Question : « Je ressens un grand désir de me rapprocher d’Hachem et de Le servir avec sincérité mais je ne me reconnais pas forcément dans les cadres habituels, je n’ai pas envie de dépendre d’une communauté précise, ni de me soumettre systématiquement aux règles et aux limites généralement admises. Je voudrais simplement servir Hachem à ma manière…»

Réponse du rav Boyer :

Dans la Paracha de Kora’h, nous lisons l’histoire de Kora’h, qui se trouvait à un niveau spirituel très élevé. Malgré cela, lui et ses partisans engagèrent une controverse contre Moché et Aharon, ce qui entraîna de graves conséquences. Dans les livres saints, il est rapporté qu’il existe un lien entre l’acte de Kora’h et son nom. Le nom Kora’h est lié au mot Kéréa’h, chauve. La tête de l’homme comprend deux parties. L’une est recouverte de cheveux, tandis que l’autre — le visage — reste toujours découverte. Les cheveux symbolisent les rigueurs (Dinim), tandis que la partie visible symbolise les bontés (‘Hassadim). Le visage de l’homme rayonne, mais uniquement à condition que l’homme ait des limites. Il y a la limite de la ligne des cheveux, qui représente la frontière des rigueurs, et en face, il y a la limite de l’éclat du visage. La notion de calvitie — lorsqu’une personne rase complètement les cheveux de sa tête — symbolise le fait que toutes les frontières deviennent floues. Il n’y a plus de distinction ni de rigueur. Il n’y a que de la bonté ; tout se répand dans toutes les directions, sans retenue ni aucune limitation.

Le nom de Kora’h fait précisément allusion à ses paroles et à ses actes. Il affirmait : « Car toute l’assemblée est sainte, et Hachem est au milieu d’eux. » Autrement dit : Hachem est avec nous, nous sommes proches de Lui sans aucune limite. « Pourquoi donc vous élevez-vous au-dessus de l’assemblée d’Hachem ? » Pourquoi devez-vous dire au peuple ce qu’il faut faire ? Pourquoi dire : ceci doit être ainsi, cela doit être ainsi ; ceci est permis, cela est interdit, etc. ?

En réalité, Kora’h savait certainement que Moché Rabbénou ne cherchait pas à s’élever au-dessus des autres. Il le connaissait très bien et savait que Moché était le plus humble de tous les hommes sur la face de la terre. De même, il connaissait Aharon le Cohen comme quelqu’un qui aimait la paix et poursuivait la paix. Mais lorsqu’il disait : « Pourquoi vous élevez-vous ? », il voulait dire qu’on n’avait pas besoin de leurs règles. Assez, nous en avons assez ! Il y a toujours des règles : ici il faut faire ainsi, là les grands maîtres d’Israël enseignent cela, ici le père dit que ceci est permis et cela interdit, ceci est accepté dans la famille et cela ne l’est pas. 

Pourquoi avons-nous besoin de tout cela ? Laissez-nous simplement servir Hachem depuis notre propre place. Laissez-nous nous attacher à Lui selon notre compréhension et ne nous imposez pas de limites. 

Mais là où il n’y a ni règles ni barrières, il n’y a pas non plus de place pour les bontés. C’est une situation extrêmement dangereuse. C’est exactement ce qui est arrivé finalement à Kora’h et à son assemblée. Avraham Avinou eut deux fils : Ichmaël et Its’hak. Ichmaël prit la qualité de bonté (‘Hessed), et le résultat fut : « Il sera un homme sauvage » (Péré Adam). Its’hak prit la qualité de rigueur (Guévoura) — c’est-à-dire les limites et les règles — et le résultat fut Ya’akov Avinou, l’élu des Patriarches. Car il est indispensable d’avoir des limites et un équilibre entre les deux côtés. 

Il existe des foyers où les parents n’imposent ni règles ni lois aux enfants. Souvent, cela vient du fait que les parents eux-mêmes n’ont pas de ligne de conduite claire. Dans un tel cas, lorsqu’il n’y a pas de barrières dans la maison et que les enfants sont libres de faire tout ce qui leur passe par la tête, ils peuvent arriver dans des endroits très éloignés. Ils ressemblent à une tête chauve, dépourvue de frontière, et cela est très dangereux. C'est pour cette raison qu'à notre époque, beaucoup de personnes ont pris l'habitude de se raser complètement la tête et de rester totalement chauves. C'est comme si elles proclamaient, à D.ieu ne plaise, haut et fort : « Chez nous, il n'y a ni rigueur ni limites ; nous faisons ce que nous voulons. » À l'inverse, chez les Juifs qui vivent dans la sainteté, même lorsqu'ils se rasent les cheveux, ils laissent toujours les Péot (papillotes), afin de montrer et de souligner qu'ils possèdent des limites solides. 

Lorsque le Saint béni soit-Il a donné à Moché Rabbénou la direction du peuple d'Israël, c'est ainsi qu'Il les a protégés. Mais lorsqu'ils se sont rebellés contre Moché Rabbénou, ils sont tombés dans les profondeurs les plus basses. Il en est de même aujourd'hui. Ce n'est que lorsqu'on accepte le joug divin que l'on parvient à construire sa vie malgré toutes les difficultés. On dispose alors des outils appropriés et l'on mérite de recevoir une lumière bienveillante même au sein des rigueurs. En revanche, lorsque l'on se révolte, à D.ieu ne plaise, contre toutes les règles et toutes les limites, parce que l'on veut que tout ne soit que bonté et bienveillance, on finit par ne récolter que l'obscurité des profondeurs. 

Il est essentiel de comprendre la signification des limites et des règles, ainsi que leur importance, car c’est ainsi que l’on pourra finalement voir la lumière…