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Vayéchev

Lecture de la paracha Vayéchev en français

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37,1
Jacob demeura dans le pays des pérégrinations de son père, dans le pays de Canaan.

Ya‘aqov demeura

Après t’avoir énuméré sommairement les séjours de ‘Essaw et de ses descendants – ni leur distinction ni leur importance ne justifiant un récit détaillé de leurs installations ni des guerres par lesquelles ils ont chassé les ‘Hori – le texte va s’arrêter longuement, et en en retraçant l’enchaînement des circonstances, sur les séjours de Ya‘aqov et de ses descendants. L’importance qu’ils revêtent devant Hachem vaut que l’on s’y attarde. Nous avons déjà rencontré la même méthode de présentation à propos des dix générations qui ont séparé Adam de Noa‘h : Untel engendra Untel... Mais arrivé à Noa‘h, le récit se fait plus détaillé. Il en est de même pour les dix générations qui ont séparé Noa‘h d’Avraham : on en abrège l’énumération. Arrivé à Avraham, on se remet à donner maints détails. On peut comparer la chose à une pierre précieuse qui serait tombée dans le sable. On fouille dans le sable, on le passe au tamis jusqu’à ce qu’on retrouve la perle. Une fois qu’elle a été trouvée, on jette le sable et on conserve la perle (Midrach tan‘houma Wayéchèv 1). Autre explication : « Ya‘aqov demeura ». C’est comme un marchand de lin dont les chameaux arrivent chargés de balles de cette marchandise. Survient le forgeron qui se demande avec étonnement où l’on va pouvoir loger tout ce lin. Un homme astucieux lui répond : « Une étincelle sortira de ta forge et fera tout flamber ! » De même Ya‘aqov, voyant tous les princes issus de ‘Essaw énumérés plus haut, s’est demandé avec inquiétude comment il pourrait jamais en venir à bout. Or, que lisons-nous ensuite ? « Voici les générations de Ya‘aqov : Yossef... ». Et il est écrit ailleurs : « La maison de Ya‘aqov sera feu, et la maison de Yossef flamme, et la maison de ‘Essaw fétu de paille » (‘Ovadya 1, 18). Une étincelle sortira de Yossef, qui les consumera tous (Beréchith raba 84, 5, Midrach tan‘houma Wayéchèv 1)

37,2
Voici l'histoire de la descendance de Jacob. Joseph, âgé de dix sept ans, menait paître les brebis avec ses frères. Passant son enfance avec les fils de Bilha et ceux de Zilpa, épouses de son père, Joseph débitait sur leur compte des médisances à leur père.

Celles-ci sont les générations de Ya‘aqov

Voici ce qu’il en est des descendants de Ya‘aqov, de leurs séjours, de leurs migrations, jusqu’à ce qu’ils arrivent à une installation définitive. Premier élément de leur histoire : Joseph avait dix-sept ans... A cause de cela, les circonstances les ont amenés à descendre en Egypte. Tel est le sens simple du texte, chaque mot étant enregistré à la place qui lui revient. Quant au midrach (Beréchith raba 84, 6), il explique que la Tora a entendu lier l’histoire de Ya‘aqov à celle de Yossef, et ce pour diverses raisons. En premier lieu, le seul but qu’avait Ya‘aqov, lorsqu’il a travaillé pour Lavan, était d’épouser Ra‘hel, [la mère de Yossef, la naissance de ses autres enfants ne constituant qu’une conséquence de cette intention première]. En deuxième lieu, Yossef avait les mêmes traits de visage que Ya‘aqov. Enfin, tout ce qui est arrivé à Ya‘aqov est arrivé à Yossef : Le premier a été haï, le second aussi. Le frère du premier a voulu le tuer, les frères du second aussi. Et l’on trouve bien d’autres similarités dans Beréchith raba (chap. 84). Autre explication du midrach sur « Ya‘aqov demeura » : Ya‘aqov aspirait à demeurer en paix, mais des tourments l’assailliront venant de Yossef. Les justes rêvent de vivre dans la tranquillité, mais le Saint béni soit-Il leur rétorque : « Pourquoi les justes ne se contentent-ils pas de ce qui leur est réservé dans le monde à venir, et veulent-ils aussi jouir de la paix dans ce monde-ci ? » (Beréchith raba 84, 3)

Passant son enfance

Il agissait de manière enfantine, s’arrangeant les cheveux, se parant les yeux afin d’embellir son aspect (Beréchith raba 84, 7)

Avec les fils de Bilha

Cela signifie qu’il fréquentait habituellement les fils de Bilha, que ses frères tenaient en mépris, mais dont il voulait s’attirer les bonnes grâces

Leurs médisances

Tout ce qu’il voyait de mal chez ses frères, les fils de Léa, il le rapportait à son père : qu’ils mangeaient de la viande arrachée à des animaux vivants, qu’ils humiliaient les fils des servantes en les traitant de serviteurs, qu’ils étaient soupçonnés d’actes de débauche. Et c’est en liaison avec ces trois accusations qu’il a été puni : « Ils égorgèrent un chevreau » (verset 31), et ils ne l’ont pas mangé vivant. Pour avoir dénoncé ses frères parce qu’ils se traitaient de serviteurs, il a été lui-même vendu comme serviteur. Et pour avoir rapporté leur prétendue débauche, il est arrivé que « la femme de son seigneur leva ses yeux vers Yossef » (infra 39, 7)

Leurs médisances

Le mot hébreu diba correspond au français médiéval « parlediz ». Tout ce qu’il pouvait dire de mal à leur sujet, il le disait

Leurs médisances

Le mot diba est à rapprocher de « il fait parler (dovév) les lèvres de ceux qui dorment » (Chir hachirim 7, 10)

37,3
Or Israël préférait Joseph à ses autres enfants parce qu'il était le fils de sa vieillesse; et il lui avait fait une tunique à rayures.

Le fils de sa vieillesse (zeqounim)

Il lui était né à l’époque de sa vieillesse. Le Targoum Onqelos traduit par : « un fils intelligent ». Tout ce qu’il avait appris auprès de Chem et ‘Evèr, il le lui avait transmis (Beréchith raba 84, 8). Autre explication : Il avait les mêmes traits de visage (ziv iqounin) que lui-même (ibid.)

Une tunique longue (passim)

Le mot passim signifie un vêtement de fine laine (Chabath 10b), comme dans : « blanche, verte (karpas) et bleue » (Esther 1, 6), ou : « une tunique de fine laine (ketoneth passim) » [à propos de Tamar et Amnon] (II Chemouel 13, 18). Pour le midrach, les quatre lettres qui composent le mot passim préfigurent les malheurs qui atteindront Yossef : Potifar (pé), les marchands (so‘harim – samekh), les Yichmaélites (yod) et les Midyanites (mem)

37,4
Ses frères, voyant que leur père l'aimait de préférence à eux tous, le prirent en haine et ne purent se résoudre à lui parler amicalement.

Et ils ne purent lui parler en paix

Du récit de leur honte, nous apprenons quelque chose à leur avantage : ce qui sortait de leur bouche ne contredisait pas ce qu’ils avaient dans leur cœur (Beréchith raba 84, 9)

Lui parler (dabro)

Le verbe est mis à l’infinitif, avec son complément suffixe

37,5
Joseph, ayant eu un songe, le conta à ses frères et leur haine pour lui s'en accrut encore.
37,6
II leur dit: "Écoutez, je vous prie, ce songe que j'ai eu.
37,7
Nous composions des gerbes dans le champ, soudain ma gerbe se dressa; elle resta debout et les vôtres se rangèrent à l'entour et s'inclinèrent devant la mienne."

Nous attachions des gerbes

C’est ainsi que traduit le Targoum, comme dans : « il porte ses gerbes (aloumothaw) » (Tehilim 126, 6), ou comme, dans la langue de la michna : « il soulève les gerbes (haaloumoth) et fait sa proclamation » (Baba Metsi‘a 22b)

Ma gerbe se dressa

Se redressa

Elle se tint debout

Elle resta dressée à sa place

37,8
Ses frères lui dirent: "Quoi! Régnerais-tu sur nous? Deviendrais-tu notre maître?" Et ils le haïrent plus encore, pour ses songes et pour ses propos.

Et pour ses paroles

Pour les médisances qu’il rapportait à leur père à leur sujet

37,9
Il eut encore un autre songe et le raconta à ses frères en disant: "J'ai fait encore un songe où j'ai vu le soleil, la lune et onze étoiles se prosterner devant moi."
37,10
II le répéta à son père et à ses frères. Son père le blâma et lui dit: "Qu'est ce qu'un pareil songe? Eh quoi! Nous viendrions, moi et ta mère et tes frères, nous prosterner à terre à tes pieds!"

Il le raconta à son père et à ses frères

Après l’avoir raconté à ses frères (verset 9), il le raconte à nouveau à son père en leur présence

Il le blâma

Parce qu’il s’attirait sur lui la haine

Nous viendrions

« Mais ta mère n’est-elle pas déjà morte ? » Ce que Ya‘aqov ne savait pas, c’est que ces paroles concernaient Bilha, qui avait élevé Yossef comme sa propre mère (Beréchith raba 84, 11). Nos maîtres en ont déduit qu’il n’existe pas de rêve qui ne contienne quelque chose de vain (Berakhoth 55b). Ya‘aqov cherchait à faire sortir ces idées du cœur de ses fils, afin qu’ils cessent de jalouser Yossef. C’est pourquoi il lui a dit : « eh quoi ! nous viendrions, moi et ta mère... », comme pour lui signifier : « De même qu’il n’est pas possible que ta mère vienne, de même tout le reste est-il sans valeur. 

37,11
Les frères de Joseph le jalousèrent; mais son père retint l’affaire.

Attendit (chamar) l’événement

Il a l’attendu en espérant qu’il se réaliserait, comme dans « qui garde (chomér) la fidélité » [c’est-à-dire : qui garde espoir en l’accomplissement de la promesse »] (Yecha’ya 26, 2 et Rachi ibid.), « n’attends pas (lo thichmor) mon péché » (Iyov 14, 16), c’est-à-dire : « N’y compte pas ! »

37,12
Un jour ses frères étaient allés conduire les troupeaux de leur père à Sichem.

Faire paître le (eth) menu bétail

Chacune des lettres du mot eth (préposition qui introduit le complément direct) est surmontée d’un point, comme pour marquer qu’ils n’y allaient que pour se « repaître » eux-mêmes (Beréchith raba 84, 13)

37,13
Israël dit à Joseph: "Tes frères font paître les troupeaux à Sichem. Viens donc, je veux t'envoyer auprès d'eux." II lui répondit: "Je suis prêt."

Me voici

Expression d’humilité et de zèle (Midrach tan‘houma Wayèra 22. Voir Rachi supra 22, 1). Il était impatient d’obéir à l’ordre de son père, bien qu’il sût que ses frères le haïssaient, [et donc qu’il courait un danger en allant les rejoindre] (Beréchith raba 84, 13)

37,14
Il reprit: "Va voir, je te prie, comment se portent tes frères, comment se porte le bétail et rapporte m'en des nouvelles." II l'envoya ainsi de la vallée d'Hébron et Joseph se rendit à Sichem.

De la vallée de ‘Hèvron

Mais ‘Hèvron est situé sur une montagne ! Il est en effet écrit : « ils montèrent vers le sud et arrivèrent à ‘Hèvron » (Bamidbar 13, 22). Mais c’est pour suivre le dessein profond (‘amouq, apparenté à ‘émeq – vallée) annoncé à ce juste qui repose à ‘Hèvron, afin de réaliser l’exécution de ce qui a été annoncé à Avraham lors de l’alliance « entre les morceaux » : « ta descendance sera étrangère... » (supra 15, 13), [et Ya‘aqov savait que ce départ de Yossef allait marquer le commencement des pérégrinations d’Israël] (Sota 11a, Beréchith raba 84, 13)

Il arriva à Chekhem

C’est un lieu prédestiné aux catastrophes. C’est là que les fils ont failli [en vendant Yossef], c’est là qu’on avait violé Dina, et c’est là que sera divisé le royaume de Dawid, ainsi qu’il est écrit (I Melakhim 12, 1) : « Re‘hov’am alla à Chekhem... »(Sanhèdrin 102a)

37,15
Un homme le rencontra errant dans la campagne; cet homme lui demanda: "Que cherches-tu?"

Un homme le trouva

Il s’agit de l’ange Gavriel (Midrach tan‘houma Wayéchèv 2), ainsi qu’il est écrit : « et “l’homme” Gavriel... » (Daniel 9, 21)

37,16
II répondit: "Ce sont mes frères que je cherche. Veuille me dire où ils font paître leur bétail."
37,17
L'homme dit: "Ils sont partis d'ici, car je les ai entendus dire: ‘Allons à Dothan’." Joseph s'en alla sur les pas de ses frères et il les trouva à Dothan.

Ils sont partis d’ici

Ils se sont départis de tout sentiment de fraternité à ton égard

Allons à Dothan

Pour chercher des artifices dans l’arsenal des lois (dath) afin de te faire mourir. Quant au sens simple, c’est le nom d’une localité. Un texte ne se dégage jamais de son sens simple (Chabath 63a)

37,18
Ils l'aperçurent de loin; et, avant qu'il fût près d'eux, ils complotèrent de le faire mourir.

Ils complotèrent (wayithnaklou)

Ils se sont armés de prétextes (nekhalim) et de ruses

Pour le (otho)

L’accusatif otho équivaut à itho (« avec lui »), c’est-à-dire élaw (« envers lui »). [Ils se sont armés de prétextes et de ruses dirigés « contre lui » (voir Yirmeya 20, 11)]

37,19
Ils se dirent l'un à l'autre: "Voici venir l'homme aux songes.
37,20
Or çà, venez, tuons le, jetons le dans quelque citerne, puis nous dirons qu'une bête féroce l'a dévoré. Nous verrons alors ce qui adviendra de ses rêves!"

Et nous verrons ce que seront ses rêves

Rabi Yits‘haq a enseigné : Ce verset exige une interprétation. C’est l’esprit saint qui s’exprime ici. Les frères disaient : « Nous allons le tuer ! » Et le verset s’achève en donnant la parole à l’esprit saint : « et nous verrons ce que seront ses rêves » – nous verrons quelles paroles se réaliseront, les vôtres ou les miennes. Il n’est pas possible, en effet, que les frères de Yossef aient dit : « et nous verrons ce que seront ses rêves » : car une fois qu’ils l’auraient tué, il ne serait rien resté de ces rêves (Midrach tan‘houma 13)

37,21
Ruben l'entendit et voulut le sauver de leurs mains; il se dit: "N'attentons point à sa vie."

Ne le frappons pas à mort

Frapper à mort, c’est tuer

37,22
Ruben leur dit donc: "Ne versez point le sang! Jetez le dans cette citerne qui est dans le désert, mais ne portez point la main sur lui." C'était pour le sauver de leurs mains et le ramener à son père.

C’était afin de le sauver

Le texte porte ici témoignage que Reouven n’a dit cela que pour le sauver, car il viendra l’en retirer. « Je suis l’aîné, s’est-il dit, et le plus grand de tous. Et la faute ne retomberait que sur moi ! » (Beréchith raba 84, 15)

37,23
En effet, lorsque Joseph fut arrivé près de ses frères ils le dépouillèrent de sa robe, de la tunique à rayures dont il était vêtu;

De sa tunique

De son linge de corps

De la tunique longue

De celle que son père lui avait offerte en plus de ses frères (Beréchith raba 84, 16)

37,24
et ils le saisirent et ils le jetèrent dans la citerne. Cette citerne était vide et sans eau.

Et le puits était vide

S’il est écrit qu’il était vide, ne sais-je pas qu’il était sans eau ? Pourquoi cette précision : « il n’y avait pas d’eau » ? Il n’y avait certes pas d’eau, mais il y avait des serpents et des scorpions (Chabath 22a)

37,25
Comme ils étaient assis pour prendre leur repas, ils levèrent les yeux et virent une caravane d’Ismaélites, laquelle venait de Galaad; leurs chameaux étaient chargés d'aromates, de baume et de lotus qu'ils allaient transporter en Égypte.

Une caravane

C’est ainsi que traduit le Targoum. On l’appelle en hébreu or‘ha parce qu’elle marche sur les routes (ora‘h)

Et leurs chameaux portaient...

Pourquoi ces précisions quant à leur chargement ? C’est pour nous faire connaître la faveur accordée aux justes. Les Arabes ne transportent, d’habitude, que du naphte et du pétrole, dont les relents sont nauséabonds. Mais il s’est agi ici de parfums, afin que Yossef ne soit pas incommodé par de mauvaises odeurs (Beréchith raba 84, 17)

Des aromates

Tout mélange d’épices est appelé nekhooth (« aromates »), comme dans : « il leur montra toute la maison de ses nekhotho (“ses aromates”) » (II Melakhim 20, 13), où se faisait le mélange de ses épices. Le Targoum traduit par un mot qui signifie « cire »

Et du baume

C’est une résine qui suinte de l’arbre appelé qataf (« balsamier »). Son nom figure dans l’énumération des composés de l’encens (Chemoth 30, 34. Voir Kerithouth 6a)

Et du lotus

C’est le lotitha dont parle la michna. Nos maîtres ont enseigné que c’est une racine végétale appelée aristolochia (Nidda 8a)

37,26
Juda dit à ses frères: "Quel avantage, si nous tuons notre frère et si nous scellons sa mort?

Quel profit

Quel gain, selon la traduction du Targoum

Et couvrons son sang

Et nous cacherions sa mort 

37,27
Venez, vendons le aux Ismaélites et que notre main ne soit pas sur lui, car il est notre frère, notre chair!" Et ses frères consentirent.

Ils l’écoutèrent

Traduction du Targoum : weqabilou (« ils acceptèrent »). Toutes les fois que, dans le texte, le verbe chema’ signifie « obéir », comme ici, et comme dans : « Ya‘aqov écouta (wayichma’) son père » (supra 28, 7), ou dans : « nous le ferons et nous l’écouterons (wenichma’) » (Chemoth 24, 7), le Targoum le traduit par le verbe qbl (« accepter », « obéir »). En revanche, lorsqu’il signifie « écouter », comme dans : « ils entendirent (wayichme’ou) la voix de Hachem » (supra 3, 8), ou dans : « et Rivqa écoutait (choma’ath) » (supra 27, 5), « Israël l’entendit (wayichma’) » (supra 35, 22), « J’ai entendu (chama’ati) les murmures » (Chemoth 16, 12), il le traduit par le même mot chama’

37,28
Or, plusieurs marchands madianites vinrent à passer, qui tirèrent et firent remonter Joseph de la citerne, puis le vendirent aux Ismaélites pour vingt pièces d'argent. Ceux ci emmenèrent Joseph en Égypte.

Des hommes de Midyan vinrent à passer

Il s’agit ici d’une autre caravane, ceci pour t’apprendre que Yossef a été vendu plusieurs fois

Ils tirèrent

Ce sont les fils de Ya‘aqov

Yossef du puits

Les Yichmaélites aux Midyanites, et les Midyanites aux Egyptiens (Midrach tan‘houma 13)

37,29
Ruben revint à la citerne et voyant que Joseph n'y était plus, il déchira ses vêtements,

Reouven retourna

Il n’avait pas assisté à la vente, car c’était à son tour, ce jour-là, d’aller servir son père (Beréchith raba 84, 15). Autre explication : Il était occupé, couvert d’un sac, à jeûner pour avoir mis le désordre dans la couche de son père (Beréchith raba 84, 19)

37,30
retourna vers ses frères et dit: "L'enfant n'y est plus et moi, où irai je?"

Et moi

Où irai-je fuir le chagrin de mon père 

37,31
Ils prirent la robe de Joseph, égorgèrent un chevreau et trempèrent la robe dans son sang;

Un chevreau

Son sang ressemble au sang humain

La tunique (koutonèth)

Le mot est ici à la forme absolue. Lorsqu’il est à la forme construite : « la tunique de Yossef », « une tunique longue », « une tunique de lin », il est vocalisé kethonèth

37,32
puis ils envoyèrent cette tunique à rayures, qu'on apporta à leur père en disant: "Voici ce que nous avons trouvé; examine si c'est la tunique de ton fils ou non."
37,33
II la reconnut et s'écria: "La tunique de mon fils! Une bête féroce l'a dévoré! Joseph, Joseph a été mis en pièces!"

Il dit : La tunique de mon fils

Voici la tunique de mon fils 

Une bête sauvage l’a dévoré

Ya‘aqov était éclairé par l’esprit saint, de sorte que l’on peut également comprendre ces mots comme une prédiction de la provocation dont Yossef sera l’objet de la part de la femme de Potifar. Et pourquoi le Saint béni soit-Il ne lui a-t-Il pas divulgué [que Yossef était toujours en vie] ? Parce que ses frères avaient maudit et voué à l’anathème quiconque le révélerait, et ils y avaient associé le Saint béni soit-Il. Yits‘haq savait cependant qu’il était en vie, mais il se disait : « Comment le révélerai-je à Ya‘aqov, si le Saint béni soit-Il ne veut pas le faire Lui-même ? » (Beréchith raba 84, 21)

37,34
Et Jacob déchira ses vêtements et il mit un cilice sur ses reins et il porta longtemps le deuil de son fils.

De nombreux jours

Vingt-deux ans se sont écoulés entre la vente de Yossef et la venue de Ya‘aqov en Egypte (Beréchith raba 84, 20). Il est écrit : « Yossef, âgé de dix-sept ans... » (verset 2), et il en avait trente lorsqu’il a été présenté à Pharaon (infra 41, 46). Il s’est écoulé sept années d’abondance et deux années de famine, soit un total de vingt-deux ans, correspondant aux vingt-deux années pendant lesquelles Ya’aqov n’a pas honoré son père et sa mère (Meguila 17a) : les vingt ans passés chez Lavan, plus deux ans sur le chemin du retour, à savoir un an et demi à Soukoth et six mois à Beith-El. C’est ce que Ya‘aqov avait dit à Lavan : « ces vingt ans que j’ai été (zè li – littéralement “voici pour moi”) dans ta maison » (supra 31, 41), « pour moi » signifiant : elles retomberont sur moi, et j’aurai un jour à subir un même nombre d’années de punition »

37,35
Tous ses fils et toutes ses filles se mirent en devoir de le consoler; mais il refusa toute consolation et dit: "Non! Je rejoindrai, en pleurant, mon fils dans la tombe!" Et son père continua de le pleurer.

Et toutes ses filles

Rabi Yehouda a enseigné (Beréchith raba 84, 21) : une sœur jumelle était née avec chacun des chefs de tribu, qu’ils ont épousées. Rabi Né’hémia a enseigné : c’était des Kena‘anies. Mais pourquoi est-il écrit : « ses filles » ? C’était ses belles-filles, mais on appelle communément son gendre « fils », et sa belle-fille « fille »

Il refusa d’être consolé

On n’accueille pas de consolation pour une personne en vie, en pensant qu’elle est morte (Beréchith raba 84, 21). Car c’est aux morts que s’applique le décret divin qui les fait tomber dans l’oubli, pas aux vivants (Pessa‘him 54b)

Car je descendrai vers mon fils (èl beni)

C’est comme s’il était écrit : ‘al beni (« à cause de mon fils »). La préposition èl (« vers ») est souvent substituée à ‘al, comme dans : « à cause (èl) de Chaoul et à cause (weèl) de la maison du sang » (II Chemouel 21, 1), ou dans : « à cause (èl) de départ de l’arche de Dieu et de la mort de son beau-père et de son époux » (I Chemouel 4, 19)

En deuil dans la tombe

Le mot cheol, au sens simple, signifie « la tombe ». « J’irai dans la tombe avec mon deuil, sans trouver de consolation jusqu’à la fin de mes jours. » Selon le midrach, il s’agit du gueihinnom : « J’ai reçu du Tout-Puissant un signe m’assurant que, si aucun de mes enfants ne meurt de mon vivant, je serai assuré de ne jamais voir le gueihinnom » (Midrach tan‘houma Wayigach 9)

Son père le pleura

Il s’agit de Yits‘haq, qui pleurait à cause de la souffrance de Ya‘aqov, mais sans porter le deuil de Yossef, puisqu’il le savait vivant (Beréchith raba 84, 21)

37,36
Quant aux Madianites, ils le vendirent en Égypte à Putiphar, officier de Pharaon, chef des gardes.

Des gardes (hataba‘him – littéralement : « les égorgeurs »)

Ceux qui égorgeaient le bétail du roi

38,1
II arriva, en ce temps là, que Juda s'éloigna de ses frères et s'achemina vers un habitant d'Adoullam, nommé Hira.

Ce fut

Pourquoi ce récit figure-t-il ici et interrompt-il l’histoire de Yossef ? C’est pour nous apprendre que les frères de Yehouda ont rabaissé celui-ci de sa dignité lorsqu’ils ont vu la souffrance de leur père, [d’où les mots : « Yehouda descendit [dans leur estime] »). Ils lui ont dit : « C’est toi qui nous as dit de le vendre ! Si tu nous avais conseillé de le ramener à la maison, nous t’aurions écouté ! » (Midrach tan‘houma 8)

Il se tourna

De ses frères

Vers un homme de ‘Adoullam

Il s’est associé avec lui en affaires

38,2
Là, Juda vit la fille d'un Cananéen, appelé Choua; il l'épousa et s'approcha d'elle.

D’un Kena‘ani

D’un marchand (Beréchith raba 85, 4. Voir Pessa‘him 50a et Zekhariya 14, 21)

38,3
Elle conçut et enfanta un fils, à qui il donna le nom d'Ér.
38,4
Elle conçut encore et eut un fils et elle lui donna le nom d’Onàn.
38,5
De nouveau elle enfanta un fils et elle le nomma Chéla. II était à Kezib lorsqu'elle l'enfanta.

Il était à Kheziv

C’est le nom d’un endroit. Il doit ce nom, à mon avis, au fait que c’est là qu’elle a cessé d’enfanter, le mot kheziv voulant dire : « trompeur », « ayant cessé d’inspirer confiance », comme dans : « tu as été pour moi comme une source trompeuse (akhzav) » (Yirmeya 15, 18), « dont les eaux ne trompent pas (yakhazevou) » (Yecha’ya 58, 11). Sinon, que serait venu nous apprendre ce mot ? J’ai lu dans Beréchith raba (85, 4) l’interprétation suivante : « elle appela son nom Chéla... elle a cessé »

38,6
Juda choisit une épouse à Ér, son premier né; elle se nommait Thamar.
38,7
Ér, le premier né de Juda, ayant déplu au Seigneur, le Seigneur le fit mourir.

Mauvais aux yeux de Hachem

Comme Onan il détruisait sa semence. Car il est écrit, à propos de Onan : « Il le fit mourir “de même” » (verset 10). A la mort de ‘Er correspond la mort de Onan. Et pourquoi ‘Er détruisait-il sa semence ? Afin d’empêcher une grossesse qui aurait nui à sa beauté (Yevamoth 34b)

38,8
Alors Juda dit à Onàn: "Épouse la femme de ton frère en vertu du lévirat, afin de constituer une postérité à ton frère."

Et établis une descendance

Le fils devant porter le nom du frère mort

38,9
Onân comprit que cette postérité ne serait pas la sienne; et alors, chaque fois qu'il approchait de la femme de son frère, il corrompait sa voie, afin de ne pas donner de postérité à son frère.

Il détruisait vers le sol

Il « battait » à l’intérieur [dans le vagin] et « vannait » à l’extérieur [sur le sol] (Yevamoth 34b)

38,10
Sa conduite déplut au Seigneur, qui le fit mourir de même.
38,11
Et Juda dit à Thamar, sa belle fille: "Demeure veuve dans la maison de ton père, jusqu'à ce que mon fils Chéla soit plus grand," car il craignait qu’il ne meure, lui aussi, comme ses frères. Et Thamar s’en alla demeurer dans la maison de son père.

Car il disait

Il la repoussait comme avec un brin de paille, [sous de vains prétextes], car il n’avait pas réellement l’intention de la faire épouser par son fils

Car il disait : de peur qu’il ne meure

Car c’était une femme dont on pouvait présumer que ses maris mouraient l’un après l’autre (Yevamoth 64b)

38,12
Longtemps après mourut la fille de Choua, femme de Juda. Quand Juda se fut consolé, il alla surveiller la tonte de ses brebis, avec Hira son ami l'Adoullamite, à Timna.

Il monta vers ceux qui tondaient ses brebis

Il monta à Timna pour rejoindre ceux qui tondaient ses brebis

38,13
On informa Thamar en ces termes: "Ton beau père monte en ce moment à Timna pour tondre ses brebis."

Monte à Timna

Et à propos de Chimchon (Samson), il est écrit : « Chimchon est descendu à Timna » (Choftim 14, 1). Timna se trouvait sur le flanc de la montagne (Sota 10a). On y montait par un côté, et on en descendait par un autre

38,14
Elle quitta ses vêtements de veuve, prit un voile et s'en couvrit; et elle s'assit au carrefour des Deux Sources, qui est sur le chemin de Timna. Car elle voyait que Chéla avait grandi et qu'elle ne lui avait pas été donnée pour épouse.

S’enveloppa

Elle s’est couvert le visage pour éviter d’être reconnue

Elle s’assit au carrefour des Deux-Sources (bepèta‘h ‘éinayim – littéralement : « à la porte des yeux »)

A l’ouverture des yeux, [là où les yeux scrutent attentivement la direction à prendre], au carrefour des routes sur le chemin de Timna. Nos maîtres ont expliqué : A la « porte » de notre patriarche Avraham, c’est-à-dire à un endroit que tous les « yeux » aspirent à pouvoir contempler

Car elle voyait que Chéla avait grandi

Aussi s’est-elle offerte à Yehouda, désirant en avoir des enfants, [sinon de son fils, du moins de lui-même]

38,15
Juda, l'ayant aperçue, la prit pour une prostituée; car elle avait voilé son visage.

Il la prit pour une prostituée

Parce qu’elle se trouvait au carrefour des routes

Car elle avait couvert son visage

Il ne pouvait donc la voir ni la reconnaître. Explication du midrach : Elle avait couvert son visage dans la maison de son beau-père, et sa vertu était insoupçonnable (Sota 10b)

38,16
II se dirigea de son côté et lui dit: "Laisse moi te posséder." Car il ignorait que ce fût sa belle fille. Elle répondit: "Que me donneras-tu pour me posséder?"

Il se détourna vers elle vers le chemin

Il s’est écarté du chemin sur lequel il se trouvait pour aller vers celui où elle était. En français médiéval : « destorner »

Eh bien allons

Prépare-toi et apprête ta pensée à cela. Le mot hava (« eh bien ») marque l’idée d’une préparation à quelque chose, sauf quand il faut le traduire par « donner ». Les deux idées sont d’ailleurs proches l’une de l’autre

38,17
II répliqua: "Je t'enverrai un chevreau de mon troupeau." Et elle dit: "Bien, si tu me donnes un gage en attendant cet envoi."

Un gage

Une garantie

38,18
II reprit: "Quel gage te donnerai-je?" Elle répondit: "Ton sceau, ton cordon et le bâton que tu as à la main." II les lui donna, il approcha d'elle et elle conçut de son fait.

Ton sceau et ton vêtement

C’est ainsi que traduit le Targoum : l’anneau qui porte ton sceau et le vêtement dont tu te couvres

Elle conçut de son fait

Des hommes forts comme lui, des hommes justes comme lui (Beréchith raba 85, 9)

38,19
Elle se leva et partit; elle quitta son voile et reprit les vêtements de son veuvage.
38,20
Juda envoya le chevreau par l'entremise de son ami l'Adoullamite, pour retirer le gage des mains de cette femme; il ne la trouva point.
38,21
II questionna les gens de l'endroit, disant: "Où est la prostituée qui se tient aux Deux Sources, sur le chemin?" Ils répondirent: "II n'y a point de prostituée ici."

La prostituée

Consacrée [d’où son nom en hébreu : qedécha] et destinée à la prostitution

38,22
II retourna auprès de Juda et dit: "Je ne l'ai pas trouvée; et même les habitants de l'endroit ont dit qu'il n'y avait point là de prostituée."
38,23
Et Juda dit: "Qu'elle garde ce qu'elle a et que nous n'ayons pas à rougir; car enfin, j'ai envoyé ce chevreau et tu n'as pu la trouver."

Elle prendra pour elle

Qu’elle garde ce qu’elle a

De peur que nous ne soyons méprisés

Si tu continues de la chercher, cela finira par se savoir, et ce sera une honte. Que puis-je en effet faire de plus pour tenir parole 

Voici

Pour avoir égaré son père avec un chevreau, dans le sang duquel il avait trempé la tunique de Yossef (supra 37, 31), Yehouda a été égaré, lui aussi, avec un chevreau (Beréchith raba 85, 9)

38,24
Or, environ trois mois après, on informa Juda, en disant: "Thamar, ta bru, s'est prostituée et elle porte dans son sein le fruit de la débauche." Juda répondit: "Emmenez la et qu'elle soit brûlée!"

Environ trois mois après

La plus grande partie du premier mois, la plus grande partie du dernier et la totalité de celui du milieu (Beréchith raba 85, 10). L’expression kemicheloch ‘hadachim (« environ trois mois ») signifie : « le fait de se répéter trois fois », le mot micheloch étant construit de la même manière que michloa‘h manoth (« l’action d’envoyer des cadeaux » [Esther 9, 19]) ou que michloa‘h yadam (« l’action d’étendre la main » [Yecha’ya 11, 14]). Le Targoum Onqelos propose une traduction similaire : « quand les mois deviennent trois », [l’adjectif numéral « trois » prenant une forme infinitive]

Enceinte à cause de la prostitution

Le mot hara (« enceinte ») [où l’accent tonique est mis sur la dernière syllabe] est ici un adjectif, [et non un verbe, auquel cas il serait mis sur l’avant-dernière, à l’instar de : « elle vit qu’elle avait conçu (haratha) » (supra 16, 4)], comme dans : « une femme enceinte (hara) » (Chemoth 21, 22), ou dans : « claire (bara) comme le soleil » (Chir hachirim 6, 10)

Et qu’elle soit brûlée

Efrayim Maqchaa a enseigné au nom de rabi Méir : Elle était la fille de Chem, qui était kohen (Beréchith raba 85, 10). Voilà pourquoi on la condamne à être brûlée (voir Wayiqra 21, 9)

38,25
Comme on l'emmenait, elle envoya dire à son beau père: "Je suis enceinte du fait de l'homme à qui ces choses appartiennent." Et elle dit: "Examine, je te prie, à qui appartiennent ce sceau, ces cordons et ce bâton."

On la sortit

Pour qu’elle soit brûlée

Et elle envoya à son beau-père

Elle ne voulait pas lui faire honte et lui dire : « C’est de toi que j’ai conçu ! », mais elle a dit : « c’est de l’homme à qui ces objets-ci appartiennent ». Elle s’est dit : « S’il le reconnaît, qu’il le reconnaisse de lui-même ! Sinon, qu’ils me condamnent à être brûlée, mais je ne lui ferai pas honte publiquement ! D’où l’on apprend qu’il vaut mieux se laisser jeter dans une fournaise ardente que faire honte publiquement à son prochain (Sota 10b)

Reconnais

Le mot na (« je te prie ») est un terme d’imploration (Berakhoth 9a). Elle lui a dit : « Je t’en supplie ! Reconnais ton créateur, et ne sois pas la cause de la perte de trois vies humaines ! 

38,26
Juda les reconnut et dit: "Elle est plus juste que moi, car il est vrai que je ne l'ai point donnée à Chéla mon fils." Cependant il cessa, dès lors, de la connaître.

Elle est plus juste que moi (mimmènni – littéralement : « de moi »)

« Plus juste » dans ses parole

de moi

Elle est enceinte. Explication du midrach (Sota 10b, Beréchith raba 85, 10) : Une voix est sortie du ciel et a déclaré : « de moi » – c’est par ma volonté que la chose s’est faite. C’est parce qu’elle vivait vertueuse dans la maison de son beau-père que j’ai décidé que c’est d’elle et de la tribu de Yehouda que sera issue la lignée des rois

Puisque aussi bien je ne l’ai pas donnée

Elle avait le droit d’agir comme elle a fait, car je ne l’avais pas donnée à mon fils Chéla

Et il n’ajouta pas

Certains expliquent (Sifri Baha’alothekha 88) : « il ne continua pas ». D’autres (Sota 10b) : « il ne cessa pas » [il ne se sépara pas d’elle]. On trouve la même expression à propos d’Eldad et Médad : « et ils n’ajoutèrent pas (welo yassafou) », que le Targoum traduit par : « ils n’ont pas cessé de prophétiser »

38,27
Or il se trouva, lors de son enfantement, qu'elle portait des jumeaux dans son sein.

Au moment de son engendrement

Tandis qu’on a dit à propos de Rivqa : « ses jours pour engendrer furent “remplis” » (supra 25, 24). Ses jours étaient « remplis », tandis que la naissance, chez Tamar, a eu lieu avant terme (Beréchith raba 85, 13)

Que voici des jumeaux

Le mot « jumeaux » est écrit ici en entier : teomim, alors que chez Rivqa il est écrit dans une forme défective (tomim, sans waw ni yod). C’est que l’un des jumeaux, chez celle-ci, était un impie, tandis que chez Tamar tous deux seront des justes (Beréchith raba 85)

38,28
Au moment de sa délivrance, l'un d'eux avança la main; la sage femme la saisit et y attacha un fil d'écarlate, pour indiquer que celui ci était né le premier.

L’un d’eux avança la main

L’un des deux a sorti sa main à l’extérieur, et après que la sage-femme y eut attaché un fil écarlate, il l’a réintroduite

38,29
Comme il retirait sa main, voici que son frère vint au monde. Elle dit: "Avec quelle violence tu te fais jour!" Et on lui donna le nom de Péreç.

Quelle brèche tu as faite

Tu t’es forcé un passage

38,30
Ensuite naquit son frère, dont la main portait le fil d’écarlate. On lui donna le nom de Zérah.

Sur la main duquel était le fil d’écarlate

Le mot yad (« main ») apparaît à quatre reprises dans le présent contexte, allusion aux quatre anathèmes qui seront prononcés contre ‘Akhan, l’un des descendants de Pèrèts (voir Yehochou‘a 7, 1 et suiv. Beréchith raba 85, 14). Selon une autre opinion, cette répétition correspond aux quatre objets qu’il s’est appropriés [lors du sac de Yeri‘ho] : un vêtement de Chin’ar, deux morceaux d’argent du poids de deux cents chèqel et une barre d’or

Il appela son nom Zèra‘h (« brillant »)

Parce que le fil d’écarlate était de couleur vive

39,1
Joseph fut donc emmené en Égypte. Putiphar, officier de Pharaon, chef des gardes, égyptien, l'acheta aux ismaélites qui l'avaient conduit dans ce pays.

Et Yossef fut descendu

Le texte revient au sujet précédent, qu’il avait interrompu pour rapprocher le déclin de Yehouda et la vente de Yossef, t’enseignant ainsi que c’est à cause de Yossef que Yehouda a été abaissé dans sa dignité. Il entend également comparer l’histoire de la femme de Potifar avec celle de Tamar : de même que les motifs de celle-ci étaient purs, de même les motifs de celle-là. Car les astres lui avaient annoncé qu’elle allait, avec Yossef, donner naissance à des fils. Ce qu’elle ne savait pas, c’est si ce devait être elle ou sa fille (Beréchith raba 85, 2. Voir Rachi infra 41, 45)

39,2
Le Seigneur fut avec Joseph, qui devint un homme heureux et fut admis dans la maison de son maître l'égyptien.
39,3
Son maître vit que Dieu était avec lui; qu'il faisait prospérer toutes les oeuvres de ses mains,

Que Hachem était avec lui

Le nom de Hachem sortait fréquemment de sa bouche (Midrach tan‘houma 8)

39,4
et Joseph trouva faveur à ses yeux et il devint son serviteur; Putiphar le mit à la tête de sa maison et lui confia tout son avoir.

Et tout ce qui était à lui (wekhol yèch lo)

Expression elliptique. Il manque le pronom relatif achèr

39,5
Du moment où il l'eut mis à la tête de sa maison et de toutes ses affaires, le Seigneur bénit la maison de l'Égyptien à cause de Joseph; et la bénédiction divine s'étendit sur tous ses biens, à la ville et aux champs.
39,6
Alors il abandonna tous ses intérêts aux mains de Joseph et il ne s'occupa plus avec lui de rien, sinon du pain qu'il mangeait. Or, Joseph était beau de taille et beau de visage.

Et il ne s’occupa plus avec lui de rien

Il ne faisait attention à rien

Sinon du pain

A savoir sa femme. Le texte s’exprime toutefois avec délicatesse (Beréchith raba 86, 6)

Et Yossef était beau de taille

Lorsqu’il s’est vu le maître, il s’est mis à manger, à boire et à se soigner les cheveux. Le Saint béni soit-Il a alors dit : « Ton père est en deuil, et toi tu te soignes les cheveux ! Je vais lancer un « ours » à tes trousses ! » (Midrach tan‘houma 8). Et aussitôt 

39,7
Il arriva, après ces faits, que la femme de son maître jeta les yeux sur Joseph. Elle lui dit: "Viens reposer près de moi."

Ce fut

Toutes les fois que le texte emploie a‘har (« après » – au lieu de a‘haré), il s’agit d’événements survenus aussitôt (Beréchith raba 44, 5)

39,8
Il s'y refusa, en disant à la femme de son maître: "Vois, mon maître ne me demande compte de rien dans sa maison et toutes ses affaires il les a remises en mes mains;
39,9
il n'est pas plus grand que moi dans cette maison et il ne m'a rien défendu, sinon toi, parce que tu es son épouse; et comment puis je commettre un si grand méfait et offenser le Seigneur?"

Et pécherai-je contre Eloqim

La débauche a été interdite aux Noa‘hides (Sanhèdrin 57a)

39,10
Quoiqu'elle en parlât chaque jour à Joseph, il ne cédait point à ses vœux en venant à ses côtés pour avoir commerce avec elle.

Pour coucher près d’elle

Même sans avoir de rapports (Sota 3b)

Pour être avec elle

Dans le monde à venir (ibid.)

39,11
Mais il arriva, à une de ces occasions, comme il était venu dans la maison pour faire sa besogne et qu'aucun des gens de la maison ne s'y trouvait,

Ce fut

C’est-à-dire : Lorsqu’il arriva un jour particulier, un jour de liesse, un jour de fête païenne où ils allaient tous adorer leurs idoles, elle s’est dit : « Aucun jour n’est plus propice que celui-ci pour me rapprocher de Yossef ». Elle a prétexté qu’elle était malade pour ne pas y aller (Sota 36b)

Pour faire son travail

Rav et Chemouel sont en désaccord. L'un dit : pour faire son travail, au sens littéral. Quant à l'autre, il enseigne : pour satisfaire ses « besoins » [c’est-à-dire : pour avoir des rapports avec elle]. Mais l’image de son père lui est apparue, comme il est enseigné dans le traité Sota (ibid.)

39,12
qu'elle le saisit par son vêtement, en disant: "Viens dans mes bras!" II abandonna son vêtement dans sa main, s'enfuit et s'élança dehors.
39,13
Lorsqu'elle vit qu'il avait laissé son vêtement dans sa main et qu'il s'était échappé,
39,14
elle appela les gens de sa maison et leur dit: "Voyez! On nous a amené un Hébreu pour nous insulter! II m'a abordée pour coucher avec moi et j'ai appelé à grands cris.

Voyez ! Il nous a amené

Expression elliptique : « il nous a amené », sans précision quant à celui qui l’a amené. Elle parle ici de son mari

Hébreu

‘Ivri : « venu de l’autre côté » (‘évèr) du fleuve, en même temps que « des fils de ‘Evèr »

39,15
Lui, entendant que j'élevais la voix pour appeler à mon aide, a laissé son habit près de moi et il s'est échappé et il est sorti."
39,16
Elle garda le vêtement de Joseph par devers elle, jusqu'à ce que son maître fût rentré à la maison.

Son seigneur

Celui de Yossef

39,17
Elle lui fit le même récit, disant: "L'esclave hébreu que tu nous a amené est venu près de moi pour m'insulter;

Est venu vers moi

Le serviteur hébreu que tu nous as amené est venu vers moi pour se moquer de moi, [et non : « Le serviteur hébreu que tu nous as amené pour se moquer de moi est venu vers moi »]

39,18
puis, comme j'ai élevé la voix et que j'ai appelé, il a laissé son vêtement près de moi et a pris la fuite."
39,19
Lorsque le maître entendit le récit que lui faisait son épouse, disant: "Voilà ce que m'a fait ton esclave", sa colère s'enflamma.

Lorsque le seigneur entendit

Elle lui fait ce récit pendant qu’ils ont un rapport (Beréchith raba 87, 9). C’est pourquoi elle lui dit : « c’est selon ces choses-là que m’a fait ton serviteur... ». – à savoir la même chose

39,20
Le maître de Joseph le fit saisir; on l’enferma dans la Rotonde, endroit ou étaient détenus les prisonniers du roi; et il resta là dans la Rotonde.
39,21
Le Seigneur fut avec Joseph, lui attira de la bienveillance et le rendit agréable aux yeux du gouverneur de la Rotonde.

Il attira vers lui de la bonté

Il était bien vu de tous ceux qui le voyaient. Le mot ‘hèssèd (« grâce ») a ici le même sens que dans la michna : « une fiancée belle et gracieuse (‘hassouda) » (Ketouvoth 17a)

39,22
Ce gouverneur mit sous la main de Joseph tous les prisonniers de la Rotonde; et tout ce qu'on y faisait, c'était lui qui le dirigeait.

C’était lui qui le faisait

Comme le traduit le Targoum : « était fait sur son ordre »

39,23
Le gouverneur de la Rotonde ne vérifiait rien de ce qui passait par sa main, parce que le Seigneur était avec lui; et ce qu'il entreprenait, le Seigneur le faisait réussir.

En ce que Hachem était avec lui – «

Parce que » Hachem était avec lui

40,1
II advint, après ces événements que l'échanson du roi d'Égypte et le panetier offensèrent leur maître, le roi d'Égypte.

Après ces choses-là

Etant donné que cette femme perfide avait fait de ce juste un sujet de conversation et un objet de calomnie pour chacun, le Saint béni soit-Il a fait commettre une faute à ces deux dignitaires, afin de détourner sur eux l’attention qui s’était portée sur Yossef (Beréchith raba 88, 1), et aussi afin que la délivrance de ce juste s’opère par leur entremise (Pessiqta zoutretha)

Péchèrent

Il a été trouvé chez le premier une mouche dans la coupe où buvait Pharaon, chez le second du sable dans son pain (Beréchith raba 88, 2)

Et le panetier (wehaofè – littéralement : « et celui qui cuit »)

Le pain du roi. Le mot hébreu afiya ne s’applique qu’au pain. En français médiéval : « pestor »

40,2
Pharaon, irrité contre ses deux officiers, le maître échanson et le maître panetier,
40,3
les fit mettre aux arrêts dans la maison du chef des gardes, dans la Rotonde, le même lieu où Joseph était captif.
40,4
Le chef des gardes mit Joseph à leur disposition et celui ci les servit. Ils étaient depuis quelque temps aux arrêts,

Le chef des gardes désigna Yossef

Pour qu’il soit avec eux

Ils restèrent de nombreux jours sous garde

Le mot yamim (« de nombreux jours ») signifie douze mois (voir Rachi supra 24, 55)

40,5
lorsqu'ils eurent un rêve tous les deux, chacun le sien, la même nuit et chacun selon le sens de son rêve; l'échanson et le panetier du roi d'Égypte, détenus dans la Rotonde.

Ils firent un rêve

Au sens simple, ils ont fait chacun un rêve. Selon le midrach, chacun a rêvé « le rêve des deux », [le mot ‘halom (« rêve ») se lisant ici au cas construit, de sorte qu’il faut comprendre : « le rêve de tous les deux », et non : « tous les deux un rêve »]. Chacun a rêvé son propre rêve et l’interprétation du rêve de son compagnon. C’est pourquoi il est écrit (verset 16) : « le maître des panetiers vit qu’il avait bien interprété »(Berakhoth 55b, Beréchith raba 88, 4)

Chacun selon l’interprétation de son rêve

Chacun a fait un rêve qui correspondait à l’interprétation qui allait lui être donnée

40,6
Joseph, étant venu près d'eux le matin, remarqua qu'ils étaient soucieux.

Tourmentés (zo‘afim)

Inquiets, comme dans : « triste et tourmenté (weza’éf) » (I Melakhim 20, 43), ou dans : « je porterai la colère (za’af) de Hachem » (Mikha 7, 9)

40,7
II demanda aux officiers de Pharaon, qui étaient avec lui en prison chez son maître: "Pourquoi votre visage est-il sombre aujourd'hui?"
40,8
Ils lui répondirent: "Nous avons fait un songe et il n'y a personne pour l'interpréter." Joseph leur dit: "L'interprétation n'est elle pas à Dieu? Dites les moi, je vous prie."
40,9
Le maître échanson raconta son rêve à Joseph, en disant: "Dans mon rêve, une vigne était devant moi.
40,10
A cette vigne étaient trois pampres. Or, elle semblait se couvrir de fleurs, ses bourgeons se développaient, ses grappes mûrissaient leurs raisins.

Trois pampres

Des sarments longs que l’on appelle en français médiéval des « wediz »

Et elle était comme bourgeonnant

Comme si elle bourgeonnait. Dans mon rêve, elle me semblait commencer de bourgeonner (pèra‘h), et après les premiers bourgeons, elle se développait et devenait fleur (nèts). En français : « épanouir ». Ensuite ses grappes « firent mûrir ». Le mot « fleurir » est rendu par le Targoum par « fleurir en faisant sortir des vrilles », comme dans : « lorsque la fleur sera devenue une grappe mûre (nitsa) » (Yecha’ya 18, 5), ou dans : « il avait fait sortir un bouton (pèra‘h), fait éclore une fleur (tsits) » (Bamidbar 17, 23)

40,11
J'avais en main la coupe de Pharaon; je cueillais les raisins, j'en exprimais le jus dans la coupe de Pharaon et je présentais la coupe à la main du roi."

Je pressais (waès‘hat)

C’est ainsi que traduit le Targoum. On trouve dans la michna de nombreux exemples de ce mot

40,12
Joseph lui répondit: "En voici l'explication. Les trois pampres, ce sont trois jours.

Ce sont trois jours

Ils signifient pour toi trois jours. Il existe de nombreux midrachim à ce sujet (‘Houlin 92a, Beréchith raba 88, 5)

40,13
Trois jours encore et Pharaon te fera élargir et il te rétablira dans ton poste; et tu mettras la coupe de Pharaon dans sa main, comme tu le faisais précédemment en qualité d'échanson.

Pharaon élèvera ta tête

Cette expression suggère une idée de « dénombrement » (voir Chemoth 30, 12). Quand Pharaon dénombrera ses serviteurs pour le servir pendant ses repas, il te comptera parmi eux

Ta charge

Ton poste et ton siège

40,14
Si tu te souviens de moi lorsque tu seras heureux, rends-moi, de grâce, un bon office: parle de moi à Pharaon et fais moi sortir de cette demeure.

Si (ki im) tu te souviens de moi

[Tu seras rétabli à ton poste et tu retrouveras ton influence,] de sorte que (ki) si (im) tu conserves présente à l’esprit mon interprétation favorable

Fais envers moi

Le mot na (« je te prie ») signifie toujours une imploration (Berakhoth 9a)

40,15
Car j'ai été enlevé, oui, enlevé du pays des Hébreux; et ici non plus je n'avais rien fait lorsqu'on m'a jeté dans ce cachot."
40,16
Le maître panetier, voyant qu'il avait interprété dans un sens favorable, dit à Joseph: "Pour moi, dans mon songe j'avais trois corbeilles à claire voie sur la tête.

Des paniers à claire-voie

Des paniers fabriqués avec de minces planchettes de bois, séparées par des espaces vides. Ils sont très répandus chez nous. Les vendeurs de pâtisseries que l’on appelle en français médiéval des « oublies » utilisent cette sorte de paniers

40,17
La corbeille supérieure contenait tout ce que mange Pharaon en fait de boulangerie; et les oiseaux le becquetaient dans la corbeille, au dessus de ma tête."
40,18
Joseph répondit en ces termes: "En voici l’explication. Les trois corbeilles, ce sont trois jours.
40,19
Trois jours encore et Pharaon te feratrancher la tête et attacher à un gibet; et les oiseaux viendront becqueter ta chair."
40,20
Or, le troisième jour, anniversaire de la naissance de Pharaon, celui ci donna un banquet à tous ses serviteurs. II porta le maître échanson et le maître panetier sur la liste de ses serviteurs.

Jour de la naissance

Le jour de son engendrement, que l’on appelle [dans le talmud (‘Avoda Zara 10a)] guénoussiya (« fête anniversaire »). Le mot houlèdèth (« engendrement ») est au hof’al : « a été engendré », parce que l’enfant n’est mis au monde qu’avec l’aide d’autrui, à savoir la sage-femme qui fait accoucher la mère. C’est pourquoi « sage-femme » se dit en hébreu meyalèdèth. On trouve la même construction au hof’al dans : « et à ton engendrement (oumoldothayikh), le jour où tu es née (houlèdèth) » (Ye‘hezqel 16, 4), ou dans : « cette plaie, après avoir été lavée (oukabés) » (Wayiqra 13, 55), puisqu’elle doit avoir été lavée par quelqu’un d’autre

Il porta éleva ta tête

Il les a dénombrés avec le reste de serviteurs, faisant le compte de ceux qui assureraient le service pendant le repas, et il s’est souvenu également d’eux. On trouve la même expression dans : « faites le relevé (littéralement : “élevez la tête”) » (Bamidbar 1, 2), dans le sens de « compter »

40,21
Il préposa de nouveau le maître échanson à sa boisson et celui-ci présenta la coupe à la main de Pharaon;
40,22
et le maître panetier, il le fit pendre, ainsi que l'avait présagé Joseph.
40,23
Mais le maître échanson ne se souvint plus de Joseph, il l’oublia.

Et le maître-échanson ne se souvint pas

Le jour même

Il l’oublia

Les jours suivants. Joseph, parce qu’il avait mis toute sa confiance dans le maître-échanson, pensant qu’il se souviendrait de lui, a dû rester en prison pendant deux ans. Ainsi qu’il est écrit : « Heureux l’homme qui met sa confiance dans Hachem et qui ne se tourne pas vers les arrogants (rehavim) » (Tehilim 40, 5), à savoir : qui ne met pas sa confiance dans les Egyptiens, lesquels sont appelés rahav (« arrogants ») (Yecha’ya 30, 7)

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