Souccot est à peine terminé, et voilà que le merveilleux Étrog (cédrat) de votre mari change radicalement de destin.

On se rappelle encore l'ambiance d'il y a quelques jours : monsieur scrutait le fruit à la loupe, sous tous les angles, cherchant la moindre petite tache invisible à l'œil nu avec la précision chirurgicale d'un diamantaire de la place Vendôme.

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Franchement, mesdames, en le voyant sortir le chéquier pour ce citron de compétition, on s'est toutes fait la même réflexion : « Pour le prix de son agrume sacré, j'aurais carrément préféré recevoir une bague Cartier ! »

Mais non. Pas de petite boîte rouge de joaillier en vue. À la place, vous revoici en tablier dans votre cuisine avec ce diamant végétal qui s'apprête... à finir en confiture !


On connaît toutes la fameuse Ségoula (vertu spirituelle). On dit que faire de la confiture d'Étrog et la touiller avec amour, puis la déguster aide à tomber enceinte ou garantit un accouchement facile. Alors, bonne joueuse, on s'exécute. On prend cet objet de collection qui a coûté la moitié du budget vacances et on le jette sans ménagement dans la casserole.

Pourtant, si on est totalement honnête deux minutes, on est parfois un peu interloquées par le concept, non ?

Un citron à 1 euro le kilo chez Carrefour, on comprend : on peut en faire des pots de marmelade pour trois fois rien. Mais là, le prix au kilo de notre confiture sacrée frôle le délire psychologique.

À ce tarif-là, on a presque peur d'en laisser une goutte sur le bord du bocal !

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Un agrume dur à cuir

Il faut comprendre. Le citron classique, c'est de la gnognotte : on le presse en deux secondes, c'est rapide, on récupère le jus, on rajoute de l'eau, beaucoup de sucre (pour compenser la vie), et paf, on a une citronnade ultra-rafraîchissante.

Mais avez-vous déjà tenté l'expérience de presser un Étrog ? C'est une autre paire de manches ! Ce fruit n'a pratiquement pas de jus, tant sa peau est épaisse comme une armure.

C'est là que nos cousins italiens entrent en scène pour nous sauver avec leur recette de liqueur ou de cedrata, cette boisson culte et pétillante faite à base d'écorces de cédrat. Certes, ça prend un temps fou, mais après, c'est un pur délice.

En y réfléchissant bien (pendant que la vapeur nous décape le visage), cette complexité de l'Étrog cache une magnifique leçon. On compare souvent l'arrivée de Machia'h aux douleurs de l'accouchement : c'est long, c'est difficile, et cela demande une patience infinie qu'on n'a pas forcément en stock.

Mais au-delà du cliché poétique de l'attente, soyons réalistes : l'accouchement, comme la délivrance, ne se fait pas du tout dans le confort d'un spa. C'est une crise totale. C'est le moment précis où la douleur atteint son maximum et où l'on croit qu'on ne va pas y arriver.

L'Étrog nous rappelle que le processus de la vie est rugueux, ingrat, et qu'il faut frotter, couper et faire cuire la matière brute pour obtenir ce que l'on cherche.

Rien de grand ne naît dans la facilité immédiate d'une citronnade pressée sur le pouce.

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« Épreuve-citron » face à « épreuve-Étrog »

C'est ici qu'intervient le pouvoir de la résilience face à deux types d'épreuves bien distincts dans nos vies de super-héroïnes du quotidien.

Il y a les « épreuves-citrons » : grâce à notre résilience légendaire, on arrive assez facilement et rapidement à transformer le coup dur en quelque chose de beau. On encaisse la tuile, on y ajoute un peu de sucre, on en fait une citronnade agréable, et on passe à la suite.

Et puis, il y a les « épreuves-étrog » : celles qui paraissent totalement impossibles, sans issue, fermées à double tour. Face à ce bloc de cédrat dur comme de la pierre, on a l'impression qu'on va y casser nos couteaux et qu'on n'en tirera jamais rien de bon.

Recette pour confiture de la fin des temps du cédrat

Et c'est là que réside la véritable magie : le miracle se produit en la mangeant, bien sûr, mais surtout en la préparant.

En se bagarrant en cuisine pour transformer ce fruit récalcitrant, on matérialise un véritable acte de foi. On s'aperçoit qu'on peut accomplir quelque chose de bien plus grand avec notre Étrog : en le cuisinant, on relève toutes les prières de notre mari comme une épice précieuse.


Ce pot de confiture devient alors notre véritable baguette magique à la Harry Potter. Voir de nos propres yeux qu'on a réussi à adoucir ce bloc de pierre végétale nous baigne instantanément dans un espoir renouvelé. C'est la preuve par l'action que même l'impossible peut se transformer, et cela nous redonne une force immense là où l'épuisement et le doute nous guettaient.

Le secret de la Délivrance finale (la Guéoula) est exactement le même : l'attente est un travail laborieux, parfois lourd à porter, et puis, d'un coup net, après une longue préparation totalement invisible à l'œil nu, la lumière arrive enfin.

Alors, au fond, voilà ce que cette confiture a de si magique : elle naît de l'impossible, elle surgit de l'amertume. Ce n'est peut-être pas un diamant de chez Cartier à arborer fièrement au doigt, mais ce fruit porte en lui la preuve absolue que les plus belles transformations nécessitent du temps.

Et maintenant, mangeons-la avec l'espoir et la certitude absolue d'une délivrance rapide et immédiate.

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                                                                            La Maman de Sheyna