même sa façon de s’y prendre avec vous intimement ?

Identifier les raisons qui vous ôtent l’envie de ce rapprochement avec votre mari vous permettra de mettre en place les solutions qui donneront la possibilité de vous en sortir.

Les solutions

- Les règle de Nidda sont très importantes pour le couple, car elles permettent de créer un manque et de le combler ensuite. En ne se touchant pas pendant deux semaines, on se rend compte du trésor qui se tient près de nous, qui nous est interdit et donc plus désirable à nos yeux. La préparation de la soirée du retour du Mikvé fait partie des prémices qui font monter le désir. Ce rituel nous permet de ne jamais entrer dans la routine conjugale en permettant chaque mois d’organiser une nouvelle nuit de noce.

- Organisez-vous une fois par an si c’est possible une semaine de vacances tous les deux sans les enfants, un week-end si vous ne pouvez pas faire autrement, afin de vous retrouver entièrement l’un à l’autre et l’un pour l’autre.

- Obligez-vous à lâcher prise sur vos angoisses et problèmes extérieurs lorsque vous vous retrouvez intimement avec votre mari, fermez votre cerveau pour vous concentrer sur vous, sur votre plaisir et votre désir, car, à ce moment, seul votre couple doit compter.

- Une femme a besoin d’être stimulée que ça soit de manière auditive, visuelle ou tactile. Et chacune a sa manière propre à elle.

- Parlez-vous de ce sujet sans tabou. Il ne peut pas le deviner si vous ne lui parlez pas franchement et sans faux-semblants. C’est important pour lui et pour vous de libérer votre parole à deux. Expliquez-lui ce qui ne va pas, ce qui vous gêne et vous bloque.

Enfin, l’important est de trouver un équilibre qui ne sera propre qu’à votre couple et non vouloir atteindre une performance statistique qui ne veut rien dire.

Conseils à votre mari

Cher monsieur, votre femme vous aime tendrement et il vous faut garder en tête qu’une femme qui aime est une femme qui désire. Seulement, pour des raisons qui vous sont propres à vous deux, son désir s’est endormi et votre objectif à atteindre va être de le réveiller. Il vous faudra beaucoup de patience et d’amour pour y arriver. Ne la culpabilisez pas ! Votre femme aura besoin que vous dédramatisiez la situation en évitant de vous vexer, car cela l’amène à un peu plus de pression anxiogène, ennemie de la libido féminine. Il vous faudra la complimenter sans cesse sur sa beauté, son corps, ses qualités. Se sentir désirable est indispensable pour désirer l’autre. Il est important de prendre votre temps afin de la mettre en condition et de ne pas passer d’une étape à l’autre de but en blanc. Demandez-lui ce qu’elle aime, ce qui lui ferait plaisir. Il faut que vous ne soyez centré que sur son épanouissement physique afin de lui permettre de retrouver ce plaisir à deux. Laissez-la vous parler de ce qui la gêne sans vous en offusquez, car le but est positif et constructif, et, en vous vexant, vous l’empêcheriez de vous parler franchement, et finalement, vous vous retrouverez face à une impasse. Le Talmud nous dit : « Si ta femme est petite, alors penche-toi ». C’est à vous d’aller vers elle afin de traverser ensemble cette épreuve rapidement et définitivement avec l’aide d’Hachem.

Kol Touv

Si vous avez une question à poser à la psy, envoyez un mail sur l'adresse suivante entrefemmes@torah-box.com. Mme Seyman essaiera d’y répondre et la réponse sera diffusée de façon totalement anonyme.