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Vaye'hi
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47,28
Jacob vécut dans le pays d'Égypte dix sept ans; la durée de la vie de Jacob fut donc de cent quarante-sept années.
Ya’aqov vécut
Pourquoi ce récit est-il « fermé » [c’est-à-dire non séparé du paragraphe précédent par un alinéa] ? C’est parce qu’il contient le récit de la mort de Ya‘aqov, laquelle a marqué le début de la souffrance de l’esclavage, et donc de la « fermeture » des yeux et des cœurs d’Israël. Autre explication : Ya‘aqov voulait livrer à ses fils le secret de la fin des temps (voir Rachi infra 49, 1), mais sa vision a été « fermée » (Beréchith raba 96, 1)
47,29
Les jours d'Israël approchant de leur terme, il manda son fils Joseph et lui dit: "Si tu as quelque affection pour moi, mets, je te prie, ta main sous ma hanche pour attester que tu agiras envers moi avec bonté et fidélité, en ne m'ensevelissant point en Egypte.
Les jours d’Israël s’approchèrent de la mort
Lorsque la Tora dit de quelqu’un qu’il « approche de la mort », c’est qu’il n’atteindra pas l’âge de ses pères (Beréchith raba 96, 3). Yits‘haq a vécu cent quatre-vingts ans, et Ya‘aqov seulement cent quarante-sept. De même est-il écrit chez Dawid que « ses jours approchaient de mourir » (I Melakhim 2, 1). Or, il n’a vécu que soixante-dix ans, alors que son père en a vécu quatre-vingts
Mets
Et jure
Bonté et vérité
La bonté que l’on témoigne aux morts est une « bonté de vérité », car on n’en attend rien en retour (Beréchith raba 96, 5)
Ne m’enterre pas
Car sa terre sera un jour vermine, qui s’agiterait sous mon corps. De plus, les morts ensevelis hors d’Erets Israël « vivent » dans la souffrance des migrations souterraines. Je ne veux pas, enfin, que les Egyptiens me rendent un culte idolâtre
47,30
Quand je dormirai avec mes pères, tu me transporteras hors de l'Égypte et tu m'enseveliras dans leur sépulcre." Il répondit: "Je ferai selon ta parole."
Je serai couché (wechakhavti) avec mes pères
La conjonction we (« et ») relie ce verset au début de celui qui précède : « mets, je te prie, ta main sous ma hanche », et jure-moi, et alors « je serai couché avec mes pères, tu me transporteras hors de l’Egypte. ». Il ne faut pas interpréter les mots : « je serai couché avec mes pères » comme voulant dire : « fais-moi reposer avec mes pères », dans la même tombe, car il est écrit ensuite : « tu me transporteras hors de l’Egypte, et tu m’enterreras dans leur sépulture ». L’expression « être couché avec ses pères » signifie, d’ailleurs, « mourir », et non « être enterré », comme dans : « Dawid fut couché avec ses pères... ». suivi de : « ... et il fut enterré dans la ville de Dawid » (I Melakhim 2, 10)
47,31
Il reprit: "Jure-le-moi" et il le lui jura; et Israël s’inclina sur le chevet du lit.
Israël se prosterna
Incline-toi, [comme dit le dicton], vers le renard en son heure [de puissance, même si c’est au lion qu’appartient la dignité royale] (Meguila 16b)
A la tête du lit
Il s’est tourné vers la chekhina. D’où l’on apprend que la chekhina se trouve au-dessus de la tête d’un malade (Nedarim 40b). Autre explication de « à la tête du lit » : Sa « couche » était parfaite, en ce qu’il ne s’y trouvait pas d’impie. Car Yossef, qui était devenu roi après avoir été emmené en captivité parmi les païens, s’était néanmoins maintenu dans sa piété (Sifri Waeth‘hanan 31)
48,1
II arriva, après ces faits, qu'on dit à Joseph: "Ton père est malade." Et il partit emmenant ses deux fils, Manassé et Éphraïm.
On dit à Yossef
Un des messagers. La phrase est elliptique, [le sujet du verbe « dit » n’étant pas indiqué]. Certains enseignent que c’était Efrayim, qui avait l’habitude d’étudier auprès de Ya‘aqov. Lorsque Ya‘aqov est tombé malade dans le pays de Gochèn, il s’est rendu chez son père en Egypte pour le lui annoncer (Midrach tan‘houma 6)
Il prit avec lui ses deux fils
Pour que Ya‘aqov les bénisse avant sa mort
48,2
On l'annonça à Jacob, en disant: "Voici que ton fils Joseph vient te voir." Israël recueillit ses forces et s'assit sur le lit.
On raconta
Quelqu’un l’annonça à Ya‘aqov, sans que le texte précise qui. Il existe de nombreux versets ainsi abrégés
Israël rassembla ses forces
Ya‘aqov a dit : Il est mon fils, mais il est un roi. Je lui dois donc des honneurs. D’où l’on apprend que l’on doit des honneurs à la royauté (Midrach tan‘houma Bo 7). Mochè aussi a rendu honneur à la royauté (Chemoth 11, 8) : « tous tes serviteurs que voici descendront vers moi », (manière délicate de lui dire : « Tu seras toi-même forcé de descendre vers moi. »). De même Eliyahou : « Il ceignit ses reins et courut au devant de A‘hav » (I Melakhim 18, 46)
48,3
Et Jacob dit à Joseph: "Le Dieu tout-puissant m'est apparu à Louz, au pays de Canaan et m'a béni.
48,4
Il m'a dit: ‘Je veux te faire croître et fructifier et je te ferai devenir une multitude de peuples; et je donnerai ce pays à ta postérité ultérieure, comme possession perpétuelle.'
Je ferai de toi une assemblée de peuples
Dieu m’a ainsi promis qu’il sortira de moi, de nouveau, une assemblée de peuples. Il est vrai qu’il m’avait déjà annoncé : « un peuple, une assemblée de peuples proviendra de toi » (supra 35, 11). Lorsqu’Il parlait « d’un peuple », il s’agissait de Binyamin. Lorsqu’Il parlait « d’une assemblée de peuples », Il faisait allusion à deux peuples en plus de Binyamin. Or, je n’ai plus eu d’autre fils depuis que cette promesse m’a été faite. C’est donc que Dieu a entendu m’annoncer que l’une de mes tribus sera partagée en deux. C’est ce privilège que je vais maintenant te transmettre
48,5
Eh bien! Tes deux fils, qui te sont nés au pays d'Égypte avant que je vinsse auprès de toi en Égypte, deviennent les miens; non moins que Ruben et Siméon, Éphraïm et Manassé seront à moi.
Avant que je vienne auprès de toi
Avant que je sois arrivé auprès de toi, c’est-à-dire : entre le moment où tu as été séparé de moi et celui où je suis arrivé auprès de toi
Ils sont miens
Ils entrent dans le compte de mes autres fils, de manière à recevoir, chacun séparément, sa part de territoire
48,6
Quant aux enfants que tu engendrerais après eux, ils te seront attribués: ils s'appelleront du nom de leurs frères, à l'égard de leur héritage.
Quant à l’engendrement...
Si tu devais engendrer d’autres enfants, ils n’entreront pas dans le compte de mes fils, mais ils seront intégrés aux tribus d’Efrayim et de Menachè, sans pouvoir porter, aux côtés des autres tribus, un nom particulier qui leur donnerait droit à une part d’héritage. Il est vrai que le pays sera partagé au prorata du nombre de têtes, ainsi qu’il est écrit : « à celui qui est nombreux tu augmenteras son héritage, à celui qui est peu nombreux tu diminueras son héritage » (Bamidbar 26, 54). Il est vrai aussi que chacun, sauf les aînés, recevra part égale, [les descendants de Yossef recevant, qu’ils aient constitué une seule ou deux tribus, la même part de territoire]. Cependant, seuls ces enfants-là, [descendants d’Efrayim et de Menachè] porteront le nom d’une tribu spécifique, avec les conséquences que cela comporte : participation au tirage au sort, désignation d’un chef de tribu et attribution d’un drapeau
48,7
Pour moi, quand je revins du territoire d'Aram, Rachel mourut dans mes bras au pays de Canaan pendant le voyage, lorsqu'une kibra de pays me séparait encore d'Éphrath; je l'inhumai là, sur le chemin d'Éphrath, qui est Bethléem."
Et moi
Ce désagrément de devoir transporter mon corps pour l’enterrer au pays de Kena‘an, je te l’impose alors que moi-même ne l’ai pas fait pour ta mère. Elle est morte tout près de Beith Lè’hem, [et je n’ai pas pris la peine de l’enterrer ailleurs qu’au lieu de son décès]
Une kivra de pays
Le mot kivra désigne une mesure de longueur, égale à deux mille coudées, comme la distance maximum qu’il est permis de parcourir le chabath. C’est ce qu’enseigne rabi Mochè Hadarchan. Et ne crois pas que ce sont les pluies qui m’ont empêché de la transporter jusqu’à ‘Hèvron pour l’y enterrer : C’était la saison sèche, et le sol était percé et garni de trous comme une passoire (kevara)
Je l’ai enterrée là
Je ne l’ai même pas transportée jusqu’à Beith Lè’hem, pour l’amener en pays habité. Et je sais que tu m’en fais intérieurement le reproche. Mais sache que c’est sur ordre divin que je l’ai enterrée à cet endroit, afin qu’elle vienne au secours de ses descendants lorsque Nevouzaradan les enverra en exil et qu’ils passeront près de son tombeau (Pessiqta rabathi 3). Ra‘hel sortira alors de sa sépulture et elle implorera pour eux, en pleurant, la miséricorde divine, ainsi qu’il est écrit : « une voix est entendue à Rama... ». (Yirmeya 31, 14). Et le Saint béni soit-Il répondra : « ton acte aura sa récompense, parole de Hachem, et tes enfants retourneront dans leur frontière » (versets 15 et 16). Le Targoum Onqelos traduit le mot kivra par « un labour de terre », c’est-à-dire ce que l’on peut labourer en un jour. Je pense qu’ils avaient une mesure fixe qu’ils appelaient : « pour un seul labour ». En français médiéval : « charuede ». Tout comme nous disons : « il laboure (kariv) et recommence » (Baba Metsi‘a 107a), « autant qu’en emporte un renard d’un champ labouré (bé karba) » (Yoma 43b)
48,8
Israël remarqua les enfants de Joseph et il dit: "Qui sont ceux-là?"
Israël vit les fils de Yossef
Il voulait les bénir, mais la chekhina s’est retirée de lui, parce que d’Efrayim allaient un jour sortir Yerov’am (Jéroboam) et A‘hav (Achab), et de Menachè Yéhou (Jéhu) et ses fils (Midrach tan‘houma 6, Pessiqta rabathi 3)
Il dit : Qui sont ceux-là
D’où sont sortis ceux-là, qui ne sont pas dignes de recevoir une bénédiction 
48,9
Joseph répondit à son père: "Ce sont mes fils, que Dieu m'a donnés dans ce pays." Jacob reprit: "Approche-les de moi, je te prie, que je les bénisse."
Ici (bazè – littéralement : « par ceci »)
Il lui a montré son acte de fiançailles et son acte de mariage. Yossef a imploré la miséricorde divine, et l’esprit saint est revenu reposer sur Ya‘aqov (Midrach tan‘houma 6)
Il dit : Prends-les vers moi
Voici à quoi fait allusion le texte : « Et moi, j’ai été un guide pour Efrayim, pour qu’il “les” prenne (qa‘ham) sur ses bras » (Hoché‘a 11, 3), c’est-à-dire : J’ai dirigé mon esprit en Ya‘aqov, à cause d’Efrayim, afin qu’il « les » prenne [Efrayim et Menachè] sur ses bras
48,10
Or, les yeux d'Israël, appesantis par la vieillesse, ne pouvaient plus bien voir. Il fit approcher de lui ces jeunes gens, leur donna des baisers, les pressa dans ses bras;
48,11
et Israël dit à Joseph: "Je ne comptais pas revoir ton visage et voici que Dieu m'a fait voir jusqu'à ta postérité".
Je n’avais pas pensé (lo filalti)
Mon cœur ne s’était même pas hasardé à imaginer que je reverrais encore ton visage. Le mot filalti a le sens de « penser », comme dans : « apporte un conseil, produis une pensée (felila) » (Yecha’ya 16, 3)
48,12
Joseph les retira d'entre ses genoux et se prosterna devant lui jusqu'à terre.
Yossef les retira
Après que Ya‘aqov les eut embrassés, Yossef les retira d’entre ses genoux pour les placer l’un à droite, l’autre à gauche, afin qu’il pût poser ses mains sur eux et les bénir
Il se prosterna devant lui
Dans un mouvement de recul, face à son père
48,13
Puis Joseph les prit tous deux, Éphraïm de la main droite, à gauche d'Israël et Manassé de la main gauche, à droite d'Israël; et il les fit avancer vers lui.
Efrayim à sa droite
Quand on se présente devant quelqu’un, on a sa droite face à la gauche de l’autre. Menachè étant l’aîné, il aurait dû être à sa droite pour recevoir sa bénédiction
48,14
Israël étendit la main droite, l'imposa sur la tête d'Éphraïm, qui était le plus jeune et mit sa main gauche sur la tête de Manassé; il croisa ses mains, quoique Manassé fut l'aîné.
Il plaça (sikél) ses mains
Traduction du Targoum : Il mit de l’intelligence (sékhèl) dans ses mains. Il a intentionnellement, avec réflexion et intelligence, placé ses mains à cet effet, en connaissance de cause. Il savait que Menachè était l’aîné, et malgré cela il n’a pas mis sa main droite sur lui
48,15
Il bénit Joseph, puis dit: "Que la Divinité dont mes pères, Abraham et Isaac, ont suivi les voies; que la Divinité qui a veillé sur moi depuis ma naissance jusqu'à ce jour;
48,16
que l'ange qui m'a délivré de tout mal, bénisse ces jeunes gens! Puisse-t-il perpétuer mon nom et le nom de mes pères Abraham et Isaac! Puisse-t-il multiplier à l'infini au milieu de la contrée."
Que l’ange qui m’a délivré
L’ange qui m’est envoyé habituellement dans ma détresse, ainsi qu’il est écrit : « un ange de Eloqim me dit dans le rêve... Je suis le Qél de Beith-El » (supra 31, 11 et suivants)
bénisse les enfants
Menachè et Efrayim
Et qu’ils se multiplient (weyidgou)
Comme les poissons (daguim) qui fructifient et se multiplient sans que le mauvais œil ait prise sur eux
48,17
Joseph remarqua que son père posait sa main droite sur la tête d'Éphraïm et cela lui déplut; il souleva la main de son père pour la faire passer de la tête d'Éphraïm sur la tête de Manassé
Il soutint la main de son père
Il la souleva de dessus la tête de son fils, et la soutint dans sa propre main
48,18
et il dit à son père: "Pas ainsi, mon père! Puisque celui-ci est l’aîné, mets ta main droite sur sa tête."
48,19
Son père s'y refusa et dit: "Je le sais, mon fils, je le sais; lui aussi deviendra un peuple et lui aussi sera grand: mais son jeune frère sera plus grand que lui et sa postérité formera plusieurs nations."
Je sais
Qu’il est l’aîné
Lui aussi deviendra un peuple
Car c’est de lui que sortira Guid’on (Gédéon), par l’intermédiaire de qui le Saint béni soit-Il opérera un miracle (Midrach tan‘houma 6)
Cependant
Car c’est de lui que sortira Yehochou‘a, qui donnera sa terre à Israël et qui lui enseignera la Tora (ibid.)
Et sa descendance sera une plénitude de nations
Le monde entier sera fasciné par son prestige et par son renom quand Yehochou‘a arrêtera le soleil à Guiv‘on, et la lune dans la vallée d’Ayalon (Yehochou‘a 10, 12, ‘Avoda Zara 25a)
48,20
Il les bénit alors et il dit: "Israël te nommera dans ses bénédictions, en disant: Dieu te fasse devenir comme Éphraïm et Manassé!" II plaça ainsi Éphraïm avant Manassé.
En toi Israël bénira
Quand on voudra bénir ses enfants, on les bénira en récitant la bénédiction qui leur a été octroyée, et l’on dira à son fils : « Eloqim te fasse devenir comme Efrayim et Menachè ! 
Il plaça Efrayim
Dans sa bénédiction, avant Menachè, lui donnant ainsi préséance dans l’ordre des drapeaux (Bamidbar 2, 18 et 10, 22) et pour l’inauguration du tabernacle (Bamidbar 7, 48 et 54, Beréchith raba 97, 5)
48,21
Israël dit à Joseph: "Voici, je vais mourir. Dieu sera avec vous et il vous ramènera au pays de vos aïeux.
48,22
Or, je te promets une portion supérieure à celle de tes frères, portion conquise sur l'Amorréen, à l'aide de mon épée et de mon arc."
Et moi
Parce que tu te seras astreint à t’occuper de ma sépulture, je te donne moi aussi en héritage un lieu où tu seras inhumé. Et quel est-il ? C’est Chekhem (Sichem), ainsi qu’il est écrit : « Et les ossements de Yossef que les enfants d’Israël avaient ramenés d’Egypte, ils les inhumèrent à Chekhem » (Yehochou‘a 24, 32)
Une part (chekhem) au-dessus de tes frères
Le mot chekhem (« part ») est à prendre à la lettre : il s’agit effectivement de la ville de Chekhem, qui te sera attribuée en supplément par rapport à tes frères
Par mon épée et par mon arc
Lorsque Chim‘on et Léwi ont tué les habitants de Chekhem, toutes les populations environnantes se sont liguées contre eux. Aussi Ya‘aqov a-t-il dû prendre les armes pour les combattre (Beréchith raba 80, 10). Autre explication [de la « part “au-dessus” »] : La part au-dessus, c’est celle dévolue à l’aîné (Beréchith raba 97, 6). Or, ses fils ont reçu deux parts, et le mot chekhem signifie « part », ainsi qu’il résulte de nombreux exemples dans le texte : « car tu les mettras en parts (chèkhèm) » (Tehilim 21, 13), c’est-à-dire : tu feras en sorte que mes ennemis soient éparpillés devant moi. « Je vais partager la part (chekhem) » (Tehilim 60, 8). « En route ils tueront pour sa part (chèkhma) » (Hoché‘a 6, 9), c’est-à-dire chacun sa part. « Pour Le servir d’une seule part (chekhem) » (Tsefania 3, 9), c’est-à-dire d’un même esprit
Que j’ai prise de la main du Emori
De la main de ‘Essaw, qui a agi comme un Emori. Autre explication : qui trompait mon père par les paroles (imré) de sa bouche (voir Rachi supra 25, 28)
Par mon épée et par mon arc (ouveqachti)
(Par mes armes spirituelles, à savoir) ma sagesse et ma prière (baqachathi) (voir Targoum Onqelos et Baba Batra 123a)
49,1
Jacob fit venir ses fils et il dit: "Rassemblez-vous, je veux vous révéler ce qui vous arrivera dans la suite des jours.
Je veux vous raconter
Ya‘aqov voulait leur révéler la fin des temps, mais la chekhina s’est retirée de lui, et il s’est mis à parler d’autres choses (Pessa‘him 56a, Beréchith raba 98, 2)
49,2
Pressez-vous pour écouter, enfants de Jacob, pour écouter Israël votre Père.
49,3
Ruben! Tu fus mon premier-né, mon orgueil et les prémices de ma vigueur: le premier en dignité, le premier en puissance.
Prémices de ma vigueur
« Première manifestation de ma virilité », car il ne s’était jamais rendu impur
Ma vigueur (oni)
Ma force, comme dans : « je me suis trouvé de la force (on) » (Hoché‘a 12, 9), « dans l’abondance de la force (onim) » (Yecha’ya 40, 26), « à celui qui est sans forces (onim) (Yecha’ya 40, 29)
Le premier en dignité (seéth)
Tu aurais dû, [en tant qu’aîné], avoir le pas sur tes frères par le privilège de la prêtrise. Il est fait ici allusion à l’élévation (nessiath) des mains [lors de la bénédiction sacerdotale] (Beréchith raba 98, 4)
Le premier en puissance (‘az)
Par la royauté, comme dans : « il donne la puissance (‘az) à son roi » (I Chemouel 2, 10). Et pour quelle raison as-tu perdu tout cela ?..
49,4
Impétueux comme l'onde, tu as perdu ta noblesse! Car tu as attenté au lit paternel, tu as flétri l'honneur de ma couche.
Impétueux comme les eaux
L’impétuosité, la précipitation avec lesquelles tu t’es hâté de montrer ta colère. Comme les eaux qui se précipitent dans leur course. C’est pourquoi..
... Tu n’auras pas l’avantage
Tu ne recevras pas ces multiples prérogatives qui auraient dû te revenir. Et quelle a été cette précipitation ?..
... Tu as attenté au lit paternel
Tu as profané Celui qui veillait sur ma couche, à savoir la chekhina, qui était toujours au-dessus de mon lit (Chabath 55b et Rachi ibid.)
Le mot pa‘haz (« impétueux »)
Le mot pa‘haz (« impétueux ») est un substantif voulant dire « impétuosité ». Aussi l’accent tonique est-il mis sur l’avant-dernière syllabe (pé), les deux syllabes étant chacune ponctuée d’un pata‘h. Si c’était un verbe au passé (« tu t’es précipité »), il serait ponctué d’un qamats sous la première syllabe et d’un pata‘h sous la seconde, et l’accent tonique serait mis sur la dernière syllabe (‘haz)
Ma couche (yetsou‘i)
Ce mot désigne une couche, et il est de la même famille que hitsi’a (« étendre ») : on y « étend » draps et couvertures. Il existe de nombreux exemples similaires : « si je monte sur le lit de ma couche (yetsou’aï) » (Tehilim 132, 3), « si je me souviens de toi sur mon lit (yetsou’aï) (Tehilim 63, 7)
49,5
Siméon et Lévi! Digne couple de frères; leurs armes sont des instruments de violence.
Chim‘on et Léwi sont frères
Animés d’un même dessein contre Chekhem et contre Yossef (Midrach tan‘houma 9). Il est écrit : « ils dirent chaque homme “à son frère”... et maintenant, venez et tuons-le ! » (supra 37, 19 et 20). Qui étaient-ils ? Diras-tu que c’était Reouven ou Yehouda ? Mais ils n’étaient pas d’accord pour le tuer (supra 37, 21-22-26). Diras-tu que c’était les fils des servantes ? Mais la haine qu’ils éprouvaient envers Yossef n’était pas violente, ainsi qu’il est écrit : « passant son enfance avec les fils de Bilha et les fils de Zilpa, femmes de son père » (supra 37, 2). Quant à Yissakhar et Zevouloun, ils ne prenaient pas la parole pas en présence de leurs frères aînés. Force est donc de conclure que c’était Chim‘on et Léwi, ceux-là mêmes que leur père appelle ici des « frères » (Midrach tan‘houma)
Instruments de violence (‘hamas)
[Le mot ‘hamas peut signifier quelque chose d’usurpé]. L’activité homicide est ‘hamas : elle ne vient pas de vous. Elle prend son origine dans la bénédiction conférée à ‘Essaw. C’est à lui qu’elle appartient, et vous la lui avez usurpée (‘hamastèm) (ibid.)
Leurs armes (mekhérothéhem)
Le mot « épée » se dit en grec : makhaïra (ibid.). Autre explication : ils ont pris l’habitude d’employer des armes dans le pays où ils habitaient (megouratham), [les lettres kaf et guimèl étant interchangeables], comme dans : « ton pays d’habitation (mekhorothayikh) et ton pays natal » (Ye‘hezqel 16, 3). Et c’est ainsi que le rend le Targoum Onqelos
49,6
Ne t'associe point à leurs desseins, ô mon âme! Mon honneur, ne sois pas complice de leur alliance! Car, dans leur colère, ils ont immolé des hommes et pour leur passion ils ont frappé des taureaux.
A leurs desseins que mon âme...
C’est l’histoire de Zimri (Bamidbar 25, 6 à 15), [le mot sod (« dessein ») pouvant être rendu par « complot »]. Quand la tribu de Chim‘on s’est réunie et a amené la femme midyanite devant Mochè, ils ont demandé : « Cette femme est-elle interdite ou permise ? Si tu dis qu’elle est interdite, qui donc t’a permis la fille de Yithro ? » (Sanhèdrin 82a, Beréchith raba 99, 6). Que mon nom ne soit pas mentionné à ce propos ! De fait, la Tora dit de Zimri qu’il était « fils de Salou, chef d’une famille paternelle de la tribu de Chim‘on » (Bamidbar 25, 14), sans ajouter : « fils de Ya‘aqov »
A leur assemblée
Quand Qora‘h, membre de la tribu de Léwi, ameutera toute la communauté contre Mochè et contre Aharon
Que mon honneur ne se joigne pas
Que mon nom ne leur soit pas associé ! (Beréchith raba 98, 5). Aussi est-il écrit : « Qora‘h, fils de Yitshar, fils de Qehath, fils de Léwi » (Bamidbar 16, 1), sans qu’il soit ajouté : « fils de Ya‘aqov ». En revanche lorsqu’il s’agit, dans Divrei haYamim, de justifier la généalogie des fils de Qora‘h pour ce qui est de leur aptitude au service sacerdotal, il est écrit : « fils de Qora‘h, fils de Yitshar, fils de Qehath, fils de Léwi, fils d’Israël » (I Divrei haYamim 6, 22 et 23)
Que mon honneur ne se joigne pas
Le mot kavod (« honneur ») est du genre masculin. Il faut donc nécessairement expliquer le verbe « se joigne » (thé‘had) comme étant à la deuxième personne du masculin, et non à la troisième personne du féminin. C’est donc Ya‘aqov qui s’adresse ici à son honneur : « toi, mon honneur, tu ne t’associeras pas à eux ! », comme dans : « tu ne t’associeras pas (lo thé’had) à eux dans la tombe » (Yecha’ya 14, 20)
Car dans leur colère ils ont tué un homme
Il s’agit de ‘Hamor et des habitants de Chekhem qui, tous réunis, n’étaient pas plus redoutés que s’ils n’avaient été qu’un seul homme. Il en est de même pour Guid’on (Gédéon) : « tu frapperas les Midyanites comme un seul homme » (Choftim 6, 16), et pour l’Egypte : « coursier [au singulier] et cavalier [au singulier], il les a lancés dans la mer » (Chemoth 15, 1), [comme si toute l’armée égyptienne ne consistait qu’en un seul coursier et un seul cavalier]. Telle est l’explication du midrach (Beréchith raba 99, 6). Quant au sens simple, lorsqu’on a affaire à beaucoup d’hommes, on dit « homme » au singulier, chacun étant pris séparément. Dans leur colère, ils ont tué « chaque homme » contre lequel ils étaient irrités, comme dans : « il a appris à saisir une proie, il a dévoré un homme [équivalent à “des hommes”, selon le contexte] » (Ye‘hezqel 19, 3)
Et dans leur arbitraire ils ont déraciné (‘iqrou) un taureau
Ils ont voulu abattre Yossef, qui est appelé chor (« taureau »), ainsi qu’il est écrit : « le premier-né de son taureau (choro), à lui la majesté » (Devarim 33, 17). Le verbe ‘aqor (« déraciner ») se dit en français médiéval : « esjareter » (« couper les jarrets »). Même mot dans : « tu couperas les jarrets (te’aqér) de leurs chevaux » (Yehochou‘a 11, 6)
49,7
Maudite soit leur colère, car elle fut malfaisante et leur indignation, car elle a été funeste! Je veux les séparer dans Jacob, les disperser en Israël.
Maudite soit leur colère
Même à l’heure des reproches, ce n’est pas eux que maudit Ya‘aqov, mais leur colère (Beréchith raba 99, 6). C’est ce que dira Bil’am : « comment maudirais-je celui que Dieu n’a pas maudit ? » (Bamidbar 23, 8)
Je les séparerai dans Ya’aqov
Je les séparerai l’un de l’autre : Léwi ne comptera pas dans le nombre des tribus (Bamidbar 26, 62, Beréchith raba 98, 5), aussi resteront-ils séparés. Autre explication : Ce n’est que dans la tribu de Chim‘on que l’on trouve des pauvres, des copistes et des instituteurs, afin qu’ils restent dispersés (Beréchith raba 99, 6). Quant à la tribu de Léwi, on en a fait des gens qui font la tournée des granges pour recueillir les teroumoth (prélèvements réservés aux kohanim) et les ma‘asseroth (dîmes revenant aux Lévites), leur dispersion se présentant sous une forme plus digne
49,8
Pour toi, Juda, tes frères te rendront hommage; ta main fera ployer le cou de tes ennemis; les enfants de ton père s'inclineront devant toi!
Yehouda
Comme Ya‘aqov avait adressé à ses trois frères aînés des paroles de réprimande, Yehouda, son tour venu, a commencé de reculer, craignant que son père le blâme à cause de l’affaire de Tamar (Beréchith raba 98, 5). Ya‘aqov l’a cependant rappelé en employant des paroles rassurantes : « Yehouda ! Tu n’es pas comme eux ! » (Beréchith raba 99, 8)
Ta main sera sur la nuque de tes ennemis
A l’époque de Dawid, ainsi qu’il est écrit : « mes ennemis, tu m’as donné leur nuque » [c’est-à-dire : « tu m’as livré les nuques de mes ennemis »] (II Chemouel 22, 41)
Les fils de ton père
Comme ils étaient issus de plusieurs mères, Ya‘aqov, contrairement à Yits‘haq, n’emploie pas l’expression « fils de ta mère » (supra 27, 29)
49,9
Tu es un jeune lion, Juda, quand tu reviens, ô mon fils, avec ta capture! II se couche; c'est le repos du lion et du léopard; qui oserait le réveiller?
Un lionceau
L’expression désigne Dawid. Il a été d’abord « un lionceau » : « Quand Chaoul était roi sur nous, c’est toi qui faisais sortir et entrer Israël » (II Chemouel 5, 2). Il est devenu ensuite un « lion », lorsqu’il a accédé à la royauté. C’est ainsi que traduit le Targoum : « au commencement, il sera un gouverneur 
De la proie
[Tu te relèves] du soupçon que tu avais éveillé en moi lorsque j’ai dit : « La tunique de mon fils ! Une bête sauvage l’a dévoré ! Yossef a été déchiré ! » (supra 37, 33), Yehouda ayant alors été pris pour un lion (Beréchith raba 97, 9)
Mon fils
Tu t’en es retiré et tu as dit : « quel profit, si nous tuons notre frère ? » (supra 37, 26). De même, lorsque Tamar a été sur le point d’être mise à mort, tu as reconnu (supra 38, 26) : « elle est plus juste que moi » (Beréchith raba 98, 7). C’est pourquoi..
... Il se courbe
A l’époque de Chelomo : « Yehouda et Israël ont vécu dans la paix, chacun sous sa vigne... ». (I Melakhim 5, 5)
49,10
Le sceptre n'échappera point à Juda, ni l'autorité à sa descendance, jusqu'à l'avènement du Pacifique auquel obéiront les peuples.
Le sceptre (chévèt) ne se retirera pas de Yehouda
A partir de Dawid, [et même après l’extinction de sa dynastie]. Ce sont les exilarques babyloniens qui gouverneront Israël « à la baguette » (chévèt), comme ayant été investis par le gouvernement (Sanhèdrin 5a, Horayoth 11b)
Ni le législateur d’entre ses pieds
Les disciples de la Tora. Ce sont les princes d’Erets Israël
Jusqu’à ce que vienne Chilo
C’est le roi Messie, à qui appartient la royauté (Beréchith raba 99, 8). C’est ainsi que traduit le Targoum. Quant au midrach, il décompose le mot chilo en : chaï lo (« des présents à lui »), ainsi qu’il est écrit : « ils apportent des présents (chaï) à celui que l’on craint » (Tehilim 76, 12)
A lui l’assemblée des peuples
La réunion des peuples. La lettre yod dans le mot yiqhath (« assemblée ») appartient au radical, comme dans : « ton éclat (yif’athèkha) » (Ye‘hezqel 28, 17). Mais il peut arriver à cette lettre de tomber, [comme c’est le cas de certaines autres lettres du radical qui deviennent caduques]. Il en est ainsi de la lettre noun dans les verbes nagof (« frapper »), nachof (« mordre »), ou de la lettre alèf dans : « mon annonce (a‘hawathi, du radical ‘hawa) dans vos oreilles » (Iyov 13, 17), « la crainte (iv‘hath) de l’épée » (Ye‘hezqel 21, 20), « une fiole (assoukh, du radical soukh) d’huile » (II Melakhim 4, 2). De même ici pour le mot yiqhath, qui signifie « assemblée de peuples », ainsi qu’il est écrit : « à lui les peuples s’adresseront » (Yecha’ya 11, 10) Autre exemple : « l’œil qui se moque de son père et qui dédaigne les rides (liqehath) de sa mère » (Michlei 30, 17), le mot liqehath désignant ici la « réunion » des plis que l’âge a sculptés sur le visage de sa mère. La guemara parle de ceux « qui sont assis et qui réunissent des assemblées (aqhatha) dans les rues de Nehardé’a » (Yevamoth 110b). Le texte aurait pu ici tout aussi bien dire qehiyath [sans yod au début]
49,11
Alors on attachera son ânon à la vigne, et à la treille le fils de son ânesse: on lavera son vêtement dans le vin, et dans le sang des raisins sa tunique;
Il attachera à la vigne son ânon
Il prophétise pour le territoire de Yehouda, où le vin coulera comme d’une source. Les gens de Yehouda attacheront un âne à un plant de vigne, et ils le chargeront des fruits de tout ce plant. Il faudra un jeune ânon pour porter la production d’une seule branche
Et à la treille
C’est une longue branche de vigne. En français médiéval : « corjède »
Il lavera dans le vin son vêtement
Signe de l’abondance du vin
Sa tunique (southo)
Ce mot désigne une sorte de vêtement. Il n’existe pas d’autre exemple d’emploi de ce mot dans le texte
Il attachera (osri)
Equivalent de ossér [sans yod final], comme dans : « qui relève (meqimi, au lieu de méqim) de la poussière le malheureux » (Tehilim 113, 7), « toi qui trônes (hayochvi, au lieu de hayochév) dans les cieux » (Tehilim 123, 1). Il en est de même ici du « petit (beni, au lieu de bèn) de son ânesse ». Le Targoum Onqelos applique ce verset à l’époque du roi Messie. La vigne, c’est Israël. ‘iro, sa ville [et non « son âne »], c’est Jérusalem. La treille, c’est Israël, comme dans : « et moi, je t’ai plantée comme une treille » (Yirmeya 2, 21)
Le fils de son ânesse
Traduction du Targoum : Ils construiront son sanctuaire (éthano), comme dans : « la porte d’entrée du palais (haïthon) » (Ye‘hezqel 40, 15). Autre traduction du Targoum : La vigne, ce sont les justes, « les fils de son ânesse » voulant dire : « ils servent la Tora par l’étude, comme dans : « vous qui montez de blanches ânesses » [Choftim 5, 10. Voir ‘Erouvin 54b où l’expression est expliquée comme désignant les érudits en Tora qui voyagent de ville en ville et de région en région pour en transmettre l’enseignement, la rendant aussi « blanche » que la lumière du jour]. « On lavera dans le vin » peut signifier : « son vêtement sera d’un beau pourpre, sa couleur comme celle du vin », le Targoum employant pour southo (« sa tunique ») un mot araméen qui signifie « couleur » : un vêtement de couleur que met la femme pour attirer (messitha) sur elle le regard de l’homme. Dans la guemara aussi on explique ce mot comme exprimant, à propos du vin, l’idée d’incitation à l’ivresse : « Tu diras peut-être qu’il ne rend pas ivre ! Or, le texte emploie le terme southo (“son incitation”) ! » (Ketouvoth 111b)
49,12
les yeux seront pétillants de vin et les dents toutes blanches de lait.
Rouges
C’est également la traduction du Targoum, comme dans : « à qui la rougeur (‘hakhlilouth) des yeux ? » (Michlei 23, 29). Les buveurs de vin ont en effet les yeux rougeâtres
De lait
Par l’abondance de lait. Sa terre offrira de bons pâturages à ses troupeaux de brebis. Voici la signification de ce verset : La rougeur des yeux proviendra de l’abondance de vin, et la blancheur des dents de celle de lait. Selon le Targoum, les « yeux », ce sont les montagnes, depuis le sommet desquelles on peut voir au loin, ou bien encore les sources, le flot qui sort des pressoirs. Le mot araméen na‘awohi [utilisé ici par le targoum onqelos pour « vin »] et qui signifie « pressoir » se trouve aussi dans la guemara : « ils ont ébouillanté un pressoir » (‘Avoda Zara 74b), [d’où la traduction du Targoum : « ses cuves ruisselleront de vin »]. Enfin, le Targoum traduit par : « ses vallées seront blanches », en interprétant le mot « dents » comme désignant les « dents » des rochers, [et les vallées comme les intervalles qui les séparent (voir I Chemouel 14, 4 et Rachi sur Chemoth 14, 2)]
49,13
Zabulon occupera le littoral des mers; il offrira des ports aux vaisseaux et sa plage atteindra Sidon.
Le littoral des mers
Son territoire sera au bord des mers. Le mot araméen employé par le Targoum signifie « bord ». En français : « marche ». Il sera constamment à « bord » des navires, là où il y a un port, là où les bateaux déchargent leurs marchandises. Zevouloun s’occupera de négoce, et il assurera la subsistance de Yissakhar, lequel s’occupera de l’étude de la Tora. C’est ce que dira Mochè : « Réjouis-toi, Zevouloun, dans tes sorties, et toi, Yissakhar, dans tes tentes ! » (Devarim 33, 18). Zevouloun sortira pour son négoce, et Yissakhar s’occupera de Tora dans ses tentes (Midrach tan‘houma 11. Voir Rachi supra 25, 27)
Et sa plage atteindra Tsidon
L’extrémité de son domaine sera près de Tsidon
Sa plage (weyarkhato)
Comme dans : « pour l’extrémité (yarkethé) du tabernacle » (Chemoth 26, 22)
49,14
Issachar est un âne musculeux qui se couche entre les collines.
Yissakhar est un âne osseux
Un âne qui a des os : il porte le joug de la Tora à la manière d’un âne vigoureux que l’on charge d’un lourd fardeau (Beréchith raba 99, 9)
Qui se couche entre les frontières
Comme un âne qui voyage de jour et de nuit, sans jamais se mettre à l’abri. Quand il veut se reposer, il se couche « entre les limites », aux limites des villes vers lesquelles il porte ses ballots de marchandises
49,15
II a goûté le charme du repos et les délices du pâturage; et iI a livré son épaule au joug et iI est devenu tributaire.
Il a vu que le repos est bon
Il a vu que son territoire est une terre bénie, bonne pour produire des fruits (voir Targoum Onqelos), [de sorte qu’il n’a pas à déployer de gros efforts pour la faire fructifier]
Il a incliné son épaule pour porter
Pour porter le joug de la Tora
Il se soumet au tribut du serviteur
Et il est devenu pour tous ses frères en Israël comme « un serviteur qui apporte le tribut »: Il fixera pour eux les décisions de la Tora (Midrach tan‘houma 11, Beréchith raba 99, 10) et il calculera le calendrier, ainsi qu’il est écrit : « Et les fils de Yissakhar, instruits à connaître les dates afin de savoir ce que doit faire Israël, leurs chefs au nombre de deux cents » (I Divrei haYamim 12, 33), [la suite du verset ajoutant : « et tous leurs frères suivant leurs ordres »]. Il a donné deux cents chefs du Sanhèdrin
comme « un serviteur qui apporte le tribut »
Il fixera pour eux les décisions de la Tora (Midrach tan‘houma 11, Beréchith raba 99, 10) et il calculera le calendrier, ainsi qu’il est écrit : « Et les fils de Yissakhar, instruits à connaître les dates afin de savoir ce que doit faire Israël, leurs chefs au nombre de deux cents » (I Divrei haYamim 12, 33), [la suite du verset ajoutant : « et tous leurs frères suivant leurs ordres »]. Il a donné deux cents chefs du Sanhèdrin
Il a incliné (wayét) son épaule
Il a abaissé son épaule, comme dans : « Il a incliné (wayét) les cieux » (II Chemouel 22, 10), « Inclinez (hatou) vos oreilles ! » (Tehilim 78, 1). Le Targoum Onqelos traduit différemment : « Il a incliné son épaule » pour supporter les guerres et pour conquérir des territoires, car il habite aux frontières. L’ennemi soumis par lui versera le « tribut du serviteur »
49,16
Dan sera l'arbitre de son peuple, sous lui se grouperont les tribus d'Israël.
Dan jugera son peuple
Il vengera son peuple sur les Plichtim, comme dans : « Hachem vengera (yadin) Son peuple » (Devarim 32, 36)
Comme une des tribus d’Israël
Tout Israël sera « uni » avec lui, et il les jugera tous. Cette prophétie s’applique à Chimchon (Samson) (Midrach tan‘houma 12, Beréchith raba 99, 11). On peut aussi expliquer comme suit : [Dan vengera son peuple] comme le fera la plus célèbre (hameyou‘had : « l’unique ») des tribus, à savoir comme Dawid, issu de la tribu de Yehouda
49,17
II sera, Dan, un serpent sur le chemin, un aspic dans le sentier: il pique le pied du cheval et le cavalier tombe renversé.
Un aspic
Le mot chefifon (« aspic ») est synonyme de na‘hach, ainsi nommé, à mon avis, parce qu’il émet des sifflements (nochéf), comme dans : « et toi, tu lui briseras (techoufènnou) le talon » (supra 3, 15. Voir Rachi ibid.)
Il mord les talons du cheval
Comme le fait le serpent. Dan est comparé à un serpent qui mord le cheval au talon
Son cavalier tombe renversé
Sans que le serpent l’ait touché. Nous en trouvons l’illustration chez Chimchon : « Chimchon saisit les deux colonnes... ». (Choftim 16, 29), et ceux qui étaient sur le toit sont morts. Le Targoum Onqelos propose le mot ‘hourman, une sorte de serpent dont la morsure est mortelle. Il s’agit de la vipère, ainsi appelée parce qu’elle détruit tout (‘hérem). Quant au mot oukhefitna dans le Targoum, il signifie : « comme un aspic (pèthèn) », et yikhmon [le verbe qui lui fait suite] : « il reste aux aguets »
49,18
J’espère en ton assistance, Seigneur.
En ton secours
Il prédit ici que les Plichtim crèveront les yeux de Chimchon et que celui-ci demandera une dernière fois : « Souviens-toi de moi, de grâce, et donne-moi des forces cette fois encore... ». (Choftim 16, 28)
49,19
Gad sera assailli d'ennemis, mais il les assaillira à son tour.
Gad sera assailli
Tous les mots de ce verset [qui comportent les lettres guimèl et dalèt] sont à rattacher à la même racine, et c’est ce que fait le grammairien Mena‘hem. Et si tu devais objecter que toutes les formes de cette racine devraient présenter deux dalèt, je te répondrais que le mot guedoud est un substantif. Il comporte donc deux dalèt car les mots dont la racine comporte deux lettres ont leur seconde lettre doublée (guedoud) lorsqu’ils forment un substantif. Mais la racine conserve ses deux lettres d’origine (gad), comme dans : « comme un oiseau pour s’envoler (lanoud) » (Michlei 26, 2), de la même racine que dans : « je suis rassasié d’agitations (nedoudim) » (Iyov 7, 4), « là il est tombé vaincu (chadoud) » (Choftim 5, 27), de la même racine que dans : « il frappe (yachoud) en plein midi » (Tehilim 91, 6). C’est ainsi que les mots guedoud, yegoudènnou et yagoud de notre verset sont issus de la même racine. A la forme active [qal], la deuxième lettre du verbe n’est pas doublée. Exemples : yagoud (« il réunit »), yanoud (« il s’envole »), yaroum (« il s’élève »), yachoud (« il détruit »), yachouv (« il revient »). En revanche, à la forme pronominale [hithpa’él] et à la forme factitive [hif‘il], il s’opère un doublement. Exemples : yithnodéd (« il se réunit »), yithromém (« il s’élève »), yithbolél (« il se mélange »), yith’odéd (« il se relève »). Et au hif‘il : « Il relève (ye’odéd) l’orphelin et la veuve » (Tehilim 146, 9), « pour ramener (lechovév) Ya‘aqov à Lui » (Yecha’ya 49, 5), « qui rétablit (mechovév) les sentiers (Yecha’ya 58, 12). Le mot yegoudènnou employé dans le présent verset n’est pas au hif‘il (forme factitive). Il ne signifie donc pas que d’autres le feront agir, [mais c’est un qal suivie d’un complément]: « une troupe se formera de lui », comme dans : « Mes fils sont sortis de moi (yetsaouni) » (Yirmeya 10, 20). Les trois premiers mots de notre verset veulent donc dire que des troupes se formeront en lui, qui passeront en armes le Yardén avec leurs frères jusqu’à la conquête totale du pays
Et il assaillira à son tour
Toutes ses troupes reviendront sur leurs pas, elles retourneront sur le territoire qui leur sera attribué de l’autre côté du Yardén, et il ne manquera pas un seul homme. Le mot ‘aqév (« talon ») vient souligner que les troupes reviendront par le même chemin que celui utilisé à l’aller, comme dans : « tes talons (‘iqvothèkha) ne sont pas connus » (Tehilim 77, 20), « sur les talons (be’iqvé) des brebis » (Chir hachirim 1, 8). En français : « traces »
Le mot ‘aqév (« talon »)
Le mot ‘aqév (« talon ») vient souligner que les troupes reviendront par le même chemin que celui utilisé à l’aller, comme dans : « tes talons (‘iqvothèkha) ne sont pas connus » (Tehilim 77, 20), « sur les talons (be’iqvé) des brebis » (Chir hachirim 1, 8). En français : « traces »
49,20
Pour Asher, sa production sera abondante; c'est lui qui pourvoira aux jouissances des rois.
D’Achér
La nourriture qui viendra du territoire d’Achér sera grasse, les oliviers y seront abondants et l’huile y coulera comme d’une source. Mochè lui a conféré la même bénédiction : « il trempe son pied dans l’huile » (Devarim 33, 24). C’est ce que nous trouvons dans le traité Mena‘hoth (85b) : « un jour, les habitants de Laodicée avaient besoin d’huile... »
49,21
Nephtali est une biche qui s'élance; il apporte d'heureux messages.
Une biche qui s’élance
Symbole de la vallée de Guinossar, où les fruits parviennent rapidement à maturité, telle la biche qui est rapide à la course (Beréchith raba 99, 12). Une « biche qui s’élance », c’est une biche qui s’élance dans la course
Il apporte des paroles plaisantes
Comme le traduit le Targoum : « des remerciements et des bénédictions » [adressées à Dieu pour les fruits]. Autre explication : Ya‘aqov a prédit la guerre contre Sissera, dont il est écrit [dans le cantique de Débora] : « tu prendras avec toi dix mille hommes parmi les fils de Naftali... ». (Choftim 4, 6), qui se sont hâtés vers le champ de bataille (Beréchith raba 98, 17). Le contexte de ce cantique contient aussi le mot choula‘h (« être lancé ») [comme ici chelou‘ha (« qui s’élance »] : « dans la vallée il est lancé (choula‘h) sur ses pas » (Choftim 5, 15)
Il apporte des paroles plaisantes
Grâce à eux, Débora et Baraq entonneront un cantique. Nos maîtres appliquent ce verset au jour de l’inhumation de Ya‘aqov, où ‘Essaw a revendiqué la propriété du caveau de Makhpéla. [Naftali a dû se précipiter en Egypte afin d’en rapporter le titre de propriété sur le caveau, permettant ainsi la poursuite de l’inhumation.] (Sota 13a). Le Targoum explique : « sa part lui échoira », et il remerciera par de belles paroles de louanges
49,22
C'est un rameau fertile que Joseph, un rameau fertile au bord d'une fontaine; il dépasse les autres rameaux le long de la muraille.
Un fils fertile
Un fils plein de grâce. On trouve le même mot en araméen, dans : « nous rendons grâce (apiryan) à rabi Chim‘on » (Baba Metsi‘a 119a)
Un fils fertile sur l’œil
Sa grâce attire l’œil qui le regarde
Des filles montent sur la muraille
Les jeunes filles égyptiennes montaient sur la muraille pour admirer sa beauté (Beréchith raba 98, 18). Le mot « filles » est au pluriel, le mot tsa‘ada (« montent ») au singulier, comme pour signifier : « beaucoup de jeunes filles montaient, chacune là où elle pouvait le voir »
Sur la muraille (‘alé chor)
Pour voir. Même mot dans : « Je le vois (achourènnou), et non de près » (Bamidbar 24, 17). Il existe à ce sujet beaucoup de midrachim, mais tel est le sens du texte
Le mot porath ("fertile")
Le taw dans le mot porath (« fertile ») est explétif, comme dans : « au sujet (divrath, au lieu de devar) des fils de l’homme » (Qohèleth 3, 18)
La muraille (chor)
Comme lachor (« pour regarder »). « Sur la muraille » veut dire : « afin de pouvoir regarder ». Le Targoum Onqelos traduit : « deux tribus sortiront de ses fils... ». Si le texte parle de filles, et pas de fils, c’est à cause des filles de Menachè, à savoir les filles de Tselof‘had, qui ont reçu en partage des terres situées des deux côtés du Yardén (Midrach tan‘houma Pin‘has 9). [De la même manière], le Targoum traduit le début du verset par : « mon fils qui grandit », reliant le mot porath à periya (« fructification »). Il existe aussi des midrachim qui s’appuient sur les mots du texte (Beréchith raba 78, 9). C’est ainsi que, lorsque ‘Essaw est venu à la rencontre de Ya‘aqov, toutes les mères se sont approchées avant leurs enfants, tandis que pour Ra‘hel, c’est Yossef qui l’a précédée, ainsi qu’il est écrit : « et ensuite s’approcha Yossef , et Ra‘hel, ils se prosternèrent » (supra 33, 7. Voir Rachi ibid.). Il s’est dit : « Ce scélérat a le regard audacieux. Il ne faut donc pas qu’il puisse regarder ma mère ! » Il est alors passé devant elle et a redressé sa taille pour la cacher. C’est pourquoi son père l’a béni en ces termes : « Un fils qui “grandit” (porath). Tu t’es fait grand, Yossef, pour immobiliser l’œil (‘ayin) de ‘Essaw. C’est ce qui t’a fait mériter ta noblesse, [représentée par les hautes fonctions auxquelles tu as été promu en Egypte] ». [C’est lors de sa nomination que
« des filles sont montées sur la muraille »
Afin de pouvoir te contempler lorsque tu as été installé dans tes fonctions. On a également interprété les mots ‘alé ‘ayin (« sur l’œil ») comme devant être lus : ‘olé ‘ayin (« au-dessus de l’œil »), en ce sens que la descendance de Yossef est invulnérable au mauvais œil (Berakhoth 20a). De même, lorsque Ya‘aqov a béni Menachè et Efrayim (supra 48, 16), il a souhaité qu’ils se multiplient comme les poissons, sur lesquels le mauvais œil n’a aucune prise
49,23
Ils l'ont exaspéré et frappé de leurs flèches; ils l'ont pris en haine, les fiers archers:
Ils l’ont rempli d’amertume (wayemorarouhou)
Ses frères l’ont rempli d’amertume, ainsi que Potifar et sa femme, en l’envoyant en prison, comme dans : « ils leur rendirent la vie amère (wayemorarou) » (Chemoth 1, 14)
Ils l’ont combattu (warobou)
Ses frères sont devenus ses adversaires. Le mot warobou (« ils l’ont combattu ») n’est pas à la forme active (qal), car il aurait dû alors être ponctué waravou comme dans : « ce sont là les eaux de Meriva, où les enfants d’Israël querellèrent (ravou) Hachem » (Bamidbar 20, 13). Et même si ce mot signifiait : « un lancer de flèches », il aurait dû avoir cette ponctuation. Il s’agit ici, en réalité, d’un verbe à la forme passive, comme dans : « soyez saisis d’horreur (chomou), ô cieux », où le verbe est à la forme hof’al, « ils se sont élevés (romou) » (Iyov 24, 24), où il est à la même forme. A cette différence près que le hof’al s’applique à une action effectuée par un autre, tandis que chomou, romou, ravou marquent une action effectuée par le sujet lui-même : ils sont eux-mêmes saisis d’horreur, ils se sont eux-mêmes élevés, ils ont eux-mêmes querellé. Voir aussi : « soyez stupéfaits (domou), habitants des îles » (Yecha’ya 23, 2), où le mot domou est au passif (nif’al). Le Targoum aussi traduit par : « ils lui firent du mal »
Les porteurs de flèches
Dont la langue est comme une flèche (Beréchith raba 98, 19). Le Targoum Onqelos traduit ‘hitsim (« flèches ») dans le même sens que le mot mè‘hètsa (« moitié »), comme dans : « la moitié (hamè‘hètsa) afférente aux hommes de l’expédition » (Bamidbar 31, 36), le mot désignant ici ceux qui devaient partager avec lui l’héritage
49,24
mais son arc est resté plein de vigueur et les muscles de ses bras sont demeurés fermes grâce au Protecteur de Jacob, qui par là préparait la vie au rocher d'Israël;
Son arc est resté plein de vigueur
Son pouvoir [comme vice-roi d’Egypte] est resté fortement établi, le mot qècheth (« arc ») signifiant également « puissance »
Le mot qècheth (« arc »)
Le mot qècheth (« arc ») signifiant également « puissance »
Les muscles de ses bras sont demeurés fermes
Ces mots désignent l’anneau qui lui a été mis à la main, comme dans : « de l’or très fin (moufaz) » (I Melakhim 10, 18), [de sorte qu’on pourrait les traduire par : « ses mains sont devenues de l’or fin »]. Cela lui est venu des mains du Saint béni soit-Il, qui est « le protecteur de Ya‘aqov », et il s’est élevé de là pour devenir « le pasteur [c’est-à-dire le nourricier] du rocher d’Israël », de celui qui est la racine d’Israël, [à savoir Ya‘aqov]. Même sens dans : « la pierre (haèven) qui est en tête » (Zekhariya 4, 7), c’est-à-dire la royauté. Le Targoum Onqelos traduit de la même manière
Est resté
Traduction du Targoum : Sa prophétie est revenue sur eux, c’est-à-dire : les rêves qu’il avait eus à leur sujet se sont réalisés. Et le Targoum ajoute : « parce qu’il a observé la Tora en secret », sans que cela figure dans le texte hébreu. Il traduit « son arc est resté plein de vigueur » par : « Il a mis sa confiance dans le Puissant ». Et voici comment s’articule la traduction du Targoum Onqelos : « Sa prophétie s’est réalisée, parce que la puissance du Saint béni soit-Il lui a servi d’arc et d’appui sûr. ». Quant aux mots : « les muscles de ses bras sont demeurés fermes », il les rend par : « c’est pourquoi de l’or a été mis sur ses bras », le mot wayafozou (« sont demeurés fermes ») étant de la même racine que paz (« or fin »). Ces mots désignent l’anneau qui lui a été mis à la main, comme dans : « de l’or très fin (moufaz) » (I Melakhim 10, 18), [de sorte qu’on pourrait les traduire par : « ses mains sont devenues de l’or fin »]
Rocher d’Israël
Le mot èven (« rocher ») est composé, selon le Targoum, de av (« père ») et de ben (« fils »), c’est-à-dire Ya‘aqov et ses fils. Et nos maîtres ont expliqué l’expression « son arc est resté plein de vigueur » comme voulant dire qu’il a su, en présence de la femme de son maître, maîtriser son instinct. Le mot qacheto (« son arc ») s’applique ici à la semence, laquelle est lancée comme une flèche. Quant aux « muscles de ses bras demeurés fermes », ils désignent la semence qui s’est écoulée par ses doigts. « Par les mains du protecteur de Ya’aqov » : l’image de son père lui est alors apparue (Sota 36b)
49,25
grâce au Dieu de ton père, qui sera ton appui et au Tout-Puissant, qui te bénira des bénédictions supérieures du ciel, des bénédictions souterraines de l’abîme, des bénédictions des mamelles et des entrailles! Les vœux de ton père,
De par le Qél de ton père
Que cela t’est venu
Et Il t’aidera
Egalement dans l’avenir (Beréchith raba 87, 7)
Du Chaqaï
Ton cœur était avec le Saint béni soit-Il lorsque tu as refusé d’écouter les propos de la femme de ton maître. Aussi te bénira-t-Il
Des bénédictions des mamelles et de la matrice
Traduction du Targoum : « Bénédictions de ton père et de ta mère ». C’est à dire que les pères et les mères seront bénis : les pères seront aptes à engendrer, et les mères échapperont au risque d’avorter. Il explique en effet le mot chadayim (ici : « mamelles ») comme dans : « ou le percer de flèches » (Chemoth 19, 13), où il emploie un mot de la même racine pour signifier que la semence est lancée comme une flèche
49,26
surpassant ceux de mes ancêtres, atteignent la limite des montagnes éternelles; ils s'accompliront sur la tête de Joseph, sur le front de l'Élu de ses frères!
Les bénédictions de ton père...
Le bénédictions que m’a octroyées le Saint béni soit-Il ont surpassé celles qu’Il avait octroyées à mes ancêtres
Atteignent la limite des collines du monde
Les bénédictions que j’ai reçues s’étendent jusqu’à l’extrême limite des montagnes du monde. Il m’a donné une bénédiction largement étendue à laquelle il n’a pas fixé de limites, et qui porte jusqu’aux quatre extrémités de l’univers, ainsi qu’il est écrit : « tu t’étendras vers la mer et vers l’orient, et vers le nord et vers le sud » (supra 28, 14). Or, Il n’avait pas dit cela à Avraham, notre ancêtre, ni à Yits‘haq. Il avait dit à Avraham : « Lève tes yeux et regarde, de l’endroit où tu es... . Car tout le pays que tu vois, à toi je le donnerai et à ta descendance pour toujours... ». (supra 13, 14 et 15). Ainsi, il ne lui a fait voir qu’Erets Israël. Quant à Yits‘haq, il lui a dit : « car à toi et à ta descendance, je donnerai toutes “ces terres”, et j’accomplirai le serment... ». (supra 26, 3). Et c’est ainsi que Yecha’ya dira : « je te ferai jouir de l’héritage de Ya‘aqov, ton père » (Yecha’ya 58, 14), et il ne dira pas : « de l’héritage d’Avraham » (Chabath 118b)
De mes ancêtres (horaï)
La racine du mot horaï est la même que celle du mot hérayon (« conception ») : ceux qui m’ont fait concevoir dans le sein de ma mère, comme dans : « un homme a été conçu (hora) » (Iyov 3, 3)
Atteignent la limite (taawath)
Jusqu’aux extrémités, comme dans : « vous marquerez vos frontières (wehithawithem) à la limite de l’orient » (Bamidbar 34, 10), ou dans : « vous marquerez vos frontières (tethaou) jusqu’à ‘Hamath » (Bamidbar 34, 8). En français médiéval : « esmols » [de la même racine que « sommet »]. C’est ainsi que Mena‘hem ben Sarouq définit ce mot. Quant au Targoum Onqelos, il traduit taawath par « désir », « aspiration », et guiv‘oth (ici : « collines ») dans le sens de : « piliers de la terre » (I Chemouel 2, 8), [à savoir les justes de la terre, le verset parlant ainsi « des bénédictions auxquelles ont aspiré ces grands personnages »]. Il s’agit des bénédictions que sa mère [Rivqa] avait tant désirées pour lui, jusqu’à l’obliger à aller les recevoir [de son père]
Qu’elles s’accomplissent
Toutes sur la tête de Yossef
Et sur le front du nazir de ses frères
Traduction du Targoum : De celui qui a été séparé de ses frères. Le mot nazir implique une idée de séparation, comme dans : « qu’ils se séparent (weyinazerou) des choses saintes des enfants d’Israël » (Wayiqra 22, 2), ou dans : « ils s’en sont séparés (nazorou) » (Yecha’ya 1, 4)
49,27
Benjamin est un loup ravisseur: le matin il s'assouvit de carnage, le soir il partagera le butin."
Binyamin est un loup qui déchire (zeév yitraf – littéralement : « loup déchirera »)
C’est un loup qui déchirera. [Il faut donc ajouter le pronom relatif « qui » avant « déchirera »]. Il prophétise que ses descendants seront des ravisseurs : « vous ravirez chacun sa femme parmi les jeunes filles de Chilo et les emmènerez en terre de Binyamin » (Choftim 21, 21), à propos de l’épisode de la concubine de Guiv‘a (Midrach tan‘houma 10, 4). Et il prophétise que Chaoul triomphera de tous ses ennemis qui l’entoureront, ainsi qu’il est écrit : « Et Chaoul s’empara de la royauté... et il combattit tout alentour... contre Moav... et contre Edom... et de quel côté qu’il se tournât il l’emportait » (I Chemouel 14, 47)
Le matin il dévorera sa proie
Le mot ‘ad signifie « proie », « butin », et correspond à l’araméen ‘adaa. Autre exemple de l’emploi de ce mot : « alors sera partagée la prise du nombreux butin (‘ad) » (Yecha’ya 33, 23). Ya‘aqov parle ici de Chaoul, dont l’apparition dans l’histoire aura lieu [au « matin » de l’histoire d’Israël], quand il commencera de fleurir et de luire (Midrach tan‘houma)
Et le soir il partagera le butin
Même lorsque s’obscurcira le soleil d’Israël, parce que Nevoukhadnetsar l’aura exilé en Bavel
Il partagera le butin
Mordekhaï et Esther, descendants de Binyamin, se partageront le butin de Haman (Midrach tan‘houma 14), ainsi qu’il est écrit : « voici, j’ai donné à Esther la maison de Haman » (Esther 8, 7). Quant au Targoum Onqelos, il traduit ces mots en les appliquant aux kohanim qui se partageront les offrandes du sanctuaire, [lequel était situé sur le territoire de Binyamin]
49,28
Tous ceux-là sont les douze tribus d'Israël; et c'est ainsi que leur père leur parla et les bénit, dispensant à chacun sa bénédiction propre.
Et c’est là ce que leur père leur dit
Il y en a pourtant qu’il n’a pas bénis, leur adressant au contraire des reproches ! En voici l’explication : « et c’est là ce que leur père leur dit » – ce qu’il leur a dit dans le chapitre, [qu’il s’agisse de bénédictions ou de reproches]. J’aurais pu penser qu’il n’a béni ni Reouven, ni Chim‘on, ni Léwi. Aussi le texte ajoute-t-il : « il les bénit » – tous sans exception
Chaque homme selon sa bénédiction
Selon la bénédiction qui allait par la suite échoir à chacun d’eux (voir Rachi supra 40, 5)
Il les bénit
Le texte n’aurait-il pas dû dire : « chacun selon sa bénédiction il “le” bénit » ? Pourquoi est-il écrit : « Il “les” bénit » ? Etant donné qu’il a donné à Yehouda la force du lion, à Binyamin la rapacité du loup, et à Naftali la légèreté de la biche, j’aurais pu penser qu’il ne les a pas tous inclus dans l’ensemble des bénédictions. Aussi le texte ajoute-t-il : « il les bénit », [chacun individuellement, et tous collectivement, octroyant à chacun les bénédictions attribuées aux autres à titre individuel] (Midrach tan‘houma 17. Voir Rachi Chemoth 1, 19)
49,29
Et il leur donna ses ordres en disant: "Je vais être réuni à mon peuple; ensevelissez-moi auprès de mes pères dans le caveau qui fait partie du domaine d'Éfrôn le Héthéen;
Je vais être réuni à mon peuple
L’expression tient à ce que les âmes sont recueillies dans un lieu où elles sont tenues en réserve. Le verbe assof (« réunir ») peut également, en hébreu, signifier « recueillir », « faire entrer », comme dans : « personne ne les avait recueillis (measséf) dans sa maison pour y passer la nuit » (Choftim 19, 15), « tu le recueilleras (waassafto) dans ta maison » (Devarim 22, 2), « quand vous aurez rentré (beospekhèm) la récolte de la terre » (Wayiqra 23, 39), où il s’agit de la rentrer pour la protéger de la pluie, « lorsque tu récolteras (beospekha) tes efforts du champ » (Chemoth 23, 16). Et quand le verbe assof (« réunir ») est employé à propos de la mort, il a également le sens de « faire entrer »
Auprès de mes pères
Avec mes pères
49,30
dans ce caveau qui appartient au territoire de Makhpêla, en face de Mamré, dans le pays de Canaan, territoire qu’Abraham acheta d'Éfrôn le Héthéen, comme sépulture héréditaire.
49,31
Là furent enterrés Abraham et Sara son épouse; là furent enterrés Isaac et Rébecca son épouse et là j'ai enterré Léa.
49,32
L'acquisition de ce territoire et du caveau qui s'y trouve a été faite chez les Héthéens."
49,33
Jacob, ayant dicté à ses fils ses volontés dernières, ramena ses pieds dans sa couche; il expira et rejoignit ses pères.
Il ramena ses pieds
Il fit entrer ses pieds
Il expira
Le terme de « mort » n’est pas employé à son sujet, de sorte que nos maîtres ont enseigné : « Notre patriarche Ya‘aqov n’est pas mort ! » (Ta‘anith 5b)
50,1
Joseph se précipita sur le visage de son père et le couvrit de pleurs et de baisers.
50,2
Joseph ordonna aux médecins, ses serviteurs, d'embaumer son père; et les médecins embaumèrent Israël.
D’embaumer son père
L’embaumement consiste en l’emploi d’aromates divers
50,3
On y employa quarante jours; car on emploie autant de jours pour ceux qu'on embaume. Les Égyptiens portèrent son deuil soixante-dix jours.
Quarante jours s’accomplirent
Les jours que nécessitait l’embaumement, soit quarante jours complets
Les Egyptiens le pleurèrent soixante-dix jours
Quarante jours pour l’embaumer, trente jours pour le pleurer. [Ils l’ont pleuré aussi longtemps] parce que son arrivée en Egypte leur avait apporté la bénédiction : la famine avait pris fin et les crues du Nil avaient repris (voir Rachi supra 47, 10)
50,4
Les jours de son deuil écoulés, Joseph parla ainsi aux gens de Pharaon: "De grâce, si j'ai trouvé faveur à vos yeux, veuillez porter aux oreilles de Pharaon ces paroles:
50,5
Mon père m'a adjuré en ces termes: ‘Voici, je vais mourir; dans mon sépulcre, que j'ai acquis dans le pays de Canaan, là même tu m'enseveliras.’ Et maintenant, je voudrais partir, j'ensevelirai mon père et je reviendrai."
Que je me suis creusée (karithi)
Conformément au sens simple du mot, comme dans : « si un homme creuse (yikherè) une citerne » (Chemoth 21, 33). Il existe un midrach qui fait correspondre le mot karithi à l’idée d’achat (Sota 13a). Rabi ‘Aqiva a enseigné : Quand je séjournais dans les villes de la côte, « achat » se disait kira (Roch haChana 26a). Un autre midrach relie le mot keri à l’idée de tas : Ya‘aqov a réuni en tas tout l’or et tout l’argent qu’il avait rapportés de chez Lavan, et il a dit à ‘Essaw : « Prends ceci en échange de ta part dans le caveau de Makhpéla ! » (voir Rachi supra 46, 6)
50,6
Pharaon répondit: "Pars et ensevelis ton père ainsi qu'il t'a adjuré."
Ainsi qu’il t’a adjuré
Si tu n’avais pas prêté ce serment, je ne t’y aurais pas autorisé. Mais Pharaon n’osait pas lui dire : « Passe outre à ton serment ! » Car Yossef lui aurait rétorqué : « Dans ce cas, je passerai également outre au serment que je t’ai prêté de ne pas révéler que je connais la langue sacrée en plus des soixante-dix langues, tandis que toi, tu ne la connais pas ! ». On trouve ce midrach dans le traité Sota (36b)
50,7
Joseph partit pour ensevelir son père. II fut accompagné par tous les officiers de Pharaon qui avaient vieilli à sa cour, par tous les anciens du pays d'Égypte,
50,8
par toute la maison de Joseph, par ses frères et par la maison de son père. Leurs enfants seuls, avec leur menu et leur gros bétail, restèrent dans la province de Gessen.
50,9
Il y eut à sa suite et des chars et des cavaliers; le convoi fut très considérable.
50,10
Parvenus jusqu'à l'Aire-du-Buisson, située au bord du Jourdain, ils y célébrèrent de grandes et solennelles funérailles et Joseph ordonna en l'honneur de son père un deuil de sept jours.
L’aire-d’épines
Elle était entourée d’épines. Nos maîtres expliquant ce nom par un événement qui s’y est produit : Tous les rois de Kena‘an et les princes de Yichma‘el étaient venus pour faire la guerre. Mais lorsqu’ils ont vu la couronne de Yossef suspendue au cercueil de Ya‘aqov, ils se sont tous levés et y ont accroché les leurs, l’entourant ainsi de couronnes, à la manière de l’aire d’une grange que l’on protège d’une haie protectrice d’épines (Sota 13a)
50,11
L'habitant du pays, le Cananéen, vit ce deuil de l'Aire-du-Buisson et ils dirent: "Voilà un grand deuil pour l’Égypte!" C’est pourquoi on nomma Abêl-Miçrayim ce lieu situé de l’autre coté du Jourdain.
50,12
Ses fils agirent à son égard, ponctuellement comme il leur avait enjoint:
Ainsi qu’il leur avait ordonné
Et que leur avait-il ordonné ?..
50,13
ils le transportèrent au pays de Canaan et l'inhumèrent dans le caveau du champ de Makhpêla, ce champ qu'Abraham avait acheté comme possession tumulaire à Éfrôn le Héthéen, en face de Mambré.
... Ses fils le portèrent
Et non les fils de ses-fils. Car voici ce qu’il leur avait ordonné : « Ne portera mon cercueil ni un Egyptien ni l’un de vos fils, car ils ont pour mères des Kena‘anies, mais uniquement vous-mêmes ! » Il leur avait également fixé à chacun sa place : trois à l’est, et de même pour les quatre points cardinaux, dans le même ordre que celui qui sera institué plus tard pour le défilé des drapeaux des tribus. « Léwi ne portera pas, car il est destiné à porter l’arche sainte. Yossef non plus ne portera pas, à cause de son titre de roi. A sa place se tiendront Menachè et Efrayim ». C’est ce que veulent dire les mots : « chacun à son drapeau selon les signes de leurs tribus paternelles » (Bamidbar 2, 2), à savoir selon le signe [c’est-à-dire l’indication de la position à occuper] que leur père a donné à chacun pour le port de son cercueil (Midrach tan‘houma Bamidbar 12)
50,14
Joseph, après avoir enseveli son père, retourna en Égypte avec ses frères et tous ceux qui l'avaient accompagné pour ensevelir son père.
Lui et ses frères et tous ceux qui étaient montés avec lui
Ici, parlant de leur retour en Egypte, le texte cite les frères avant les Egyptiens qui étaient montés avec lui. Ce sont les Egyptiens, à l’aller, qui étaient passés avant les frères, ainsi qu’il est écrit : « tous les serviteurs de Pharaon, anciens de sa maison, et tous les anciens du pays d’Egypte, montèrent avec lui » (verset 7), suivi de : « et toute la maison de Yossef, et ses frères et la maison de son père » (verset 8). Ce n’est qu’après avoir assisté aux honneurs rendus par les rois de Kena‘an, qui avaient accroché leurs couronnes au cercueil de Ya‘aqov, qu’ils leur ont témoigné du respect à eux aussi [en leur offrant la préséance au cours du voyage de retour] (Sota 13a)
50,15
Or, les frères de Joseph, considérant que leur père était mort, se dirent: "Si Joseph nous prenait en haine! S'il allait nous rendre tout le mal que nous lui avons fait souffrir!"
Les frères de Yossef virent que leur père était mort
Que signifie : « ils virent » ? Ils ont pris toute la mesure de sa mort en voyant l’attitude de Yossef (Midrach tan‘houma Chemoth 2). Ils avaient en effet l’habitude de prendre leurs repas à la table de Yossef, qui les y accueillait à bras ouverts par déférence pour son père. Mais après la mort de Ya‘aqov, il ne les a plus reçus ainsi
Si Yossef nous prenait en haine
Peut-être va-t-il nous haïr. La conjonction lou (ici : « si ») a plusieurs significations. Elle peut exprimer un souhait, comme dans : « Bien ! qu’il en soit (lou) selon ta parole ! » (supra 30, 34), « Si pourtant tu voulais bien (lou) m’écouter » (supra 23, 13), « comme (welou) nous aurions préféré... ! » (Yehochou‘a 7, 7), « que ne sommes nous (lou) tous morts ! » (Bamidbar 14, 2). Elle peut aussi avoir le sens de « si » ou de « se peut-il », comme dans : « s’ils (lou) étaient sages » (Devarim 32, 29), « si (lou) tu avais été attentif à mes commandements » (Yecha’ya 48, 18), « et si (welou) je pesais dans mes mains » (II Chemouel 18, 12). Ou de « peut-être », comme ici : « peut-être Yossef nous a-t-il pris en haine ». On ne trouve pas dans le texte biblique d’autre occurrence du mot lou. Il correspond ici à oulaï, comme dans : « peut-être (oulaï) la femme ne voudra-t-elle pas me suivre » (supra 24, 5), où le mot signifie effectivement « peut-être ». Cette même conjonction oulaï peut aussi parfois exprimer un souhait, comme dans : « peut-être (oulaï) Hachem considérera-t-Il mon affliction » (II Chemouel 16, 12), « peut-être (oulaï) Hachem sera-t-Il avec moi » (Yehochou‘a 14, 12), exactement comme dans : « Bien ! qu’il en soit (lou) selon ta parole ! ». Et la conjonction oulaï peut aussi avoir le sens de « si », comme dans : « peut-être (oulaï) y a-t-il cinquante justes » [dans le sens de : « s’il y a... »] (supra 18, 24)
50,16
Ils mandèrent à Joseph ce qui suit: "Ton père a commandé avant sa mort, en ces termes:
Il mandèrent (wayetsawou – littéralement : « ils ordonnèrent ») à Yossef
Comme dans : « Il leur donna des ordres pour les enfants d’Israël » (Chemoth 6, 13), c’est-à-dire qu’Il ordonna à Mochè et à Aharon d’aller en messagers auprès des enfants d’Israël. De même ici ont-ils ordonné à leur messager de se faire leur porte-parole auprès de Yossef pour lui dire ce qui suit. Et qui ont-ils mandé ? Les fils de Bilha (Midrach tan‘houma Chemoth 2), qui avaient l’habitude d’être avec lui, ainsi qu’il est écrit : « passant son enfance avec les fils de Bilha » (supra 37, 2)
Ton père a ordonné
Ils ont altéré la vérité dans l’intérêt de la paix (Yevamoth 65b). Ya‘aqov n’avait jamais donné un tel ordre à Yossef, qu’il ne soupçonnait pas d’avoir conservé de la rancune envers ses frères
50,17
‘Parlez ainsi à Joseph: Oh! Pardonne, de grâce, l'offense de tes frères et leur faute et le mal qu'ils t'ont fait!’ Maintenant donc, pardonne leur tort aux serviteurs du Dieu de ton père!" Joseph pleura lorsqu'on lui parla ainsi.
Pardonne la faute des serviteurs du Eloqim de ton père
Si ton père est mort, son Dieu est toujours là, et ils sont Ses serviteurs (Midrach tan‘houma Chemoth 2)
50,18
Puis, ses frères vinrent eux-mêmes tomber à ses pieds, en disant: "Nous sommes prêts à devenir tes esclaves.
Ses frères allèrent aussi
En plus des messagers
50,19
Joseph leur répondit: Soyez sans crainte; car suis-je à la place de Dieu?
Car suis-je à la place de Eloqim
Est-ce que je suis à la place de Dieu ? [Le hé de hata‘hath est interrogatif]. Si je voulais vous faire du mal, le pourrais-je ? Il est vrai que vous tous avez nourri contre moi de mauvais desseins, mais dans la pensée du Saint béni soit-Il c’était pour le bien. Comment pourrais-je donc à moi seul vous faire du mal 
50,20
Vous, vous aviez médité contre moi le mal: Dieu l'a combiné pour le bien, afin qu'il arrivât ce qui arrive aujourd'hui, qu'un peuple nombreux fût sauvé.
50,21
Donc, soyez sans crainte: j'aurai soin de vous et de vos familles." Et il les rassura et il parla à leur cœur.
Il parla à leur cœur
Des paroles qui trouvent le chemin du cœur. Avant votre venue ici, on tenait sur moi des propos moqueurs, disant que j’étais un serviteur. C’est grâce à vous qu’on a su que je suis né libre. Si je vous faisais mettre à mort, que diraient les gens ? Qu’il a vu un groupe de jeunes gens auquel il s’est vanté d’appartenir en disant : « Ce sont mes frères ! » Et finalement, il les fait tuer ! A-t-on jamais vu quelqu’un tuer ses propres frères ? (Midrach tan‘houma Chemoth 2). Autre explication : Dix lumières ne peuvent éteindre une seule lumière. Comment une seule pourrait-elle en éteindre dix ? (Meguila 16b)
50,22
Joseph demeura en Égypte, lui et la famille de son père et il vécut cent dix ans.
50,23
Il vit naître à Éphraïm des enfants de la troisième génération; de même les enfants de Makir, fils de Manassé, naquirent sur les genoux de Joseph.
Sur les genoux de Yossef
Comme le traduit le Targoum : il les a élevés sur ses genoux
50,24
Joseph dit à ses frères: "Je vais mourir. Sachez que le Seigneur vous visitera et vous ramènera de ce pays dans celui qu'il a promis par serment à Abraham, à Isaac et à Jacob."
50,25
Et Joseph adjura les enfants d'Israël en disant: "Oui, le Seigneur vous visitera et alors vous emporterez mes ossements de ce pays."
50,26
Joseph mourut âgé de cent dix ans; on l'embauma et il fut déposé dans un cercueil en Égypte.