Voilà, c'est dimanche ! On se retrouve pour mes élucubrations mentales de la semaine.

J’ai assisté à un cours de Torah et de nouveau entendu dire avec ferveur cette phrase : « Il faut ressentir l'amour de D.ieu. »

Et là… bug général dans mon système neuronal.

Pendant que toutes les femmes hochaient la tête d'un air profondément spirituel et ému, mon cerveau, lui, a activé le mode "bug". Vous savez, ce mode un peu fou où votre esprit décide unilatéralement de transformer une phrase toute simple en un sujet de thèse de doctorat.

Parce qu'on va se dire la vérité : ça veut dire quoi, concrètement, « ressentir » ?

Est-ce que ça chatouille ? Est-ce que c’est une sensation thermique ? Et l'amour ? Quant à « D.ieu »… Alors là...

En fait, ces moments-là me projettent instantanément quelques années en arrière, sur les bancs du concours de la magistrature.

Je me suis revue face au sujet de culture générale.

Le thème ? « Confiance, méfiance, défiance dans la société démocratique ».

Déjà, à l'époque, passer trois heures à décortiquer la frontière microscopique entre la méfiance et la défiance, je trouvais ça d'un comique absolu. C'était de la haute voltige intellectuelle pour pas grand-chose.

Mais alors là, face au concept de « ressentir l’amour de D.ieu », mon cerveau a carrément rédigé, en mode automatique et en trois heures top chrono, une dissertation digne des plus grands examens d'État pour faire un réquisitoire implacable contre l'abstraction.

À un esprit pragmatique, cartésien et formé au droit, c'est comme donner une notice de montage d'armoire en araméen ancien sans les vis. Moi, ce genre de discours m’a toujours laissée froide. Glaciale, même, spirituellement parlant.


Je suis une fille pragmatique. Je ressens un bon plat de spaghettis fumants parce que je peux le toucher, le humer et le savourer. Je ressens l’amour de mes enfants parce qu’ils sont là, palpables, vivants, dans mes bras.

Mais ressentir « l’amour de D.ieu » ? C’est l’accumulation de deux concepts totalement abstraits. L’amour + D.ieu.

Cumuler les deux à la fois, ça fait quand même beaucoup pour mon pauvre cerveau. D.ieu n'étant pas un objet physique, l'aimer comme on aime un plat de pâtes ou le pelage d'un chat est neurologiquement impossible.

Face à cette injonction spirituelle, mon esprit allergique au faux s'est cabré.

Je refuse cette spiritualité « prêt-à-penser » qui sonne creux. Cette digression sur les bancs de la magistrature n'est pourtant pas le sujet de ce blog, je sais bien, alors vous attendez sûrement tout de même la conclusion de ma dissertation.

La voici : on ne peut pas toucher D.ieu, mais on peut toucher le tangible, le vivant et le vibrant : mes enfants.

Pour la maman d’un enfant différent, l’amour de D.ieu, ce n’est pas une illumination. C’est la capacité de voir que, dans ce petit corps qui défie les manuels de médecine, réside une étincelle de vie d’une puissance absolue.

Et c'est là que, devant ce trop-plein d'amour, le bug n'est plus intellectuel, il est cardiaque. La digue de la juriste pragmatique cède devant l'évidence de l'amour maternel.

Moi, j' ai besoin d'un emballage palpable pour comprendre le divin, et Hachem l'a trouvé là. Ma fille n'est pas une abstraction. Sa force, son combat et sa vie sont la seule preuve dont j'ai besoin.

Au fond, mes amies, la voilà, ma note de synthèse : le divin ne se théorise pas dans un amphi, il se prend dans les bras. 

                                                  La Maman de Sheyna