Question : “Ces derniers jours, je ressens beaucoup d’angoisse. Mes pensées tournent sans arrêt dans ma tête, la peur prend parfois beaucoup de place, au point d’avoir un impact sur mon quotidien. Comment puis-je faire face à cette angoisse et retrouver plus de sérénité ?”
Réponse du Rav Boyer :
Voici que dans la Paracha de Béréchit, nous trouvons la première angoisse de la création. Après le premier péché du premier homme, le Saint béni soit-Il est entré dans le Jardin d'Éden, et voici ce qui est écrit dans la Torah : « Ils entendirent la voix de D.ieu se promenant dans le jardin au souffle du jour, et l'homme et sa femme se cachèrent de devant D.ieu au milieu des arbres du jardin. » Puis le Saint béni soit-Il appela le premier homme et lui demanda : « Ayéka ? » (Où es-tu ?), et le premier homme répondit : « J'ai entendu Ta voix dans le jardin et j'ai eu peur. » C'est ici que nous trouvons la première peur de la création, c'est la peur du premier homme face au Saint béni soit-Il.
À partir de là, avec l'aide du Ciel, nous allons apprendre brièvement comment il est possible de faire face aux angoisses. Il faut préciser d'emblée que ce sujet est très vaste. La gestion des pensées est tout un enseignement à part entière, et il est expliqué en détail dans le livre « L'âme juive dans un monde de pensées ». Dans ce cadre restreint, nous apporterons quelques fondements de base, comme premiers secours pour faire face aux angoisses.
La première chose qu'il faut savoir, c'est que l'angoisse se trouve certes dans le monde des émotions, dans le cœur de l'homme, mais que sa racine et sa source sont sa faculté imaginative, c'est-à-dire la faculté de représentation et d'imagination.
Cela signifie que les pensées qui s'agitent dans l'esprit de l'homme descendent du cerveau vers le cœur, et de là elles continuent vers le corps. C'est pourquoi la première chose nécessaire est de clarifier : de quoi l'homme a-t-il peur exactement, et d'où provient précisément cette peur. Pour faire face à l'angoisse, l'homme doit faire usage de la faculté de la raison, dans le sens du verset « Tu le sauras aujourd'hui et tu le graveras dans ton cœur ». Mais l'intellect a besoin d'une définition, et ce n'est que lorsqu'on parvient à identifier et à définir l'angoisse qu'on peut utiliser l'intellect pour tenter de résoudre le problème.
Dans un premier temps, nous diviserons l'angoisse en trois types.
1- La première angoisse est celle où l'homme craint pour sa vie ou pour son corps. Cette angoisse appartient à l'âme animale (Néfech Habehamit) qui réside dans le foie et dans le sang de l'homme. Dans un tel état, l'homme peut, à D.ieu ne plaise, en arriver jusqu'à une véritable « crise d'angoisse », qui se manifeste par une respiration rapide, une tension artérielle élevée et un pouls accéléré. À un stade plus avancé, tout le corps se met à trembler.
2- La deuxième angoisse est celle où l'homme craint pour son gagne-pain. Qu'il soit salarié ou indépendant, il s'inquiète pour son avenir économique et professionnel, ainsi que pour les autres événements de sa vie. Cette angoisse appartient à la partie de l'esprit (Roua'h) qui réside dans les sens et dans le cœur de l'homme. Dans cette angoisse aussi, l'homme peut arriver à un état de « crise d'angoisse », mais cette angoisse provient d'un endroit un peu différent : elle ne vient pas du corps mais de l'émotion.
3- La troisième angoisse est une angoisse plus élevée, et elle appartient au monde spirituel de l'homme, lorsqu'il s'inquiète pour sa spiritualité. Une telle angoisse est appelée « crainte » (Yira).
Les livres saints rapportent la raison de l'angoisse à partir des paroles du prophète : « Les pécheurs ont eu peur à Sion, un tremblement a saisi les impies » (Isaïe 33, 14). Les commentateurs expliquent que tous les types de peurs proviennent en réalité des péchés de l'homme, et principalement de son éloignement du Saint béni soit-Il. C'est exactement ce qu'a dit le premier homme : « J'ai entendu Ta voix dans le jardin et j'ai eu peur. » Le Sforno ajoute que l'on retrouve cette même peur chez le peuple d'Israël après le péché du veau d'or, c'est pourquoi il est écrit : « Ils eurent peur de s'approcher de Lui. »
Après que l'homme a compris les trois types d'angoisse, il doit s'asseoir avec lui-même et examiner de quoi exactement il a peur, et comprendre à quel type il peut rattacher son angoisse. L'étape suivante consiste à commencer à agir et à travailler sur soi-même. Rachi explique au sujet de l'inquiétude : « Et son cœur s'inquiète — et il ne prend pas cela à la légère » (Haguiga 13a). Lorsque l'homme s'inquiète et est angoissé, il doit agir et non rester assis en silence.
La première chose que l'homme doit faire, c'est un effort (Hichtadlout) sur le plan matériel. L'homme doit essayer de se protéger de tout ce qui le menace et qui provoque son angoisse. La Torah ordonne à l'homme : « Prenez bien garde à vos âmes » (Dévarim 4, 15). Lorsque l'homme se garde lui-même ici-bas, on le garde aussi d'en haut. Mais si, à D.ieu ne plaise, l'homme néglige cela ici-bas, alors, mesure pour mesure, on se comporte envers lui de manière correspondante dans la conduite d'en haut également. Après que l'homme a fait son effort de la manière appropriée, et qu'il a aussi bien clarifié le type précis d'angoisse dont il souffre, arrive l'étape principale du traitement de l'angoisse. À présent, l'homme doit se parler à lui-même, tout en utilisant la force de la foi (Émouna) et la force du lien avec le Saint béni soit-Il.
L'utilisation de la force de la foi ressemble à un semis dans un champ. Lorsque l'homme sème dans un champ, il enfouit la graine dans la terre et ensuite il ne voit plus rien. Peu à peu commence la germination, et alors on voit aussi la plante pousser, jusqu'à ce qu'elle devienne un arbre donnant du fruit. De même, l'homme doit semer en lui la force de la foi. « J'ai cru, c'est pourquoi je parle » (Téhilim 116, 10). Lorsque l'homme se parle à lui-même, il doit savoir que tôt ou tard les paroles auront certainement un effet. Si ce n'est pas aujourd'hui, ce sera demain, et si ce n'est pas demain, ce sera après-demain. Plus l'homme multiplie les paroles de foi, plus elles l'aideront. Et plus l'homme sait définir précisément ce qui l'effraie, plus il sait être précis dans ses paroles de foi.
Quelles sont les paroles de foi que l'homme doit se dire à lui-même ? Nous l'expliquerons à travers un fait qui s'est produit.
Au cours d'un long vol, l'un des passagers, un Juif observant la Torah et les Mitsvot, eut une crise d'angoisse. Il s'avéra qu'il souffrait d'un phénomène appelé « peur de l'avion ». Son état n'était pas bon, et on dut le relier à une bouteille d'oxygène. Sur ce même vol se trouvait une infirmière en chef d'hôpital, et avec les hôtesses, elle essaya de l'aider du mieux qu'elle put, mais sans succès. Le passager tremblait de tout son corps et l'on craignait de devoir procéder à un atterrissage d'urgence. Sur ce vol, se trouvait également l'une de nos élèves. Elle s'approcha et expliqua qu'elle s'y connaissait en la matière et qu'elle avait été formée pour traiter des situations semblables. Lorsqu'elle commença à parler avec le passager, l'infirmière interrompit aussitôt sa conversation en affirmant que ce qu'elle disait ne servirait à rien. Mais elle insista et continua, et voici comment elle expliqua à ce passager effrayé :
“Sachez que chaque homme, lorsqu'il se trouve dans une situation très difficile, utilise un outil approprié pour se protéger. Vous aussi, lorsque vous vous trouvez dans un état d'angoisse, vous essayez de vous protéger au moyen de la peur. Mais ici, vous devez comprendre une chose. Vous êtes en effet un Juif observant la Torah et les Mitsvot, et vous croyez en D.ieu et vous savez que rien au monde ne peut arriver, à moins que le Saint béni soit-Il n'ait décidé qu'il en soit ainsi. Si le Saint béni soit-Il décide qu'au cours du vol il arrivera, à D.ieu ne plaise, quelque chose d'anormal, alors votre peur ne vous protégera absolument pas. Et si le Saint béni soit-Il décide qu'il n'arrivera rien, alors il s'avérera que votre peur était vaine. Vous devez comprendre qu'il y a une raison pour laquelle le Saint béni soit-Il vous a envoyé cette peur de l'avion. Son but est de vous relier à Lui. Lorsque le Saint béni soit-Il a demandé au premier homme « Ayéka ? » (Où es-tu ?), c'était parce que la peur avait éloigné le premier homme du Saint béni soit-Il. Mais la peur peut aussi produire l'effet inverse, et rapprocher l'homme du Saint béni soit-Il. Le Saint béni soit-Il a mis en vous cette peur pour que, à partir de cette peur, vous vous rapprochiez justement et vous reliez à Lui, et lorsque ce lien se réalisera, toutes vos peurs partiront.
Vous devez aussi comprendre que le Saint béni soit-Il vous aime, qu'Il se soucie de vous et ne désire que votre bien. Il ne vous a pas abandonné, Il ne vous abandonne pas et Il ne vous abandonnera pas non plus, « car l'Éternel n'abandonnera pas Son peuple » (Téhilim 94, 14). C'est pourquoi ce que vous devez faire maintenant, c'est vous relâcher et vous libérer des soucis, et vous placer entre les mains du Saint béni soit-Il. C'est là, la solution, et elle vous aidera beaucoup. Commencez maintenant à vous parler à vous-même, prenez un livre de Téhilim et commencez à dire (chapitre 121) : « Je lève les yeux vers les montagnes : d'où me viendra le secours ? » Vous êtes inquiet et vous avez peur, mais alors continuez et donnez la réponse : « Mon secours vient de l'Éternel, qui a fait le ciel et la terre. » Ensuite, dites aussi le chapitre 23 : « Même quand je marche dans la vallée de l'ombre de la mort, je ne crains aucun mal, car Tu es avec moi. »”
Peut-être que selon les sages de la médecine et de la psychologie, il existe d'autres solutions, mais selon le judaïsme, la solution est de se relier au Saint béni soit-Il et de savoir qu'Il se soucie toujours de nous, qu'Il nous aime et nous désire. Même si, à D.ieu ne plaise, des choses imprévues arrivent, elles doivent arriver et elles seront toujours pour le bien de l'homme. C'est ce que l'on dit chaque jour : « Entre Tes mains, je remets mon esprit », et c'est ce que l'on dit dans le Chéma' : « de toute ton âme », et Rachi explique : « même s'Il te prend ton âme ». Car dans toute situation, l'homme doit se remettre entre les mains du Saint béni soit-Il. La foi est une lumière qui baigne l'homme, le fortifie et le relie au Créateur du monde. Cette illumination, nous ne la voyons pas des yeux, mais elle pénètre dans l'âme de l'homme, traverse son cœur jusqu'à atteindre le corps. Elle élève l'homme et lui donne la force de tenir bon dans toute situation. Et en effet, après de longues heures de vol, il s'avéra que la méthode fut d'une grande aide pour ce passager. Il réussit à surmonter sa peur de l'avion ainsi que sa crise d'angoisse, et il se relia au Saint béni soit-Il précisément à partir de cet endroit-là.
Il en va de même pour toutes les personnes confrontées au phénomène de l'angoisse [...]. Que leur peur concerne le corps, le gagne-pain, les enfants, l'avenir ou la spiritualité, que la peur vienne du conscient ou de l'inconscient, il faut toujours se rappeler que nous sommes entre les mains du Saint béni soit-Il, et que tout ce qui nous arrive est entièrement planifié par Lui, béni soit-Il.
Le Rav Chakh, de mémoire bénie, avait coutume de dire que chaque obus a une adresse. Il est vrai qu'il faut faire un effort (Hichtadlout), mais il faut savoir que le lien avec le Saint béni soit-Il est la véritable solution. C'est justement la fuite loin du Saint béni soit-Il qui crée chez l'homme la peur.
Ce sont ces mêmes actions qu'il faut mener également envers les angoisses des enfants. Il faut s'asseoir et leur parler, et leur expliquer que le Saint béni soit-Il nous garde et que personne ne peut rien nous faire. Et si, à D.ieu ne plaise, quelque chose nous arrive, c'est uniquement parce que c'est ce que D.ieu veut qu'il arrive, et qu'Il comprend et sait que c'est la meilleure chose pour nous.
Il faut relier les enfants au Saint béni soit-Il dès le plus jeune âge. Cela s'appelle l'éducation à la pensée et à la foi. Un des Grands d'Israël m'a dit un jour, le Rabbi de Seret-Vijnitz, de mémoire bénie, auteur du « 'Hokhmat Eliézer », que bien souvent cette éducation n'est d'aucun secours, parce que les parents eux-mêmes ne croient pas que c'est là la solution. Cette éducation consiste à parler, à expliquer et à continuer de parler, jusqu'à ce que cela pénètre en profondeur. Tout comme la peur s'empare de l'enfant à la suite de ce qu'il entend à la maison de la part de ses parents ou de son entourage, on peut de la même façon le protéger par la force de la foi et de la confiance.
En plus de ce que nous avons expliqué sur la force de la foi, il reste encore la partie physique du corps de l'homme qui se trouve en crise d'angoisse. Lorsque la respiration de l'homme s'accélère et que sa tension artérielle monte, il est recommandé de faire quelques exercices, afin de maîtriser la respiration et d'apporter une réduction immédiate de la tension.
Les médecins recommandent à l'homme, lorsqu'il sent qu'il entre dans une crise d'angoisse, de respirer profondément et de retenir sa respiration à l'intérieur aussi longtemps qu'il le peut, mais pas trop, puis d'expirer et de faire sortir l'air lentement. Il doit ainsi continuer à respirer pendant environ quatre minutes, et alors il verra comment la tension artérielle et les battements du cœur reviennent à l'équilibre. Cette action est un premier secours pour la situation, mais pour résoudre le phénomène de l'angoisse à la racine, l'homme doit se fortifier par la force de la foi et de l'espérance, croire que tout est pour le bien, et se réjouir du fait qu'en réalité il n'a que du bien dans sa vie. Dans tout cas où l'homme sent qu'il a peur, il a en fait là un signal qu'il doit se fortifier dans la crainte du Ciel. Et lorsqu'il se relie de nouveau au Saint béni soit-Il, il parvient à un état où il se remet lui-même entre Ses mains et accepte sur lui le joug du Royaume des Cieux.
Dans le traité Avot (3, 5), il est rapporté : « Rabbi Néhounia ben Hakana dit : quiconque accepte sur lui le joug de la Torah, on écarte de lui le joug du pouvoir politique et le joug des soucis matériels. » Et le « Sfat Emet » explique que le « joug de la Torah » ne désigne pas nécessairement l'étude de la Torah, mais vise toute chose spirituelle. Celui qui accepte sur lui le joug de la Torah, on annule pour lui les pensées d'épée, les pensées de famine, les pensées de sottise, les pensées de guerre, les pensées de subsistance, et toutes les pensées qui amènent l'homme à l'angoisse.
En résumé : lorsque l'homme fait face à une crise d'angoisse, il doit contrôler sa respiration, se fortifier par la force de la foi, se calmer, se parler à lui-même, se donner de l'espoir, et faire Téchouva comme il se doit. Toutes ces choses aideront l'homme à traverser cette période avec facilité et rapidité. L'homme sentira qu'il met à profit ces jours et qu'il s'y relie au Saint béni soit-Il. Il prend l'angoisse, appelée dans les livres saints « crainte déchue » (Yira Néfoula), et il l'élève au niveau de la « crainte de la grandeur » (Yirat Haromemout), car « le commencement de la sagesse, c'est la crainte de D.ieu » (Téhilim 111, 10).




