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Le Séminaire pour filles : une invention géniale

Mis en ligne le Lundi 25 Novembre 2013

Tout le monde connaît la Yéchiva. Un concept plusieurs fois millénaire et renouvelé régulièrement par les plus grands Maîtres du judaïsme, notamment à l’époque moderne par Rabbi ’Haïm de Volojine, un des principaux élèves du Gaon de Vilna, qui y a introduit le principe de l’internat. Mais qu’en est-il du séminaire ?

On ne saurait parler de séminaire sans évoquer le contexte qui a vu apparaître le premier séminaire, ou de son nom juif, Beth Ya’acov. A partir de 1800, le judaïsme européen connaît les affres de l’assimilation. En effet, la Haskala, mouvement dit des « Lumières juives » qui fait écho au mouvement des « Lumières » chez les non-juifs commence à faire des ravages. La sortie du ghetto et l’accès aux connaissances  profanes s’avèrent être un piège mortel pour nombre de nos coreligionnaires qui succombent aux charmes factices de la modernité. Des centaines de milliers de juifs quittent les rangs du judaïsme et parfois même vont jusqu’à se convertir au christianisme… L’école obligatoire pour tous amène les jeunes filles juives en Pologne et en Galicie à fréquenter l’école publique et à se trouver mêlées à la population non-juive. Ceci amène un certain nombre de jeunes filles à ressentir une attirance pour la culture polonaise chrétienne et même parfois à quitter le giron du judaïsme.C’est là qu’intervient Sarah Schenirer, née en 1883 à Cracovie en Pologne dans une famille orthodoxe affiliée à la ‘hassidout Belz. Faute de mieux, elle fréquente l’école publique et se distingue par ses excellents résultats. Passionnée par la Torah, elle se plonge avec délectation dans l’étude des ouvrages en Yiddish pour femmes « Tséna oureéna » ou « Na’halat tsvi ». Après avoir terminé avec brio le cycle de ses études, elle apprend le métier de couturière où elle se fait rapidement une bonne réputation.

Suite au déclenchement de la première guerre mondiale, elle se réfugie à Vienne avec sa famille. C’est là qu’elle assiste pour la première fois aux cours du Rav Moché Flesch, lui-même élève de Rav Chimchon Rafaël Hirsh. Elle y entend une dracha enflammée sur la grandeur d’âme de Yéhoudit, une héroïne juive et une grande tsadékète qui sauva le peuple juif des mains du roi grec Elifroni l’impie qui était venu faire le siège de Jérusalem ; Yéhoudit s’introduisit en effet dans le camp ennemi, s’arrangea pour être présentée au roi et après bien des péripéties réussit à le faire boire et lui trancha la tête. Très impressionnée par le dévouement de cette femme exceptionnelle, Sarah Schnierer décida elle aussi de se consacrer au sauvetage du peuple juif, par le biais de l’enseignement de la Torah aux jeunes filles d’Israël.

La position de Sarah Schenirer est tout à fait novatrice. Aussi loin qu’on remonte dans l’histoire du peuple juif, l’éducation des jeunes filles s’est toujours faite à la maison. En effet, la mère enseignait à la jeune fille les fondements du judaïsme et la transmission se faisait de manière quasi-parfaite. Preuve en est la fidélité sans faille du peuple juif à la Torah tout au long des siècles. D’ailleurs la halakha tranchait sans ambiguïté qu’une femme n’avait pas l’obligation d’étudier la Torah (Rambam, Michné Torah, halakhot Talmoud Torah, chapitre 1, halakha 13). Cependant Rabbi Yéhouda Ha’hassid, dans le Séfer ‘hassidim (12ème siècle) explique qu’un père a malgré tout l’obligation d’enseigner à ses filles les mitsvot de la Torah comme le Chabbat afin qu’elle ne le transgresse pas.

Jusqu’à l’apparition de Sarah Schnierer sur la scène publique, il n’existait donc aucune institution juive qui s’occupait d’enseigner la Torah aux filles. Aussi une telle innovation qui allait déclencher dans le peuple juif une véritable révolution demandait l’approbation des plus grands Sages de la Torah contemporains. C’est chose faite en 1918, année où Sarah Schenirer ouvre la première école pour les petites filles juives, Beth Ya’acov, dans sa propre maison avec sept élèves qui étudiaient à l’école publique le matin puis qui venaient l’après-midi chez Sarah Schnierer.

L’Admour de Belz, Rabbi Yissakhar Dov, l’Admour de Gour et le ‘Hafets ‘Hayim donnèrent leur approbation au projet de Sarah Schnierer. Le ‘Hafets ‘Hayim, dans son livre « Likouté halakhot » sur le traité Sota, explique que l’habitude de ne pas enseigner la Torah aux filles se justifiait dans les générations précédentes où la transmission du savoir s’effectuait  dans le cadre familial. Mais aujourd’hui, suite aux bouleversements de l’époque moderne et à l’éclatement de nombreuses communautés ainsi que du fait de l’accession à l’éducation laïque de nombreuses jeunes filles juives, il est nécessaire d’enseigner à ces jeunes filles le Tanakh ainsi que les livres de moussar pour éviter qu’elles ne sortent du droit chemin.

Cette idée fit son chemin. Et c’est ainsi qu’en 1935 en Pologne, il y avait 250 écoles du Beth Ya’acov qui regroupaient 35 000 élèves. Qu’en est-il aujourd’hui ? Le concept de l’éducation juive pour filles s’est largement répandu et a sauvé le judaïsme mondial de la disparition. L’action de Sarah Schnierer et son dévouement exceptionnel à l’éducation des jeunes filles juives ont changé le cours de l’histoire juive.

Mais pourquoi aujourd’hui une jeune fille juive devrait-elle aller en séminaire ? Si elle n’a pas suivi de scolarité en école juive, la réponse semble évidente : on ne peut envisager de fonder un foyer juif sans un minimum de connaissances des lois juives, de l’éthique juive et d’une manière générale du formidable patrimoine spirituel qui appartient au peuple juif. Par contre, si une jeune fille a déjà suivi une scolarité en école juive, la question se pose différemment. Cependant, quelque soit le niveau de l’école juive, le cursus suivi a en général comporté des matières profanes. Or dans les séminaires contemporains, le cursus d’études comprend une année d’études entièrement kodesh.

Cette immersion dans la Torah pendant une période d’un an permet de se déconnecter du monde profane et de se préparer de la meilleure manière possible à son futur rôle d’épouse et de mère dans le peuple juif. Par ailleurs, le fait de ne plus habiter chez ses parents et de vivre en internat pendant une année permet en quelque sorte de couper le « cordon ombilical » et de se préparer à une vie indépendante dans le cadre du mariage.

En conclusion, s’offrir une année de séminaire, aujourd’hui, pour une jeune fille ne relève pas du luxe mais constitue un investissement indispensable dans son propre avenir ; apprendre à distinguer l’accessoire de l’essentiel, comprendre le but de sa venue sur terre, se construire pour pouvoir à son tour construire et surtout ne pas perdre de temps. L’âge idéal pour venir en séminaire se situe en général autour de dix-huit ans avant d’entreprendre des études qui peuvent s’avérer longues, ou de commencer un travail pour une durée indéterminée…

Vous qui êtes une jeune fille intelligente et pleine d’ambition, en quête de spiritualité et de vérité, prenez votre courage à deux mains et partez en séminaire découvrir une vie de Torah qui seule vous donnera accès au bonheur. Ne passez pas à côté de l’essentiel, sachez prendre la bonne décision au bon moment et choisissez un séminaire de valeur; vous ne le regretterez pas et vous vous construirez un avenir de qualité avec une vie authentiquement juive digne de Sarah iménou… 

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