Paracha Béhar
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Vayéra

Lecture de la paracha Vayéra en français

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18,1
Éternel se révéla à lui dans les plaines de Mamré, tandis qu'il était assis à l'entrée de sa tente, pendant la chaleur du jour.

Hachem lui apparut

Pour rendre visite au malade (Sota 14a). Rabi ‘Hama bar ‘Hanina a enseigné : On était au troisième jour après la circoncision, et le Saint béni soit-Il lui est venu prendre de ses nouvelles (Baba Metsi‘a 86b)

Dans les plaines de Mamré

C’est Mamré qui l’avait conseillé à propos de la circoncision. Aussi est-ce sur ses terres que Dieu S’est révélé à Avraham (Beréchith raba 42, 8)

Et il était assis

Le mot yochév est écrit sans waw, et peut donc se lire yachav (« il s’est assis »). Avraham a voulu se lever, mais le Saint béni soit-Il lui a dit : « Assieds-toi, et moi, je resterai debout. Tu es la personnification de tes enfants : Je me tiendrai debout dans l’assemblée des juges, et eux resteront assis, ainsi qu’il est écrit (Tehilim 82, 1) : “Dieu se tient debout dans l’assemblée divine” » (Beréchith raba 48, 7, Chevou‘oth 30b)

A l’entrée de la tente

Pour voir s’il viendrait à passer des gens qu’il pourrait inviter à entrer chez lui

Pendant la chaleur du jour

Le Saint béni soit-Il avait dégagé le soleil de son écrin, afin de lui épargner la fatigue causée par la présence d’invités. Mais quand Il a vu que leur absence lui causait de la peine, Il lui a envoyé des anges à forme humaine (Baba Metsi‘a 86b)

18,2
Comme il levait les yeux et regardait, il vit trois personnages debout prés de lui. En les voyant, il courut à eux du seuil de la tente et se prosterna contre terre.

Et voici trois hommes

L’un pour annoncer la bonne nouvelle à Sara, un autre pour détruire Sedom, et un troisième pour guérir Avraham. Car le même messager n’est jamais chargé de deux missions différentes (Beréchith raba 50, 2). La preuve en est que, dans tout le présent chapitre, on parle d’eux au pluriel : « “ils” mangèrent » (verset 8), « “ils” lui dirent » (verset 9). Il est écrit, en revanche, à propos de la bonne nouvelle : « “je” reviendrai vers toi » (verset 10), et au sujet de la destruction de Sedom : « car “je” ne pourrai rien faire avant que tu n’y sois arrivé » (infra 19, 22). Quant à Rafael qui a guéri Avraham, il s’en est allé pour sauver Lot, ainsi qu’il est écrit : « lorsqu’ils les eurent conduits dehors, il lui dit : sauve ta vie ». D’où il résulte que c’est le même ange qui les a sauvés, [la mission de guérir et celle de sauver étant de même nature] (Beréchith raba 50)

Debout sur lui

Devant lui. Mais il est plus correct de s’exprimer ainsi, s’agissant d’anges

Il vit

Pourquoi deux fois le mot wayar (« il vit ») ? La première fois est à prendre au sens propre, la seconde dans le sens de « compréhension » : Il a vu qu’ils restaient debout à la même place, et il a compris qu’ils ne voulaient pas le fatiguer. Ils savaient, certes, qu’il allait venir à leur rencontre, mais ils sont restés à leur place en son honneur, pour lui montrer qu’ils ne voulaient pas le fatiguer. C’est alors qu’il a pris les devants et qu’il a couru à leur rencontre. La guemara (Baba Metsi‘a 86b) fait remarquer qu’il est d’abord écrit : « debout sur lui », et ensuite : « il courut à leur rencontre ». Lorsqu’ils l’ont vu en train de défaire et de refaire son pansement, ils se sont éloignés. C’est alors qu’il « a couru à leur rencontre »

18,3
Et il dit: "Seigneur, si j'ai trouvé grâce à tes yeux, ne passe pas ainsi devant ton serviteur!

Il dit : Seigneur (adonaï – littéralement : « mes seigneurs »)

C’est au plus grand d’entre eux qu’il s’est adressé. Il les a appelés tous « seigneurs », et au plus grand il dit : « ne passe pas ainsi ». Si celui-ci « ne passe pas », ses compagnons resteront avec lui. Le mot adonaï (« mes seigneurs ») a ici le sens profane de « messieurs » (Chevou‘oth 35b). Autre explication : Le mot a un sens sacré, et c’est à Dieu que s’adresse Avraham. Il demande au Saint béni soit-Il d’attendre qu’il ait fini de courir pour accueillir ces gens de passage. Il est vrai que cette demande figure après le « il courut à leur rencontre » du verset précédent, mais elle a eu lieu avant. Le texte s’exprime souvent de cette manière, ainsi que je l’ai expliqué à propos de : « mon esprit ne plaidera plus éternellement pour l’homme » (supra 6, 3), parole rapportée après le récit de la naissance des fils de Noa‘h (supra 5, 32). Or, la décision prise par Dieu de détruire le monde a précédé de vingt ans la naissance des fils de Noa‘h. Les deux explications du mot adonaï figurent dans Beréchith raba (Beréchith raba 48, 10)

18,4
Qu'on aille quérir un peu d'eau; lavez vos pieds et reposez-vous sous cet arbre.

Qu’on aille prendre

Le verbe est employé ici au passif, l’action étant faite par un messager. Le Saint béni soit-Il a rendu par la suite à Ses enfants, mesure pour mesure, cette fourniture d’eau par un messager, ainsi qu’il est écrit : « Mochè leva la main, et il frappa le rocher de sa verge par deux fois. Il en sortit de l’eau en abondance » (Bamidbar 20, 11), [Mochè ayant alors procuré de l’eau à tout Israël] (Baba Metsi‘a 86b)

Lavez-vous les pieds

Comme il pensait avoir affaire à des Arabes, adorateurs de la poussière de leurs pieds (Beréchith raba 50, 4), il a pris garde à ne pas introduire d’objet d’idolâtrie dans sa maison. Son neveu Lot, en revanche, qui n’était pas aussi attentif, leur a parlé d’abord de passer la nuit, puis de se laver, ainsi qu’il est écrit : « passez-y la nuit, et lavez vos pieds » (infra 19, 2)

Sous l’arbre

Le mot ‘ets est à traduire par « arbre », [et non par « bois »]

18,5
Je vais apporter une tranche de pain, vous réparerez vos forces, puis vous poursuivrez votre chemin, puisque aussi bien vous avez passé près de votre serviteur." Ils répondirent: "Fais ainsi que tu as dit".

Vous restaurerez votre cœur

Nous lisons tant dans la Tora que dans les Neviim (« Prophètes ») et les Kethouvim (« Hagiographes ») que le pain restaure le cœur. Il est écrit dans la Tora : « vous restaurerez votre cœur ». Dans les Neviim : « restaure ton cœur d’un morceau de pain » (Choftim 19, 5). Et dans les Kethouvim : « le pain restaure le cœur de l’homme » (Tehilim 104, 15). Rabi ‘Hama a enseigné : Il n’est pas écrit levavkhem, mais libekhem, pour t’apprendre que les anges ne sont pas dominés par le penchant au mal, [le double beith de levavkhem symbolisant le double penchant, au bien comme au mal] (Beréchith raba 48, 11)

Après quoi vous poursuivrez votre chemin

Ensuite vous partirez

Puisqu’aussi bien

C’est ce que je vous demande, du moment que vous êtes passés chez moi pour m’honorer. L’expression ki ‘al kén a la même signification que ‘al achèr (« à cause de »), comme chaque fois qu’elle est employée dans le texte : « puisque aussi bien ils sont venus à l’ombre de mon toit » (infra 19, 8), « car c’est pour cela que (ki ‘al kén) j’ai vu ta face comme on voit la face de Eloqim » (infra 33, 10), « puisque aussi bien (ki ‘al kén) je ne l’ai pas donnée à Chéla mon fils » (infra 38, 26), « puisqu’aussi bien (ki ‘al kén) Tu connais les lieux où nous campons » (Bamidbar 10, 31)

L’expression "ki ‘al kén"

L’expression ki ‘al kén a la même signification que ‘al achèr (« à cause de »), comme chaque fois qu’elle est employée dans le texte : « puisque aussi bien ils sont venus à l’ombre de mon toit » (infra 19, 8), « car c’est pour cela que (ki ‘al kén) j’ai vu ta face comme on voit la face de Eloqim » (infra 33, 10), « puisque aussi bien (ki ‘al kén) je ne l’ai pas donnée à Chéla mon fils » (infra 38, 26), « puisqu’aussi bien (ki ‘al kén) Tu connais les lieux où nous campons » (Bamidbar 10, 31)

18,6
Abraham rentra en hâte dans sa tente, vers Sara et dit: "Vite, prends trois mesures de farine de pur froment, pétris-la et fais-en des gâteaux."

De farine

La farine pour des gâteaux, et le pur froment pour en faire la pâte dont les cuisiniers couvraient les récipients afin de retenir l’écume [qui remonte à la surface] (Baba Metsi‘a 86b)

18,7
Puis, Abraham courut au troupeau, choisit un veau tendre et gras et le donna au serviteur, qui se hâta de l'accommoder.

Un jeune taureau tendre et bon

Ils étaient trois taureaux, afin qu’ils puissent manger trois langues assaisonnées à la moutarde (Baba Metsi‘a 86b)

Au jeune homme

C’était Yichma‘el, pour l’initier aux mitswoth, [en l’occurrence à celle de l’hospitalité] (Beréchith raba 48, 13)

18,8
Il prit de la crème et du lait, puis le veau qu'on avait préparé et le leur servit: il se tenait devant eux, sous l'arbre, tandis qu'ils mangeaient.

Il prit de la crème

Il n’a cependant pas apporté pas de pain, parce que la pâte était devenue impure, Sara ayant recommencé, ce jour-là, à avoir ses règles (Beréchith raba 48, 14, Baba Metsi‘a 87a)

De la crème

La crème du lait qu’on enlève à la surface

Et le jeune taureau qu’on avait préparé

Qu’il avait préparé. Au fur et à mesure qu’il avait préparé un plat, il le leur servait (Baba Metsi‘a 86b)

Ils mangèrent

Ils ont fait semblant de manger. D’où l’on déduit que l’on ne doit pas s’écarter de la coutume du lieu où l’on se trouve (ibid.)

18,9
Ils lui dirent: "Où est Sara, ta femme?" Il répondit: "Elle est dans la tente."

Ils lui dirent

Les lettres alef, yod et waw du mot élaw (« à lui ») sont surmontées d’un point. Rabi Chim‘on ben El‘azar a enseigné (Beréchith raba 48, 15) : Toutes les fois que, dans un mot, les lettres non pointées sont majoritaires, c’est elles qu’il faut interpréter. Ici, où ce sont les lettres pointées qui sont les plus nombreuses, c’est elles que tu devras interpréter, à savoir qu’à Sara aussi ils ont demandé où était (ayo) Avraham. Ce qui nous enseigne une règle de politesse : Lorsqu’on est reçu chez quelqu’un, on doit demander au mari des nouvelles de sa femme, et à la femme des nouvelles de son mari. La guemara (Baba Metsi‘a 87a) souligne que les anges savaient, certes, où était Sara, notre mère, mais qu’ils ont voulu mettre sa discrétion en évidence, afin de la rendre plus chère à son mari. Rabi Yossi bar ‘Hanina a enseigné : c’était pour lui envoyer la coupe de vin qui a accompagné la bénédiction après le repas

Elle est dans la tente

Elle est discrète

18,10
L'un d'eux reprit: "Certes, je reviendrai à toi à pareille époque et voici, un fils sera né à Sara, ton épouse." Or, Sara l'entendait à l'entrée de la tente qui se trouvait derrière lui.

Je reviendrai (chov achouv – littéralement : « revenir

L’ange ne lui annonce pas son propre retour, mais il se fait le porte-parole de Dieu. Autres exemples [de la même forme répétitive d’un verbe utilisée dans le même sens] : « l’ange de Hachem lui dit : je multiplierai beaucoup (harba arbè – littéralement : “multiplier, je multiplierai”) ta descendance » (supra 16, 10). Un ange n’a pas le pouvoir de multiplier une descendance, mais il le lui dit en tant que messager de Dieu. Il en est de même dans les propos tenus par Elicha à la Chounamite : « A pareille époque, au retour de cette saison, tu serreras un fils dans tes bras. Elle répondit : Ah ! mon seigneur, homme de Dieu, ne trompe pas ta servante ! » (II Melakhim 4, 16). Les anges qui avaient annoncé la nouvelle à Sara ont dit : « Je reviendrai ». Quant à Elicha, il a dit : « Les anges qui sont éternellement vivants ont dit : Je reviendrai ! Tandis que moi, qui suis un être de chair et de sang, aujourd’hui vivant, demain mort, que je sois vivant ou que je sois mort à pareille époque, tu serreras un fils dans tes bras... » (Beréchith raba 53, 20)

A pareille époque

A cette même époque, l’année prochaine. On était à Pessa‘h, et c’est à Pessa‘h qu’est né Yits‘haq (Séder ‘olam 5). Le texte ne porte pas ke‘éth (« à une époque »), mais ka‘éth (« à cette époque précise »)

A pareille époque (littéralement : « à cette époque vivante »)

A pareille époque où tu seras vivante, où vous serez tous vivants et en bonne santé

Qui était derrière lui

La porte était derrière l’ange

18,11
Abraham et Sara étaient vieux, avancés dans la vie; le tribut périodique des femmes avait cessé pour Sara.

Avait cessé

Avait cessé pour elle

Le cycle des femmes

Le cycle de l'impureté des femmes avait cessé pour elle

18,12
Sara rit en elle-même disant: "Flétrie par l'âge, ce bonheur me serait réservé! Et mon époux est un vieillard!"

En elle-même

Elle « regardait » ses entrailles et se disait : « Est-il possible que ces entrailles portent encore le fardeau d’un nourrisson ? Que ces seins desséchés donnent encore du lait ? » (Midrach tan‘houma Choftim 18)

Ce bonheur

Le mot ‘edna désigne l’éclat de la chair. Il est employé dans la michna (Mena‘hoth 86a) : « On enlève le poil pour rendre son lissé (me‘adén) à la chair ». Autre explication : le mot est apparenté à l’araméen ‘idan (« le temps »), c’est-à-dire l’époque des règles

18,13
Le Seigneur dit à Abraham: "Pourquoi Sara a-t-elle ri, disant: ’Eh quoi! en vérité, j'enfanterais, âgée que je suis!’

Est-ce que vraiment

Est-il vrai que je vais engendrer 

Moi qui ai vieilli

Le texte a modifié les paroles de Sara pour préserver la paix du ménage, car elle avait dit, en fait : « et mon mari est vieux » (Baba Metsi‘a 87a, Beréchith raba 48, 18)

18,14
Est-il rien d'impossible au Seigneur? Au temps fixé, à pareille époque, je te visiterai et Sara sera mère".

Est-il rien qui soit difficile

D’après le Targoum : « est-il caché ? » Est-il quoi que ce soit de difficile, d’éloigné et de caché pour moi, que je ne puisse faire selon ma volonté 

Au temps fixé

A cette même époque spécifique que je t’ai fixée hier, à cette même époque de l’année prochaine

18,15
Sara protesta, en disant: "Je n'ai point ri"; car elle avait peur. II répondit "Non pas, tu as ri."

Car elle avait peur... tu as ri

On trouve dans ce verset deux fois la conjonction ki. Le premier ki (« car elle avait peur ») a le sens de « car ». Il explique le pourquoi de la chose : Sara a protesté, parce qu’elle avait peur. Quant au second ki, il a le sens de « mais » : « Il répondit : Non ! Ce n’est pas comme tu le dis, mais (ki) tu as effectivement ri ! » Ainsi que l’ont enseigné les rabbins, le mot ki peut avoir quatre significations : « si », « peut-être », « mais » ou « car » (Roch haChana 3a)

18,16
Les hommes se levèrent et fixèrent leurs regards dans la direction de Sodome; Abraham les accompagna pour les reconduire.

Ils regardèrent

Le forme hiph’il du verbe chqf (hachqof) exprime toujours, dans la Tora, une idée péjorative, sauf dans : « jette un regard (hachqifa) du haut des cieux » (Devarim 26, 15), parce que les dons faits aux pauvres ont la propriété de transformer la colère divine en miséricorde

Les raccompagner (lechal‘ham – littéralement : « pour les renvoyer »)

Ce verbe a ici le sens de « raccompagner », Avraham pensant qu’ils étaient des gens de passage

18,17
Or, l'Éternel avait dit:"Tairai-je à Abraham ce que je veux faire?"

Cacherai-je

C’est une question

Ce que je vais faire

A Sedom. Il ne serait pas bien que je le fasse sans qu’il le sache (Midrach tan‘houma 5) : Je lui ai donné ce pays, et ces cinq villes lui appartiennent, ainsi qu’il est écrit : « la frontière du peuple kena‘ani allait depuis Tsidon... dans la direction de Sedom et ‘Amora et Adma et Tsevoyim » (supra 10, 19). Je l’ai appelé « Avraham », à savoir « le père d’une multitude de nations », et j’exterminerais ses enfants sans prévenir leur père qui est mon ami ? 

18,18
Abraham ne doit-il pas devenir une nation grande et puissante et une cause de bonheur pour toutes les nations de la terre?

Et Avraham doit devenir

Le midrach applique ici le verset : « Le souvenir du juste est une bénédiction » (Michlei 10, 7). Etant donné qu’Il l’a mentionné, Il l’a béni (Yoma 38b). Et d’après le sens littéral : Le lui cacherais-je ? Il m’est cher au point que je ferai de lui un grand peuple et que tous les peuples de la terre seront bénis par lui

18,19
Si je l'ai distingué, c'est pour qu'il prescrive à ses fils et à sa maison après lui d'observer la voie de l'Éternel, en pratiquant la vertu et la justice; afin que l'Éternel accomplisse sur Abraham ce qu'il a déclaré à son égard."

Car je l’ai distingué (yeda’tiw)

Ce terme exprime l’idée d’affection, comme dans : « connue (moda’) de son mari » (Routh 2, 1), « Bo’az est connu de nous (moda’tanou) » (Routh 3, 2), « et que je t’ai spécialement distingué (waéda‘akha) » (Chemoth 33, 17). Toutefois, le sens premier de ce mot, dans tous ces cas, est « connaître ». Quand on a de l’affection pour quelqu’un, on le rapproche de soi pour mieux le connaître. Et pourquoi Dieu le « connaît »-Il ? C’est « afin qu’il prescrive à ses fils... », parce qu’il ordonnera à ses enfants d’observer ma voie. Et si tu l’expliques selon le Targoum, le texte voudra dire : « je sais qu’il prescrira à ses fils... ». Mais, dans ce cas, la conjonction lema’an (« afin que ») ne se justifie pas

Ordonne (yetsawè)

Le verbe est à la forme fréquentative, comme dans : « c’est ainsi qu’avait l’habitude d’agir (ya‘assè) Iyov » (Iyov 1, 5)

Afin que Hachem amène

C’est ce qu’il prescrira à ses enfants : « gardez la voie de Hachem, afin que Hachem amène sur Avraham... ». [Ce n’est donc plus Dieu qui parle, mais Avraham.] Il n’est pas dit : « sur la maison d’Avraham », mais « sur Avraham ». Cela nous enseigne que celui dont le fils devient un juste est comme s’il ne mourait jamais (Beréchith raba 49, 4)

18,20
L'Éternel dit: "Comme le décri de Sodome et de Gommorrhe est grand; comme leur perversité est excessive,

Hachem dit

A Avraham, faisant ainsi ce qu’Il avait annoncé : ne pas lui cacher ce qu’Il allait faire

Est grand

Chaque fois que l’on trouve dans la Tora le mot rava avec l’accent tonique mis sur la dernière syllabe (va), il veut dire « grand » ou « en train de grandir ». Ici, où l’accent est mis sur l’avant-dernière syllabe (ra), il veut dire : « déjà devenu grand », comme je l’ai expliqué à propos de : « ce fut, le soleil couché » (supra 15, 17), « vois, ta belle-sœur est retournée » (Routh 1, 15)

18,21
je veux y descendre; je veux voir si, comme la plainte en est venue jusqu'à moi, ils se sont livrés aux derniers excès; si cela n'est pas, j'aviserai."

Je vais descendre

C’est pour enseigner aux juges qu’ils ne doivent pas prononcer de peine capitale avant d’avoir « vu » [et approfondi l’objet du litige]. J’ai expliqué tout cela dans le chapitre de la tour de Bavel (supra 11, 5). Autre explication : « Je vais descendre » jusqu’au fond de leurs actes

Si

D’un pays [au féminin en hébreu]

S’ils ont fait entièrement comme le cri est venu jusqu’à moi

S’ils persistent dans leur rébellion, je les exterminerai. Et s’ils ne persistent pas dans leur rébellion, j’aviserai à les punir par des châtiments, mais je ne les anéantirai pas. On trouve dans le même style : « dépose tes ornements, et j’aviserai à ce que je dois te faire » (Chemoth 33, 5). C’est pourquoi les mots ‘assou (« ils ont fait ») et kala (« entièrement », mais aussi : « c’est l’extermination ») sont détachés l’un de l’autre par le signe d’interruption pessiq. Nos rabbins ont interprété l’expression « si comme le cri » comme s’appliquant à la plainte d’une jeune fille torturée et mise à mort pour avoir donné à manger à un pauvre, ainsi qu’il est expliqué au dernier chapitre du traité Sanhèdrin (109b)

18,22
Les hommes quittèrent ce lieu et s'acheminèrent vers Sodome; Abraham était encore en présence du Seigneur.

Les hommes se détournèrent de là

De l’endroit où Avraham les avait accompagnés

Et Avraham était encore debout devant Hachem

Ce n’est pas lui, pourtant, qui s’était levé pour se tenir debout devant Dieu, mais c’est le Saint béni soit-Il qui était venu chez lui pour lui dire : « comme le gémissement de Sedom et de ‘Amora est grand ». Le texte aurait dû donc dire : « et Hachem était encore debout devant Avraham », mais il s’agit là d’une correction des scribes, [destinée à prévenir une éventuelle interprétation irrévérencieuse] (Beréchith raba 49)

18,23
Abraham s'avança et dit: "Anéantirais-tu, d'un même coup, l'innocent avec le coupable?

Avraham s’avança

Nous trouvons trois sortes d’« avancées ». Pour la guerre : « Yoav s’avança » (II Chemouel 10, 13). Pour la réconciliation : « Yehouda s’avança » (infra 44, 18). Et pour la prière : « le prophète Eliyahou s’avança » (I Melakhim 18, 36). Avraham a utilisé tous ces trois moyens : il s’est exprimé avec dureté, il a cherché la conciliation, et il a eu recours à la prière (Beréchith raba 49, 7)

Anéantirais-tu aussi (haaf) le juste avec le scélérat

Af est une conjonction qui veut dire « aussi ». Le Targoum Onqelos le traduit par « colère ». Cela signifierait alors : « Ta colère t’entraînerait-elle à anéantir le juste avec le scélérat ? 

18,24
Peut-être y a-t-il cinquante justes dans cette ville: les feras-tu périr aussi et ne pardonneras-tu pas à la contrée en faveur des cinquante justes qui s'y trouvent?

Cinquante justes

A raison de dix justes par ville, puisqu’il y en avait cinq (Targoum yonathan)

18,25
Loin de toi d'agir ainsi, de frapper l'innocent avec le coupable, les traitant tous deux de même façon! Loin de toi! Celui qui juge toute la terre serait-il un juge inique?"

Loin de toi (‘halila)

Et si tu devais m’objecter que les justes ne sauveront pas les scélérats, alors pourquoi ferais-tu mourir les justes 

Loin de toi (‘halila)

Le mot ‘halila, comme ‘houlin, signifie : quelque chose de profane, d’indigne de toi (Targoum yonathan). Les gens diront : Et voilà comment Il agit ! Il emporte tout, justes et scélérats ! Ainsi as-tu agi envers la génération du déluge et la génération de la tour de Bavel ! (Midrach tan‘houma Wayéra 8)

De cette manière

Ni cela ni rien qui lui ressemble (Beréchith raba 49, 9)

Loin de toi

Dans le monde futur

Celui qui juge toute la terre

Le hé de hachofét (« celui qui juge ») est ponctué d’un ‘hataf patha‘h (« petit patha‘h »), parce qu’il n’est pas un article, mais un interrogatif : « Est-ce que Celui qui juge toute la terre ne rendrait pas une justice de vérité ? »

18,26
Le Seigneur répondit: "Si je trouve à Sodome au sein de la ville, cinquante justes, je pardonnerai à toute la contrée à cause d’eux"

Si je trouve à Sedom... je pardonnerai à tout l’endroit

A toutes les villes. Etant donné que Sedom était leur capitale et la plus importante de toutes, le texte fait tout dépendre d’elle

18,27
Abraham reprit en disant: "De grâce! j’ai entrepris de parler à mon souverain, moi poussière et cendre!

J’ai osé (hoalti)

J’ai voulu, comme dans : « Mochè consentit (wayoèl) » (Chemoth 2, 21)

Moi

J’aurais déjà dû être réduit en poussière par les rois, et en cendres par Nimrod, si ta miséricorde ne m’avait soutenu (Beréchith raba 49, 11)

18,28
Peut-être à ces cinquante justes, en manquera-t-il cinq: détruirais-tu, pour cinq, une ville entière?" Il répondit: "Je ne sévirai point, si j'en trouve quarante-cinq"

Détruirais-tu

Cela ferait neuf par ville, et toi, le juste du monde, tu te compterais avec eux pour compléter (Targoum yonathan)

18,29
Il insista encore, en lui disant: "Peut-être s'y en trouvera-t-il quarante?" II répondit: "Je m'abstiendrai à cause de ces quarante."

Peut-être se trouvera-t-il là-bas quarante

Qui sauveront quatre villes. De même, trente en sauveront trois, vingt en sauveront deux, et dix en sauveront une

18,30
Il dit: "De grâce, que mon Souverain ne s'irrite point de mes paroles! Peut-être s'en trouvera-t-il trente?" II répondit: "Je m'abstiendrai, si j'en trouve trente"
18,31
II reprit: "De grâce, puisque j'ai osé parler à mon Souverain, peut-être s'en trouvera-t-il vingt?" II répondit: "Je renoncerai à détruire, en faveur de ces vingt." II dit:
18,32
"De grâce, que mon Souverain ne s'irrite pas, je ne parlerai plus que cette fois. Peut-être s'en trouvera-t-il dix?" II répondit: "Je renoncerai à détruire, en faveur de ces dix."

Peut-être s’en trouvera-t-il là-bas dix

Il n’a pas demandé pour moins, car il s’est dit : La génération du déluge ne comptait que huit personnes : Noa‘h, ses fils et leurs femmes, et ils n’ont pas réussi à sauver leur génération (Beréchith raba 49, 13). Quant à neuf, il l’avait déjà demandé en leur associant Dieu, mais on ne les avait pas trouvés

18,33
Le Seigneur disparut, lorsqu'il eut achevé de parler à Abraham; et Abraham retourna à sa demeure.

Hachem s’en alla

Le défenseur ayant cessé de parler, le juge s’en va (Beréchith raba 49, 13)

Et Avraham retourna à son endroit

Le juge étant parti, le défenseur s’en va aussi (Beréchith raba 49, 14). Reste l’accusateur pour accuser. C’est pourquoi « les deux anges arrivèrent à Sedom » pour anéantir

19,1
Les deux envoyés arrivèrent à Sodome le soir. Loth était assis à la porte de Sodome; à leur vue, il se leva au devant d'eux et se prosterna la face contre terre.

Les deux anges

L’un pour détruire Sedom et l’autre, déjà venu pour guérir Avraham, pour sauver Lot. Quant au troisième, qui était venu pour annoncer à Sara le prochaine naissance d’un fils, il s’en était allé, sa mission étant remplie (Beréchith raba 50, 2, Midrach tan‘houma Wayéra 8)

Les anges

Tandis que le texte, plus haut, les appelle des « hommes » (supra 18, 2). Lorsque la chekhina était avec eux, on les appelait des « hommes ». Autre explication : Chez Avraham, dont la force était grande, et qui était habitué à recevoir la visite des anges autant que celle des hommes, on les appelle des « hommes ». Chez Lot, en revanche, on les appelle des « anges » (Beréchith raba 50, 2)

Le soir

Pourquoi les anges ont-ils mis si longtemps pour aller de ‘Hèvron à Sedom ? C’est parce qu’ils étaient des anges de miséricorde (Beréchith raba 50, 1). Ils ont donc attendu, pensant qu’Avraham plaiderait peut-être leur cause avec succès

Lot était assis à la porte de Sedom

Le mot yochév est écrit sans waw, et peut donc se lire yachav (« il s’est assis »). On l’avait, ce jour-là, institué juge (Beréchith raba 50, 3)

Lot les vit

C’est chez Avraham qu’il avait appris à pratiquer l’hospitalité (Beréchith raba 50, 4)

19,2
Il dit "Ah! de grâce, mes seigneurs, venez dans la maison de votre serviteur, passez-y la nuit, lavez vos pieds; puis, demain matin, vous pourrez continuer votre route." Ils répondirent: "Non, nous coucherons sur la voie publique."

Ah ! de grâce

Vous êtes comme mes seigneurs, maintenant que vous êtes passés près de chez moi (voir Rachi supra 12, 11). Autre explication : Prenez garde que ces scélérats ne vous reconnaissent pas, et suivez mon conseil 

Détournez-vous

Venez chez moi en faisant un détour, afin qu’ils ne sachent pas que vous êtes entrés chez moi. D’où l’emploi du mot sourou (littéralement : « écartez-vous ») (Beréchith raba 50, 4)

Et passez-y la nuit et lavez vos pieds

Les gens ont-ils pour habitude de passer d’abord la nuit, et de se laver ensuite ? Avraham leur avait dit de commencer par se laver les pieds (supra 18, 4). Voici quel a été le raisonnement de Lot : Si des gens de Sedom arrivent chez moi et qu’ils constatent qu’ils se sont déjà lavé les pieds, ils m’accuseront de les avoir accueillis chez moi depuis deux ou trois jours et de ne pas les en avoir informés. Mieux vaut donc, s’est-il dit, qu’ils restent avec la poussière à leurs pieds et qu’ils aient l’air d’être arrivés depuis peu. Aussi leur a-t-il déclaré : « passez la nuit » et ensuite : « lavez vos pieds »

Ils dirent : Non !

Tandis qu’ils avaient dit à Avraham : « fais ainsi que tu as dit » (supra 18, 5). D’où l’on déduit que l’on peut refuser au plus petit, mais pas au plus grand (Baba Metsi‘a 87a)

Nous passerons la nuit sur la voie publique

La conjonction ki a ici le sens de èla (« mais »). Ils ont voulu dire : « nous ne nous détournerons pas pour aller chez toi, mais nous passerons la nuit dans une rue de la ville »

19,3
Sur ses vives instances, ils tournèrent de son côté et entrèrent dans sa maison. II leur prépara un repas, fit cuire des galettes et ils mangèrent.

Ils se détournèrent vers lui

Ils ont pris un chemin détourné pour se rendre chez lui

Il fit cuire des matsoth

Car c’était Pessa‘h

19,4
Ils n'étaient pas encore couchés, lorsque les gens de la ville, les gens de Sodome, s'attroupèrent autour de la maison, jeunes et vieux; le peuple entier, de tous les coins de la ville.

Ils n’étaient pas encore couchés que des hommes de la ville

Voici l’explication du Beréchith raba (50, 5) : Avant de se coucher, les anges ont parlé des gens de la ville et ont demandé à Lot qui ils étaient et quelle était leur conduite. Il leur a répondu qu’ils étaient, pour la plupart, des scélérats. Ils étaient encore en train de parler d’eux quand les gens de la ville, les scélérats [dont on venait de parler], se sont attroupés autour de la maison. Quant au sens littéral, c’est parce qu’ils étaient des scélérats qu’on les appelle « les hommes de Sedom », ainsi qu’il est écrit : « et les hommes de Sedom étaient pervers et pécheurs devant Hachem, à un haut degré » (supra 13, 13)

Tout le peuple

D’un coin de la ville à l’autre. Aucun ne s’y opposait, étant donné qu’il n’y avait pas un seul juste parmi eux (Beréchith raba 50, 5)

19,5
Ils appelèrent Loth et lui dirent: "Où sont les hommes qui sont venus chez toi cette nuit? Fais-les sortir vers nous, que nous les connaissions!"

Que nous les connaissions

Par des rapports intimes, comme dans : « qui n’ont pas connu d’homme » (verset 8) (Beréchith raba)

19,6
Loth alla à leur rencontre, à l'entrée de sa maison, dont il ferma la porte sur lui;
19,7
et il dit: "De grâce, mes frères, ne leur faites point de mal!
19,8
Ecoutez! j'ai deux filles qui n'ont pas encore connu d’homme, je vais vous les amener, faites-leur ce que bon vous semblera; mais ces hommes, ne leur faites rien, car enfin ils sont venus s'abriter sous mon toit."

Ces hommes

Haél équivaut à haélè (« ceux-ci »)

Puisqu’aussi bien ils sont venus

Faites cette faveur en mon honneur, parce qu’ils sont venus s’abriter « à l’ombre de ma poutre ». Le Targoum traduit le mot qora par l’araméen charoutha (« poutre »)

19,9
Ils répondirent: "Va-t'en loin d'ici! Cet homme, ajoutèrent-ils, est venu séjourner ici et maintenant il se fait juge! Eh bien, nous te ferons plus de mal qu'à eux!" Ils assaillirent Loth avec violence et s'avancèrent pour briser la porte.

Va-t’en au loin (holea)

Littéralement : « approche-toi plus loin », c’est-à-dire « approche-toi des côtés et éloigne-toi de nous ». De même toutes les fois que l’on trouve dans le texte le mot holea, il exprime l’idée d’éloignement, comme dans : « en disperser le feu au loin (holea) » (Bamidbar 17 2), ou bien dans : « les flèches sont tombées plus loin (weholea) » (I Chemouel 20, 22). L’expression « va-t’en au loin » signifie donc « retire-toi », en français médiéval : « trais-toi de nous ». C’est une expression de mépris, comme pour dire : « nous n’avons que faire de toi ! », comme dans : « retire-toi, ne me touche pas » -(Yecha’ya, 65, 5), ou bien dans : « approche-toi de moi, et je m’assiérai » (Yecha’ya 49, 20), c’est-à-dire : « retire-toi sur les côtés pour que je puisse m’asseoir à ta place ». [Voici ce que les gens de Sedom ont voulu signifier à Lot :] Tu parles en faveur de ces gens de passage. Comment peux-tu avoir une telle audace ? Comme il leur a parlé de ses filles, ils lui ont dit : « va-t-en au loin », comme dans une expression de satisfaction. Et comme il parlait en faveur de ses invités, ils lui ont dit..

... Celui-ci est venu séjourner

Tu es le seul étranger venu habiter parmi nous

Et il veut faire le juge

Et tu aurais la prétention de nous réprimander 

La porte

Le panneau de la porte qui tourne pour fermer et ouvrir

19,10
Les voyageurs étendirent la main, firent rentrer Loth dans la maison et fermèrent la porte.
19,11
Et les hommes qui assiégeaient l'entrée de la maison, ils les frappèrent d'éblouissements, petits et grands, qui se fatiguèrent à chercher l’entrée.

L’entrée

C’est l’ouverture par où l’on entre et l’on sort

De cécité

C’est le sens du mot sanwérim (voir Yoma 28b)

Du plus petit au plus grand

Ce sont les petits qui avaient commencé à pécher, ainsi qu’il est écrit : « du jeune homme au vieillard » (verset 4). C’est pourquoi, le châtiment commence par eux (Beréchith raba 50, 8)

19,12
Les voyageurs dirent à Loth: "Quiconque des tiens est encore ici, un gendre, tes fils, tes filles, tout ce que tu as dans cette ville, fais les sortir d’ici.

Qui as-tu encore ici

Voici le sens littéral du verset : qui as-tu encore dans cette ville, à part ta femme et tes filles qui sont dans ta maison 

Un gendre

Si tu as un gendre, ou des fils ou des filles, fais-les sortir d’ici

Tes fils

Les fils de tes filles mariées. Le midrach explique le mot ‘od (« encore ») comme voulant dire : du moment qu’ils sont capables de telles infamies, comment peux-tu « encore » ouvrir la bouche pour prendre leur défense ? Parce qu’il avait, toute la nuit durant, parlé en leur faveur, de sorte que le mot po (« ici ») est à lire pè (« bouche »)

19,13
Car nous allons détruire cette contrée, la clameur contre elle a été grande devant le Seigneur et le Seigneur nous a donné mission de la détruire."
19,14
Loth sortit, alla parler à ses gendres, époux de ses filles et dit: "Venez, abandonnez ce lieu, car l'Éternel va détruire la cité!" Mais il fut, aux yeux de ses gendres, comme un homme qui plaisante.

Ses gendres

Il avait deux filles mariées en ville (Beréchith raba 50)

Qui avaient pris ses filles

Auxquels étaient fiancées celles qui étaient encore à la maison

19,15
Comme l'aube paraissait, les envoyés pressèrent Loth, en disant: "Debout! emmène ta femme et tes deux filles ici présentes, si tu ne veux point périr pour les crimes de cette ville."

Le pressèrent

Le Targoum le traduit par : « ils firent se hâter »

Qui se trouvent ici

Dans ta maison, prêtes à être sauvées. Le midrach propose une autre explication, mais tel est le sens réel du texte

Que tu ne sois détruit

Que tu périsses, comme dans : « jusqu’à ce que disparaisse toute la génération » (Devarim 2, 14), où le Targoum emploie le même mot araméen qu’ici

19,16
Comme il tardait, ces hommes le prirent par la main, ainsi que sa femme et ses deux filles, l'Éternel voulant l'épargner; ils l'emmenèrent et le laissèrent hors de la ville.

Comme il tardait

Afin de sauver ses biens (Beréchith raba 50, 11)

Les hommes saisirent

L’un des anges avait pour mission de le sauver, et l’autre celle de détruire Sedom. C’est pourquoi il est écrit au verset suivant : « il lui dit : sauve ta vie », et non pas : « ils lui dirent » (ibid.)

19,17
Lorsqu'ils les eurent conduits dehors, l'un d'eux lui dit: "Songe à sauver ta vie; ne regarde pas en arrière et ne t'arrête pas dans toute cette région; fuis vers la montagne, de crainte de périr."

Sauve ta vie

Qu’il te suffise de sauver les vies, ne te préoccupe pas de tes biens

Ne regarde pas derrière toi

Tu as fait le mal comme eux, et c’est par le mérite d’Avraham que tu es sauvé. Tu ne mérites pas de voir leur châtiment, alors que toi tu as été épargné

Dans toute la plaine

La plaine du Yardén

Sauve-toi vers la montagne

Il s’est enfui en direction de chez Avraham, lequel résidait dans la montagne, ainsi qu’il est écrit : « il se transporta de là vers la montagne » (supra 12, 8), et qui y demeurait encore à ce moment-là, ainsi qu’il est écrit : « jusqu’à l’endroit où avait été sa tente la première fois » (supra 13, 3). Et bien qu’il soit écrit : « Avram dressa sa tente... » (supra 13, 18), nous savons qu’il avait beaucoup de tentes et qu’elles s’étendaient jusqu’à ‘Hèvron

Sauve-toi

C’est l’idée de glisser. Chaque fois que l’on trouve dans le texte le mot himalét, il équivaut au mot français médiéval « esmucier ». De même dans : « elle a été délivrée d’un mâle » (Yecha’ya, 66, 7), où l’embryon s’est glissé (wehimlita) hors du sein maternel. « Notre âme s’est sauvée (nimleta) comme un oiseau » (Tehilim 124, 7), « ils n’ont pu se défaire (malét) du fardeau » (Yecha’ya 46, 2), c’est-à-dire « laisser glisser les excréments qui chargent leurs entrailles », [s’agissant des idoles]

19,18
Loth leur répondit: "Oh! non, mes seigneurs!

De grâce

Nos maîtres ont enseigné (Chevou‘oth 35b) que ce nom est sacré, [comme s’adressant à Dieu]. Il est en effet écrit au verset suivant : « en me conservant la vie ». Il ne peut donc s’appliquer qu’à Celui qui a le pouvoir de faire mourir et de faire vivre. Traduction du Targoum : « de grâce, Hachem »

De grâce

Ne me dites pas d’aller me sauver vers la montagne

De grâce

C’est une supplication

19,19
Certes, déjà ton serviteur a trouvé grâce à tes yeux et tu m'as accordé une grande faveur en me conservant la vie; mais moi, je ne saurais fuir jusque sur la montagne, le fléau m'atteindrait auparavant et je mourrais.

De peur que le mal ne m’atteigne

Lorsque je vivais au sein de la population de Sedom, le Saint béni soit-Il considérait mes actes par rapport à ceux des habitants de la ville. J’apparaissais alors comme un juste, digne d’être sauvé, tandis que lorsque j’arriverai chez un juste, je serai considéré comme un scélérat. C’est ce que dit la femme de Tsarfath à Eliyahou : « tu es venu chez moi pour évoquer mes fautes » (I Melakhim 17, 18) : Avant que tu ne viennes chez moi, le Saint béni soit-Il considérait mes actes par rapport à ceux des gens de mon peuple, et j’apparaissais comme une femme « juste » parmi eux. Mais depuis que tu es venu chez moi, par rapport à tes actes, je ne suis qu’une impie (Beréchith raba 50, 11)

19,20
Vois plutôt, cette ville-ci est assez proche pour que je m'y réfugie et elle est peu importante; puissé-je donc y fuir, vu son peu d'importance et y avoir la vie sauve!"

Cette ville-là est proche

Sa création est assez proche. Elle a été fondée il y a peu de temps, de sorte que son péché n’a pas encore atteint son comble (Chabath 10b). Et à quand remonte cette création si récente ? A la dispersion de la tour de Bavel, quand les hommes ont été éparpillés et ont commencé de s’installer chacun en son lieu. C’était l’année de la mort de Pèlèg, soit cinquante-deux ans plus tôt, étant donné que Pèlèg est mort dans la quarante-huitième année d’Avraham. Comment cela ? Pèlèg a vécu deux cent neuf ans après avoir engendré Reou (supra 11, 19). Si l’on en déduit trente-deux ans jusqu’à la naissance de Seroug (verset 20), et trente ans de Seroug jusqu’à la naissance de Na‘hor (verset 22), soit au total soixante-deux ans, plus vingt-neuf ans de Na‘hor jusqu’à la naissance de Tèra‘h (verset 24), cela donne quatre-vingt-onze ans. De là jusqu’à la naissance d’Avraham, soixante-dix ans (verset 26), ce qui donne cent soixante et un ans. Ajoutons les quarante-huit ans [correspondant à l’âge d’Avraham à la mort de Pèlèg], cela donne deux cent neuf ans, et cette année avait été celle de la dispersion. A la destruction de Sedom, Avraham était âgé de quatre-vingt-dix-neuf ans. Cinquante-deux ans s’étaient donc écoulés depuis la dispersion. Tso‘ar a été fondée une année seulement après Sedom et les autres villes, ainsi qu’il est écrit : imalta na (« je voudrais me sauver, de grâce »). Na (« de grâce ») a pour valeur numérique cinquante et un

Et elle est petite

Ses fautes sont en petit nombre, de sorte que tu peux l’épargner. Telle est l’explication du midrach

Mon âme vivra

Voici le sens littéral : N’est-ce pas une petite ville avec peu d’habitants ? Tu n’as pas besoin d’être sévère, tu peux l’épargner, et que mon âme y reste en vie 

19,21
II lui répondit: "Eh bien! je te favoriserai encore en ceci, en ne bouleversant point la ville dont tu parles.

En cette chose aussi

Non seulement tu seras sauvé, mais je sauverai également toute la ville à cause de toi

De ne pas détruire

Dans le mot hofri (« détruire »), le suffixe en yod désigne le sujet du verbe : « “je” détruis », comme dans : ‘ad boï (« avant que je vienne ») (infra 48, 5). A‘haré roï (« après qu’Il m’a vu ») (supra 16, 13). Middé dabri bo (« plus j’en parle ») (Yirmeya, 31, 20)

19,22
Hâte-toi, cours-y! car je ne puis agir que tu n'y sois arrivé." Voilà pourquoi l'on a appelé cette ville Çoar.

Car je ne pourrai rien faire

C’est la punition infligée aux anges pour avoir dit : « car nous allons détruire » (verset 13), comme si cela dépendait d’eux (Beréchith raba 50, 9). Aussi ont-ils dû convenir, avant de pouvoir partir, qu’ils n’agissaient pas de leur propre pouvoir

Car je ne pourrai

Au singulier. D’où l’on apprend que l’un d’eux était chargé de détruire, et l’autre de sauver, deux anges n’étant jamais chargés de remplir la même mission

C’est pourquoi on a appelé le nom de la ville Tso‘ar

Parce qu’elle était petite (mits‘ar) (verset 20)

19,23
Le soleil avait paru sur la terre, lorsque Loth arriva à Çoar.
19,24
L'Éternel fit pleuvoir sur Sodome et sur Gommorrhe du soufre et du feu; l'Éternel lui-même, du haut des cieux.

Et Hachem fit pleuvoir

Toutes les fois qu’il est écrit : « “et” Hachem », il s’agit de Lui et de Son beith din (Beréchith raba 51, 2)

Fit pleuvoir sur Sedom

A l’aube, ainsi qu’il est écrit : « et comme l’aube se levait » (verset 15). A l’heure où la lune est encore dans le ciel alors que le soleil est en train de se lever. Etant donné que certains d’entre eux adoraient le soleil, et d’autres la lune, le Saint béni soit-Il a dit : « Si je les punis le jour, ceux qui adorent la lune diront : “Si cela s’était passé de nuit, sous le règne de la lune, nous n’aurions pas été détruits !” Et si je les punis la nuit, ceux qui adorent le soleil diront : “Si cela s’était passé de jour, sous le règne du soleil, nous n’aurions pas été détruits !” ». C’est pourquoi il est écrit : « comme l’aube paraissait », Dieu les ayant punis à une heure où le soleil et la lune règnent ensemble (Beréchith raba 50, 12)

Hachem fit pleuvoir... du soufre et du feu

D’abord de la pluie, laquelle est devenue soufre et feu

Venant de Hachem

C’est la manière de s’exprimer de la Tora (Sanhèdrin 38b), comme dans (supra 4, 23) : « Lèmekh dit à ses femmes : ... Femmes de Lèmekh... », et non pas : « mes femmes ! ». De même Dawid : « faites-vous accompagner par les serviteurs de votre maître » (I Melakhim 1, 33), et non : « par mes serviteurs ». De même Assuérus : « au nom du roi » (Esther 8, 8), et non : « en mon nom ». De même ici : « venant de Hachem », et non : « venant de Lui »

Venant des cieux

C’est ce que dit le verset : « car Il se sert d’eux pour juger les peuples... » (Iyov 36, 31) (Midrach tan‘houma Wayéra 10). Lorsqu’Il vient punir les créatures, Il amène sur elles du feu venant des cieux, comme Il l’a fait à Sedom. Et lorsqu’Il vient faire descendre la manne du ciel, il dit : « je vais faire pleuvoir pour vous une nourriture “céleste” » (Chemoth 16, 4)

19,25
II détruisit ces villes, toute la plaine, tous les habitants de ces villes et la végétation du sol.

Il ruina ces villes

Elles se trouvaient toutes les quatre, [Sedom, ‘Amora, Adma et Tsevoyim], sur un même rocher (Midrach tan‘houma Wayéra 22), et Il les a retournées de haut en bas, ainsi qu’il est écrit : « Il porte la main sur le granit, et Il remue les montagnes jusqu’à leur racine » (Iyov 28, 9)

19,26
La femme de Loth, ayant regardé en arrière, devint une statue de sel.

Sa femme regarda en derrière

Derrière Lot

Elle devint un bloc de sel

C’est par le sel qu’elle avait péché, c’est par le sel qu’elle a été punie. Lot lui avait dit : « donne un peu de sel à nos invités ! », ce à quoi elle avait rétorqué : « Cette vilaine coutume, tu viens la pratiquer ici aussi ! » (Beréchith raba 50, 4)

19,27
Abraham se dirigea de bon matin vers l'endroit où il s'était tenu devant le Seigneur.
19,28
II considéra l'aspect de Sodome et de Gommorrhe et l'aspect de toute la plaine; et il remarqua qu'une exhalaison s'élevait de la terre, semblable à la fumée d'une fournaise.

La fumée

Une colonne de fumée. En français médiéval : « torche »

D’une fournaise

Un trou creusé où l’on brûle les pierres pour en faire de la chaux. Le mot kivchan (« fournaise ») désigne toujours dans la Tora un four à chaux

19,29
Mais, lorsque Dieu détruisit les villes de la plaine, il s'était souvenu d'Abraham; il avait fait échapper Loth du milieu de la subversion, tandis qu'il bouleversait la contrée où avait demeuré Loth.

Eloqim se souvint d’Avraham

En quoi s’est-Il souvenu d’Avraham ? Il s’en est souvenu au sujet de Lot. Lot savait que Sara était la femme d’Avraham, et il avait entendu Avraham répondre aux Egyptiens qu’elle était « sa sœur ». Pris de pitié pour Avraham, il avait gardé le silence. C’est pourquoi le Saint béni soit-Il a eu à Son tour pitié de lui (Beréchith raba 51, 6)

19,30
Loth monta de Çoar et s'établit dans la montagne avec ses deux filles, car il n'osait rester à Çoar; iI demeura dans une caverne, lui et ses deux filles.

Car il craignait de s’installer à Tso‘ar

Parce que proche de Sedom

19,31
L'aînée dit à la plus jeune: "Notre père est âgé et il n'y a plus d'homme dans le monde, pour s'unir à nous selon l'usage de toute la terre.

Notre père est vieux

Et si ce n’est maintenant, alors quand ? Peut-être mourra-t-il, ou bien ne pourra-t-il plus engendrer 

Et il n’y a plus d’homme sur terre

Elles pensaient que le monde entier avait été détruit, comme au temps du déluge (Beréchith raba 51, 8)

19,32
Eh bien! enivrons de vin notre père, partageons sa couche et par notre père nous obtiendrons une postérité."
19,33
Elles firent boire du vin à leur père cette même nuit; la fille aînée vint partager sa couche et il ne la reconnut point lorsqu'elle se coucha ni lorsqu'elle se leva.

Elles firent boire

... – Il s’est trouvé du vin dans la caverne pour leur faire donner naissance à deux nations (Sifri, ‘Eqèv 43)

L’aînée vint

Tandis qu’il est écrit au sujet de la cadette : « elle se leva, coucha avec lui » (verset 35). Ce n’est pas elle qui a pris l’initiative de se débaucher, mais elle y a été initiée par sa sœur. Aussi texte s’exprime-t-il avec d’indulgence et ne parle-t-il pas ouvertement de son abjection. Tandis que pour l’aînée, qui a été la première, il s’exprime franchement (Bamidbar raba 20, 22)

Lorsqu’elle se leva

Le waw du mot weqouma (« lorsqu’elle se leva ») est surmonté d’un point, [alors qu’il ne l’est pas au verset 35 pour la cadette]. Ce qui veut dire qu’il l’a su lorsque l’aînée s’est levée, mais cela ne l’a pas retenu de boire la nuit suivante (Horayoth 10b, Sifri, Beha’alothekha 69). Rabi Léwi a enseigné : Celui qui se laisse entraîner à la débauche finira par dévorer sa propre chair [en se livrant à l’inceste] (Beréchith raba 51, 9)

19,34
Puis, le lendemain, l'aînée dit à la plus jeune: "Voici, j'ai partagé hier la couche de mon père; enivrons-le encore cette nuit, tu iras partager son lit et nous recevrons de notre père une postérité."
19,35
Elles firent boire, cette nuit encore du vin à leur père; la cadette se leva, vint à ses côtés et il ne la reconnut point lors de son coucher et de son lever.
19,36
Les deux filles de Loth conçurent du fait de leur père.

Elles conçurent

Bien qu’une femme ne devienne pas enceinte dès le premier rapport, celles-ci se sont contrôlées, ont exhibé leur nudité et ont conçu au premier rapport (Beréchith raba 51, 9)

19,37
La première eut un fils, qu'elle appela Moab; ce fut le père des Moabites qui subsistent aujourd'hui.

Moav

Celle qui manquait de pudeur a révélé publiquement que son fils venait de son père (méav), tandis que la cadette lui a attribué un nom plus discret (Baba Qama 38b). Elle a reçu sa récompense à l’époque de Mochè, ainsi qu’il est écrit : « les enfants d’Ammon, ne les attaque pas, ne les provoque pas » (Devarim 2, 19), tandis que Moav, il n’est interdit que de lui faire la guerre, pas de le provoquer (Devarim 2, 9)

19,38
La seconde, elle aussi, enfanta un fils et le nomma Ben-Ammi; ce fut le père des Ammonites qui subsistent aujourd'hui.
20,1
Abraham quitta ce lieu pour la contrée du Midi; il s'établit entre Cadès et Chour et séjourna à Gherar.

Avraham partit de là

Lorsqu’il vit que les villes avaient été détruites, et qu’il n’y avait plus d’allées et venues de voyageurs, il partit de là (Beréchith raba 52, 3). Autre explication : afin de s’éloigner de Lot qui s’était discrédité en cohabitant avec ses filles (Beréchith raba 52, 4)

20,2
Abraham disait de Sara, sa femme: "Elle est ma sœur": Abimélec, roi de Gherar, envoya prendre Sara.

Avraham disait

Il ne lui en pas, ici, demandé l’autorisation, mais il l’a fait malgré elle et sans son accord, puisqu’elle avait déjà été conduite chez Pharaon pour la même raison

De Sara

La préposition èl équivaut ici à la préposition ‘al. De même : « En raison de ce que (èl) l’arche de Dieu avait été prise et à cause de (weèl) son beau-père et de son mari » (I Chemouel 4, 21). La préposition èl est employée, dans les deux cas, dans le sens de ‘al (« au sujet de »)

20,3
Le Seigneur visita Abimélec dans un songe nocturne et lui dit: "Tu vas mourir, à cause de cette femme que tu as prise et qui est en puissance de mari."
20,4
Or, Abimélec n'avait pas approché d'elle. II dit: "Seigneur! frapperais-tu donc aussi un peuple innocent?

Il n’avait pas approché d’elle

L’ange l’en avait empêché, ainsi qu’il est écrit : « c’est pourquoi je ne t’ai pas laissé la toucher » (verset 6)

Tuerais-tu donc aussi un peuple juste

Même « juste », tu le tuerais ? Peut-être est-ce ta manière d’agir : détruire les peuples sans aucun motif ? C’est bien ce que tu as fait à la génération du déluge et à la génération de la tour de Bavel ! J’affirme que tu les as tués pour rien, tout comme tu veux me tuer moi-même ! (Beréchith raba 52, 6)

20,5
Quoi! ne m'a-t-il pas dit: ’Elle est ma sœur?’ et elle, elle aussi, a dit: ‘II est mon frère.’ C'est avec un cœur innocent et des mains pures que j'ai agi ainsi."

Et elle aussi

Y compris ses serviteurs, ses chameliers et ses âniers. Je leur ai posé à tous la question, et ils m’ont répondu : « C’est son frère ! »

Dans l’intégrité de mon cœur

Parce que je n’avais pas l’intention de pécher

Et la propreté de mes mains

Je suis pur de tout péché, puisque je ne l’ai pas touchée

20,6
Dieu lui répondit dans le songe: "Moi aussi je savais que tu avais agi ainsi dans la simplicité de ton cœur et j'ai voulu, de mon côté, te préserver de m'offenser; aussi ne t'ai-je pas permis d'approcher d'elle.

Je savais que tu avais fait cela dans l’intégrité de ton cœur

Il est vrai que tu n’as pas eu d’emblée l’intention de pécher. Tu ne saurais cependant prétendre à la propreté de tes mains

Je ne tai pas laissé

étant donné que ce n’est pas de toi-même que tu ne l’as pas touchée, mais à cause de moi qui t’ai empêché de mal faire en ne t’en donnant pas la force. Comme dans : « et Eloqim ne lui a pas permis » (infra 31, 7), « et son père ne lui a pas permis de venir » (Choftim 15, 1)

20,7
Et maintenant, restitue l'épouse de cet homme, car il est prophète; il priera pour toi et tu vivras. Que si tu ne la rends pas, sache que tu mourras, toi et tous les tiens!"

Restitue la femme de cet homme

Et ne crains pas qu’elle puisse être déshonorée à ses yeux, qu’il puisse refuser de la reprendre, qu’il la haïsse et qu’il ne veuille pas prier pour toi

Car il est prophète

Et donc il sait que tu ne l’as pas touchée (Beréchith raba 52, 8). C’est pourquoi « il priera pour toi »

20,8
Abimélec se leva de bonne heure, appela tous ses serviteurs et leur fit entendre toutes ces choses; ces hommes furent fort effrayés.
20,9
Abimélec manda Abraham et lui dit "Que nous as-tu fait! et qu'avais-je commis envers toi, pour que tu exposasses moi et mon royaume à un péché grave? Tu as fait à mon égard des choses qui ne doivent point se faire!"

Des choses qui ne devraient pas se faire

Nous avons été frappés, à cause de toi, par des maux qui ne s’abattent pas ordinairement sur les créatures : une obstruction de tous les canaux : les conduits génitaux, urinaires, excrémentiels, ainsi que les oreilles et le nez (Baba Qama 92a)

20,10
Abimélec dit encore à Abraham: "Qu'avais-tu en vue, en agissant de la sorte?"
20,11
Abraham répondit: "C'est que je pensais:‘Pour peu que la crainte de Dieu ne règne pas dans ce pays, ils me tueront à cause de ma femme.

Certes

Quand un étranger arrive dans ne ville, est-ce au sujet de ce qu’il veut manger et boire qu’on lui pose des questions, ou au sujet de sa femme qu’on l’interroge : « Est-elle ta femme ou ta sœur ? » [Il est évident que si l’on s’informe sur la femme qui l’accompagne, cette forme de curiosité exclut toute crainte de Dieu.

20,12
Et d'ailleurs, de fait, elle est ma sœur, la fille de mon père, mais non la fille de ma mère et elle m'appartient comme épouse.

Elle est ma sœur

Le mariage avec sa demi-sœur par le père était permis aux Noa‘hides, la filiation paternelle n’étant pas prise en considération chez les idolâtres (Sanhèdrin 58b). Il leur a fait cette réponse pour ne pas démentir ses premières paroles [où il la présentait comme sa sœur]. Sans doute objecteras-tu qu’elle était en réalité la fille de son frère (voir supra 11, 29). [Elle était par conséquent la petite-fille de Tèra‘h, le père d’Avraham] C’est que les petits-enfants sont considérés comme les enfants. C’est donc comme si elle était la fille de Tèra‘h. De même Avraham a dit à Lot : « car nous sommes frères » (supra 13, 8)

Mais non fille de ma mère

Haran, le père de Sara, était fils d’une autre mère que celle d’Avraham (Baba Qama 92a)

20,13
Or, lorsque Dieu me fit errer loin de la maison de mon père, je lui dis: ‘Voici la grâce que tu me feras. Dans tous les lieux où nous irons, dis que je suis ton frère."

Lorsque Eloqim me fit errer

Le Targoum Onqelos traduit à sa manière. Mais on peut l’expliquer d’une autre façon, tout aussi appropriée : Lorsque le Saint béni soit-Il m’a fait sortir de la maison paternelle et que je me suis trouvé errant et ballotté d’un lieu à l’autre, je savais qu’il m’arriverait de passer dans un endroit habité par des « scélérats ». Voilà pourquoi « je lui ai dit : voici la bonté que tu me feras »

Lorsqu’Il me fit errer

Le verbe hith‘ou est au pluriel, et il ne faut pas s’en étonner. Il arrive très fréquemment que le texte mette au pluriel les termes qui expriment la notion de « divinité » ou celle de « puissance ». Ainsi : « Dieu est allé (holkhou) » (II Chemouel, 7,23). « Dieu vivant (‘hayim) » (Devarim 5, 23). « Dieu saint (qedochim) » (Yehochou‘a 24, 19). De même pour la notion de puissance ou d’autorité : « le maître (adoné) de Yossef » (Beréchith, 39,20). « Maître des maîtres (adoné haadonim) (Devarim, 10,17). « Le maître (adoné) du pays » (Beréchith, 42, 30). De même pour le mot ba’al : « si son propriétaire (be’alaw) se trouvait avec lui » (Chemoth 22, 15). « Son maître (be’alaw), averti » (Chemoth 21, 29). Sans doute te demanderas-tu pourquoi Avraham emploie ici le mot « errer ». C’est parce qu’être exilé de son pays sans avoir de résidence stable, cela s’appelle « errer », comme dans : « elle s’en alla, elle erra » (infra 21, 14), « j’ai erré comme une brebis perdue » (Tehilim 119, 176), « ils errent sans nourriture » (Iyov 38, 41), c’est-à-dire : ils errent, dispersés, à la recherche de nourriture

Dis de moi

Dis à mon sujet, comme dans : « les hommes de l’endroit demandèrent au sujet de sa femme » (infra 26, 7), « Pharaon dira au sujet des enfants d’Israël » (Chemoth 14, 3), « de peur qu’ils ne disent, à mon sujet : une femme l’a tué » (Choftim 9, 54)

20,14
Abimélec choisit des pièces de menu et de gros bétail, des esclaves mâles et femelles, en fit présent à Abraham et lui restitua Sara son épouse.

Il les donna à Avraham

Afin de se le concilier, et pour qu’il prie pour lui

20,15
Et il lui dit: "Voici mon territoire devant toi, établis-toi où bon te semblera."

Voici mon pays devant toi

Tandis que Pharaon lui avait dit : « voici ta femme, prends-la et va ! » (supra 12, 19). C’est parce qu’il avait peur, sachant les Egyptiens enracinés dans l’immoralité (Midrach tan‘houma Lèkh lekha 5)

20,16
Et à Sara il dit: "Voici, j'ai donné mille pièces d'argent à ton parent: certes! il est pour toi comme un voile contre quiconque t'approcherait; tous, tu peux les regarder en face."

Et à Sara il dit

Avimèlekh lui parle ainsi, par égard pour son honneur, afin de la fléchir : « Je te rends ce témoignage d’honneur. 

J’ai donné mille pièces d’argent à ton frère

A celui dont tu m’as dit qu’il était ton frère. Que cet argent et ce témoignage d’honneur « te soient un voile sur les yeux »

Pour tous ceux qui sont avec toi

Ils leur couvriront les yeux afin qu’ils ne te méprisent pas. Car si je te renvoyais les mains vides, il s’en trouverait pour dire : « Il la chasse de chez lui après avoir abusé d’elle ! » Mais du moment que j’ai dû engager une telle dépense pour te fléchir, tout le monde comprendra que c’est sous la contrainte, et par l’effet d’un miracle, que je t’ai renvoyée

Et auprès de tous

De tous les êtres humains

Tu seras justifiée

Tu auras matière à te justifier de la manière la plus évidente. Le verbe wenokha‘hath, qui est à la forme hiph’il, veut toujours dire « prouver les choses », en français médiéval : « esprover ». Le Targoum Onqelos traduit différemment, et voici comment sa traduction s’accorde avec le texte : Ce sera pour toi un « voile » d’honneur destiné à couvrir mes yeux qui ont eu l’audace de te regarder, toi et tous ceux qui sont avec toi. Il existe des midrachim, mais mon explication s’en tient au sens précis des mots

20,17
Abraham intercéda auprès de Dieu, qui guérit Abimélec, sa femme et ses servantes, de sorte qu'elles purent enfanter.

Ils engendrèrent

Comme le traduit le Targoum : « ils furent élargis ». En ce sens que les canaux obstrués ont été rouverts et ont pu remplir leur office. C’est dans ce sens qu’il faut comprendre le terme « engendrer »

20,18
Car Dieu avait fermé toute matrice dans la maison d'Abimélec, à cause de Sara, épouse d'Abraham.

Toute matrice

Comme une porte que l’on ferme

A cause de (‘al devar – littéralement : « sur la parole de ») Sara

A prendre au sens le plus littéral : sur la demande formelle de Sara (Beréchith raba 52, 13)

21,1
Or, l'Éternel s'était souvenu de Sara, comme il l'avait dit et il fit à Sara ainsi qu'il l'avait annoncé.

Hachem s’était souvenu de Sara

Ce chapitre, qui fait immédiatement suite à celui relatif à la guérison d’Avimèlekh, vient t’enseigner que celui qui demande miséricorde pour son prochain et qui a besoin pour lui-même de la même faveur est exaucé en premier, ainsi qu’il est écrit : « Avraham pria Eloqim, Eloqim guérit Avimèlekh » (supra 20, 17), aussitôt suivi de : « Hachem s’était souvenu de Sara ». Il s’en était souvenu avant même de guérir Avimèlekh (Baba Qama 92a)

S’était souvenu de Sara

En la faisant devenir enceinte

Comme Il avait parlé

En la faisant accoucher. Et où avait-Il « dit » (amar) ? Où avait-Il « parlé » (dibér) ? Il a « dit » : « Eloqim dit (amar) : Certes, Sara, ta femme, t’engendrera un fils » (supra 17, 19). Il a « parlé » : « après ces choses-là, la parole (devar) de Hachem s’adressa à Avram » (supra 15, 1), lors de l’alliance « entre les morceaux ». C’est alors qu’il lui a été spécifié : « celui-là [à savoir Eli’èzer] n’héritera pas de toi » (supra 15, 4), ton héritier devant être engendré par Sara

Hachem fit à Sara comme Il avait parlé

A Avraham

21,2
Sara conçut et enfanta un fils à Abraham quoiqu’âgé, à l'époque précise où Dieu l'avait promis.

A l’époque précise dont Eloqim lui (otho) avait parlé

Il résulte de la traduction du Targoum que le mot otho désigne « l’époque », [en tant que complément direct du verbe « avait parlé », et non Avraham, en tant que complément d’attribution], tel qu’Il l’avait déterminée lorsqu’Il lui a dit : « au terme fixé, je reviendrai vers toi quand le terme sera là » (supra 18, 14). Il a gravé une entaille sur le mur et lui a dit : « Lorsque le soleil reviendra l’année prochaine sur cette entaille, Sara aura un fils » (Midrach tan‘houma Wayéra 36)

21,3
Abraham nomma le fils qui venait de lui naître, que Sara lui avait donné, Isaac.
21,4
Abraham circoncit Isaac, son fils, à l'âge de huit jours, comme Dieu le lui avait ordonné.
21,5
Or, Abraham était âgé de cent ans, lorsqu’Isaac son fils vint au monde.
21,6
Sara dit: "Dieu m'a donné une félicité et quiconque l'apprendra me félicitera."

Me félicitera

Se réjouira pour moi. Et le midrach explique : De nombreuses femmes stériles sont devenues enceintes en même temps qu’elle, beaucoup de malades ont été guéris ce jour-là, de nombreuses prières ont été exaucées comme les siennes, il y a eu une grande joie dans le monde (Beréchith raba 53, 8)

21,7
Elle dit encore "Qui eût dit à Abraham que Sara allaiterait des enfants? Eh bien, j'ai donné un fils à sa vieillesse!"

Qui eût dit à Avraham

Ces mots expriment une idée de louange et de reconnaissance de la grandeur de Dieu : « Voyez qui Il est et comme Il a tenu Sa promesse ! Ce que promet le Saint béni soit-Il, Il l’accomplit ! 

Eût dit

Le texte emploie ici un mot inusité (millél) au lieu de dibèr (« dit »). La valeur numérique de millél est cent, comme pour dire : « quand Avraham aura cent ans » (Beréchith raba 53, 9)

Que Sara allaiterait des fils

Pourquoi le mot « fils » est-il au pluriel ? Le jour du festin, les princesses sont arrivées chacune avec son nourrisson, et elle les a tous allaités. Car elles disaient : « Sara n’a pas enfanté, mais elle a ramené un enfant trouvé dans la rue ! » (Baba Metsi‘a 87a)

21,8
L'enfant grandit,Il fut sevré. Abraham fit un grand festin le jour où l'on sevra Isaac.

Il fut sevré

Après vingt-quatre mois (Ketouvoth 60a)

Un grand festin

Parce que les « grands » de la génération y ont participé : Chem, ‘Evèr et Avimèlekh (Beréchith raba 53)

21,9
Sara vit le fils d'Agar l'Egyptienne, que celle-ci avait enfanté à Abraham, se livrer à des railleries;

Se livrer à des railleries (metsa‘héq)

Il s’agit d’idolâtrie (Beréchith raba 53, 11), ainsi qu’il est écrit [à propos du veau d’or] : « ils se sont livrés à des réjouissances (letsa‘heq) » (Chemoth 32, 6). Autre explication : Il s’agit de l’adultère, ainsi qu’il est écrit : « le serviteur hébreu que tu nous as amené est venu vers moi pour se moquer de moi (letsa‘heq) » (infra 39, 17). Autre explication : Il s’agit du meurtre, ainsi qu’il est écrit : « Que les plus jeunes s’avancent et s’escriment (weyis‘haqou)... et ils passèrent leur épée dans le flanc l’un de l’autre » (II Chemouel 2, 14) . Yichma‘el se disputait avec Yits‘haq à propos de l’héritage, et disait : « C’est moi l’aîné et je prendrai double part ! ». Ils sortaient dans les champs, et Yichma‘el prenait son arc et lui lançait des flèches, ainsi qu’il est écrit : « Comme celui qui s’amuse à lancer des brandons, des flèches meurtrières, et dit : “mais je plaisantais !” » (Michlei 26, 18-19)

21,10
et elle dit à Abraham: "Renvoie cette esclave et son fils; car le fils de cette esclave n'héritera point avec mon fils, avec Isaac."

Avec mon fils

Du moment qu’il est mon fils, même s’il ne possède pas les mérites de Yits‘haq. Ou du moment qu’il a les mérites de Yits‘haq, même s’il n’avait pas été pas mon fils, celui-ci (Yichma‘el) n’est pas digne de partager l’héritage avec lui. A plus forte raison « avec mon fils, avec Yits‘haq », les deux qualités étant réunies (Beréchith raba)

21,11
La chose déplut fort à Abraham, à cause de son fils.

A cause de son fils

Il avait entendu que Yichma‘el s’était détourné du droit chemin (Midrach tan‘houma Chemoth 1) Et d’après le sens littéral : il lui a déplu que Sara lui ait demandé de le renvoyer

21,12
Mais Dieu dit à Abraham: "Ne sois pas mécontent au sujet de cet enfant et de ton esclave; pour tout ce que Sara te dit, obéis à sa voix: car c'est la postérité d'Isaac qui portera ton nom.

Ecoute sa voix

D’où nous apprenons qu’Avraham était inférieur à Sara en prophétie

21,13
Mais le fils de cette esclave aussi, je le ferai devenir une nation, parce qu'il est ta progéniture."
21,14
Abraham se leva de bon matin, prit du pain et une outre pleine d'eau, les remit à Agar en les lui posant sur l'épaule, ainsi que l'enfant et la renvoya. Elle s'en alla et s'égara dans le désert de Beer Shava.

Du pain et une cruche d’eau

Et pas d’argent ni d’or, par aversion pour la mauvaise direction qu’il avait prise

Ainsi que l’enfant

L’enfant aussi, il l’a placé sur l’épaule de Hagar, parce que Sara lui avait jeté le mauvais œil, de sorte qu’il avait attrapé une fièvre et ne pouvait plus marcher (Beréchith raba 53, 13)

Elle s’en alla

Elle est retournée aux idoles de la maison de son père (Pirqé deRabi Eli‘èzèr 30)

21,15
Quand l'eau de l'outre fut épuisée, elle abandonna l'enfant au pied d'un arbre.

L’eau fut épuisée

Parce que les malades boivent généralement beaucoup

21,16
EIle alla s'asseoir du côté opposé, à la distance d'un trait d'arc, en se disant: "Je ne veux pas voir mourir cet enfant"; et ainsi assise du côté opposé, elle éleva la voix et pleura.

Du côté vis-à-vis

A distance

D’une portée d’arc

Le mot kimta‘hawé (« d’une portée ») étant au pluriel signifie : « de deux portées ». Il exprime, dans le vocabulaire de la michna, l’idée de « lancement » d’une flèche : « Il a “lancé” sur sa femme » (Sanhèdrin 46a), la semence étant « lancée » comme une flèche. Et si tu objectes qu’il aurait dû être écrit kimta‘hé (au lieu de kimta‘hawé), je répondrai que l’on insère souvent un waw à l’intérieur d’un mot, comme dans : « dans les fentes (be‘hagwé) du rocher » (Chir hachirim 2, 14), le mot ’hagwé venant de la racine ‘haga, comme dans : « et la terre de Yehouda deviendra une brisure (le‘haga) pour l’Egypte » (Yecha’ya 19, 17), ou dans : « ils chancellent (ya‘hoggou) et titubent comme un homme ivre » (Tehilim 107, 27), ou encore : « les limites (qatswé au lieu de qetsé) de la terre » (Tehilim 65, 6)

Elle s’assit vis-à-vis

[Alors qu’il vient d’être dit qu’elle est allée s’asseoir.] : Comme il était sur le point de mourir, elle s’éloigna davantage

21,17
Dieu entendit le gémissement de l'enfant. Un messager du Seigneur appela Agar du haut des cieux et lui dit "Qu'as-tu, Agar? Sois sans crainte, car Dieu a entendu la voix de l'enfant s'élever de l'endroit où il gît.

La voix de l’enfant

De là nous apprenons que la prière du malade lui-même vaut davantage que celle que les autres récitent pour lui, car elle est exaucée en premier (Beréchith raba 53, 14)

Là où il est

[C’est-à-dire : « tel qu’il est ».] Il est jugé d’après les actes qu’il accomplit maintenant, et non d’après ceux qu’il exécutera plus tard (Roch haChana 16b). Les anges de service portaient accusation contre Yichma’él en disant : « Maître de l’univers ! Comment peux-tu faire apparaître un puits au profit de celui dont les descendants feront un jour mourir tes enfants de soif ? » Dieu leur a répondu : « Qu’est-il en ce moment ? Innocent ou coupable ? » « Il est innocent ! ont-ils convenu ». Et Dieu leur a fait observer : « C’est d’après ses actes présents que je le juge ». C’est ce que veut dire : « là où il est ». Mais où Yichma’él a-t-il fait mourir Israël de soif ? Quand Nevoukhadretsar (Nabuchodonosor) les a exilés, ainsi qu’il est écrit : « Oracle contre l’Arabie... portez de l’eau au-devant de ceux qui ont soif... » (Yecha’ya 21 13-14). Lorsqu’on les a exilés chez les Arabes, les Israélites ont dit à ceux qui les convoyaient : « Par pitié ! Amenez-nous chez les fils de notre oncle Yichma’él : ils auront pitié de nous », ainsi qu’il est écrit : « Caravanes de Dodanim [descendants de Yichma’él] ». Ne lis pas dodanim, mais dodim (oncles). Ils sont venus à leur rencontre chargés de viandes, de poissons salés et d’outres gonflées d’air. Les Israélites pensaient qu’elles étaient pleines d’eau, mais dès qu’ils les ont portées à leur bouche et les ont ouvertes, l’air a pénétré dans leur corps et ils en sont morts (Midrach tan‘houma Chemoth, Eikha rabathi 2, 5)

21,18
Relève-toi! reprends cet enfant et soutiens-le de la main, car je ferai de lui une grande nation."
21,19
Le Seigneur lui dessilla les yeux et elle aperçu une source; elle y alla, emplit l’outre d’eau et donna à boire à l’enfant.
21,20
Dieu fut avec cet enfant et il grandit; il demeura dans le désert, et devint tireur à l’arc.

Tireur d’arc

Tirant des flèches de son arc

Arc

C’est le nom de l’activité, d’où la présence du daguéch dans le chin (deuxième lettre du radical), comme dans ‘hammar (« ânier »), gammal (« chamelier »), tsayyad (« chasseur »). Il demeurait dans le désert et dépouillait les passants, ainsi qu’il est écrit : « sa main sera contre tous » (supra 16, 12)

21,21
II habita le désert de Pharan et sa mère lui choisit une femme du pays d'Egypte.

Du pays d’Egypte

Du lieu où elle avait grandi (Beréchith raba 53, 15), ainsi qu’il est écrit : « et elle avait une servante égyptienne » (supra 16, 1). Comme le dit le dicton : « Lance en l’air un bâton, il retombera sur sa racine ! »

21,22
II arriva, dans le même temps, qu'Abimélec, accompagné de Pikol, chef de son armée, dit à Abraham: "Dieu est avec toi dans tout ce que tu entreprends.

Eloqim est avec toi

Ils ont vu qu’Avraham s’était dégagé sain et sauf du voisinage de Sedom, qu’il s’était battu victorieusement contre les rois, et que l’on s’était « souvenu » de sa femme alors qu’il était vieux (Beréchith raba 54, 2)

21,23
Et maintenant, jure-moi par ce Dieu que tu ne seras infidèle ni à moi, ni à mes enfants, ni à ma postérité; que, comme j'ai bien agi à ton égard, ainsi tu agiras envers moi et envers le pays où tu es venu séjourner."

Ni envers mon fils

C’est jusque là que dure la compassion du père envers son fils

Selon la bonté que je t’ai faite

Quand je t’ai dit : « voici mon pays devant toi » (supra 20, 15)

21,24
Abraham répondit: "Je veux le jurer."
21,25
Or, Abraham avait fait des reproches à Abimélec, au sujet d'un puits dont les gens d'Abimélec s'étaient emparés.

Il réprimanda

Il argumenta avec lui à ce sujet

21,26
Et Abimélec avait répondu: "Je ne sais qui a commis cette action: toi-même tu ne m'en avais pas instruit et moi, je l'ignorais avant ce jour."
21,27
Abraham prit du menu et du gros bétail qu'il remit à Abimélec et ils conclurent mutuellement une alliance.
21,28
Abraham ayant rangé à part sept brebis de ce bétail,
21,29
Abimélec dit à Abraham: "Que signifient ces sept brebis que tu as mises à part?"
21,30
Il répondit: "C'est que tu dois recevoir de ma main sept brebis, comme témoignage que j'ai creusé ce puit."

Pour que cela me soit témoignage

Le mot ‘éda (« témoignage ») est au féminin, et s’accorde avec zoth (« cela ») [sous-entendu dans le texte], comme dans : « et soit témoin (‘éda) ce monument » (infra 31, 52)

Que j’ai creusé ce puits

Les bergers d’Avimèlekh cherchaient querelle à propos de ce puits et disaient : « C’est nous qui l’avons creusé ! ». Ils se sont dit entre eux : « Celui qui se présentera devant le puits et vers qui l’eau montera, le puits sera à lui ». Et c’est vers Avraham qu’elle est montée

21,31
Aussi appela-t-on cet endroit Beer Shava, car là ils jurèrent l'un et l'autre.
21,32
Lorsqu'ils eurent contracté alliance à Beer Shava, Abimélec se leva, ainsi que Pikol son général d'armée et ils s'en retournèrent au pays des Philistins.
21,33
Abraham planta un bouquet d'arbres à Beer Shava et y proclama le Seigneur, Dieu éternel.

Un bosquet (échel)

Rav et Chemouel sont en désaccord (Sota 10a, Beréchith raba 54, 6). L’un enseigne que échel était un verger producteur de fruits qu’il servait à ses hôtes pendant le repas, l’autre que c’était une auberge pour accueillir les passants, dans laquelle on trouvait toutes sortes de fruits. Nous trouvons le mot « planter » à propos de tentes, comme dans : « il plantera les tentes de son royal campement » (Daniel 11, 45)

Il y appela

C’est grâce à ce bosquet que le nom du Saint béni soit-Il a été invoqué comme Dieu dans le monde. Après leur avoir offert à manger et à boire, il leur disait : « bénissez Celui à qui appartient ce que vous avez mangé ! Croyez-vous que ce que vous avez mangé était à moi ? Non ! Ce que vous avez mangé appartient à Celui qui a créé le monde par Sa parole ! » (Sota 10b)

21,34
Abraham habita longtemps encore dans le pays des Philistins.

De nombreux jours

Plus nombreux que ceux qu’il avait passés à ‘Hèvron. Il avait résidé vingt-cinq ans à ‘Hèvron, et ici vingt-six. Il avait quitté ‘Haran à l’âge de soixante-quinze ans (supra 12, 4), et c’est cette année-là, est-il indiqué, qu’il « s’installa dans les plaines de Mamré » (supra 13, 18). Car nous ne trouvons nulle part, avant cet établissement, qu’il se soit installé à demeure en quelque endroit. Partout où il passait, il ne faisait que camper et repartir, ainsi qu’il est écrit : « Avram traversa le pays... (supra 12, 6) », « il se transporta de là... (supra 12, 8) », « il y eut une famine dans le pays. Avram descendit en Egypte pour y séjourner... (supra 12, 10) ». Son séjour en Egypte n’a duré que trois mois, puisque Pharaon l’a renvoyé aussitôt. « Il repassa par ses étapes, depuis le sud jusqu’à Beith-El (supra 13, 3) ». « Il dressa sa tente, il vint, il s’installa dans les plaines de Mamré, qui sont à ‘Hèvron (supra 13, 18) », et il y resta jusqu’à la destruction de Sedom. Ensuite, « il partit de là au pays du sud (supra 20, 1) » à cause de la honte que lui avait causée Lot, et il s’est installé dans le pays des Plichtim. Il avait alors quatre-vingt-dix-neuf ans, puisque c’est trois jours après sa circoncision que les anges sont venus lui rendre visite. Il s’est donc écoulé vingt-cinq ans entre son installation à ‘Hèvron, l’année où il a quitté sa terre natale, et son arrivée au pays des Plichtim. Or, il est écrit ici qu’il a résidé dans le pays des Plichtim « de nombreux jours », [que l’on peut traduire également par : « des jours plus nombreux »]. C’est donc qu’il y a passé plus de temps qu’à ‘Hèvron. Or, le texte n’entend pas, ici, rester dans le vague, mais il tient à s’exprimer explicitement. Si donc l’expression « de nombreux jours » avait voulu dire deux ans ou plus, il l’aurait dit en toutes lettres. Il faut admettre, par conséquent, que la différence n’a été que d’une année, et donc que le séjour chez les Plichtim a duré vingt-six ans. Il en est alors reparti pour retourner à ‘Hèvron : c’était douze ans avant le sacrifice de Yits‘haq. Telle est la chronologie qui figure dans le Séder ‘olam (Beréchith raba 54, 6)

22,1
Il arriva, après ces faits, que Dieu éprouva Abraham. II lui dit: "Abraham!" II répondit: "Me voici."

Après ces choses-là

Certains de nos maîtres ont enseigné : Les « choses » (devarim – littéralement: « paroles ») après lesquelles se sont passés les événements qui vont suivre, ce sont les « paroles » du Satan qui a porté accusation contre Avraham en disant : « Au cours de tous les festins qu’a faits Avraham, il ne t’a pas offert un seul taureau ou un seul bélier ». Dieu lui dit : « Il n’a fait cela que pour son fils. Si je lui disais : “Offre-le-moi en sacrifice !”, il le ferait sans tergiverser ! ». D’autres ont enseigné : « Après les “paroles” » de Yichma‘el qui se glorifiait aux dépens de Yits‘haq de s’être fait circoncire à l’âge de treize ans sans se rebiffer. Yits‘haq lui dit : « Tu crois pouvoir m’en imposer à cause de la perte d’une petite partie de ton corps ! Si le Saint béni soit-Il me disait : “Offre-toi en sacrifice pour moi !”, je le ferais sans barguigner » (Sanhèdrin 89b et Beréchith raba 55, 4)

Me voici

C’est ainsi que répondent les gens pieux, en signe d’humilité et pour indiquer qu’ils sont prêts (Midrach tan‘houma Wayéra 22)

22,2
II reprit "Prends ton fils, ton fils unique, celui que tu aimes, Isaac; achemine-toi vers la terre de Moria et là offre-le en holocauste sur une montagne que je te désignerai."

Prends s’il te plaît

Le mot na (« s’il te plaît ») signifie toujours une imploration. Dieu lui a dit : « Surmonte encore, je t’en supplie, la présente épreuve, afin que l’on ne dise pas que les précédentes étaient sans signification ! 

Ton fils

Avraham a répondu : « J’ai deux fils ! ». Dieu a poursuivi : « Ton fils unique ! » – « Celui-ci est le fils unique de sa mère, celui-là aussi ! » – « Celui que tu aimes ! » – « Je les aime tous les deux ! » – « Yits‘haq ! ». Et pourquoi Dieu ne le lui a-t-Il pas révélé d’emblée ? Afin de ne pas l’accabler par un choc brutal, et aussi afin de lui rendre la mitswa plus chère et lui procurer une récompense pour chacune de ses réponses successives (Beréchith raba 55, 7)

Au pays de Moria

A savoir Jérusalem. Ainsi : « A bâtir la maison de Hachem à Jérusalem, sur le Mont Moria » (II Divrei haYamim 3, 1). Et nos rabbins ont expliqué que c’est de là qu’est venu l’enseignement (horaa) pour Israël (Ta‘anith 16a, Beréchith raba 55, 7). Quant au Targoum Onqelos, il traduit l’expression par : « le pays du culte », à savoir le culte de l’encens lequel faisait appel à la myrrhe (mor), au nard et à d’autres plantes aromatiques

Et fais-le monter

Il ne lui a pas dit : « et immole-le », car le Saint béni soit-Il ne voulait pas qu’il l’égorge, mais seulement qu’il le fasse « monter » sur la montagne pour en faire une offrande. Et après qu’il l’aurait fait monter, Il lui dirait : « Fais-le descendre ! »

Une des montagnes

Le Saint béni soit-Il commence par laisser les justes dans l’incertitude, ne leur faisant connaître que plus tard la vérité. Tout cela pour accroître leur mérite, comme dans : « vers le pays que je te montrerai » (supra 12, 1), ou dans : « et fais-y la publication que je te dicterai » (Yona 3, 2 -Beréchith raba 55, 7)

22,3
Abraham se leva de bonne heure, sangla son âne, emmena ses deux serviteurs et Isaac, son fils et ayant fendu le bois du sacrifice, il se mit en chemin pour le lieu que lui avait indiqué le Seigneur.

Il se leva de bon matin

Dans son zèle à accomplir la mitswa (Pessa‘him 4a)

Il sangla

Lui-même, et sans en charger aucun de ses serviteurs, car l’amour abolit les privilèges du rang hiérarchique (Beréchith raba 55, 8)

Ses deux jeunes hommes

Yichma‘el et Eli’èzer, parce qu’un homme distingué ne doit pas sortir de chez lui sans une escorte de deux personnes (Wayiqra raba 36, 7, Pirqé deRabi Eli‘èzèr 31). Si l’une d’elles a besoin de satisfaire un besoin naturel, l’autre restera auprès de lui (Midrach tan‘houma Balaq 8)

Il fendit

Le Targoum traduit par le verbe tsala‘h, comme dans : « Et ils fendirent (tsal’hou) le Yardén » (II Chemouel 19, 18). En français : « fendre »

22,4
Le troisième jour, Abraham, levant les yeux, aperçut l'endroit dans le lointain.

Le troisième jour

Pourquoi a-t-Il tardé à le lui montrer au lieu de le faire tout de suite ? Afin qu’on ne dise pas qu’Il l’a surpris et troublé en l’y amenant soudainement, tandis que si on lui avait laissé le temps d’y réfléchir, il ne l’aurait pas fait (Midrach tan‘houma Wayéra 22)

Il vit l’endroit

Il a vu une nuée fixée sur la montagne (Beréchith raba 56, 1, Midrach tan‘houma Wayéra 23)

22,5
Abraham dit à ses serviteurs: "Tenez-vous ici avec l'âne; moi et le jeune homme nous irons jusque là-bas, nous nous prosternerons et nous reviendrons vers vous."

Jusque là

C’est-à-dire : un court trajet jusqu’à l’endroit qui est devant nous. Et le midrach explique ainsi qu’il suit l’emploi du mot ko (« là-bas ») : je veux voir ce qu’il en sera de la promesse que m’a faite Dieu. « Ainsi (ko) sera ta descendance » (supra 15, 5, Beréchith raba 56, 2)

Et nous reviendrons

Il a prophétisé qu’ils reviendraient tous les deux (Mo‘èd qatan 18a)

22,6
Abraham prit le bois du sacrifice, le chargea sur Isaac son fils, prit en main le feu et le couteau et ils allèrent tous deux ensemble.

Le couteau

Appelé maakhèlèth parce qu’il dévore (okhél) la chair, comme dans : « et mon glaive dévorera (thokhal) la chair » (Devarim 32, 42). Il rend également la viande apte à « être mangée » (Beréchith raba 56, 3). Autre explication : ce couteau est appelé maakhèlèth parce qu’Israël « mangera » le fruit de cette offrande (ibid.)

Ils allèrent tous deux ensemble

Avraham, qui savait qu’il allait immoler son fils, marchait avec autant de bon vouloir et de joie que Yits‘haq, lequel ne soupçonnait rien

22,7
Isaac, s'adressant à Abraham son père, dit "Mon père!" Il répondit: "Me voici mon fils." II reprit: "Voici le feu et le bois, mais où est l'agneau de l'holocauste?"
22,8
Abraham répondit: "Dieu choisira lui-même l’agneau de l’holocauste mon fils!" Et ils allèrent tous deux ensemble.

Eloqim choisira lui-même l’agneau

Yireé (« choisira » ou « verra ») C’est-à-dire : « Il verra et se choisira l’agneau ». Et s’il n’y a pas d’agneau..

... Pour l’holocauste

C’est mon fils qui sera l’holocauste. Et bien que Yits‘haq ait compris qu’il allait être immolé..

... Ils allèrent tous deux ensemble

D’un même cœur

22,9
Ils arrivèrent à l'endroit que Dieu lui avait indiqué. Abraham y construisit un autel, disposa le bois, lia Isaac son fils et le plaça sur l'autel, par-dessus le bois.

Il lia

Ses pieds et ses mains en arrière, les quatre membres étant attachés ensemble. C’est là le véritable sens du mot ‘aqéda (« ligotage ») (Chabath 54a). C’est aussi ce que veut dire le mot ‘aqoudim dans : « engendra des “marquetés” » (infra 30, 39), pour souligner que c’est par l’endroit où on les « attache » qu’on les reconnaîtra

22,10
Abraham étendit la main et saisit le couteau pour immoler son fils.
22,11
Mais un envoyé du Seigneur l'appela du haut du ciel, en disant: "Abraham! . Abraham!"

Avraham ! Avraham !

Dieu, en l’appelant deux fois par son nom, lui témoigne Son amour

22,12
II répondit: "Me voici." II reprit: "Ne porte pas la main sur ce jeune homme, ne lui fais aucun mal! car, désormais, j'ai constaté que tu honores Dieu, toi qui ne m'as pas refusé ton fils, ton fils unique!"

N’étends pas

Pour égorger. Avraham dit alors à Dieu (Beréchith raba 56, 7) : « S’il en est ainsi, je serai venu ici pour rien ! Je vais lui causer au moins une blessure légère pour en faire sortir un peu de sang ! » Dieu lui a répondu..

... Ne lui fais rien (meouma)

Ne lui inflige aucun défaut (moum)

Car je sais maintenant

Rabi Abba a enseigné (Beréchith raba 56, 8) : Avraham a dit à Dieu : « Laisse-moi t’exposer mes doléances ! Hier tu m’as dit : “ car c’est dans Yits‘haq que l’on appellera ta descendance” (supra 21, 12). Ensuite tu m’as dit : “prends s’il te plaît ton fils” (supra 22, 2). Et maintenant tu me dis : “ne porte pas la main sur ce jeune homme” ! ». Le Saint béni soit-Il lui a répondu : « Je ne trahirai pas mon alliance, et ce qu’énoncent mes lèvres, je ne le changerai pas ! (Tehilim 89, 35). Quand je t’ai dit : “prends !”, je n’ai pas changé ce qu’énonçaient mes lèvres. Je ne t’ai pas dit : “égorge-le !”, mais : “fais-le monter !” Tu viens de le faire. A présent, fais-le descendre ! »

Car je sais maintenant

Je sais désormais ce que je devrai répondre au Satan et aux nations qui s’étonneront de l’amour que je te porte. La raison que je donnerai est qu’ils voient « que tu crains Eloqim » (Midrach tan‘houma Wayéra 46)

22,13
Abraham, levant les yeux, remarqua qu'un bélier, derrière lui, s'était embarrassé les cornes dans un buisson. Abraham alla prendre ce bélier et l'offrit en holocauste à la place de son fils.

Et voici qu’un bélier

Il était disposé pour cela depuis les six jours de la création (Avoth 5, 6)

Derrière lui (a‘har – littéralement : « après »)

« Après » que l’ange lui eut dit : « ne porte pas la main », il aperçut le bélier embarrassé dans le buisson. C’est la traduction du Targoum : Avraham leva les yeux « après cela »

A un buisson

A un arbre

Les cornes

Comme il courait vers Avraham, le Satan l’a fait s’embarrasser dans les branches pour l’en empêcher (Pirqé deRabi Eli‘èzèr 31)

A la place de son fils

Puisqu’il est déjà écrit : « il l’offrit en holocauste », il ne manque rien au verset. Que signifie l’ajout : « à la place de son fils » ? Pour chaque geste rituel qu’il accomplissait, Avraham priait ainsi : « Que ce soit ta volonté que mon acte soit compté comme s’il avait été fait sur mon fils, comme si mon fils avait été immolé, comme si son sang avait été répandu, comme s’il avait été dépecé, comme s’il avait été brûlé sur l’autel et réduit en cendres. » (Beréchith raba 56, 9)

22,14
Abraham dénomma cet endroit: Adonaï-Yiré; d'où l'on dit aujourd'hui:"Sur le mont d’Adônaï-Yéraé."

Hachem verra

Le sens est celui donné par le Targoum : Dieu choisira et considérera pour Lui cet endroit pour y faire résider Sa chekhina et pour y faire offrir des sacrifices

Comme l’on dit aujourd’hui

Dont on dira dans les générations à venir : c’est sur cette montagne que le Saint bénit Soit-Il apparaît à Son peuple

Aujourdhui

Les temps à venir, comme « jusqu’à ce jour » que l’on trouve souvent dans le texte. Afin que toutes les générations futures qui liront ces textes, disent : « jusqu’à ce jour » c’est-à-dire « le jour où nous sommes ». Explication du midrach : Dieu prendra chaque année en considération le sacrifice de Yits‘haq pour pardonner à Israël et lui épargner les châtiments. C’est ainsi que l’on dira dans les générations à venir : « Aujourd’hui Dieu apparaît sur la montagne ! » La cendre de Yits‘haq y est entassée et sert à l’expiation de nos fautes (Midrach tan‘houma Wayéra 23)

22,15
L'envoyé de l'Éternel appela une seconde fois Abraham du haut du ciel,
22,16
et dit: "Je jure par moi-même, a dit l'Éternel, que parce que tu as agi ainsi, parce que tu n'as point épargné ton enfant, ton fils unique,
22,17
je te comblerai de mes faveurs; je multiplierai ta race comme les étoiles du ciel et comme le sable du rivage de la mer et ta postérité conquerra les portes de ses ennemis.

Je te bénirai abondamment (varèkh avarèkhekha – littéralement : « bénir

Une fois pour le père et une autre pour le fils (Beréchith raba 56, 11)

Et je multiplierai à profusion (waharba arbè – littéralement : « multiplier

Une fois pour le père et une autre pour le fils (ibid.)

22,18
Et toutes les nations de la terre s'estimeront heureuses par ta postérité, en récompense de ce que tu as obéi à ma voix."
22,19
Abraham retourna vers ses serviteurs; ils se remirent en route ensemble pour Beer Shava, où Abraham continua d'habiter.

Avraham s’installa à Beér Chèva’

Il ne s’y est pas vraiment installé, puisqu’il s’était établi à ‘Hèvron, venant de Beér Chèva’, douze ans avant le sacrifice de Yits‘haq, ainsi qu’il est écrit : « Avraham séjourna dans le pays des Plichtim de nombreux jours » (supra 21, 34), c’est-à-dire plus nombreux que ceux passés à ‘Hèvron, soit vingt-six ans, ainsi que nous l’avons expliqué plus haut

22,20
Après cet événement, Abraham reçut les nouvelles suivantes: "Milka, elle aussi, a donné des enfants à Nahor ton frère:

Après ces choses-là

A son retour du Mont Moria, Avraham réfléchissait et se disait : « Si mon fils avait été immolé, il serait mort sans descendance. Il faut que je lui fasse épouser l’une des filles de Anér, Echkol ou Mamré ». C’est alors que le Saint béni soit-Il lui a annoncé la naissance de Rivqa, sa future épouse (Beréchith raba 57, 3). C’est le sens de..

... Après ces choses-là (a‘harei hadevarim – littéralement : « après ces paroles »)

Celles qu’Avraham se « disait » à la suite du sacrifice de Yits‘haq

Elle aussi

Elle aussi a donné naissance au même nombre de familles qu’Avraham, soit douze. De même qu’Avraham va donner naissance à douze tribus issues de Ya’aqov, à savoir huit venant des épouses et quatre venant des servantes, de même ici huit vont venir des épouses et quatre de la concubine

22,21
Ouç, son premier-né; Bouz, son frère; Kemouel, père d'Aram;
22,22
Késed, Hazo, Pildach, Yidlaf et Bathuel,
22,23
lequel Bathuel a engendré Rébecca." Milka avait donné ces huit fils à Nahor, frère d'Abraham.

Et Bethouel a engendré Rivqa

Toute cette généalogie n’a été écrite que pour aboutir à ce verset

22,24
Sa concubine, nommée Reouma, avait eu aussi des enfants: Tébah, Gaham, Tahach et Maaka.
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