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Chemot

Lecture de la paracha Chemot en français

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1,1
Voici les noms des fils d'Israël, venus en Égypte; ils y accompagnèrent Jacob, chacun avec sa famille:

Et ceux-ci sont les noms des fils d’Israël

Le texte les a certes déjà comptés de leur vivant en indiquant leurs noms (Beréchith 46, 8 à 27). Il les compte cependant à nouveau après leur mort pour marquer combien Hachem leur est attaché (Midrach tan‘houma Chemoth 2). Car ils sont comparés aux étoiles, que Hachem fait sortir et rentrer en les comptant et en les appelant par leurs noms, ainsi qu’il est écrit (Yecha’ya 40, 26) : « Il fait sortir leur légion céleste en les comptant, Il les appelle toutes par leur nom […] aucune n’est manquante » (Midrach tan‘houma)

1,2
Ruben, Siméon, Lévi et Juda;
1,3
Issachar, Zabulon et Benjamin;
1,4
Dan et Nephtali, Gad et Aser.
1,5
Toutes les personnes composant la lignée de Jacob étaient au nombre de soixante-dix. Pour Joseph, il était déjà en Égypte.

Et Yossef était en Egypte

Ne faisaient-il pas partie, lui et ses fils, de ces soixante-dix personnes ? Que vient-on nous apprendre ? Et ne savions-nous pas qu’il était en Egypte ? C’est pour que tu saches la vertu de Yossef. Lui, Yossef, qui menait paître le troupeau de son père, c’est celui-là qui était en Egypte et y est devenu roi. Il ne s’en est pas moins maintenu fermement dans sa vertu [et les changements intervenus dans sa position n’ont entraîné aucune détérioration dans son caractère] (Sifri Haazinou 334)

1,6
Joseph mourut, ainsi que tous ses frères, ainsi que toute cette génération.
1,7
Or, les enfants d'Israël avaient augmenté, pullulé, étaient devenus prodigieusement nombreux et ils remplissaient la contrée.

Grouillèrent

Leurs femmes mettaient au monde six enfants à la fois [les six mots allant de parou (« fructifièrent ») à meod (abondance) suggérant ces naissances sextuples (Midrach tan‘houma Chemoth 5)]

1,8
Un roi nouveau s'éleva sur l'Égypte, lequel n'avait point connu Joseph.

Il se leva un roi nouveau

Rav et Chemouel sont en désaccord. L’un dit qu’il faut prendre le mot : « nouveau » au sens littéral, l’autre qu’il a changé ses décrets (Sota 11a)

Qui ne connaissait pas Yossef

Il a feint de ne l’avoir pas connu (ibid.)

1,9
Il dit à son peuple: "Voyez, la population des enfants d'Israël surpasse et domine la nôtre.
1,10
Eh bien! usons d'expédients contre elle; autrement, elle s'accroîtra encore et alors, survienne une guerre, ils pourraient se joindre à nos ennemis, nous combattre et sortir de la province."

Allons ! agissons avec sagesse

L’interjection hava (« allons ») signifie toujours se préparer et se disposer à quelque chose, comme pour dire : « Prenez vos dispositions pour cela ! » (voir Rachi Beréchith 11, 3 et 38, 16)

Agissons avec sagesse contre lui

Ingénions-nous à trouver quelque chose à faire contre ce peuple (Chemoth raba). Mais les maîtres du midrach ont enseigné : « Ingénions-nous contre le Sauveur d’Israël ! Nous allons les opprimer avec l’eau, car Il a déjà juré de ne plus jamais amener le déluge sur le monde. » [Il ne pourra donc pas nous punir de manière similaire.] Ce qu’ils n’avaient pas compris, c’est que ce serment concernait uniquement l’univers pris dans sa totalité, mais que rien ne s’opposait à un déluge noyant un pays déterminé

Il montera depuis le pays

Contre notre gré. Les maîtres du midrach ont enseigné : Cela ressemble à quelqu’un qui se maudirait lui-même, mais en « rapportant » sa malédiction à autrui, comme s’il était écrit : « et “nous” quitterons le pays, et “eux” en prendront possession » (Sota 11a)

1,11
Et l'on imposa à ce peuple des officiers de corvée pour l'accabler de labeurs et il bâtit pour Pharaon des villes d'approvisionnement, Pithom et Ramessès.

Sur lui

Sur le peuple

Des dirigeants de corvées (missim)

Pluriel de mass (« corvée »). Des officiers qui leur imposaient des corvées. Et en quoi consistaient-elles ? Ils devaient construire « des villes d’approvisionnement pour Pharaon »

Afin de l’opprimer au singulier de leurs fardeaux au pluriel

Ceux des Egyptiens

Des villes d’approvisionnement (miskenoth)

Traduction du Targoum Onqelos : « des villes servant d’entrepôts à Pharaon », comme dans : « va trouver cet intendant (sokhèn) » (Yecha’ya 22, 15). Il s’agit de l’intendant préposé aux entrepôts (Chemoth raba)

Pithom et Ra‘amsés

[Ces villes existaient déjà, Ra‘amsés étant mentionnée dans Beréchith 47, 11]. Elles ne convenaient cependant pas à cet usage. Aussi les a-t-on fortifiées et renforcées pour qu’elles servent d’entrepôts

1,12
Mais, plus on l'opprimait, plus sa population grossissait et débordait et ils conçurent de l'aversion pour les enfants d'Israël.

Et comme ils l’opprimaient

Plus ils s’évertuaient à opprimer, plus le Saint béni soit-Il avait à cœur de les multiplier et de les étendre

Ainsi se multipliait-il et ainsi s’étendait-il

Ces verbes sont au futur, mais ils doivent s’entendre au passé – tel est le sens littéral. Quant au midrach, il fait parler ici l’esprit saint : « Vous dites, vous : “de peur (pèn) qu’il ne se multiplie” (verset 10). Je dis, moi : “ainsi (kén) se multipliera-t-il !” » (Sota 11a)

Ils eurent du dégoût (wayaqoutsou)

Ils ont été dégoûtés de la vie. (Cela signifie, selon certains que les Egyptiens étaient dégoûtés d’eux-mêmes.) Nos maîtres expliquent que les Hébreux étaient comme des épines (qotsim) dans leurs yeux

1,13
Les Égyptiens accablèrent les enfants d'Israël de rudes besognes.

Avec dureté (befarèkh)

Avec un dur servage, qui brise (mefarèkheth) le corps et le met en pièces

1,14
Ils leur rendirent la vie amère par des travaux pénibles sur l'argile et la brique, par des corvées rurales, outre les autres labeurs qu'ils leur imposèrent tyranniquement.
1,15
Le roi d'Égypte s'adressa aux sages femmes hébreues, qui se nommaient, l'une Chifra, l'autre Poûa

Aux sages-femmes

Le mot lameyaledoth [« aux sages-femmes », à la forme pi‘él] a le même sens que molidoth [au hif‘il], à savoir « celles qui font naître ». Le même verbe peut s’employer à la forme qal [sans daguéch] ou à la forme intensive du pi‘él [avec daguéch], comme : chovér ou mechabér, dovér ou medabér [les deux formes ayant la même signification]. Il en est de même de molid [au hif‘il] et meyaléd [au pi‘él]

Chifra

C’est Yokhèvèd, ainsi nommée parce qu’elle « embellissait » (mechapèreth) l’enfant [par les soins diligents qu’elle lui prodiguait] (Sota 11b)

Pou‘a

C’est Miryam, ainsi nommée parce qu’elle « s’exclamait » à l’adresse du nouveau-né et lui « parlait », comme le font les femmes pour calmer un enfant qui pleure. Le mot pou‘a signifie : « émettre un cri », comme dans : « Je veux crier (èf‘è) comme une femme en train d’enfanter » (Yecha’ya 42, 14)

1,16
et il dit: "Lorsque vous accoucherez les femmes hébreues, vous examinerez les attributs du sexe: si c'est un garçon, faites-le périr; une fille, qu'elle vive."

Lorsque vous accoucherez

Le mot beyalèdkhen [au pi‘él] a le même sens que beholidkhen [au hif‘il, à savoir : « lorsque vous les aiderez à accoucher »

Les pierres

Il s’agit du siège sur lequel la femme est assise pour accoucher. On l’appelle aussi machbér (Yecha’ya 37, 3). On trouve le même mot dans : « Je suis descendu dans la maison du potier, et il travaillait “sur les pierres” » (Yirmeya 18, 3). Il s’agit de l’emplacement où est posé l’instrument de travail du potier

Si c’est un fils

Il ne se souciait que des garçons, ses astrologues lui ayant annoncé qu’il allait naître un enfant mâle qui sauverait les Hébreux (Midrach tan‘houma Wayaqhél 4)

Elle vivra (va‘haya)

[Le verbe est au passé, mais il doit se comprendre au futur –] veti‘hyé

1,17
Mais les sages-femmes craignaient Dieu: elles ne firent point ce que leur avait dit le roi d'Égypte, elles laissèrent vivre les garçons.

Elles firent vivre les enfants

Elles leur procuraient de la nourriture (Sota 11b). Le Targoum Onqelos le rend par weqayama [troisième personne du pluriel], et le même mot au verset suivant par weqayèmtin [deuxième personne du pluriel]. En hébreu, en effet, on utilise la même forme, au féminin pluriel, pour la deuxième et pour la troisième personnes [ce qui n’est pas le cas de l’araméen]. Exemples : « elles dirent : un homme égyptien… » (infra 2, 19), où watomarna (« elles dirent ») correspond à wayomerou au masculin ; « vous avez parlé avec votre bouche » (Yirmeya 44, 25), où watedabérna (« vous avez parlé ») correspond à watedabrou au masculin ; ou encore : « vous m’avez profané auprès de mon peuple » (Ye‘hezqel 13, 19), où wate‘hallèlna (« vous avez profané ») correspond à wate‘hallelou au masculin

1,18
Le roi d'Égypte manda les sages-femmes et leur dit: "Pourquoi avez-vous agi ainsi, avez-vous laissé vivre les garçons?"
1,19
Les sages-femmes répondirent à Pharaon: "C'est que les femmes des Hébreux ne sont pas comme celles des Égyptiens, elles sont vigoureuses et avant que la sage-femme soit arrivée près d'elles, elles sont délivrées."

Car elles sont vivantes

Expérimentées comme des sages-femmes. Le Targoum Onqelos emploie, pour désigner les sages-femmes, le mot ‘hayatha [identique à notre adjectif : « vigoureuses »]. Quant au midrach, il compare les femmes hébreues aux bêtes des champs (‘hayoth), qui n’ont pas besoin de sages-femmes (Sota 11b). Et où sont-elles comparées aux bêtes des champs ? Dans : « tu es un jeune lion, Yehouda » (Beréchith 49, 9) ; « Binyamin est un loup qui déchire » (Beréchith 49, 27) ; « Le premier-né de son bovin l’a favorisé » (Devarim 33, 17) ; « Naftali est une biche qui s’élance » (Beréchith 49, 21). Quant à ceux qui ne font pas l’objet d’une telle comparaison, ils sont inclus dans : « il les bénit » (Beréchith 49, 28), [chacun individuellement, et tous collectivement, en octroyant à chacun les bénédictions attribuées aux autres à titre individuel]. Il est écrit également : « Qu’est donc ta mère ? Une lionne » (Ye‘hezqel 19, 2)

1,20
Le Seigneur bénit les sages-femmes et le peuple multiplia et s'accrut considérablement.

Eloqim fit du bien (wayétèv)

« Il leur a procuré du bien ». Voici ce qui caractérise les verbes dont le radical comporte deux lettres, lorsqu’ils prennent une forme qui commence par un waw ou un yod : Lorsque le verbe est au hif‘il, le yod est ponctué d’un tséré, qui est un qamats qatan (ou d’un sègol, qui est un pata‘h qatan), comme ici dans : « Eloqim fit du bien (wayétèv) aux sages-femmes », ou dans : « Il a multiplié les gémissements (wayèrèv) sur la fille de Yehouda » (Eikha 2, 5) ; « il exila (wayèguèl) le reste » (II Divrei hayamim 36, 20), à propos de Nevouzaradan ; « il tourna (wayèfèn) queue sur queue » (Choftim 15, 4) : il tourna les queues l’une sur l’autre. Tous ces verbes relèvent de la forme factitive (hif‘il). En revanche, lorsque le verbe est en conjugaison simple (qal), le yod est ponctué d’un ‘hiriq, comme dans : « Mochè entendit, cela fut bon (wayitav) à ses yeux » (Wayiqra 10, 20), ou dans : « et le peuple se multiplia (wayirèv) » ; « Yehouda fut exilé (wayiguèl) de sa terre » (II Melakhim 25, 21) ; « il se tourna (wayifèn) çà et là » (infra 2, 12), [où l’action est accomplie par le sujet lui-même]. Et que l’on ne m’objecte pas des formes comme : wayélèkh (« il alla »), wayéchèv (« il demeura »), wayérèd (« il descendit »), wayétsé (« il sortit ») [qui sont au qal tout en étant ponctuées d’un tséré]. Ces derniers verbes, où le yod fait partie du radical, n’appartiennent pas à la même catégorie que les précédents. Dans yachov, yarod, yatso, yalokh [halokh], le yod est la troisième lettre du radical

Eloqim fit du bien aux sages-femmes

Et quel a été ce bien ?

1,21
Or, comme les sages-femmes avaient craint le Seigneur et qu'il avait augmenté leurs familles,

Il leur fit des maisons

Des maisons [dans le sens de : « dynasties »] de sacerdoce, de Léwis et de royauté, ainsi appelées comme dans : « lorsque Chelomo eut fini de construire la maison de Hachem et “la maison” du roi » (I Melakhim 9, 1). Le sacerdoce et les Léwis descendent de Yokhèvèd [Chifra], et la royauté de Miryam [Pou‘a], comme expliqué dans Sota 11b

1,22
Pharaon donna l'ordre suivant à tout son peuple: "Tout mâle nouveau-né, jetez-le dans le fleuve et toute fille laissez-la vivre."

A tout son peuple

Son décret visait également son propre peuple (Sota 12a). Le jour de la naissance de Mochè, ses astrologues avaient annoncé : « Auourd’hui est né leur sauveur, mais nous ne savons pas s’il est né chez les Egyptiens ou chez les Hébreux. Nous pouvons cependant prédire qu’il sera frappé par l’eau. » (Chemoth raba ; Sanhèdrin 101b). C’est pourquoi Pharaon a promulgué ce jour-là un décret qui visait aussi les Egyptiens, ainsi qu’il est écrit : « tout fils l’engendré », sans qu’il soit précisé : « engendré aux Hébreux ». Ce qu’ils ne savaient pas, c’est que Mochè serait un jour puni à cause des eaux de Meriva (Bamidbar 20, 13)

2,1
Or, il y avait un homme de la famille de Lévi, qui avait épousé une fille de Lévi.

Il prit la fille de Léwi

Il s’était séparé d’elle à cause du décret de Pharaon. Il l’a ensuite reprise pour femme [ainsi qu’il ressort du mot wayélèkh (« il alla »)], elle-même ayant retrouvé une nouvelle jeunesse. Elle avait alors cent trente ans, puisqu’elle était née « entre les remparts » au moment où Israël est entré en Egypte (voir Rachi sur Beréchith 46, 15). Or, leur séjour en Egypte a duré deux cent dix ans, et Mochè en avait quatre-vingts lorsqu’ils en sont sortis. Elle avait donc cent trente ans lorsqu’elle lui a donné naissance, d’où l’expression : « fille de Léwi » [qui marque une idée de jeunesse] (Sota 12a, Baba Batra 119b)

2,2
Cette femme conçut et enfanta un fils. Elle considéra qu'il était beau et le tint caché pendant trois mois.

Qu’il était bon

La maison tout entière, à sa naissance, s’est emplie de lumière (Sota 12a)

2,3
Ne pouvant le cacher plus longtemps, elle lui prépara un berceau de jonc qu'elle enduisit de bitume et de poix, elle y plaça l'enfant et le déposa dans les roseaux sur la rive du fleuve.

Et elle ne pouvait encore le cacher

Les Egyptiens comptaient les jours depuis son remariage. Or, elle a accouché à six mois et un jour (voir Sota 12a). On sait en effet qu’une femme, lorsqu’elle accouche au septième mois de grossesse, peut le faire sans qu’ils soient entièrement révolus [donc au début du septième] (Roch hachana 11a ; Nidda 38b). Mais les Egyptiens n’ont enquêté à son sujet qu’après neuf mois [donc trois mois plus tard, raison pour laquelle « elle ne pouvait encore le cacher »]

De jonc

Appelé guèmi en langage talmudique (Chabath 78a) et en français médiéval : « junc ». C’est une matière d’une grande souplesse, capable de résister à ce qui est souple comme à ce qui est dur (Sota 12a)

De bitume et de poix

De bitume à l’intérieur, et de poix à l’extérieur, afin que ce juste ne soit pas incommodé par la mauvaise odeur de la poix (Sota 12a)

Elle plaça dans les roseaux

Le mot souf (« roseau ») a le même sens que agam (« marécage »), en français médiéval : « rosel », comme dans : « Joncs et roseaux (souf) languissent » (Yecha’ya 19, 6)

2,4
Sa sœur se tint à distance pour observer ce qui lui arriverait.
2,5
Or, la fille de Pharaon descendit, pour se baigner, vers le fleuve, ses compagnes la suivant sur la rive. Elle aperçut le berceau parmi les roseaux et envoya sa servante qui alla le prendre.

Pour se laver sur le fleuve

Il faut inverser l’ordre des mots et lire : « la fille de Pharaon descendit sur le fleuve pour s’y laver »

A côté (‘al yad – littéralement : « à la main ») du fleuve

Près du fleuve, comme dans : « Voyez, le champ de Yoav est à mon côté (littéralement : “à ma main”) » (II Chemouel, 14, 30). Il s’agit vraiment de la « main », car la main de l’homme lui est très proche. Et nos maîtres ont expliqué l’expression : « elles marchaient » comme voulant dire qu’elles « marchaient à la mort » (Sota 12b), comme dans : « Voici ! je marche à la mort ! » (Beréchith 25, 32). Elles marchaient à la mort parce qu’elles voulaient l’empêcher [de sauver l’enfant]. Et le texte vient à l’appui de cette interprétation, car on ne voit pas, sinon, pourquoi il indique : « et ses jeunes filles marchaient »

Sa servante (amatha)

Nos maîtres l’interprètent dans le sens de : « main ». Mais les règles grammaticales auraient alors exigé que la lettre mèm fût ponctuée d’un daguéch. Selon le midrach, sa main s’est allongée démesurément de plusieurs coudées (amoth)

2,6
Elle l'ouvrit, elle y vit l'enfant: c'était un garçon vagissant. Elle eut pitié de lui et dit: "C'est quelque enfant des Hébreux."

Elle ouvrit

Qui a-t-elle vu ? L’enfant – tel est le sens littéral. Selon le midrach, elle a vu la chekhina auprès de lui (Chemoth raba ; Sota 12b)

Et voici un garçon pleurant

Sa voix était celle d’un jeune garçon

2,7
Sa soeur dit à la fille de Pharaon: "Faut-il t'aller quérir une nourrice parmi les femmes hébreues, qui t'allaitera cet enfant?"

Parmi les Hébreues

Cela nous indique qu’elle l’avait présenté à de nombreuses femmes égyptiennes pour qu’elles l’allaitent, mais il avait refusé, étant destiné à converser avec la chekhina (Chemoth raba ; Sota 12b)

2,8
La fille de Pharaon lui répondit: "Va." Et la jeune fille alla quérir la mère de l'enfant.

Et la jeune fille (ha‘alma) alla

Le mot ha‘alma, tel qu’il est employé ici, signifie qu’]elle est allée avec empressement et vigueur (‘almouth) et comme un jeune homme (‘èlèm) (voir Sota 12b)

2,9
La fille de Pharaon dit à celle-ci: "Emporte cet enfant et allaite-le moi, je t'en donnerai le salaire." Cette femme prit l'enfant et l'allaita.

Emporte

Elle prophétisait, mais sans savoir ce qu’elle prophétisait, le mot heilikhi (« emporte ») pouvant se décomposer en : hei chèlikhi (« voici ce qui t’appartient ») (Chemoth raba ; Sota 12b)

2,10
L'enfant devenu grand, elle le remit à la fille de Pharaon et il devint son fils; elle lui donna le nom de Moïse, disant: "Parce que je l'ai retiré des eaux."

Je l’ai tiré (mechithihou) depuis les eaux

Traduction du Targoum Onqelos en araméen : che‘halté, qui veut dire : « retirer » comme dans : « retirer (mich‘hal) un cheveu du lait » (Berakhoth 8a). Le mot hébreu mechithihou veut dire également : « enlever », « écarter », comme dans : « il ne s’écartera (yamouch) pas » (Yehochou‘a 1, 8), ou dans : « ils ne s’écartèrent (yamouch) pas » (Bamidbar 14, 44). C’est à cette racine que le grammairien Mena‘hem rattache le mot mechithihou. A mon avis toutefois, ce mot n’appartient pas à la même racine que mach ou yamouch, mais au radical macha qui signifie : « faire sortir », comme dans : « Il m’a fait sortir (yamchéni) des eaux nombreuses » (II Chemouel 22, 17). Car s’il se rattachait au radical mach, il n’aurait pas fallu dire : mechithihou [au qal], mais : hamichothihou [au hif‘il, cette racine au qal voulant dire : « sortir » ou : « partir », et non : « faire sortir »], tout comme qam devient haqimothi [lorsqu’il passe du qal au hif‘il], chav devient hachivothi, ba devient haviothi. Ou bien il faudrait dire machtihou [également au hif‘il], comme dans : « j’écarterai (machti) le péché de cette terre » (Zekhariya 3, 9). Tandis que la forme machithi [telle qu’elle est employée ici] ne peut venir que d’un verbe dont la racine comporte un hé à la fin, comme macho (« retirer »), bano (« construire »), ‘asso (« faire »), tsawo (« ordonner »), pano (« se tourner »), verbes qui, à la première personne du singulier du qal, portent un yod à la place du hé : ‘assithi, banithi, panithi, tsiwithi

2,11
Or, en ce temps-là, Moïse, ayant grandi, alla parmi ses frères et fut témoin de leurs souffrances.

Mochè grandit

Mais le verset précédent ne disait-il pas déjà : « l’enfant grandit » ? Rabi Yehouda bar Il‘aï explique le premier comme s’appliquant à sa stature, le second à sa dignité, Pharaon l’ayant nommé à la tête de sa maison (Midrach tan‘houma Wayèra 17)

Il vit (wayar) leurs fardeaux

Il s’appliqua de tous ses yeux et de tout son cœur à souffrir avec eux [le vers rao (« voir ») s’employant avec une connotation de sympathie] (Beréchith raba)

Un homme égyptien

C’était un oppresseur, nommé pour diriger les chefs de corvée des Hébreux, et qui les faisait lever pour aller au travail dès le chant du coq (Midrach tan‘houma 9)

Frappant un homme hébreu

Il le frappait et le tyrannisait. C’était le mari de Chelomith bath Divri (voir Wayiqra 24, 11), sur laquelle l’Egyptien avait porté les yeux. Une nuit, il a fait lever son mari et le fit sortir de la maison. Puis il est revenu et est rentré dans la maison, pour s’étendre près de la femme, laquelle s’est convaincue que c’était son mari. Le mari, à son retour, comprit ce qui s’était passé. Et comme l’Egyptien a vu qu’il avait compris, il s’est mis à le frapper et à le tyranniser à longueur de journée

2,12
Il aperçut un Égyptien frappant un Hébreu, un de ses frères. Il se tourna de côté et d'autre et ne voyant paraître personne, il frappa l'Égyptien et l'ensevelit dans le sable.

Il se tourna çà et là

[Explication du midrach :] Il vit ce qu’il lui avait fait à la maison et ce qu’il lui avait fait aux champs. Quant au sens littéral, il est celui suggéré par le texte

Et il vit qu’il n’y avait pas d’homme

Il vit qu’il ne descendrait de lui aucun homme qui se convertirait (Chemoth raba)

2,13
Étant sorti le jour suivant, il remarqua deux Hébreux qui se querellaient et il dit au coupable: "Pourquoi frappes-tu ton prochain?"

Deux hommes hébreux

Dathan et Aviram. Ce sont eux qui « ont laissé de la manne pour le lendemain » (voir infra 16, 20 et Rachi ibid. ; Bamidbar 16, 25 et 26 ; Nedarim 64b)

Se querellant

Se disputant

Pourquoi frapperas-tu ton prochain

Il ne l’avait pas encore frappé, mais il est appelé rach‘a (« scélérat ») simplement pour avoir levé la main (Sanhèdrin 58b)

Ton prochain

[Ton semblable], un « scélérat » comme toi (Midrach tan‘houma 10)

2,14
L'autre répondit: "Qui t'a fait notre seigneur et notre juge? Voudrais-tu me tuer, comme tu as tué l'Égyptien?" Moïse prit peur et se dit: "En vérité, la chose est connue!"

Qui t’a placé comme homme

Alors que tu es encore un jeune homme (Midrach tan‘houma 10)

Est-ce pour me tuer que tu dis

D’où nous apprenons qu’il avait tué l’Egyptien rien qu’en prononçant le nom divin

Mochè eut peur

A expliquer selon le sens littéral. Selon le midrach, il a été saisi d’angoisse à l’idée qu’il y avait en Israël des « scélérats » et des délateurs, et il s’est demandé : « Peut-être ne méritent-ils pas d’être délivrés ! 

Certes la chose est connue

A expliquer selon le sens littéral. Selon le midrach, il s’est dit : « L’énigme qui me tourmentait est maintenant résolue : en quoi Israël a-t-il péché plus que toutes les soixante-dix nations pour être ainsi accablé sous une servitude aussi cruelle ? Je m’aperçois qu’il le méritait ! 

2,15
Pharaon fut instruit de ce fait et voulut faire mourir Moïse. Celui-ci s'enfuit de devant Pharaon et s'arrêta dans le pays de Madian, où il s'assit près d'un puits.

Pharaon entendit

Ce sont eux [à savoir Dathan et Aviram] qui l’avaient dénoncé (Midrach tan‘houma 10)

Il chercha à tuer Mochè

Il l’a livré au bourreau pour qu’il le mette à mort, mais l’épée n’a pas eu prise sur lui (Mekhilta Yithro 1), ainsi que Mochè le dira plus tard : « Il m’a sauvé de l’épée de Pharaon » (infra 18, 4)

Il demeura (wayéchèv) dans le pays de Midyan

Il s’y installa à demeure, comme dans : « Ya‘aqov demeura (wayéchèv) dans le pays des pérégrinations de son père » (Beréchith 37, 1)

Il demeura (wayéchèv) sur le puits

[Le second wayéchèv du verset signifie : « il s’assit ».] Mochè a retenu la leçon de l’expérience de Ya‘aqov : C’est près d’un puits qu’il avait rencontré celle qui allait devenir sa femme (Mekhilta 10)

2,16
Le prêtre de Madian avait sept filles. Elles vinrent puiser là et emplir les auges, pour abreuver les brebis de leur père.

Le pontife de Midyan

Le mot kohen (« pontife ») désigne ici le plus grand d’entre eux (Targoum onqelos et Mekhilta Yithro). Il avait abjuré l’idolâtrie et ses concitoyens en avaient fait un proscrit (Midrach tan‘houma 11)

Les rigoles (harehatim)

Les bassins creusés dans le sol où l’eau peut courir [le verbe rahot signifiant : « courir »)

2,17
Les pâtres survinrent et les repoussèrent. Moïse se leva, prit leur défense et abreuva leur bétail.

Ils les chassèrent

A cause de leur proscription

2,18
Elles retournèrent chez Réouël leur père, qui leur dit: "Pourquoi rentrez-vous sitôt aujourd'hui?"
2,19
Elles répondirent: "Un certain Égyptien nous a défendues contre les pâtres; bien plus, il a même puisé pour nous et a fait boire le bétail."
2,20
Il dit à ses filles: "Et où est-il? Pourquoi avez-vous laissé là cet homme? Appelez-le, qu'il vienne manger."

Pourquoi est-ce que vous avez abandonné

Il a reconnu en lui un descendant de Ya‘aqov, les eaux du puits étant montées à son approche (voir Rachi Beréchith 24, 17)

Et il mangera du pain

Peut-être épousera-t-il l’une d’entre vous (Midrach tan‘houma 11), comme dans : « sinon le pain qu’il mangeait » [le pain, dans ce verset, désigne la femme] (Beréchith 39, 6 ; voir Rachi ibid.)

2,21
Moïse consentit à demeurer avec cet homme, qui lui donna en mariage Séphora, sa fille.

Mochè consentit (wayoèl)

C’est ainsi que le rend le Targoum Onqelos, comme dans : « consens, de grâce (hoèl na) à passer la nuit » (Choftim 19, 6) ; « Ah, si nous avions consenti à (welou hoalnou)… » (Yehochou‘a 7, 7) ; « j’ai osé (hoalti) parler » (Beréchith 18, 27). Quant au midrach, il rend le mot dans le sens de : « serment » (ala) : il lui a juré de ne pas quitter Midyan sans son autorisation (voir infra 4, 18 ; Midrach tan‘houma 12 ; Nedarim 65a)

2,22
Elle enfanta un fils, qu'il nomma Gersom, en disant: "Je suis un émigré sur une terre étrangère."
2,23
Il arriva, dans ce long intervalle, que le roi d'Égypte mourut. Les enfants d'Israël gémirent du sein de l'esclavage et se lamentèrent; leur plainte monta vers Dieu du sein de l'esclavage.

Ce fut

où Mochè résidait en Midyan que mourut le roi d’Egypte et qu’Israël eut besoin d’être délivré. « Mochè faisait-il paître… », et c’est par lui qu’est venue la délivrance. Voilà pourquoi ces deux chapitres sont juxtaposés

Mourut le roi d’Egypte

Il était atteint de la lèpre (Chemoth raba) [de sorte qu’il était considéré comme mort (voir Bamidbar 12, 12)], et il faisait égorger les jeunes enfants des Hébreux pour se baigner dans leur sang [d’où l’intensification des gémissements d’Israël]

2,24
Le Seigneur entendit leurs soupirs et il se ressouvint de son alliance avec Abraham, avec Isaac, avec Jacob.

Leur gémissement (naaqatham)

Leurs pleurs, comme dans : « depuis la ville, les morts pleurent (yineaqou) » (Iyov 24, 12)

Son alliance (eth beritho) avec (eth) Avraham

Le deuxième eth, ainsi que les deux suivants, [contrairement au premier (eth beritho) qui introduit un complément direct] exprime la préposition : « avec »

2,25
Puis, le Seigneur considéra les enfants d'Israël et il avisa.

Eloqim sut

Il a porté sur eux Son cœur, et Il ne s’est pas caché les yeux [pour ne pas les voir]

3,1
Or, Moïse faisait paître les brebis de Jéthro son beau-père, prêtre de Madian. Il avait conduit le bétail au fond du désert et était parvenu à la montagne divine, au mont Horeb.

Derrière le désert

Pour les écarter du risque du vol, afin que [les bêtes] n’aillent pas paître dans les champs d’autrui (Midrach tan‘houma 7)

La montagne de ha-Eloqim

Le texte anticipe sur l’avenir (Sifri Devarim 22)

3,2
Un ange du Seigneur lui apparut dans un jet de flamme au milieu d'un buisson. Il remarqua que le buisson était en feu et cependant ne se consumait point.

Dans une flamme (belavath) de feu

Dans le cœur (lév) du feu, comme dans : « au cœur du ciel » (Devarim 4, 11) ; « au cœur du chêne » (II Chemouel 18, 14). La lettre taw qui figure à la fin du mot n’a rien d’étonnant, car il en existe d’autres exemples : « comme ton cœur (libatékh) est languissant » (Ye‘hezqel 16, 30)

Du milieu du buisson

Et non d’un autre arbre plus imposant, comme le suggère (Tehilim 91, 15) :« Je suis avec lui dans la détresse [c’est-à-dire dans l’humiliation] » (Midrach tan‘houma 14)

N’étant pas consumé (oukal)

[Equivalent, ici, à la forme passive] néékhal, comme dans le verbe est au pou‘al [de akhol (« manger »)], comme dans : « qui n’a pas encore été mise au travail (‘oubad) » (Devarim 21, 3) ; « la terre d’où il avait été tiré (louqa‘h) » (Beréchith 3, 23)

3,3
Moïse se dit: "Je veux m'approcher, je veux examiner ce grand phénomène: pourquoi le buisson ne se consume pas."

Je me détournerai

Je vais m’écarter d’ici, pour m’approcher de là-bas

3,4
L'Éternel vit qu'il s'approchait pour regarder; alors Dieu l'appela du sein du buisson, disant: "Moïse! Moïse!" Et il répondit: "Me voici."
3,5
Il reprit: "N'approche point d'ici! Ote ta chaussure, car l'endroit que tu foules est un sol sacré!"

Ote (chal)

Enlève et retire, comme dans : « le fer tombera (wenachal) du manche » (Devarim 19, 5) ; « car tomberont (yichal) tes olives » (Devarim 28, 40)

Un sol (admath) de sainteté

Cet endroit [est un sol de sainteté ; le pronom masculin hou renvoyant au nom maqom (« endroit »), et non à admath, qui est féminin]

3,6
Il ajouta: "Je suis la Divinité de ton père, le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob..." Moïse se couvrit le visage, craignant de regarder le Seigneur.
3,7
L'Éternel poursuivit: "J'ai vu, j'ai vu l'humiliation de mon peuple qui est en Égypte; j'ai accueilli sa plainte contre ses oppresseurs, car je connais ses souffrances.

Car j’ai su ses douleurs

Comme dans : « Eloqim sut » (supra 2, 25). C’est-à-dire : Car j’ai appliqué mon cœur à comprendre et à connaître ses souffrances. Je ne me suis pas caché les yeux, je ne me suis pas bouché les oreilles pour ne pas entendre leur cri

3,8
Je suis donc intervenu pour le délivrer de la puissance égyptienne et pour le faire passer de cette contrée-là dans une contrée fertile et spacieuse, dans une terre ruisselante de lait et de miel, où habitent le Cananéen, le Héthéen, l'Amorréen, le Phérézéen, le Hévéen et le Jébuséen.
3,9
Oui, la plainte des enfants d'Israël est venue jusqu'à moi; oui, j'ai vu la tyrannie dont les Égyptiens les accablent.
3,10
Et maintenant va, je te délègue vers Pharaon; et fais que mon peuple, les enfants d'Israël, sortent de l'Égypte."

Et maintenant

Et si tu m’objectes : « A quoi cela servira-t-il ? »… Et fais sortir mon peuple – Les paroles que tu prononceras produiront leur effet, et tu les feras sortir de là

3,11
Moïse-dit au Seigneur: "Qui suis-je, pour aborder Pharaon et pour faire sortir les enfants d'Israël de l'Égypte?"

Qui suis-je

Quelle importance possédé-je, pour parler aux rois 

Et que que je fasse sortir les fils d’Israël

Et même si je possédais de l’importance, en quoi Israël a-t-il mérité que Tu accomplisses pour lui un miracle et que je les fasse sortir de l’Egypte 

3,12
Il répondit: "C'est que je serai avec toi et ceci te servira à prouver que c'est moi qui t'envoie: quand tu auras fait sortir ce peuple de l'Égypte, vous adorerez le Seigneur sur cette montagne même."

Il dit : Parce que je serai avec toi

Il commence par répondre à la première question, puis à la seconde : « Pour ce que tu as dit : “ Qui suis-je, pour que j’aille chez Pharaon ?”, ce n’est pas de toi qu’il s’agit, mais de moi : “Parce que je serai avec toi”, et “ceci”, à savoir l’apparition à laquelle tu as assisté au buisson, “te sera le signe que c’est moi qui t’ai envoyé” que tu mèneras à bien la mission que je te confie. De même que tu as vu le buisson exécuter sans se consumer la mission que je lui ai confiée, de même rempliras-tu ma mission sans dommage pour toi. Quant à ta seconde question : “En quoi Israël a-t-il mérité de pouvoir sortir d’Egypte ?”, cette sortie a pour moi une grande importance, car ils recevront la Tora sur cette montagne trois mois après leur sortie d’Egypte » (Chemoth raba). Autre explication de : « parce que je serai avec toi, et ceci…” : « Ce fait même » que tu réussiras ta mission “sera pour toi le signe” annonciateur [de l’accomplissement] d’une autre promesse. Car je te promets que, lorsque tu les auras fait sortir d’Egypte, “vous adorerez Eloqim sur cette montagne-ci” et y recevrez la Tora. Voilà le mérite que possède Israël. » Nous trouvons un autre exemple du même style dans : « Et ceci “sera pour toi le signe” que vous mangerez cette année le regain… » (Yecha’ya 37, 30), à savoir que la chute de San‘hériv sera pour toi le signe [de l’accomplissement] d’une autre promesse : votre terre, actuellement stérile et improductive, j’en bénirai le regain

3,13
Moïse dit à Dieu: "Or, je vais trouver les enfants d'Israël et je leur dirai: Le Dieu de vos pères m'envoie vers vous... S'ils me disent: Quel est son nom? que leur dirai-je?"
3,14
Dieu répondit à Moïse: "Je suis l'Être invariable!" Et il ajouta: "Ainsi parleras-tu aux enfants d'Israël: C'est l'Être invariable qui m'a délégué auprès de vous."

Je serai qui serai

Moi qui suis avec eux dans la détresse présente, je serai avec eux dans leur asservissement par d’autres empires. Mochè a dit à Hachem : « Maître de l’univers ! Pourquoi faut-il que je leur parle d’une autre souffrance ? Ils ont bien assez de celle-ci ! » Hachem a répondu : « Tu as raison ! “Ainsi parleras-tu aux enfants d’Israël… « Je serai » [sans : « qui serai », allusion à leurs souffrances futures] m’a envoyé auprès de vous ” » (Berakhoth 9b)

3,15
Dieu dit encore à Moïse: "Parle ainsi aux enfants d'Israël: ‘L'Éternel, le Dieu de vos pères, le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, m'envoie vers vous.’ Tel est mon nom à jamais, tel sera mon attribut dans tous les âges.

Cela est mon Nom pour toujours (le‘olam)

Le mot le‘olam est écrit sans la lettre waw, pour qu’on puisse le lire : le‘além [« tel est mon Nom destiné à être “caché” »], à ne pas prononcer comme il est écrit (Pessa‘him 50a ; Chemoth raba)

Cela est mon Nom

Hachem lui apprend comment prononcer Son Nom. De même chez David : « Hachem, c’est ton Nom pour toujours, Hachem, c’est ton invocation de génération en génération ! » (Tehilim 135, 13)

3,16
Va rassembler les anciens d'Israël et dis-leur: ‘L'Éternel, Dieu de vos pères, Dieu d’Abraham, d'Isaac et de Jacob, m'est apparu en disant: J'ai fixé mon attention sur vous et sur ce qu'on vous fait en Égypte

Les anciens d’Israël

Choisis pour siéger en conseil [c’est-à-dire les chefs (voir Yoma 28b)]. Car s’il s’agissait des vieillards au sens propre, comment lui serait-il possible de réunir tous les vieillards d’une population de six cent mille âmes 

3,17
et j'ai résolu de vous faire monter, du servage de l'Égypte, au territoire du Cananéen, du Héthéen, de l'Amorréen, du Phérézéen, du Hévéen et du Jébuséen, contrée ruisselante de lait et de miel.’
3,18
Et ils écouteront ta voix; alors tu iras, avec les anciens d'Israël, trouver le roi d'Égypte et vous lui direz: ‘L'Éternel, le Dieu des Hébreux, s'est manifesté à nous. Et maintenant nous voudrions aller à trois journées de chemin, dans le désert, sacrifier à l'Éternel, notre Dieu’

Ils écouteront ta voix

Dès lors que tu leur tiendras ce langage : « Je me suis souvenu de vous » [du verset 16, comportant la répétition paqod paqadeti (« souvenir, je me suis souvenu »)]. Car ils savent que c’est par ce signe, qui remonte à l’époque de Ya‘aqov et de Yossef, qu’ils seront délivrés (Chemoth raba). Ya‘aqov leur avait fait dire : « Eloqim vous visitera (paqod yifqod) et vous fera monter de ce pays » (Beréchith 50, 24), et Yossef leur avait dit : « Eloqim manifester se manifestera (paqod yifqod), et vous ferez monter mes ossements d’ici ! » (Beréchith 50, 25)

S’est manifesté (niqra) à nous

Par une rencontre fortuite [et non par une présence permanente], comme dans : « Hachem rencontra (wayiqar) Bil’am » (Bamidbar 23, 4) ; « et moi, j’y serai rencontré (iqarè) par Lui là-bas » (Bamidbar 23, 15)

3,19
Or, je sais que le roi d'Égypte ne vous laissera point partir, pas même en présence d'une puissance supérieure.

Le roi d’Egypte ne vous donnera pas la permission d’aller

Si je ne lui montre pas « une main forte » [fin du verset], c’est-à-dire : aussi longtemps que je ne lui aurai pas fait connaître ma main puissante, il ne vous permettra pas de partir

Il ne vous donnera pas (lo yitén)

Comme le rend le Targoum Onqelos : « il ne laissera pas », comme dans : « c’est pourquoi je ne t’ai pas laissé (lo nethatikha) approcher d’elle » (Beréchith 20, 6) ; « mais Eloqim n’a pas permis (lo nethano) qu’il me fît du tort » (Beréchith 31, 7). Le verbe « donner », dans ces exemples, signifie : « procurer la possibilité ». Selon d’autres commentateurs, l’expression : « et pas d’une main forte » signifie : « ce n’est pas parce que Sa main est puissante ». Car dès que « j’aurai étendu ma main et frappé l’Egypte… après cela on vous renverra [verset suivant] ». Le Targoum Onqelos le rend aussi par : « et non pas parce que Sa force est puissante ». Cette explication m’a été donnée par rabi Ya‘aqov fils de rabi Mena‘hem

3,20
Mais j'étendrai ma main et je terrasserai l'Égypte par tous les prodiges que j'accomplirai dans son sein; alors seulement on vous laissera partir.
3,21
Et j'inspirerai aux Égyptiens de la bienveillance pour ce peuple; si bien que, lorsque vous partirez, vous ne partirez point les mains vides.
3,22
Chaque femme demandera à sa voisine, à l'habitante de sa maison, des vases d'argent, des vases d'or, des parures; vous en couvrirez vos fils et vos filles et vous dépouillerez l'Égypte."

Et à l’habitante de sa maison

A celle qui demeure avec elle dans la maison

Vous dépouillerez (wenitsaltèm)

Comme le rend le Targoum Onqelos, ainsi que dans : « ils dépouillèrent (wayenatslou) l’Egypte » (infra 12, 36) ; « les fils d’Israël se dépouillèrent (wayithnatslou) de leur ornement » (infra 33, 6), où la lettre noun appartient à la racine du verbe. Quant au grammairien Mena‘hem ben Sarouq, il rattache ce mot à une racine avec un tsadei, comme dans : « c’est Eloqim qui a dégagé (wayatsél) le bétail de votre père » (Beréchith 31, 9) ; « la richesse que Eloqim a sauvée (hitsil) de notre père » (Beréchith 31, 16). Mais son opinion n’est pas exacte. Car si le noun ne faisait pas partie de la racine tout en étant ponctué d’un ‘hiriq, comme c’est le cas pour le wenitsaltèm de notre verset, ce mot ne serait pas à la forme active, mais à la forme passive, comme dans : « vous serez arrachés (wenissa‘htèm) de la terre » (Devarim 28, 63) ; « vous serez livrés (wenitatèm) dans la main de l’ennemi » (Wayiqra 26, 25) ; « vous serez abattus (wenigaftèm) devant vos ennemis » (Wayiqra 26, 17) ; « vous serez fondus (wenitakhtèm) en son sein » (Ye‘hezqel 22, 21) ; « et vous dites : nous sommes sauvés (nitsalnou) » (Yirmeya 7, 10), tous ces verbes étant à la forme passive. En revanche, lorsque figure dans un mot la lettre noun et qu’il lui arrive d’en disparaître, comme dans les racines : nagof (« frapper »), nasso (« porter »), nathon (« donner »), nachokh (« mordre ») et que ces verbes sont à la forme active, le noun est ponctué d’un chewa. Il en est ainsi dans : « faites-y monter (ounessathèm) votre père » (Beréchith 45, 19) ; « vous leur donnerez (unethatèm) le pays de Guil‘ad » (Bamidbar 32, 29) ; « Vous circoncirez (ounemaltèm) la chair de votre excroissance » (Beréchith 17, 11). C’est pourquoi à mon avis, en ce qui concerne notre mot wenitsaltèm, qui est ponctué d’un ‘hiriq, la lettre noun appartient à la racine et que le verbe est au pi‘él, comme dans : « vous parlerez (wedibbartèm) au rocher » (Bamidbar 20, 8) ; « vous purifierez (wekhippartèm) la maison » (Ye‘hezqel 45, 20) ; « vous les enseignerez (welimmadtèm) à vos fils » (Devarim 11, 19)

4,1
Moïse prit la parole et dit: "Mais certes, ils ne me croiront pas et ils n'écouteront pas ma voix, parce qu'ils diront: L'Éternel ne t'est point apparu."
4,2
Le Seigneur lui dit: "Qu'as-tu là à la main?" Il répondit: "Une verge."

Qu’est cela (mazè) dans ta main

Le terme mazè (« qu’est cela ? ») est écrit en un seul mot [au lieu de ma zè, en deux mots], ce qui donne lieu à l’explication du midrach : mizè (« de cela ») – c’est avec cet objet que tu tiens à la main que tu mériteras d’être puni, pour avoir porté des soupçons sur des innocents [en disant : « Et voici, ils ne me croiront pas ! »]. Quant au sens littéral de l’expression, il correspond à ce que quelqu’un pourrait dire à un autre : « Reconnais-tu que ce qui est devant toi est une pierre ? » Réponse : « Oui ! » Et le premier de reprendre : « Eh bien, je vais en faire du bois ! 

4,3
Il reprit: "Jette-la à terre!" Et il la jeta à terre et elle devint un serpent. Moïse s'enfuit à cette vue.

Il fut serpent

Hachem lui indique par là qu’il a calomnié Israël, et qu’il a ainsi pratiqué l’art du serpent ( Midrach tan‘houma 23)

4,4
Le Seigneur dit à Moïse: "Avance la main et saisis sa queue!" Il avança la main et le saisit et il redevint verge dans sa main.

Il s’en saisit

Le mot waya‘hazèq (« il saisit ») signifie : « il l’a pris en main », et son emploi est fréquent dans le texte, comme dans : « Comme il tardait, les hommes saisirent (waya‘haziqou) par sa main » (Beréchith 19, 16) ; « et l’a saisi (wehè‘hèziqa) par ses organes génitaux » (Devarim 25, 11) ; « je l’ai saisi (wehè‘hèzaqti) par la barbe » (I Chemouel 17, 35). Toutes les fois que le verbe ‘hazoq est suivi de la préposition que constitue la lettre beith, il signifie : « prendre en main »

4,5
"Ceci leur prouvera qu'il s'est révélé à toi, l'Éternel, le Dieu de leurs pères, le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob."
4,6
Le Seigneur lui dit encore: "Mets ta main dans ton sein." Il mit sa main dans son sein, l'en retira et voici qu'elle était lépreuse, blanche comme la neige.

Lépreuse comme la neige

La lèpre est habituellement blanche, comme dans : « si la tache est blanche » (Wayiqra 13, 4). Par ce signe aussi, Hachem lui indique qu’il a proféré une calomnie en disant : « Et voici, ils ne me croiront pas ! », raison pour laquelle il a été frappé de la lèpre (Midrach tan‘houma 23), comme le sera Miryam pour le même péché de calomnie (voir Chabath 97a)

4,7
II reprit: "Replace ta main dans ton sein." Il remit sa main dans son sein, puis il l'en retira et voici qu'elle avait repris sa carnation.

Il la sortit de son sein

apprenons d’ici qu’une mesure de bonté divine s’accomplit plus rapidement qu’une mesure de punition. Car au verset précédent [relatif à la punition], le texte n’ajoutait pas : « de son sein », [de sorte qu’elle a ici retrouvé son teint naturel avant même d’être sortie « de son sein »] (Chabath 97a)

4,8
"Eh bien! s'ils n'ont pas croyance en toi, s'ils sont sourds à la voix du premier prodige, ils devront céder à la voix du dernier.

Ils croiront le son du dernier signe

Quand tu leur diras : c’est par rapport à vous que j’ai été puni, pour vous avoir calomniés, ils te croiront. Car ils ont déjà eu l’occasion d’apprendre que ceux qui s’avisent de leur faire du mal sont frappés de lèpre, tels Pharaon et Avimèlekh lorsqu’ils s’en sont pris à Sara

4,9
Que s'ils restent incrédules en présence de ces deux prodiges et s'ils n'écoutent pas ta voix, tu prendras des eaux du fleuve et tu les répandras à terre et ces eaux que tu auras prises du fleuve deviendront du sang sur la terre."

Tu prendras des eaux du fleuve

Leur signifiant par allusion au fait que la première plaie punira leurs divinités. [Lorsque le Saint béni soit-Il punit les peuples, Il commence par punir leurs divinités. En l’occurrence, les Egyptiens adoraient le Nil comme étant leur nourricier : il a été transformé en sang.

Elles seront

Le texte contient deux fois wehayou (« elles seront »). A mon avis, si le texte avait porté : « et elles seront, ces eaux que tu auras prises du fleuve, sang sur la terre [sans le second wehayou] », j’aurais compris que, changées en sang dès l’instant où il les recueillies dans sa main, elles seraient restées sang après être tombées à terre. La répétition signalée signifie qu’elles ne sont devenues sang qu’après avoir touché le sol

4,10
Moïse dit à l'Éternel: "De grâce, Seigneur! je ne suis habile à parler, ni depuis hier, ni depuis avant-hier, ni depuis que tu parles à ton serviteur; car j'ai la bouche pesante et la langue embarrassée."

Ni d’hier…

Nous déduisons à partir d’ici que le Saint béni soit-Il s’est appliqué près du buisson, sept jours entiers durant, à persuader Mochè d’accepter sa mission (Wayiqra raba 11, 6). « Ni d’hier », « ni d’avant-hier », « depuis que tu parles », cela fait trois jours. Trois fois le mot gam (« aussi ») venu apporter un ajout, cela fait six. Et nous en sommes au septième jour, où Mochè ajoute : « Envoie donc par la main de celui que tu enverras ! » (verset 13), jusqu’à ce que Hachem finisse par se mettre en colère (verset 14) et que Mochè accepte. Et toute cette réticence parce qu’il ne voulait pas surpasser en dignité son frère Aharon, son aîné, qui était prophète. Il est en effet écrit : « Ne suis-je point apparu à la maison de ton père [du kohen gadol ‘Eli] pendant qu’ils étaient en Egypte ? » (I Chemouel 2, 27). Il s’agit de Aharon. De même : « Je me suis fait connaître à eux dans le pays d’Egypte… et je leur ai dit : “Que chacun rejette les abominations de ses yeux !” » (Ye‘hezqel 20, 5 et 7). C’est à Aharon que cette prophétie a été adressée (Midrach tan‘houma 27)

Lourd de bouche

Je parle avec lourdeur. En italien médiéval : « balbo » (« bègue »)

4,11
L'Éternel lui répondit: "Qui a donné une bouche à l'homme? qui le fait muet ou sourd, clairvoyant ou aveugle, si ce n'est moi, l'Éternel?

Qui a placé une bouche…

Qui t’a appris à parler quand tu es passé en jugement devant Pharaon pour avoir tué l’Egyptien ? (Midrach tan‘houma 10)

Qui rendra muet

Qui a rendu « muet » Pharaon, l’empêchant de confirmer l’ordre qu’il avait donné de te tuer, « sourds » ses serviteurs, qui n’ont pas entendu l’ordre qu’il a donné de t’exécuter, et « aveugles » ses bourreaux, qui ne t’ont pas vu t’échapper du lieu du supplice et prendre la fuite 

N’est-ce pas moi

Dont le nom est Hachem, qui ai fait cela 

4,12
Va donc, je seconderai ta parole et je t'inspirerai ce que tu devras dire."
4,13
Il repartit: "De grâce, Seigneur! donne cette mission à quelque autre!"

Par la main de celui que tu enverras

Par la main de qui tu as coutume d’envoyer, c’est-à-dire Aharon. Autre explication : par la main de tout autre que tu voudras envoyer. Je ne suis pas destiné à les faire entrer en Erets Yisraèl ni à être leur libérateur dans le futur. Et tu as de nombreux messagers

4,14
Le courroux de l'Éternel s'alluma contre Moïse et il dit: "Eh bien! c'est Aaron ton frère, le Lévite, que je désigne! Oui, c'est lui qui parlera! Déjà même il s'avance à ta rencontre et à ta vue il se réjouira dans son cœur.

La colère de Hachem s’enflamma

Rabi Yehochou‘a ben Qor‘ha a enseigné : Toutes les fois que, dans la Tora, « s’allume la colère » de Hachem, cela comporte des conséquences, sauf ici. Rabi Chim‘on bar Yo‘haï a enseigné : Ici aussi elle comporte des conséquences, car il est écrit : « N’est-ce pas Aharon ton frère le léwi ». « Aharon était destiné à être un léwi, et non un kohen, et c’est à toi que je me proposais de conférer le sacerdoce. Désormais, c’est lui qui sera kohen, et toi léwi, ainsi qu’il est écrit : “Et Mochè, homme de Eloqim, ses fils seront nommés dans la tribu de Léwi” » (II Divrei Hayamim 23, 14) (Zeva‘him 102a)

Et aussi voici qu’il sort à ta rencontre

Lorsque tu te seras mis en route pour te rendre en Egypte

Il te verra

Contrairement à ce que tu pensais, il ne s’offusquera pas de ton accession à une haute dignité. C’est cette attitude qui vaudra à Aharon la faveur de porter les ornements du pectoral, qui est placé sur le « cœur » (Midrach tan‘houma 27 ; Chabath 139a)

4,15
Tu lui parleras et tu transmettras les paroles à sa bouche; pour moi, j'assisterai ta bouche et la sienne et je vous apprendrai ce que vous aurez à faire.
4,16
Lui, il parlera pour toi au peuple, de sorte qu'il sera pour toi un organe et que tu seras pour lui un inspirateur.

Lui il parlera pour toi (lekha)

Il parlera au peuple à ta place. Cet exemple prouve que toutes les fois que le verbe dabèr est suivi de li (« à moi »), lekha (« à toi »), lo (« à lui »), lakhèm (« à vous ») ou lahèm (« à eux »), cela équivaut à ‘al (« sur » ou : « au sujet de ») [et non à : « à »]

Sera pour toi comme bouche

Un interprète, puisque tu as la bouche pesante

Comme inspirateur

Un maître et un conseiller [et non Eloqim au sens habituellement donné à ce mot – voir Targoum Onqelos)

4,17
Cette même verge, tu l'auras à la main, car c'est par elle que tu opéreras les miracles."
4,18
Là-dessus Moïse s'en retourna chez Jéthro, son beau-père et lui dit: "Je voudrais partir, retourner près de mes frères qui sont en Égypte, afin de voir s'ils vivent encore." Jéthro répondit à Moïse: "Va en paix."

Il retourna chez Yèthèr son beau-père

Pour lui demander l’autorisation, car il était tenu par serment de ne pas le quitter sans sa permission (Midrach tan‘houma 20 ; Nedarim 65a). Son beau-père avait sept noms : Re‘ouel, Yèthèr, Yithro, Qeini, ‘Hovav, ‘Hèvèr et Poutiel

4,19
L'Éternel dit à Moïse, en Madian: "Va, retourne en Égypte; tous ceux-là sont morts qui en voulaient à ta vie."

Car sont morts tous les hommes

Qui sont-ils ? Dathan et Aviram. En fait, ils étaient toujours en vie, mais ils avaient perdu leurs richesses. Or, le pauvre est considéré comme mort (Nedarim 64b)

4,20
Moïse emmena sa femme et ses enfants, les plaça sur un âne et reprit le chemin du pays d'Égypte. Moïse tenait la verge divine à la main.

Sur l’âne

Sur l’âne prédestiné à cet effet [puisque précédé par l’article défini ha]. C’est l’âne qu’Avraham avait sellé pour [pour se rendre sur les lieux du] sacrifice de Yits‘haq, c’est l’âne sur lequel se manifestera le Roi-Messie, ainsi qu’il est écrit : « pauvre, et monté sur un âne » (Zekhariya 9, 9 ; Pirqé deRabi Eli‘èzèr 31)

Il retourna au pays d’Egypte

La Tora ne suit pas un ordre chronologique rigoureux. [Mochè a commencé par prendre le bâton (voir verset 17), puis il est retourné en Egypte]

4,21
L'Éternel dit à Moïse: "Maintenant que tu te disposes à rentrer en Egypte, sache que tous les miracles dont je t'aurai chargé, tu les accompliras devant Pharaon mais moi je laisserai s'endurcir son cœur et il ne renverra point le peuple.

A ton aller pour retourner en Egypte…

Sache bien dans quelles dispositions d’esprit tu dois y retourner : Tu devras être fort dans l’accomplissement de ta mission, accomplir tous mes miracles devant Pharaon, et ne pas avoir peur de lui

Que j’ai placés dans ta main

Il ne s’agit pas des trois signes dont il vient d’être question (versets 3, 6 et 9), que Hachem ne lui avait pas demandé de produire devant Pharaon, mais devant les enfants d’Israël pour qu’ils aient confiance en lui. Il n’est d’ailleurs indiqué nulle part qu’il les a manifestés devant Pharaon. Mais il s’agit des signes que je mettrai dans ta main en Egypte, comme : « lorsque Pharaon vous parlera en disant… » (infra 7, 9). Et il n’y a rien d’étonnant à ce que le verbe « mettre » soit écrit au passé (samti [« j’ai mis »]), car il signifie : « Lorsque tu lui parleras, je les aurai déjà mis [au futur antérieur] dans ta main… »

4,22
Alors tu diras à Pharaon: ‘Ainsi parle l'Éternel: Israël est le premier-né de mes fils;

Tu diras à Pharaon

Lorsque tu auras compris que son cœur est endurci et qu’il refuse de laisser partir le peuple, tu lui diras ceci 

Mon fils mon premier-né

Dans le sens de : « dignité », comme dans : « Moi aussi j’en ferai un premier-né, au-dessus des rois de la terre » (Tehilim 89, 28). Cela est le sens littéral. Le midrach explique que le Saint béni soit-Il a ratifié ici de Son sceau la vente du droit d’aînesse de ‘Essaw au profit de Ya‘aqov (Beréchith raba 63, 14)

4,23
or, je t'avais dit: Laisse partir mon fils, pour qu'il me serve et tu as refusé de le laisser partir. Eh bien! moi, je ferai mourir ton fils premier-né.’ "

Je t’ai dit

[Moi Mochè] mandaté à cet effet par Hachem

Renvoie mon fils… voici

Il s’agit ici de la dernière des dix plaies, mais c’est elle qui fait l’objet d’un avertissement parce qu’elle sera la plus sévère. C’est là le sens de : « Voici ! Hachem est imposant dans Sa puissance », et donc [suite du verset] : « qui est un maître comme lui ? » (Iyov 36, 22). Quand une créature de chair et de sang cherche à se venger d’autrui, elle dissimule ses intentions pour prévenir la fuite de sa victime. Mais le Saint béni soit-Il « est imposant dans Sa puissance » et l’on ne peut lui échapper qu’en revenant à Lui. C’est pourquoi Il le met en garde et l’invite à revenir à Lui (Midrach tan‘houma Waéra 14)

4,24
Pendant ce voyage, il s'arrêta dans une hôtellerie; le Seigneur l'aborda et voulut le faire mourir.

Ce fut en chemin dans l’auberge…

Mochè « était en chemin, dans l’auberge 

Et l’ange « réclama sa mise à mort »

Parce qu’il n’avait pas circoncis son fils Eli‘èzèr. Et cette négligence le rendait passible de mort. Une barayetha nous apprend : Rabi Yossi a enseigné : Loin de nous l’idée qu’il ait pu se montrer négligent ! Mais il a fait le raisonnement suivant : « Vais-je circoncire l’enfant et me mettre en route ? L’enfant sera en danger pendant trois jours ! Vais-je le circoncire et attendre trois jours [pour la guérison] ? Le Saint béni soit-Il m’a pourtant ordonné : “Va, retourne en Egypte !” » Pourquoi, alors, a-t-il été puni ? Parce qu’il s’est préoccupé d’abord de son hébergement [au lieu de procéder immédiatement à la circoncision] (Nedarim 31b). L’ange avait pris la forme d’un serpent et il avalait [Mochè] en commençant par la tête jusqu’aux hanches, puis il le rejetait et recommençait par les pieds jusqu’au membre viril. C’est ainsi que Tsipora a compris que c’était à cause de la circoncision (Nedarim 32a)

4,25
Séphora saisit un caillou, retrancha l'excroissance de son fils et la jeta à ses pieds en disant: "Est-ce donc par le sang que tu es uni à moi?"

Elle la jeta à ses pieds

Elle l’a jetée devant les pieds de Mochè (Yerouchalmi Nedarim 3, 9)

Elle dit

Concernant son fils

Car tu es un époux de sangs pour moi

Tu as été la cause que mon époux ait pu se faire tuer à cause de toi. Tu aurais été le meurtrier de mon mari 

4,26
Le Seigneur le laissa en repos. Elle dit alors: "Oui, tu m'es uni par le sang, grâce à la circoncision!"

Il le relâcha

L’ange le relâcha. C’est alors qu’elle a compris que c’est à cause du retard apporté à la circoncision qu’il avait voulu le tuer

Elle dit alors : Un époux de sangs pour les circoncisions

Mon mari a manqué d’être tué [et donc d’être un « époux de sang »] à cause de la circoncision

Pour les circoncisions (lamouloth)

Pour une question de circoncisions. Le mot mouloth est un substantif, et la préposition lamèd a le sens de ‘al (« au sujet de »), comme dans : « Pharaon dira “des” fils (livné) d’Israël » (infra 14, 3). Cependant, le Targoum Onqelos rapporte le mot : « sang » au « sang » de la circoncision

4,27
L'Éternel dit à Aaron: "Va au-devant de Moïse, dans le désert." Il y alla; il le rencontra sur la montagne et l'embrassa.
4,28
Moïse fit part à Aaron de toutes les paroles dont l'Éternel l'avait chargé et de tous les prodiges qu'il lui avait donné mission d'accomplir.
4,29
Alors Moïse et Aaron partirent et assemblèrent tous les anciens des enfants d'Israël.
4,30
Et Aaron dit toutes les paroles que l'Éternel avait adressées à Moïse et il opéra les prodiges à la vue du peuple.
4,31
Et le peuple y eut foi; ils comprirent que l'Éternel s'était souvenu des enfants d'Israël, qu'il avait considéré leur misère et ils courbèrent la tête et se prosternèrent.
5,1
Puis, Moïse et Aaron vinrent trouver Pharaon et lui dirent: "Ainsi a parlé l'Éternel, Dieu d'Israël: Laisse partir mon peuple, pour qu'il célèbre mon culte dans le désert."

Et après

Quant aux anciens, ils s’étaient esquivés l’un après l’autre derrière Mochè et Aharon, de sorte que, pris de peur, ils avaient tous disparu avant d’arriver au palais (Chemoth raba). Il leur en a été tenu compte au Sinaï : « Mochè s’approchera seul vers Hachem, et eux [les anciens] ne s’approcheront pas » (infra 24, 2). Il les renverra à l’arrière (Midrach tan‘houma)

5,2
Pharaon répondit: "Quel est cet Éternel dont je dois écouter la parole en laissant partir Israël? Je ne connais point l'Éternel et certes je ne renverrai point Israël."
5,3
Ils reprirent: "Le Dieu des Hébreux s'est manifesté à nous. Nous voudrions donc aller à trois journées de chemin dans le désert et sacrifier à l'Éternel notre Dieu, de peur qu'il ne sévisse sur nous par la peste ou par le glaive."

De peur qu’Il ne nous atteigne

Ils auraient dû dire : « de peur qu’Il ne t’atteigne, toi ». Mais ils restent respectueux de l’autorité royale (Chemoth raba). « Atteindre » signifie ici : « porter la mort »

5,4
Le roi d'Égypte leur dit: "Pourquoi, Moïse et Aaron, débauchez-vous le peuple de ses travaux? Allez à vos affaires!"

Dérangez-vous (tafri‘ou) le peuple de ses activités

Vous les tenez à l’écart et les éloignez de leur travail. Ils vous écoutent et croient pouvoir cesser de travailler, comme dans : « évite-le (pera‘éhou), ne passe pas près de lui » (Michlei 4, 15), c’est-à-dire : « éloigne-toi de lui » ; « vous avez rejeté (watifre‘ou) tous mes conseils » (Michlei 1, 25) ; « Mochè vit que le peuple était livré au désordre (perou‘a) » (infra 32, 25), c’est-à-dire : « s’était éloigné de toute règle », l’ayant prise en horreur

Allez à vos fardeaux

Allez à vos travaux que vous avez à accomplir dans vos maisons. Mais les servitudes de l’esclavage d’Egypte n’avaient pas été imposées à la tribu de Léwi. La preuve en est que Mochè et Aharon allaient et venaient en toute liberté (Chemoth raba)

5,5
Pharaon ajouta: "Vraiment, cette population est nombreuse à présent dans le pays et vous leur feriez interrompre leurs corvées?"

Voici

Ils sont nombreux, ceux à qui est imposé le travail, et vous leur faites interrompre leurs tâches ! Cela représente une grande perte 

5,6
Et Pharaon donna, ce jour même, aux commissaires du peuple et à ses surveillants l'ordre suivant:

Aux oppresseurs

Les oppresseurs étaient des Egyptiens, et les policiers étaient des Hébreux. Chaque oppresseur avait sous ses ordres un certain nombre de policiers, et chaque policier avait pour mission de contrôler sévèrement ceux qui remplissaient les corvées

5,7
"Vous ne fournirez plus, désormais, de la paille au peuple pour la préparation des briques, comme précédemment; ils iront eux-mêmes faire leur provision de paille.

De la paille

En français médiéval : « estouble ». On la pétrissait avec de la glaise

Les briques

En français : « tuiles ». On les confectionne avec de la glaise que l’on fait sécher au soleil ou que certains font cuire au four (voir Rachi Beréchith 11, 3)

Comme hier

Comme vous faisiez jusqu’à présent

Ils se ramasseront

Qu’ils aillent en chercher

5,8
Du reste, la quantité de briques qu'ils faisaient précédemment, imposez-la leur encore, n'en rabattez rien. Car ils sont désœuvrés, voilà pourquoi ils profèrent ces clameurs: ‘Allons sacrifier à notre Dieu!’

Et la quantité de briques

Le nombre total de briques que chacun confectionnait chaque jour quand la paille leur était fournie, c’est ce compte-là que vous leur imposerez désormais, afin d’alourdir leur tâche

Car ils se sont relâchés

Dans leur travail. C’est pourquoi leur cœur se réfugie dans des sottises et « ils crient : Allons sacrifier…

Matkonet

Ce mot, ainsi que : « la quantité (thokhèn) de briques » (verset 18), correspond à la même idée que celle exprimée dans : « par Lui les actions sont comptées (nithkenou) » (I Chemouel 2, 3), et dans : « l’argent qui avait été compté (hamethoukan) » (II Melakhim 12, 12). Il s’agit touours d’une idée de « compte »

Relâchés

Le travail est relâché dans leurs mains, et ils le négligent. De sorte que c’est eux qui s’en « relâchent ». En français : « retrait 

5,9
Qu'il y ait donc surcharge de travail pour eux et qu'ils y soient astreints; et qu'on n'ait pas égard à des propos mensongers."

Et qu’ils ne s’occupent pas (weal yich‘ou) de paroles de mensonge

Qu’ils cessent de penser à des choses aussi futiles que l’air et d’en parler sans arrêt, comme : « Allons sacrifier ! » On trouve la même idée dans : « je veux toujours parler (weèch‘a) de tes lois » (Tehilim 119, 117) ; « tu seras proverbe et raillerie » (Devarim 28, 37), que le Targoum Onqelos rend par : welicho‘é (« risée » en araméen), tout comme il rend wayessapér (« il raconta », dans Beréchith 24, 66) par weichto‘i. Mais on ne peut pas dire que le mot comporte la même signification que dans : « Hachem se montra favorable (wayich‘a) à Hèvel et à son offrande… mais à Qayin et à son offrande Il ne fut pas favorable (lo cha‘a) (Beréchith 4, 4 et 5), et donc de rendre weal yich‘ou de notre verset par : « qu’ils ne se tournent pas ». Car il aurait alors fallu que le verbe fût suivi de la préposition èl (èl divrei chaqèr) ou du préfixe le (ledivrei chaqèr), et non de be (bedivrei chaqèr), comme c’est le cas ici. Cette forme syntaxique, nous la trouvons souvent, comme dans : « en ce jour-là, chacun se tournera (yich‘è) vers Son créateur (‘al ‘osséhou) » (Yecha’ya 17, 7) ; « il ne se tournera pas (welo yich‘è) vers les autels (èl hamizbe‘hoth) » (ibid. 8) ; « ils ne se sont pas tournés (welo cha‘ou) vers le Saint (‘al qedoch) d’Israël (Yecha’ya 31, 1), où l’on ne trouve pas, après le verbe, le préfixe be comme c’est le cas ici. En revanche, lorsqu’il s’agit de « parler », on emploie le préfixe be pour introduire ce ou celui dont on parle, comme dans : « ceux qui se parlent de toi (bekha) » (Ye‘hezqel 33, 30) ; « Miryam et Aharon ont médit de Mochè (beMochè) » (Bamidbar 12, 1) ; « l’ange qui parlait avec moi (bi) » (Zekhariya 4, 1) ; « en parlant d’elles (bam) » (Devarim 11, 19) ; « je veux parler de tes préceptes (ve‘édotèkha) » (Tehilim 119, 46), tout comme ici

Et qu’ils ne s’occupent pas de paroles de mensonge

Qu’ils ne soient pas toujours en train de parler de choses vaines et oiseuses

5,10
Les commissaires du peuple et ses surveillants sortirent et parlèrent ainsi au peuple: "Voici ce qu'a dit Pharaon: ‘Je ne vous donnerai plus de paille;
5,11
vous mêmes, allez, fournissez-vous de paille où vous pourrez en trouver, car il n'est rien diminué de votre besogne.’ "

Vous

Allez-y vite

Car il ne sera pas retranché une chose de votre service

Par rapport au nombre de briques que vous fabriquiez chaque jour, lorsque la paille vous était fournie, prête à servir, par la maison du roi

5,12
Et le peuple se répandit par tout le pays d'Égypte, pour ramasser du chaume en guise de paille.

Pour chaumer du chaume pour de la paille

Littéralement : « pour ramasser un ramassage », pour réunir la paille nécessaire à la glaise. Le mot qach évoque l’action de « réunir ». Et comme la paille tend à se disperser sous le vent et qu’il faut aller la ramasser, on l’appelle qach dans d’autres endroits

Le mot qach

Le mot qach évoque l’action de « réunir ». Et comme la paille tend à se disperser sous le vent et qu’il faut aller la ramasser, on l’appelle qach dans d’autres endroits

5,13
Les commissaires le harcelaient, disant: "Remplissez votre tâche jour par jour, comme lorsque la paille vous était livrée."

Harcelaient

Houspillaient

La chose du jour en son jour

Le compte de chaque jour, clôturez-le en son jour, comme vous le faisiez lorsque la paille était mise à votre disposition

5,14
On frappa les surveillants des enfants d'Israël que les commissaires de Pharaon leur avaient préposés, en disant: "Pourquoi n'avez -vous pas fait toute votre tâche en livrant les briques comme précédemment, ni hier ni aujourd'hui?"

Ils furent frappés

Les policiers de corvées étaient eux-mêmes des Hébreux et, par pitié pour leurs compagnons, ils ne les harcelaient pas. Lorsqu’ils remettaient les briques aux oppresseurs, qui étaient des Egyptiens, et qu’il en manquait dans les comptes, ceux-ci les frappayent pour les punir de n’avoir pas harcelé ceux qui les avaient confectionnées. C’est pourquoi les policiers de corvées mériteront plus tard de faire partie du Sanhèdrin et ils seront imprégnés d’une partie de l’esprit saint qui reposait sur Mochè. C’est ainsi qu’il est écrit (Bamidbar 11, 16) : « Hachem dit à Mochè : “Réunis-moi soixante-dix hommes entre les anciens d’Israël, que tu connais…” », de ceux dont « tu sais » le bien qu’ils ont fait en Egypte, « *… pour être des anciens du peuple et ses policiers (chotraw) » (Sifri Beha‘alothekha 92)

Les policiers des fils d’Israël que les oppresseurs de Pharaon ont placés sur eux

Pour être leurs chefs de corvées, « furent frappés… en disant : pourquoi… » Pourquoi étaient-ils frappés ? Parce que les oppresseurs disaient : « Pourquoi n’avez-vous terminé votre tâche ni hier ni aujourd’hui, selon la loi qui vous est imposée : de briqueter comme trois jours auparavant, c’est-à-dire avant-hier, lorsque la paille vous était fournie ? 

Ils furent frappés (wayoukou)

Ce verbe est au hof‘al [forme passive] : ils étaient frappés par d’autres, ce sont les oppresseurs qui les frappayent

5,15
Les surveillants des enfants d'Israël vinrent se plaindre à Pharaon en ces termes: "Pourquoi traites-tu ainsi tes serviteurs?
5,16
La paille, il n'en est pas fourni à tes serviteurs et pourtant on nous dit ‘Faites des briques!’ A présent tes serviteurs sont frappés et c'est ton peuple qui est coupable."

Et des briques

Les oppresseurs nous disent : « Faites-en autant que le compte précédent ! 

Et c’est une faute (‘hatath) de ton peuple

Si le mot ‘hatath avait été ponctué d’un pata‘h, j’aurais dit qu’il est à l’état construit : Cette chose est une faute de ton peuple. Mais du moment qu’il marqué d’un qamats, c’est qu’il est à la forme « absolue », et l’on doit le comprendre comme signifiant : « cette chose amène une faute sur ton peuple », comme si « ton peuple » était précédé du préfixe le (« à »). Autre exemple : « lorsqu’elles arrivèrent à Beith Lè’hèm » (Routh 1, 19), où le préfixe le est également omis devant le mot : « Beith Lè’hèm ». Et l’on trouve maints autres exemples identiques

5,17
Il répondit: "Vous êtes des gens désœuvrés, oui, désœuvrés! c'est pour cela que vous dites: ‘Allons sacrifier à l'Éternel.’
5,18
Et maintenant, allez au travail! La paille ne vous sera point donnée et vous fournirez la même quantité de briques."

La quantité (thokhèn) de briques

Le mot thokhèn signifie : « compte », comme dans : « l’argent compté (hamethoukan) » (II Melakhim 12, 12), le verset précédent spécifiant qu’ils « ont serré et compté l’argent »

5,19
Les surveillants des enfants d'Israël les traitèrent avec rigueur, en disant: "Vous ne ferez pas moins de briques que précédemment, jour par jour."

Les policiers des fils d’Israël les virent

Ils virent que leurs compagnons, qu’ils étaient chargés de harceler, étaient

*… Dans le mal – Dans

un état de détresse parce qu’ils avaient dû aggraver leurs corvées en disant : « Ne retranchez pas… 

5,20
Or, ils avaient rencontré Moïse et Aaron, debout devant eux, comme ils sortaient de chez Pharaon;

Ils atteignirent

Sujet sous-entendu : des gens parmi les enfants d’Israël. [Ils atteignirent

Mochè et Aharon.

Nos maîtres du midrach expliquent : Toutes les fois qu’il est écrit : nitsim [« se querellent », comme dans supra 2, 13] ou nitsavim [« debout », comme ici], c’est de Dathan et Aviram qu’il est question (Nedarim 64b), ainsi qu’il est écrit : « Dathan et Aviram sortirent debout (nitsavim), [dans le sens de : « fièrement »] » (Bamidbar 16, 27)

5,21
et ils leur avaient dit: "Que l'Éternel vous regarde et vous juge, vous qui nous avez mis en mauvaise odeur auprès de Pharaon et de ses serviteurs; vous qui avez mis le glaive dans leur main pour nous faire périr!"
5,22
Moïse retourna vers le Seigneur et dit: "Mon Dieu, pourquoi as-tu rendu ce peuple misérable? Dans quel but m'avais-tu donc envoyé?

Pourquoi as-tu fait du mal à ce peuple

Et si tu devais me demander en quoi cela t’importe, je me plaindrais alors de ce que tu as fait de moi ton messager (Chemoth raba)

5,23
Depuis que je me suis présenté à Pharaon pour parler en ton nom, le sort de ce peuple a empiré, bien loin que tu aies sauvé ton peuple!"

Il a fait du mal (héra’)

Ce verbe est au hif‘il : « il a aggravé le mal qui leur est fait ». Le Targoum Onqelos le rend par un haf‘él araméen [correspondant au hif‘il hébreu] : aveëch

6,1
L’Éternel dit à Moïse: "C'est à présent que tu seras témoin de ce que je veux faire à Pharaon. Forcé par une main puissante, il les laissera partir; d'une main puissante, lui-même les renverra de son pays."

Maintenant tu verras…

Tu as critiqué mes manières d’agir ! Tu n’es pas comme Avraham, à qui j’avais commmencé par dire : « C’est dans la descendance de Yits‘haq que l’on portera ton nom » (Beréchith 21, 12), pour lui dire ensuite : « Fais-le monter là en holocauste » (Beréchith 22, 2), et qui n’a émis aucune critique. C’est pourquoi « maintenant, tu verras » : tu verras ce qui va arriver « maintenant » à Pharaon, mais tu ne verras pas ce qui arrivera aux rois des sept nations lorsque je conduirai [Israël] sur sa terre (Sanhèdrin 111a)

Car avec une main forte il les renverra

A cause de Ma main puissante, qui se manifestera brutalement contre lui, il les renverra

Et avec une main forte il les chassera de son pays

Il chassera Israël contre leur propre volonté, sans qu’ils aient eu le temps de se fournir en provisions pour la route, ainsi qu’il est écrit : « L’Egypte se força sur le peuple pour se hâter de les renvoyer » (infra 12, 33)

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