6 octobre 2026
Les scientifiques ont prouvé que certains souvenirs ne sont pas seulement dans nos têtes, mais qu’ils sont ancrés dans nos corps.
Une odeur, un son, un sentiment… et nous voilà ramenés à un moment précis.
Ce soir, 6 octobre 2026, l’odeur me revient.
Celle d’un trop-plein de sucre, au goût de fraises, encore collé aux mains de nos enfants.
L’alcool qui coule à flots parce que ce soir, on va se réjouir. C’est Sim’hat Torah.
L’odeur du plat sur la plata.
Une joie qui s’apprête à être vécue, si naïvement.
Une nuit comme une autre.
« À demain, je vous aime. Laïla tov… »
La dernière nuit de notre vie d’avant.
Il est 8h15 et ça sonne à Jérusalem.
Je peine à y croire.
Fausse alerte, c’est sûr.
Je me rappelle de mes vêtements soigneusement préparés la veille. Je m’apprête à les enfiler, mais ça sonne encore.
Et puis mince… ça suffit. C’est Sim’hat Torah quand même !
Je peux encore sentir l’obscurité lourde de cette pièce fermée.
Il se passe quoi ?
Pourquoi ça sonne encore ?
Je me rappelle de la voix de ma fille :
« Maman, on dirait que tu as peur… ça va ? »
Non.
Maman n’a pas peur.
Maman est forte.
C’est sûrement une erreur.
On sort.
« Allez, maintenant on se prépare pour de bon. »
Ah… non.
Ça sonne encore.
Le regard entre papa et maman ne passe pas inaperçu devant ma fille.
« Papa, maman, qu’est-ce que c’est ? »
On aurait voulu dire : « C’est Pat’ Patrouille. »
Mais on avait oublié qu’elle, elle est née ici.
Ici, on ne ment pas aux enfants.
Ici, on leur raconte.
Parce que ce ne sont pas seulement leurs histoires.
C’est leur réalité.
On ne comprend pas.
On ne sait pas encore.
Les informations tombent.
« Tu parles… les gens se font des films. C’est pas Fauda ici ! »
Alors on attend d’avoir confirmation.
Mais les sirènes, elles, nous laissent déjà croire.
Alors la peur monte.
L’angoisse aussi.
La rage, la haine veulent hurler elles aussi, mais l’incertitude te dit de te taire. Pour l’instant.
Alors tu pleures des visages.
Des noms inconnus.
Mais dans ta chair, tu le ressens.
C’est ton sang.
Ce soir-là a marqué la fin d’une innocence.
Ce soir-là a commencé une nouvelle ère.
Une ère où haïr le Juif est devenu, pour certains, presque un jeu.
Non, personne ne va les blâmer.
Le Juif est responsable de tout.
Même de sa propre mort.
Alors tu prends conscience d’une chose :
Il n’y aura personne pour venir nous sauver.
Je lève les yeux au ciel et je lui dis :
שמע ישראל ה׳ אלוקינו ה׳ אחד
Toi seul peux.
Nos soldats.
Ces anges sur terre qui partiront sans savoir s’ils reviendront.
Juste pour que nous puissions vivre.
Ils ne se battent pas seulement pour nous, Juifs d’Israël.
Détrompez-vous.
Ils se battent pour chaque Juif, partout dans le monde.
Ce soir, nous leur rendons hommage.
Ce soir, nos cœurs battent en bleu et blanc.
Ce soir, je comprends une fois de plus ce que signifie être JUIF.
Ni oubli.
Ni pardon.
Dina Mazal Tolédano




