Il est écrit dans notre paracha Toledot : « Les enfants se poussaient en son sein… » (Beréchit 25:22)

Le commentateur Rachi explique ce verset ainsi : « [Les enfants] se poussaient » : Quand elle passait devant l’entrée des lieux d’étude de  la Thora de Chem et Ever, Yaacov s’agitait pour sortir [du ventre de sa mère]… Quand elle passait devant des lieux d’idolâtrie, Essav s’agitait pour sortir…

Le midrach rapporté par Rachi semble impliquer qu’Essav était mauvais depuis le stade embryonnaire. Les commentateurs soulèvent une question sur ce midrach[1] ; certaines sources affirment que le yétser hara n’entre en l’homme qu’au moment de sa naissance, or selon ce midrach, Essav avait déjà un mauvais penchant très puissant, dans le ventre de sa mère !

Le rav Nathan Weiss chlita répond en analysant de plus près les mots de Rachi — celui-ci dit uniquement qu’Essav était attiré par les lieux où l’on s’adonnait à l’idolâtrie, mais il ne nous précise pas ce qu’il voulait y faire.

Cela signifie qu’Essav éprouvait une attirance innée pour ces endroits du Mal, mais qu’en grandissant, il aurait pu exploiter ce penchant de manière constructive ; la méthode la plus élémentaire pour y parvenir étant de démolir de tels lieux, plutôt que d’en être détruit spirituellement.

Nous voyons donc qu’Essav n’était pas encore mauvais dans le sein de sa mère. Il avait une prédisposition qu’il pouvait utiliser pour le bien ou pour le mal.

D’ailleurs, une analyse approfondie des sources rabbiniques décrivant les premières années d’Essav prouve que ce dernier possédait effectivement une grande capacité à combattre le mal. La Thora décrit le jeune Essav comme « un homme qui savait piéger » [2]. Le midrach nous fournit une explication de cette expression : il piégeait les criminels, par son discours ; quand ces derniers niaient leur implication dans un crime, il parlait avec eux, leur tendant des pièges de façon à ce qu’ils admettent la vérité [3].

Le Targoum Yonathan sur le même verset fait une révélation encore plus étonnante — Essav tua en réalité le chef des idolâtres, Nimrod. Il avait donc évidemment une capacité à abolir le mal.

Si Essav avait continué à canaliser son attirance naturelle pour le mal de manière positive, il aurait sans doute atteint de hauts niveaux et empli le rôle qu’Its’hak désirait pour lui. Au lieu de cela, il se laissa entraîner par l’immoralité ambiante et devint un pécheur de la pire espèce.

Le midrach nous informe qu’un tout autre personnage du Tanakh (Pentatheuque) avait une inclination similaire à celle d’Essav – le vertueux roi David. Quand Hachem envoya le prophète Chemouel oindre David pour le désigner roi, il vit qu’il était roux. La couleur rouge symbolise le meurtre et quand Chemouel vit que David avait ce tempérament, il eut peur qu’il devienne un assassin comme Essav. Hachem le rassura en lui disant que David utiliserait cette impulsion convenablement, l’employant quand la halakha (loi juive) le dicterait. En effet, David tua de nombreux ennemis du Klal Israël [4].

Nous avons vu que le penchant naturel d’Essav pour le mal ne lui réservait pas obligatoirement un destin de pécheur ; c’est en grandissant qu’il utilisa son libre arbitre de manière négative.

Cela nous enseigne une leçon importante quant à la façon dont une personne doit développer ses traits de caractère. Chacun de ces attributs peut être utilisé négativement ou positivement ; on peut choisir de les exploiter à des fins égoïstes ou de les canaliser de façon positive, pour accomplir la volonté d’Hachem.
 



[1] Gour Arié, Beréchit 25:22. Il rapporte le passouk dans Beréchit 4:7 qui décrit ainsi le yétser hara : « La faute est tapie à l’entrée ». « À l’entrée » fait référence au moment où le bébé vient au monde.

[2] Beréchit 25 : 22.

[3] Beréchit Raba 63 : 10

[4] Beréchit Raba 63:11