Dans la Torah, le Nazir fait vœu de s’abstenir totalement de vin et de tout produit issu de la vigne. Pourquoi une telle abstinence alors que le vin accompagne tant de Mitsvot ?
Le sujet revient régulièrement : un jour, une étude explique que le vin rouge serait bon pour le cœur, et quelques mois plus tard, une autre affirme exactement l’inverse. Pas évident de s’y retrouver. En tant que Juifs, la question revêt une dimension particulière, car le vin fait partie intégrante de notre tradition. Kiddouch, fêtes, mariages... Difficile de passer à côté !
La Torah elle-même lui accorde une place importante. Le Talmud affirme : "Le vin possède deux vertus : il rassasie et réjouit." (Brakhot 35b). Plus surprenant encore, on y trouve cette affirmation : "La première cause des guérisons, c’est le vin ; la première cause de la longévité, c’est le vin." (Baba Batra 58b).
Le vin : oui, mais…
À première vue, le message semble clair. Pourtant, nos Sages ont également multiplié les mises en garde. "Lorsque le vin rentre, les secrets sortent." (‘Erouvin 65a). "Le vin engendre la débauche." (Bamidbar Rabba 20) Autrement dit : le vin peut élever l’homme, tout comme il peut lui faire perdre ses repères.
La Torah nous montre également cette dualité à travers le Nazir, qui fait notamment vœu de s’abstenir totalement de vin et de tout produit issu de la vigne. (Bamidbar 6, 1-4) Pourquoi une telle abstinence alors que le vin accompagne tant de Mitsvot ?
Justement parce que la Torah reconnaît sa puissance. Le vin peut être un outil de sainteté lorsqu’il est utilisé avec mesure, mais certaines personnes choisissaient temporairement de s’en éloigner pour renforcer leur maîtrise de soi et leur élévation spirituelle. Le message est donc clair : ce n’est pas le vin qui est en cause, mais la place qu’on lui donne.
À l'époque de nos Sages, le vin était généralement consommé dilué avec de l'eau et en quantité modérée. Il accompagnait le repas. On ne buvait pas pour oublier ses problèmes, se détendre après une journée difficile ou chercher une forme d'évasion.
Aujourd’hui, les connaissances médicales ont beaucoup évolué. Le raisin contient naturellement des polyphénols et d’autres antioxydants intéressants pour l’organisme.
C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles le vin rouge a longtemps bénéficié d’une bonne réputation. Cependant, les recherches récentes montrent que les éventuels bénéfices sont largement contrebalancés par les effets de l’alcool lui-même, notamment sur le foie, certains cancers, le sommeil et la santé cardiovasculaire lorsque la consommation devient régulière.
Qu’en est-il des alcools forts ?
Whisky, vodka, arak, rhum, gin ou cognac ont un point commun : ils contiennent tous beaucoup plus d’alcool que le vin. Contrairement à certaines croyances populaires, aucun d’entre eux n’apporte de bénéfice particulier pour la santé. Le whisky n’est pas meilleur pour le cœur, la vodka n’est pas plus "pure" et l’arak n’est pas plus digestif parce qu’il est traditionnellement consommé au Moyen-Orient.
Le principal danger des alcools forts réside dans leur concentration : un petit verre peut contenir autant d’alcool qu’une quantité beaucoup plus importante de vin. Résultat, il devient plus facile de dépasser ses limites sans même s’en rendre compte. De plus, les effets sur les réflexes et le comportement apparaissent souvent plus rapidement.
Faut-il s’inquiéter du verre de Kiddouch du vendredi soir ?
Pour une personne en bonne santé, une consommation occasionnelle et modérée n’est généralement pas problématique. Ce qui inquiète les professionnels de santé, c’est davantage la consommation régulière, l’habitude quotidienne ou la recherche systématique de l’effet relaxant de l’alcool.
Au fond, le judaïsme nous transmet ici une leçon très actuelle. Nous ne sanctifions pas le vin parce qu’il aurait des vertus médicamenteuses. Nous l’utilisons pour marquer un moment de sainteté, de gratitude ou de joie. Ce n’est pas parce que nous récitons une bénédiction particulière sur le vin (Boré Péri Haguéfen), qu’il est une bénédiction en soi.
Lever une coupe pour le Kiddouch, un mariage ou une Sim’ha fait partie de notre tradition depuis des millénaires. L’essentiel est de garder à l’esprit que, comme pour beaucoup de choses dans la vie, la vraie bénédiction se trouve dans l’équilibre. C’est probablement ce que nos Sages avaient déjà compris lorsqu’ils nous ont laissé à la fois des louanges du vin... et des avertissements contre ses excès.




