Question : « Je souffre de mon côté trop perfectionniste. Je ressens que dans ma vie, tout doit être parfait. C’est de pire en pire avec le temps, à tel point que quand je m’assois pour étudier, je ressens physiquement une pression et j’ai du mal à respirer, de peur de ne pas réussir à connaître et comprendre la page de Guemara de manière parfaite, avec tous les détails existants. Ce phénomène ne concerne pas seulement la spiritualité, mais aussi le domaine matériel, par exemple chaque fois qu’il faut ranger la maison, surtout à l’approche de la fête de Pessa’h, je ressens une énorme tension. D’un autre côté, je vois des personnes qui font les choses de manière parfaite qui ne souffrent ni de nervosité, ni de tension. Est-ce que le perfectionnisme convient uniquement à certains ? Comment faire face à cette situation ? »

Réponse de Rav Boyer :

L’explication à cela, nous la trouvons dans la Paracha de Vayikra. Dans les lois des offrandes de Min’ha, la Torah dit : « Toute offrande que vous apporterez à l’Éternel ne sera pas faite avec du levain, car tout levain et tout miel, vous n’en ferez pas fumer en offrande à l’Éternel. ». Le Rekanati, dans son commentaire sur la Torah, écrit que de ce verset nous apprenons qu’il est interdit à l’homme de pencher vers les extrêmes. Le miel, qui est doux, fait allusion à la qualité de bonté (‘Hessed), et le levain, qui est fermenté, fait allusion à la qualité de rigueur (Guévoura). Ici, la Torah met en garde :  « Car tout levain et tout miel » — ce sont les deux extrêmes — « vous n’en ferez pas fumer en offrande à l’Éternel ».

Lorsqu’on approfondit la question, on comprend que le besoin de l’homme d’être parfait provient de son « ego ».  Le « moi » de l’homme exige qu’il soit toujours parfait et que tout chez lui soit à cent pour cent. Mais l’homme doit savoir qu’en vérité, ce n’est pas lui qui accomplit les actions. Celui qui accomplit les actions, c’est uniquement le Saint béni soit-Il. L’homme ne peut faire que l’effort. L’état normal est lorsque l’homme sait qu’il ne fait que son effort et que toutes les actions sont réalisées du Ciel. Un tel homme n’est jamais sous pression et n’a aucune raison de s’inquiéter. Il sait qu’il fait ce qu’il peut et que D.ieu l’aidera, selon le principe :  « Celui qui vient se purifier, on l’aide » (Chabbath 104a).

S’il réussit à tout accomplir — tant mieux ; et s’il n’y parvient pas — c’est ainsi que cela est voulu dans le Ciel. Lui, il a fait ce qui lui incombe. En revanche, le perfectionniste pense que tout repose sur ses épaules, car c’est lui qui accomplit les actions. C’est pourquoi il ressent pression et responsabilité pour tout réussir. Or la Torah, dans la section des sacrifices, met l’homme en garde de ne pas apporter les extrêmes, mais uniquement le point médian. Car dans les extrêmes, l’homme pense que l’action lui appartient ; mais au point médian, on comprend que la perfection est réalisée uniquement par le Saint béni soit-Il.

Certes, il y a des situations où nous voyons que les “extrêmes” sont apportés en offrande. Par exemple, dans la Mitsva des prémices (Bikourim), on apporte du miel de dattes. De même, parmi les offrandes de Min’ha, il y a les « deux pains » et les « pains de reconnaissance » qui sont apportés, justement, avec du levain. Cela vient nous enseigner qu’il existe certains cas où il est permis d’atteindre les extrêmes. Il s’agit d’un certain type de personnes qui aspirent à la perfection et y parviennent effectivement, mais le chemin pour y arriver ne les met pas du tout sous pression. Elles le font dans la joie, avec une compréhension profonde du sens de la vie, comprenant que même dans le cas où elles ne réussiront pas, cela ne dépend pas d’elles. 

Cela signifie qu’un homme peut être perfectionniste, il peut faire des choses et aspirer à être parfait, mais tout cela à condition que cette aspiration ne provienne pas de son « ego ». De cette manière, la perfection n’apporte à l’homme que joie, sérénité et réussite. Mais celui qui ressent que la perfection lui cause pressions et tensions doit beaucoup travailler sur lui-même et aspirer non pas à atteindre le sommet, mais plutôt le point médian…