« Ils se dirent, un homme à un frère : "Mais, nous sommes coupables envers notre frère, dont nous avons vu la détresse de son âme lorsqu’il nous suppliait, et nous n’avons pas écouté ! Pour cela, ce malheur est venu sur nous !" Réouven leur répondit en disant : "Ne vous avais-je pas dit en disant : ‘Ne péchez pas contre l’enfant ! ’ ? Mais vous n’avez pas écouté. Et aussi son sang, voici [qu’] il est réclamé !" » (Béréchit 42,21-22)

Quand Yossef, alors vice-roi d’Égypte, reconnut ses frères qui étaient venus acheter de la nourriture, il les accusa d’être des espions. Finalement, il accepta qu’ils repartent en Erets Israël, afin de ramener le dernier de leurs frères, ce qui devrait prouver de la véracité de leurs dires. Ceci, à condition que l’un des frères reste prisonnier en Égypte, en attendant leur retour. C’est alors que les frères comprirent qu’ils étaient punis « mesure pour mesure », d’avoir vendu Yossef plusieurs années auparavant. Réouven les blâma alors, affirmant qu’à l’époque, il avait tenté de les dissuader de commettre cette faute. Qu’ajoute cette précision ? Il est évident que Réouven ne cherchait pas uniquement à leur notifier : « Je vous l’avais bien dit… » Son commentaire est certainement plus profond.

Les commentateurs[1] expliquent qu'une lecture approfondie de ces versets indique que les frères n'exprimaient pas un réel regret quant à la décision de tuer et de vendre Yossef ; ils eurent simplement des remords de n'avoir pas eu pitié de lui quand il implora leur miséricorde. Cela prouve qu’ils considéraient encore la mort ou la vente de Yossef comme justifiée, mais qu’ils auraient dû agir plus humainement à son égard[2]. Réouven leur expliqua qu'en réalité, ils n’auraient jamais dû punir Yossef, parce qu’il n’était pas coupable, comme ils le pensaient – il avait simplement agi comme un enfant. C’est ainsi qu’il le qualifia quand il réprimanda ses frères, allusion au manque de maturité de Yossef, mais non à sa méchanceté. Par conséquent, Réouven estimait qu’ils n’étaient pas seulement punis pour leur manque de pitié, mais pour la vente en soi.

Notons qu’il existe plusieurs liens entre la vente de Yossef et Yom Kippour[3]. En ce jour, nous lisons l’histoire des Dix Martyrs (Harougué Malkhout), dont la mort vint expier la vente de Yossef. De plus, les kabbalistes enseignent que l’interdit de porter des chaussures en cuir durant Yom Kippour, est lié au fait que les frères s’achetèrent des chaussures avec l’argent obtenu lors de la vente. Enfin, le Rambam[4] compare le Vidouï que nous récitons à Kippour avec les mots employés par les frères dans la Paracha : « Aval Achémim Ana’hnou – Mais nous sommes coupables ».

Les frères comprirent qu’Hachem communiquait avec eux à travers la tournure des événements. Quand Yossef demanda que l’un des frères reste captif, ils firent immédiatement le lien avec la vente qui s’était déroulée plusieurs années auparavant. Ils furent convaincus que leur sanction était justifiée, et furent également prêts à analyser leurs agissements et à admettre qu’ils auraient dû traiter Yossef avec plus de compassion.

Nous aussi, devons parfois accomplir une Mitsva qui implique un mauvais traitement à l’égard d’autrui (par exemple, un reproche ou une parole médisante dans un but constructif). Même si la personne est certaine que son acte est justifié, voire indispensable, elle doit tout de même veiller à ne pas causer à autrui une peine inutile.

La réponse de Réouven nous enseigne qu’il est souvent insuffisant de remettre en question les « à-côtés » d’une action. Il faut plutôt analyser son essence, s’assurer qu’elle est réellement justifiée. Cette analyse nous permettra peut-être de réaliser que l’on avait mal considéré la situation à cause de certaines données biaisées. À un certain niveau, on peut avancer que la jalousie des frères de Yossef troubla leur jugement et les mena à le traiter durement, sans prendre en compte toutes les conséquences de leurs actes.

Le récit de la vente de Yossef nous enseigne des leçons fondamentales quant au processus de Téchouva. Puissions-nous mériter d’émuler ces illustres personnages dans notre voie vers le repentir.

 

[1] Voir Sforno, Malbim, Natsiv et Ktav Sofer pour d’autres avis sur la question.

[2] Les commentateurs demandent pourquoi les frères estimèrent que Yossef méritait la mort. Le Sforno écrit qu’ils pensèrent qu’il voulait les tuer, il était donc considéré comme un Rodef, qui menaçait leur vie et qu’il était donc permis de tuer.

[3] Rapporté par Rav Issakhar Frand.

[4] Hilkhot Téchouva 2,8.