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Har-Nof : les terroristes ont crié "C'est Daech !"

Mis en ligne le Lundi 15 Octobre 2018

Les terroristes se sont écriés : "C'est Daech !". Six mois après l'attentat d'Har Nof, un rescapé, Rabbi Eytan Mou'alem revient dans la synagogue.

Le 24 Mar ’Hechvan dernier, les cieux se sont soudain violemment assombris. En un instant, ont basculé les vies de dix familles, de centaines de membres d’une même communauté, de milliers de résidents du quartier d’Har Nof à Jérusalem, et de tous les habitants de la Terre d'Israël, qui ont été horrifiés d'entendre l’annonce du terrible assassinat de 5 personnes saintes, qui avait eu lieu dans la matinée en la synagogue de la congrégation Bné Torah. Cette attaque perpétrée par des Arabes nous a tous renvoyés des centaines d'années en arrière, dans ces périodes sombres. Nous n’avions pas rencontré une telle cruauté depuis très longtemps. Cette tuerie restera à jamais gravée dans nos cœurs, et avant tout dans les cœurs des familles de victimes et de blessés qui ressentent encore aujourd’hui dans leur chair les conséquences terribles de cette amère journée.

Six mois sont passés depuis cet effroyable attentat. Six mois de souffrances, de lutte, et d’immense douleur pour les familles et les survivants. Le cœur, qui a théoriquement le pouvoir de tout supporter, n’a pas encore digéré les terribles atrocités qui se sont abattues sur nous ce jour-là. Nos yeux n’ont pas encore séché leurs larmes. Nous nous lamentons encore de ce deuil et de cette affliction dans nos prières pour l’élévation de l'âme et le rétablissement des victimes. L'année de deuil ne se fait pas seulement sentir dans les maisons de ces martyres, elle est présente dans les Baté Midrachim (centres d'étude de la Torah) de la communauté meurtrie, et plus largement dans les cœurs des Juifs partout dans le monde.

Le peuple juif a enterré cinq martyrs le jour de ce terrible attentat : quatre Juifs morts en Kiddouch Hachem (sanctification du nom divin) et un Juste des nations, tous gravés dans notre mémoire à jamais. Ce n'est pas rien que de mourir pour la sanctification du Nom divin. Aujourd'hui, nos saints martyrs jouissent de la protection de la Présence divine, et leur souvenir restera à jamais présent.

Un tison a été retiré du feu. De lui on ne se souvient pas. Lui-même n'a qu'un seul souvenir, angoissant, de cette journée : celui d'avoir senti sa chair découpée et son crâne fendu par une hache et un couteau de boucher. Sa pierre tombale, ce sont ses cicatrices. Son monument, c'est sa vie qui lui a fait don d'un miracle extraordinaire, afin qu'il puisse être là aujourd'hui, dans ce monde terrestre, et raconter. Raconter ce que ces yeux ont vu, ses idées horribles qui n'appartiennent qu'à lui, raconter qui était là, qui a été touché, qui a été blessé et dans un état critique, qui a été opéré huit fois et est resté entre le ciel et la Terre, ceux qui ont prononcé son nom jour et nuit, et ceux dont l'identité n'est plus que leur prénom et celui de leur mère.

Cet homme, c’est Eytan ben Sarah. L'homme derrière ce nom porte en son cœur le grand miracle dont il a joui. Il demande de le faire connaitre à tous ceux qui ont eu le mérite de prier pour sa guérison.

Nous nous sommes assis avec Rabbi Eytan Mou'alem, rescapé de cet horrible attentat, pour une longue discussion qui nous a apporté plus d'espoir que de larmes et plus de Emouna que de récriminations.

Il serait souhaitable que cette interview exclusive soit lue aussi par les officiers de police et les cadres des services secrets israéliens, en raison des révélations que fait Eytan ben Sarah. Il est le seul témoin à avoir tout vu et à pouvoir témoigner. Ses révélations viennent bouleverser ce qu'on connait de l'attentat et relatent une histoire tout à fait divergente, avec des acteurs complètement différents, et une description beaucoup plus effrayante.

En fait, je connais Rabbi Eytan Mou'alem depuis fort longtemps. Sa réputation d'homme de Torah et de pédagogue n'est plus à faire ; il est très connu notamment parmi les habitants de Har Nof, tout au moins physiquement. Son nom est associé à de nombreux actes de 'Hessed (bienfaisance), comme l'est celui de ses parents et de toute sa famille. Ces actes illuminent et couronnent son visage rayonnant et saint. Sa silhouette altière, appuyée sur une béquille, évolue de nouveau dans le quartier, et c'est très naturellement qu'il a accepté de partager avec nous une discussion de Moussar (éthique juive). Un échange sur la vie après la mort, avec un homme qui sent dans son corps la "main" de D.ieu.

Cette interview, qui a eu lieu à son domicile donnant sur le lieu de l'attentat, n'a pas été facile. Rabbi Eytan Mou'alem souffre énormément de douleurs à la fois mentales et physiques. Les plaies, rouvertes par l'interview, ont saigné des larmes de tristesse et de joie, de douleur et de gratitude. Pendant la conversation, son fils est entré dans la pièce. C'est lui qui fut le responsable de la maison et de la famille au cours de la longue hospitalisation de son père ; il a été en permanence entre l'hôpital Hadassa et Har Nof. Le témoignage de son fils, publié ici pour la première fois, jette une lumière nouvelle sur la grande épreuve qu'ont traversée son père et sa famille jusqu'à aujourd'hui.

J'ai gravi les dix étages pour arriver dans une maison entièrement occupée à remercier avec révérence le Créateur du monde. J'y ai entendu toutes les paroles de louanges et de remerciements pour avoir mérité de voir la lumière parmi les ténèbres. La porte est encore ornée de pages colorées pleines de louanges à D.ieu et de messages de bienvenue adressés au père de famille. Voilà l’ambiance qui m'a accueilli pour commencer l'interview.

J'ai frappé très légèrement à la porte et je suis entré. Rabbi Eytan Mou'alem était déjà assis dans son fauteuil, son aide à ses cotés – le seul "cadeau" du Bitoua'h Léoumi à ce jour.

« Mes enfants sont contre ces interview, commença-t-il, le visage serein. Ils me disent : pourquoi cela Papa ? As-tu besoin de publicité ?

- Et que leur répondez-vous ? ai-je demandé.

- Qu'ils ont raison », avoua-t-il très honnêtement, avec un sourire.

Un long travail de rééducation

Tout au long de notre entrevue, Rabbi Eytan Mou'alem va être partagé entre sa volonté de raconter le miracle qu'il a eu le mérite de vivre et le souhait bien compréhensif de sa maisonnée de retrouver l'anonymat dont ils n'ont plus joui ces six derniers mois. Mission difficile, voire impossible. Il veut raconter, il est "obligé" de raconter, les miracles et les merveilles dont il a été témoin, les difficultés et la bureaucratie tatillonne des diverses instances de protection sociale.

Petit à petit les barrages se sont levés, les blocages se sont assouplis et la source s'est mise à couler. Les mots décrivent le voyage sombre et effrayant de celui qui demande juste à se rétablir et à reprendre sa routine. Il a fait face à plusieurs reprises à l'insensibilité déchirante de la sécurité sociale et des organismes chargés de l'assistance et de l'aide aux handicapés. Il a besoin d'un soutien physique et psychologique tandis qu'eux exigent l'arrêt de son accompagnant, qui est la seule ressource qui lui reste. Je suis ravi qu'il me présente les documents. La rue israélienne est persuadée qu'un blessé lors d'un attentat a le droit à une aide économique significative. Or à la lecture des pages de commentaires médicaux, je vois qu’il n’en est rien.Des milliers (!) de pages numérisées et étiquetées avec soin racontent l'histoire d'un homme humble, meurtri, luttant seul contre l'organisme omnipotent qui attribue des subventions. « Mon seul espoir est que le nouveau ministre rafraichisse les procédures », dit Rabbi Eytan, qui est toujours celui qui soutient la famille encore écrasée sous le lourd fardeau financier qui leur est imposé, non pas par des dépenses excessives dues à des vacances en famille dans les Caraïbes, mais à cause d'un coup de couteau porté par un maudit terroriste.

Le temps de l'homme qui se tient devant moi est précieux. Depuis son retour chez lui, il essaie de compléter sa période de vie spirituelle interrompue à son sommet. Le peu de temps qu'il lui reste à la maison, loin des appareils de physiothérapie épuisants, il les consacre à sa spiritualité, à "compléter les lacunes" comme il le dit lui-même.Cette lourde et si pénible réadaptation quotidienne et toutes ces difficultés administratives ont éclipsé les histoires de Secours et de Providence divine qu’il raconte avec des mots passionnés.

J’ai demandé à Rabbi Eytan de se concentrer sur le passé et de raconter l’attaque et les scènes terribles qui ont suivi. Il a fermé les yeux, on voyait que c’était très difficile pour lui de retrouver ces moments de traumatisme quand la mort a plané au-dessus de lui et a pesé sur sa tête. Pourtant, il a refusé de capituler ; il veut raconter ! Ce qui va ressortir de sa description est alertant sur notre sécurité personnelle en tant que citoyens de l'Etat d'Israël. « J’étais au milieu de la ‘Amida, commence-t-il, quand soudain j’ai entendu un coup de feu suivi d’un ordre crié en hébreu "Ne bougez pas !"

- En hébreu ?

- Oui en hébreu », confirme-t-il.

J’ai accepté cette épreuve avec amour

A ce stade de la discussion, il nous délivre déjà un scoop. Après l'entrevue, j’ai demandé à vérifier ses dires avec les autorités compétentes, mais tous ont exprimé leur incrédulité de la chose. Tous, y compris la femme de Rabbi Eytan qui entendait ces propos pour la première fois, et qui a dit qu’elle chercherait à clarifier les choses plus tard, et qu’il fallait pour l’instant prendre les choses sous couvert de vérification ultérieure.

Ont-ils dit autre chose ?

Rabbi Eytan ouvre ses yeux et hoche la tête : « Oui, ils ont dit : "C’est DAECH !" »

Vous rendez-vous compte de ce que vous dites ?Etes-vous conscients des conséquences qui peuvent survenir s’il est prouvé que DAECH a été impliqué dans un attentat en Israël ?

Rabbi Eytan reste imperturbable : « Vous devriez savoir que la police ne m'a jamais interrogé ni posé aucune question ; s’ils avaient demandé, ils en sauraient plus ». J’accuse le coup pendant un bon moment et lui demande de continuer à parler de l’attentat, mais même ici, dans les paroles qui vont suivre, vont se révéler d'autres points jusqu'alors méconnus des médias, et peut-être même des autorités compétentes.

« Après les coups de feu, j'ai ouvert les yeux et tout à côté de moi se tenaient trois terroristes arabes. Dans les mains du premier se trouvait un fusil armé, le second avait un couteau dentelé. » A ce moment là, j'ai à nouveau demandé à Rabbi Eytan des précisions sur ses propos, car selon tous les témoignages et toutes les photos, il n'y avait que deux terroristes et un couperet de boucher tranchant, non pas un couteau dentelé.

Vous êtes certain qu'il s'agissait d'un couteau dentelé ?

« Je suis formel. » Et il mime avec ses dents les zigzags de la lame de haut en bas.

Mais il a été dit qu'ils n'étaient que deux…

« Ils étaient trois, j'en suis sûr. L'un avec un revolver, le second avec un couteau dentelé et le troisième avec la célèbre hache qui apparait sur les photos ».

Et ensuite, que s'est-il passé ?

« Les trois terroristes sont passés sur ma droite et celui qui tenait le pistolet m'a visé et a tiré sur moi. En un éclair j'ai empoigné la chaise à côté de moi et la balle m'est passée par dessus. Au même moment, j'ai ressenti un terrible coup de hache en haut de l'épaule et de la nuque, puis je suis tombé au sol dans une mare de sang. Je me suis retenu de toutes mes forces pour ne pas crier et pour simuler que j'étais mort, en espérant qu'ils me laisseraient tranquilles. Mais soudain, j'ai reçu un autre coup qui a coupé la paume de ma main gauche et j'ai poussé un terrible cri de douleur. Un cri terrible. Je me suis effondré à nouveau et ai perdu connaissance. »

A quoi pense-t-on dans des moments pareils ? A la famille ? A soi-même ? Votre vie s'est-elle déroulée devant vos yeux ?

« A rien. A rien du tout. Je comprends juste qu'apparemment ça tourne mal et que la mort est une question de secondes. Je prends tout sur moi avec amour et me dit que se doit être un attentat, et que par conséquent, on ne peut y échapper. Je me répète simplement encore et encore qu'il n'y a pas à désespérer car tout cela vient d'En haut.

Peu le savent, mais Rabbi Eytan Mou'alem va être considéré comme mort par les équipes de sauvetage arrivées sur les lieux. Les hommes de ZAKA ont expressément signalé cinq victimes sur le site (avant que le policier Zidane Sayeff, ce Juste des Nations, ne soit assassiné) et ont presque mis son corps dans le sac en plastique noir réservé aux personnes décédées. Mais au dernier moment, ils ont détecté un souffle de respiration. Rabbi Eytan a été transporté d'urgence à l'hôpital pendant que les lieux étaient encore sous haute tension car les terroristes tiraient dans toutes les directions. Mais ces quelques heures écoulées entre la sortie de la synagogue et son transport en ambulance, sa famille n'est pas prête de les oublier.

Quand les blessés sont sortis, ils ont tous crié "Voilà Papa !"

Comme dit, les fenêtres de son appartement donnent directement sur le lieu de l'attentat. Sa femme et ses enfants regardaient ce qui se passait après avoir entendu les coups de feu et l'annonce du drame. Ils ont été horrifiés de voir leur père sur une civière baignée de sang.

« Pendant longtemps, je priais avec mon père à chaque lever de soleil avec le Minyan du matin à la synagogue Ye'havé Da'at adjacente, commence le fils de Rabbi Eytan. La nuit avant l'attaque, j'étais hors de la maison et j'attendais le bus qui tardait à venir. Soudain, je reçois un appel de mon père qui s'inquiétait pour moi et qui m'a dit qu'il y avait des ralentissements et des grèves à Egged parce qu'un conducteur s'était suicidé. Il s'est enquit de moi et m'a dit de faire en sorte de rentrer chez moi par d'autres moyens. Le temps que je rentre enfin, il était véritablement tard et nous sommes allés nous coucher très tard. Le lendemain, je ne me suis pas réveillé à temps pour aller prier au lever du soleil et Papa est allé prier dans la synagogue voisine où l'attaque a eu lieu. Je ne sais pas pourquoi, mais cette préoccupation de mon père la nuit précédente et la raison pour laquelle nous nous sommes réveillés tard restent profondément gravées dans mon cœur. J'ai ressenti que Papa prenait tellement soin de moi… C'est fondamentalement ce que je ressentais quand je pensais que Papa n'était peut-être plus en vie. Lorsque nous avons entendu les coups de feu, nous avons tous couru à la fenêtre. Il ne faisait aucun doute dans mon esprit que mon père venait d'être tué. Quand ils ont commencé à évacuer les blessés, nous avons tous criés par la fenêtre : "Voilà Papa !". Et nous avons dévalé les escaliers, Maman et moi, sans y réfléchir à deux fois, sans même nous en rendre compte. La police et les forces de sécurité nous ont empêchés d'approcher par crainte d'irruption d'un autre terroriste et nous avons dû rentrer à la maison vraiment à bout de souffle. J'ai appelé tous les hôpitaux, je voulais juste savoir si Papa était arrivé à l'hôpital et pas ailleurs. »

Les explications que donne le fils sont telles que l'on dirait que tout s'est passé aujourd'hui. Le temps, ce grand pouvoir de guérison des fractures et des contusions, ne peut rien contre l'expérience et les sentiments d'un enfant qui voit son père à moitié mort devant ses yeux, et n'a pas le droit de savoir s'il est encore vivant.

J'ai voulu en savoir plus sur la gravité des blessures et comment il a été attaqué. Rabbi Eytan me montre alors les cicatrices sur son bras et les traces impressionnantes sur le dessus de sa tête, témoins silencieux d'un terrible massacre effectué avec de simples ustensiles de cuisine. « En fait, la paume de ma main gauche a été amputée complètement. Les restes de peau sont ceux qui ont été greffés depuis mon bras, et grâce à la vitesse à laquelle je suis arrivé à l'hôpital par la grâce du Ciel, les médecins ont pu sauver ma main. Mon crâne était complètement ouvert et j'ai dû subir une opération chirurgicale pour enlever la partie mutilée. Ils ont envoyé une partie à un laboratoire pour être nettoyée et aseptisée et remise en place seulement plus tard. En dehors de cela, j'ai reçu un énorme coup de hache à l'épaule gauche, qui a causé de nombreuses fractures qui vont guérir plus tard avec l'aide de D.ieu. »

Mes yeux étaient baignés de larmes en entendant ces explications et en voyant ces plaies terribles qui apparaissent sur le corps de l'homme ainsi miraculeusement rescapé de l'attentat et assis à mes côtés.Le cœur a du mal à réaliser que celui qui me parle maintenant a non seulement été défini comme mortellement blessé, mais a survécu à la Faveur divine et est revenu à la vie normale.

Papa a été sauvé par le mérite des prières et par sa dévotion

A la famille venue lui rendre visite à l'hôpital, les médecins ont tout de suite précisé que les chances du père de survivre à ses coups mortels étaient minces, et que les 72 premières heures étaient essentielles dans la détermination des résultats de survie, s'il survivait…

« Pendant ces trois jours, nous sommes restés assis dans la salle tout le temps derrière la porte de réanimation, dit le fils. Nous ne mangions presque pas, buvions à peine, nous attendions l'échéance de ces premiers jours et que notre père soit admis en hospitalisation normale. Nous avons déchiré le Ciel par nos prières, nous sommes engagés à faire plus de Mitsvot, nous avons vraiment remué le Ciel et la terre. Dans le même temps, j'ai demandé à tous mes amis et connaissances de tout quitter et de se consacrer uniquement à la prière, tout en s'engageant à faire plus de Mitsvot en faveur de mon père. Je ne doute pas que c'est seulement grâce à ces prières et au dévouement de tout Israël qui a prié pour mon père, même sans le savoir, que nous avons mérité ce retournement de situation qui est considéré jusqu'à présent comme un miracle médical. » C'est ainsi que le fils conclut son passionnant monologue, en essuyant ses larmes, des larmes que seulement maintenant, six mois plus tard, il se sent autorisé à verser, et qui le libèrent enfin.

Au cours de la première période d'hospitalisation, la chambre de Rabbi Eytan a été envahie de visiteurs venus du monde entier. « Je recevais la visite de membres du gouvernement français et de candidats à la présidence des États-Unis. Tout le monde voulait savoir comment je me sentais physiquement et ce que je ressentais. Je me souviens que la réponse que j'ai faite à un leader français m'a moi aussi surprise quelques jours plus tard. Je lui ai dit alors que nous étions attaqués non pas parce que nous étions des «occupants» ou parce que nous vivions en Israël. Les Juifs sont persécutés dans le monde entier par les musulmans, simplement parce qu'ils sont juifs. Aucun autre facteur ne l'explique si ce n'est notre identité. J’ai écouté la traduction de l'interprète et j’ai hoché la tête. Quelques jours plus tard, il y avait le terrible attentat qui a tué des Juifs en France au supermarché Cachère, simplement parce qu'ils étaient Juifs. Même moi, j'en ai été choqué », explique Rabbi Eytan.

Les visites incessantes à l'hôpital ont surpris l'équipe de soins. Des délégations de Juifs compatissants venus rendre visite et encourager l'homme blessé et sa famille sans même les connaître étaient monnaie courante. Tout le monde voulait les renforcer, les encourager et partager la détresse de leur frère. Le grand tournant, selon Rabbi Eytan, est intervenu avec la visite du membre du Conseil des Sages de la Torah, Rabbi David Yossef. « Rabbi David était auprès de moi. J'étais sous sédatif et sous respirateur, relié par un tube à une machinerie lourde. Il m'a béni avec des larmes et a souhaité que je me rétablisse bientôt et que je quitte l'hôpital. A ce stade, un peu ému, le Rav s'est tourné vers moi et a élevé sa voix pour me poser la question : "Est-ce que tu t'engages ici, avec l'aide de D.ieu, si tu te rétablis et que tu quittes l'hôpital, à faire une grande Sé'oudat Hodaya (repas d'actions de grâces envers D.ieu) ?" Miraculeusement, Rav David a témoigné que, après un moment, j'ai hoché la tête en signe d'acceptation. Quand je suis sorti, le rabbin a prononcé un sermon le Chabbath dans la synagogue Yé'havé Da'at, où il a annoncé à tout le monde ce qui s'était passé. J'ai été très heureux d'entendre ce qu'il avait dit et immédiatement après le Chabbath, j'ai dit à ma famille que je voulais faire une grande fête d'action de grâces. »

Il est presque impossible d'oublier les préparatifs fiévreux de cette Sé'oudat Mitsva, dont l'organisation occupe toute la famille, y compris Rabbi Eytan lui-même, qui étudie un traité de Guémara afin d'en célébrer le terme comme il se doit lors de cette Sé'oudat Mitsva. Son fils, qui est présent à l'interview, souhaite intervenir au sujet de ce repas d'action de grâces. « Je dois terminer le petit film que nous avons préparé et déterminer la liste des invités qui prendront la parole. Je dois d'abord fixer les horaires d'intervention qui conviennent le mieux au Grand-Rabbin, Rav Its'hak Yossef, qui m'a assuré de sa présence effective, et au Gaon Rabbi David Yossef, et régler les derniers détails », dit-il en présentant ses excuses et en se dirigeant vers la porte de la maison.

Lorsque j'ai visionné le petit film de présentation, j'en ai pleuré d'émotion. On y voit une photo de Rabbi Eytan alors qu'il gisait sur son lit d'hôpital, le visage caché par de nombreux dispositifs médicaux ; seule sa barbe permet de le situer. Son fils bien-aimé, recouvrant son père couché d'un Tsitsit en laine neuf, plus grand et plus long que la norme, et qui étreint chaleureusement son père. « Papa a toujours été pointilleux dans le respect du commandement de Tsitsit qu'il choisit exclusivement en laine. Les médecins n'ont pas autorisé qu'il porte un Talith Katan, mais Maman a insisté pour que je lui achète un Tsitsit et qu'il en soit recouvert jusqu'à ce qu'il puisse s'en vêtir selon les règles religieuses. » Voilà ce qu'est la véritable dévotion !

Grand-Père venait lire Téhilim – Et il ne mangeait rien

Veille de Pessa'h dernier, la famille Mou'alem a été durement frappée à nouveau, avec le décès soudain du grand-père. « Mon grand-père était un homme juste et craignant D.ieu. Cette même année, accuser ainsi ces deux terribles coups, les terribles blessures de Papa et le décès de Grand-père, a été quelque chose d'inimaginable », dit le fils de Rabbi Eytan avant de sortir. Evoquer la disparition de son père fait fondre en larmes Rabbi Eytan, qui raconte la figure remarquable d'un père qui se souciait de son fils sans relâche.

« Pendant tous mes jours d'hospitalisation, tous et chacun sans aucune exception, Papa venait me voir à l'hôpital malgré son grand âge. Il arrivait tôt le matin et ne rentrait chez lui qu'à la nuit tombée. Et pendant tout ce temps, il restait assis à côté de moi et récitait les Téhilim (les Psaumes). Je ne sais pas s'il avait fait un Nédèr (un serment) ou s'il se l'était juste promis à lui-même, mais il n'a rien mangé pendant tous ces jours où il restait ainsi à mes côtés. C'est à peine s'il buvait un peu d'eau.Il restait juste assis à côté de moi avec une humilité et une simplicité remarquables, et a terminé le livre des Psaumes à plusieurs reprises. Je me souviens d'une fois où Maman le pria de manger et de boire ; Papa lui a dit qu'il le ferait quand je pourrais me lever. » Voilà une partie des histoires de son père, que je connaissais personnellement, que m'a raconté Rabbi Eytan, les yeux pleins de larmes et frissonnant d'émotion. Que sa mémoire soit bénie.

Avant de prendre congé de Rabbi Eytan, je lui demande s'il a un message à faire passer à mes lecteurs. « Regardez, d'ici quelques jours aura lieu ce grand repas d'actions de grâce que nous préparons. Je demande à toute personne qui me connaisse et à toute personne qui a prié pour mon rétablissement de venir y participer et prendre ainsi part à ce grand remerciement envers le Créateur qui m'a laissé la vie et m'a permis de retrouver ma vie de famille. Ce repas devrait se tenir selon toute vraisemblance dans le Beth Hamidrach Yé'havé Da'at du Rav David Yossef. La venue de tous et de chacun est très chère à mes yeux. Ecrivez aussi que je réalise aujourd'hui que j'ai essuyé cet attentat car je n'avais pas vérifié mes Téfilines. Ce n'est pas pour rien que les coups m'ont été portés précisément sur la tête et sur le bras gauche. Pourtant ce sont mes Téfilines qui m'ont sauvé et c'est grâce à elle que j'ai encore ma main, car elles ont bloqué l'hémorragie de façon miraculeuse jusqu'à ce que j'arrive enfin à l'hôpital. Je sais que c'est la clef de tout, et j'ai pris sur moi de très lourdes résolutions en rapport avec cette Mitsva. Que chacun s'applique dans ce commandement, ce sera mon plus grand bonheur. »

J'essaie de lui tirer quelques mots sur son envergure spirituelle a priori exceptionnelle, puisqu'il a même été considéré comme l'une des victimes décédées en Kiddouch Hachem (aux dires même du Rav Kanievsky sur les victimes d'attentats). Mais cet homme assis face à moi n'est pas prêt à se laisser entrainer sur ce terrain. « Cela m'est arrivé car je le méritais. Un point c'est tout. Depuis ce jour-là, je crains bien plus D.ieu et je suis beaucoup plus scrupuleux dans l'accomplissement des Mitsvot. D.ieu m'a "touché du doigt". On arrête de s'amuser. »

Rabbi Mou'alem conclut en disant : « Il est très important que le public sache que je suis actuellement accompagné d'un aidant et que je peux à peine mouvoir mon bras gauche. Mon état médical est loin d'être brillant. Mais ma main droite n'a pas été touchée et je peux l'utiliser pour toutes les Mitsvot comme avant l'attentat.Ne me considérez pas comme un "grand blessé", je veux redevenir ce que j'étais. »

Faut-il continuer de prier ?

« Absolument. Pour ma guérison complète. Mon nom est Eytan ben Sarah. »

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