Nous savons tous que la avoda principale de Roch Hachana est d’être mamlikh Hachem (de Le couronner, d’accepter Sa royauté). Qu’est-ce que cela signifie ? On peut expliquer qu’il s’agit de reconnaitre qu’Il est tout puissant et dirige le monde de façon absolue.

Il existe un autre aspect dans le fait d’être mamlikh Hachem. Le Gaon de Vilna et le Malbim remarquent que pour les non-juifs, Hachem est appelé « Mochel », tandis que pour les Juifs, Il est appelé « Melekh ». Un mochel est un dictateur qui a un pouvoir absolu, mais qui n’est pas aimé de ses sujets, parce qu’ils ne le considèrent pas comme une personne bienveillante. Les goyim estiment qu’Hachem est un puissant souverain, mais ils préfèrent qu’Il reste en dehors de leurs vies.

En revanche, un melekh est un chef que l’on accepte avec amour sur soi, car on le reconnait comme la source de tous les bienfaits – le peuple juif est censé avoir cette attitude vis-à-vis de la royauté d’Hachem. Pour être mamlikh Hachem correctement, il faut reconnaitre que Lui, et Lui seul, est la source de vérité et de joie. À l’inverse, nous avons l’interdiction de servir d’autres divinités. Cela ne se limite pas à l’idolâtrie, mais il nous faut reconnaitre qu’il n’existe aucune autre source de bien-être qu’Hachem.

Si une personne croit qu’autre chose dans sa vie influe sur son bonheur, alors elle transgresse l’interdit de suivre d’autres dieux. Il existe plusieurs facteurs auxquels on peut attribuer notre bien-être – l’argent, le plaisir physique, les conquêtes matérielles, l’honneur, ou encore nous-mêmes [1]. L’individu peut prétendre croire en D., mais s’il agit d’une façon qui montre que l’un de ces éléments lui procure une quelconque joie, il ne peut pas réellement faire d’Hachem son Roi. [2]

Plus nous reconnaissons que l’accomplissement du ratson Hachem est l’unique clé de la réussite, plus notre chemirat hamitsvot (accomplissement des mitsvot) sera de qualité, tant pour les mitsvot « positives » (obligations) que « négatives » (interdictions). Concernant les interdictions (lavim), mon rav, le rav Its’hak Berkovits chlita explique que le chorech (la source) de plusieurs avérot est le fait de croire en l’existence de moyens autres que le respect de la Thora pour réussir dans la vie. Par exemple, quelqu’un peut avoir une opportunité de gagner de l’argent en faisant quelque chose d’incorrect, selon la halakha. Sa décision finale de commettre la avéra ou non dépendra certainement de sa émouna – s’il croit vraiment qu’Hachem est l’unique source de bien, alors il évitera de faire ce qu’Hachem lui dit de ne pas faire.

Mais si, en son for intérieur, il estime qu’il existe un autre moyen, outre la chemirat hamitsvot, par lequel il est possible de réussir (comme la triche dans le domaine financier), il succombera certainement à la tentation. Autre exemple : une personne placée dans une situation où elle peut dire du lachon hara. Si elle réalise clairement qu’en fin de compte, une telle action ne peut que lui porter préjudice, elle ne la fera pas. Mais si, dans le feu de l’action, elle pense que le fait de raconter cette médisance lui procurera du plaisir, elle le fera. Bien entendu, elle ne prend pas cela en considération délibérément, mais au fond, c’est probablement le raisonnement qu’elle fait avant de fauter. Plus on est mamlikh Hachem, c’est-à-dire que l’on reconnait qu’Il est l’UNIQUE source de joie, plus on sera en mesure d’éviter de commettre des avérot, parce que l’on aura réalisé que de telles actions ne procureront pas - tout compte fait - de réelle joie.

Le même concept s’applique à l’accomplissement des mitsvot positives. Le rav ‘Haïm Chmoulewitz zatsal [3] rapporte la guemara [4] qui affirme qu’il n’y a pas de récompense pour l’accomplissement des mitsvot dans le Olam Hazé. Pourtant, ‘Hazal nous enseignent que les réchaïm sont récompensés pour leurs bonnes actions dans le Olam Hazé – comment peuvent-ils être suffisamment récompensés par des plaisirs matériels ? Il répond que le salaire que l’on reçoit pour une mitsva n’est pas plus important que la valeur que l’on donne à cette mitsva. Ainsi, un racha, qui considère les plaisirs physiques comme sa source de satisfaction, sera récompensé par leur biais pour ses mitsvot.

Quand la guemara dit qu’il n’y a pas de récompense dans ce monde, cela signifie qu’une mitsva accomplie par une personne qui prend plaisir à la spiritualité ne peut être récompensée par les plaisirs éphémères de ce monde.

À présent, nous comprenons mieux l’importance de reconnaitre à Roch Hachana qu’Hachem est l’unique source de véritable joie. Ce jour-là, nous sommes jugés sur la quantité de mitsvot accomplies et sur le nombre de avérot commises. Or, le Rambam dans Hilkhot Techouva [5] écrit que chaque mitsva détient une force différente  basée sur un certain nombre de facteurs, le principal étant la motivation cachée derrière la mitsva. Si les aspirations de la personne visent en majeure partie les plaisirs de ce monde ci, alors cela affectera certainement sa chemirat hamitsvot. Elle s’abstiendra parfois d’accomplir une mitsva pour satisfaire ses désirs. Rav Chmoulewitz donne l’exemple d’un ben Thora qui cesse d’étudier pour gagner de l’argent. Il atteste que la mitsva d’étudier la Thora vaut moins que la somme qu’il pourrait gagner. Ainsi, même quand il accomplit une mitsva, cette dernière est tachée par son attitude sous-jacente – estimer qu’elle revêt moins d’importance que d’autres formes de plaisir tels que l’argent.

La conséquence alarmante de ce comportement est que la récompense qu’il recevra pour ces mitsvot ne dépassera pas l’importance qu’il donnait à la mitsva. Ainsi, plus nous réalisons que seul Hachem est la source unique de bonheur et que le fait d’accomplir Son ratson est la seule façon de réussir dans la vie, plus nos chances de sortir méritants du din de Roch Hachana sont grandes.

Nous passons la majeure partie de la fête de Roch Hachana à prier – ces tefilot mettent l’accent, à plusieurs reprises, sur la royauté d’Hachem. Alors que nous répétons si souvent ces mots pendant la journée, souvenons-nous de leur signification : Hachem est un Roi aimant, Qui est la source de tout bien. Si nous sommes capables d’intérioriser cela, alors nous pourrons sortir méritants de Roch Hachana.

Ketiva Ve’Hatima Tova.



[1] L’adulation de soi-même se retrouve  parfaitement dans la phrase : « Ma force et ma puissance sont les éléments qui me permirent de réussir dans la vie, et non Hachem ».

[2] Ce raisonnement est basé sur ceux de mon rav, le rav Its’hak Berkovits chlita.

[3] Si’hot Moussar, Maamar 94, p. 402.

[4] Kiddouchin 39b.

[5] Hilkhot Techouva, Ch. 3.