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De Steeve à Shimon : Sous la 'Houppa

Mis en ligne le Mercredi 13 Septembre 2017

Steeve, juif de 18 ans, ne connaît pas de limite ! Il a tout pour réussir mais préfère passer son temps à enquiquiner les autres. Suite à un bouleversement dramatique et une rencontre improbable, son destin prend une nouvelle dimension totalement à l'opposé de ce qui était prévu. Steeve va devenir peu à peu Shimon.

Chaque mercredi, vous découvrirez cette histoire, inspirée d’une histoire vraie, belle, forte, et qui vous surprendra sur bien des points. Bonne lecture !


En attendant que ma future femme arrive, tous les membres de ma famille, belle-famille et moi-même, prenons place sous la ‘Houppa, le dais nuptial. Dès que j’entends résonner la mélodie qui annonce son arrivée imminente, j’ai envie de me pincer pour être sûr que je ne suis pas en train de rêver et que ce moment arrive pour de vrai. Car chaque soir, avant de m’endormir, je me suis projeté des centaines de fois vers cette journée. Je me voyais très bien prendre le micro et lui chanter, aux yeux de tous : “Haré At Mékoudéchèt Li” “Tu m’es consacré”. À force d’avoir écouté cette chanson en boucle, j’en connais les paroles par coeur.

Et c’est avec une vive émotion que je découvre Perla dans sa robe de mariée qui marche vers moi, en remontant l’allée. C’est seulement quand elle arrive à ma hauteur et qu’elle prend place à mes côtés, en me souriant, que je recommence à respirer. Je n’ai pas réalisé que je retenais tout ce temps ma respiration.

Je regarde celle qui va devenir ma femme dans quelques minutes, et je me sens l’homme le plus chanceux du monde, car ce n’est pas seulement pour sa beauté extérieure évidente que je l’épouse, mais aussi pour ses innombrables qualités.

Je me souviens très bien que, pas plus tard que ce matin, lorsque j’ai mis mon Talith pour Cha’harit (la prière du matin), en ce jour si important, je remerciais D.ieu pour tout ce qui m’arrivait. Cependant, je ne pouvais ignorer la pointe que je ressentais dans le coeur en repensant à David, mon ami parti il y a trois ans maintenant. Comme j’aurais aimé qu’il constate ce que je suis devenu, car si je reprends les choses dans l’ordre chronologique, c’est seulement à partir du moment où il m’a été enlevé brutalement, que ma vie a pris ce tournant à 360 degrés. Pas un jour ne passe sans que je ne récite le Kaddich pour sanctifier son nom.

Lors de ma Téfila, spécialement pendant la ‘Amida, entre deux paragraphes, j’avais sorti ma traditionnelle feuille sur laquelle je note, au fur et à mesure, les noms de ceux qui ont besoin d’une guérison, de Parnassa, ou de trouver leur Mazal. Ce matin-là, j’avais demandé à Hakadoch Baroukh Hou, dans Sa grandeur infinie, s’Il pouvait me donner un petit signe pour me rassurer que David allait bien. Et puis, pris par les évènements de la journée, j’avais complètement oublié ma demande formulée un peu plus tôt dans la journée. Heureusement que Dieu, Llui, n’oublie jamais rien…

La cérémonie se passa extraordinairement bien ! J’avais demandé à Elnathan et à quelques-uns de mes Rabbanim de la Yéchiva de participer activement à la cérémonie des Chéva’ Brakhot, qui est la deuxième étape du mariage. La première est celle ou j’ai passé l’alliance au doigt de ma fiancée devant deux témoins. (Note de l’auteur : de préférence, les témoins choisis doivent être Chomer Chabbath ! Enfin, quand j’écris de préférence… je me trompe, car il faut impérativement qu’ils soient Chomer Chabbath. Pour éviter tous soucis, dont celui de faire honte à quelqu’un en public, le rabbin s’occupe de valider le choix des mariés, avant la cérémonie.)

Puis, Rav Levy a commencé la lecture de la Kétouba (l’acte de mariage).

Au cours des préparatifs, pour ne pas que papa se sente mis à l’écart, je lui avais demandé plusieurs fois s’il voulait bien, lui aussi, en lire un passage. Chaque fois que j’abordais le sujet, il repoussait violemment ma requête, en me demandant de le laisser tranquille avec tous ces trucs de barbus ! J’avais même été jusqu’à photocopier certains passages pour qu’il s'entraîne à l’avance, mais il s’obstinait à refuser de me faire plaisir :

– Allez papa ! Rien qu’une chanson, je sais que tu la connais en plus.

– Ne recommence pas Steeve ! Tu ne vas pas encore me souler avec tes trucs en hébreu ! Fiche-moi la paix, et quand nous serons là-bas, aux premières loges, considère-moi comme un simple invité. Compris ?

On n’aurait pas pu faire plus clair ! Du coup, j’avais laissé tomber cette option. C’est pour ça que, lorsqu’il s’est avancé sur l’estrade, et que Rav Lévy lui a tendu le micro pour l’entendre réciter, d’un trait, la première bénédiction, juste avant l’étape du cassage de verre qui conclut le mariage, je n’aurais pas pu être plus fier et ému que ce moment ! Mon propre père, connu pour être réfractaire à tout ce qui touche de près ou de loin à la prière, à part au moment des fêtes de Roch Hachana et Kippour, s’est mis à chanter rien que pour nous ! Je devais admettre que, sur ce coup-là, il m’avait bien eu !

Pendant toute la durée de cette Brakha, je m’étais fait la réflexion qu’il fallait que je me rappelle de cet instant présent pour la suite de ma vie. Car, lorsque je rencontrerai sûrement par la suite des difficultés ou que je n’aurai plus d’espoir, je devrai me souvenir combien de miracles sont réalisés chaque seconde rien que par la volonté de l’homme ! Et papa en est la preuve vivante !

Juste après, je brisais le verre sous mes pieds, en souvenir de la destruction du Beth Hamikdach, du Temple de Jérusalem. Ce fut le signal pour entendre d’une seule et même voix tous les convives présents nous souhaiter Mazal Tov ! Nos familles se sont précipitées pour nous serrer très fort dans leur bras. Le moment mémorable, c’est lorsque ma grand-mère, qui avait beaucoup de mal à marcher à l’époque, a poussé tout le monde avec sa canne pour que ma grande soeur vienne prendre place sur le siège que Perla occupait quelques secondes plus tôt. Il paraîtrait que de s’y asseoir accélère la venue de son Mazal. J’entends encore hurler ma grand-mère à travers toute la ‘Houppa :

– BEVERLY ! BEVERLY ! VIENS IMMEDIATEMENT T’ASSEOIR ! JE VOUS PRÉVIENS, SI Y EN A UN QUI S’ASSEOIT AVANT ELLE, IL RECEVRA UN JOLI COUP DE CANNE ! BEVERLY, MA FILLE, OÙ TU ES ?

Je crois qu’au lieu d’être sur le siège, ma soeur était sous le siège, pour se cacher des autres invités, tellement elle avait honte d’avoir été affichée devant tout le monde. De notre côté, nous étions tous hilares face à la détermination de ma grand-mère (et de sa canne) de faire asseoir coûte que coûte Beverly !

Quelques minutes plus tard, Perla et moi étions prêts à distribuer des Brakhot à celui qui voulait nous en demander (c’est-à-dire à peu près les 200 invités). J’avais étudié que, le jour du mariage, les mariés étaient considérés comme des anges. En passant sous la ‘Houppa et en allant au Mikvé (bain rituel), c’est comme si le ‘Hatan et la Kalla sont lavés de toutes leurs fautes précédentes. Ainsi, les portes du ciel leur sont grandes ouvertes. Mais attention ! Question ‘Avérot (fautes), ce n’est pas la fête non plus, seules sont effacées celles qui ont été effectuées par inadvertance. N’allez pas me dire, ah c’est bon, je vais me marier et mon ardoise sera vide, ce n’est pas si simple ! Considérez juste que vous avez le droit à une carte Joker.

C’est pour cette raison que, malgré la fatigue de n’avoir rien mangé depuis la veille, il est bon de consacrer tout le temps nécessaire pour bénir chaque personne qui le souhaite.

Heureusement que mon Roch Yéchiva, qui est spécialisé dans les cours de la préparation au mariage, avait pris le temps de tout bien m’expliquer pendant plus de six semaines consécutives, car, sans son aide, il est évident que j’aurais été complètement perdu.

Et je commence avec Aviad, à qui je souhaite de toutes mes forces un aussi beau mariage que le mien, car le sien est dans moins de quinze jours. Nous avons accordé nos dates pour ne pas empiéter sur les festivités de l’autre.

(Note de l’auteur : Personnellement, si je peux me permettre de vous donner mon avis sur le sujet. En même temps, c’est moi l’auteur de cette histoire, donc je m’auto-autorise de vous le donner : Je trouve que les sept jours qui suivent le mariage sont un avant-goût du paradis ! Pas moins ! Cette semaine entière, où la Torah exige aux mariés de ne pas travailler, prolonge un maximum le Jour J lui-même, qui passe beaucoup trop vite ! Franchement, c’est tout simplement fantastique ! Tous les soirs, le ‘Hatan et la Kalla sont invités à dîner en grande pompe chez celui qui voudra bien les recevoir. Pendant toute cette semaine, Chabbath compris, ils sont considérés comme roi et reine. Pour avoir eu la chance d’avoir été invité tous les soirs, en mettant mes pieds sous la table, cette sensation est unique dans une vie entière ! Si vous avez dans votre encourage un couple qui prévoit de se marier, n’hésitez pas à les inviter chez vous, et prendre sur vous un soir, parce que, même si cela demande pas mal de boulot de votre côté, cela vaut vraiment le coup ! Je vous souhaite que, dans vos maisons, ne soit célébré que des joies comme celle-ci. Je continue notre histoire, et j’en profite pour vous remercier et remercier Torah-Box pour ce moment de lecture que l’on passe ensemble depuis quelques semaines.)

Au moment où le dernier convive me demandait de prier pour lui, afin qu’Hachem lui envoie son Mazal, j’ai senti derrière mon dos comme une présence…

Je fis volte-face pour savoir d’où cela pouvait venir, mais, en me retournant, je ne vis personne. J’en concluais que ce que j’avais senti n’était que le fruit de mon imagination, et qu’en réalité, cela devait être un simple courant d’air. Je proposais à Perla de nous réfugier dans la petite pièce attenante à la salle, pour que nous mangions un petit quelque chose avant que je ne me mette à voir des éléphants roses nous escorter.

Soudain, en redescendant de l’estrade, et parmi nos invités qui se sont tous mis à chanter le traditionnel « Mazal Tov Vésimane Tov », en passant devant tous mes amis qui tapaient des mains… je ne pouvais tout simplement pas le croire, car je vis un ami que je n’avais pas vu depuis un très long moment… depuis l’accident en fait. Mickaël était là !

Lui aussi était dans la voiture avec David et moi. Lui s’en était sorti indemne, et moi, comme vous le savez, j’étais resté des semaines en fauteuil roulant. Depuis, j’avais refusé de le revoir, car je le tenais en partie pour responsable, mais aujourd’hui, avec le recul, je me rends compte que je pensais n’importe quoi.

Je m’avance vers lui, ne cherchant pas à savoir comment il avait su que c’était mon mariage aujourd’hui, je le serre dans mes bras, et lui dis simplement que je suis content de le revoir et qu’il a bien fait de venir. C’est là qu’il me répond :

– Mazal Tov frérot, fier de toi !

Il hésite, puis rajoute :

– Je suis sûr que David le serait tout autant !

A ces mots, j’ai compris que, quelque part, à travers Mickaël, Hachem avait répondu à ma prière du matin.

Je rentrais dans la pièce un peu sonné, et Perla me demandait, inquiète, si j’allais bien :

– Oui, ma chérie, ne t’inquiète pas, je vais très bien ! Je n’aurais simplement jamais espéré que ce jour arriverait.

Je ne peux m’empêcher de me dire que RIEN n’est comparable à la sensation de pouvoir être avec sa femme, quand on a attendu aussi longtemps afin que tout soit fait de la façon la plus Cachère possible. Chaque geste, chaque regard, chaque mouvement est un cadeau rare et précieux, car ils sont inscrits dans le temps qu’Hachem Lui-même a défini pour nous. Je commence à comprendre la dimension de toute cette intensité que j’ai tant étudié lors des cours de la préparation au mariage.

Au bout de quelques minutes, ma femme (cela me fait tout drôle d’appeler Perla, en ces termes !) et moi regagnons la fête, qui n’attend plus que nous pour commencer.

Et tout se passe très bien et… très vite ! Ma famille et mes amis ne feront que danser jusqu’à pas d’heure, et c’est avec un grand bonheur que cette journée riche en émotions touche à sa fin. C’est exténués, mais comblés, que ma femme et moi disions au revoir à tout le monde, pour mieux les retrouver le lendemain soir chez mon oncle et ma tante qui ont prévu de nous recevoir depuis des semaines.

Ce que je n’avais pas prévu, c’est que ce dîner qui prolonge le mariage, un peu comme une parenthèse au bonheur avant de commencer une nouvelle vie de jeunes mariés, apporte son lot de surprises…

À suivre mercredi prochain…

Déborah MALKA-COHEN - © Torah-Box
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