Des sources anciennes rapportent qu'autrefois, les initiales du mot Téchouva étaient parfois associées aux mots suivants : jeûne, sac et cendre, pleurs, lamentations. La Téchouva était alors perçue comme quelque chose de mélancolique, empreint de tristesse. Les grands maîtres d'Israël ont insufflé au peuple l'espérance et l'optimisme. Ils ont cherché à montrer que la Téchouva est un cadeau, qu'elle est une source de joie. C'est notamment ce qu'a apporté la 'Hassidout dans le judaïsme ashkénaze. À une époque marquée par les Croisades, les décrets, les persécutions et les pogroms, elle a profondément transformé cette approche. Jusqu'alors, l'idéal était celui de l'ascèse, et de nombreux hommes vivaient dans une grande austérité.

Puis, il y a environ trois cents ans, apparut le Ba'al Chem Tov, qui proposa une voie nouvelle dans tous les domaines de la vie, et plus particulièrement dans celui de la Téchouva. Mais avant d'aborder son enseignement, commençons par une histoire. Au mois d'Éloul, il y a environ deux cent cinquante ans, le Maguid de Mézéritch partagea avec l'Admour Hazakèn et plusieurs de ses disciples une idée profonde sur la Téchouva. Il expliqua le verset : « Tu reviendras jusqu'à Hachem ton D.ieu », en disant : « Le service de la Téchouva doit conduire l'homme jusqu'au point où Hachem — qui transcende tous les mondes — devient véritablement ton D.ieu. Le Nom Elo-him, dont la valeur numérique correspond au mot "nature", représente justement cette réalité naturelle. » C'est une idée profonde : le Nom ineffable de D.ieu, le plus élevé, le plus sublime, doit devenir aussi concret et naturel que le Nom Elo-him, c'est-à-dire aussi présent que la réalité quotidienne. Il faut unir ces deux dimensions.

Les écrits de 'Habad rapportent que tous les membres du cercle des disciples qui entendirent cet enseignement du Maguid de Mézéritch, furent profondément bouleversés et inspirés. Mais Rabbi Zoucha d'Anipoli déclara qu'il ne se sentait pas capable d'atteindre un niveau de Téchouva aussi élevé. C'est pourquoi il décida de décomposer la Téchouva en plusieurs étapes, en expliquant que le mot Téchouva est formé des initiales de cinq versets. [...]

Les grandes missions doivent être divisées en petites étapes

C'est exactement ce que Rabbi Zoucha fait avec le mot Téchouva... 

1. ת  Première lettre du mot Téchouva - תמים תהיה עם ה’ אלוקיך - « Tu seras intègre avec Hachem ton D.ieu »

Il s'agit d'un verset fondamental. Le Chla Hakadoch écrit à son sujet : « "Tu seras intègre avec Hachem ton D.ieu" : ce verset englobe toute la conduite des qualités de caractère et toute la sainteté. »

Le célèbre ouvrage de Moussar Kav Hayachar, l'un des livres les plus répandus et les plus importants, publié il y a environ quatre cents ans, écrit également : «”Tu seras intègre avec Hachem ton D.ieu." Sache que la qualité de la simplicité et de l'intégrité est la plus élevée de toutes les qualités et vertus que l'homme doit acquérir. C'est pourquoi il est écrit à propos de notre père Ya'akov : "Ya'akov était un homme intègre, demeurant dans les tentes." Il convient de s'interroger : Ya'akov notre père possédait certainement de nombreuses qualités extraordinaires, telles que la piété, la crainte de D.ieu, l'humilité, la sainteté et la pureté. Pourquoi la Torah ne le décrit-elle pas à travers ces qualités, mais uniquement en disant : "Ya'akov était un homme intègre" ? Nous sommes donc contraints de conclure que l'intégrité englobe en réalité toutes les autres qualités saintes. Tel est effectivement le cas. Une personne peut être humble, mais si elle poursuit avidement l'argent ou nourrit le désir de commettre une faute, elle ne peut être qualifiée d'homme intègre. Elle ressemble à un magnifique récipient, mais fissuré et brisé en de nombreux endroits.

En revanche, celui qui est intègre et accompli dans toutes les bonnes qualités, qui craint Hachem, qui aime les autres, poursuit la justice, demeure dans les tentes de la Torah de Moché et étudie la Torah la nuit, celui-là, lorsque son âme quittera ce monde, méritera de prendre place dans la Tente céleste. » Autrement dit, dire de quelqu'un : « C'est un homme simple et intègre »n'est pas une critique. C'est un compliment. C'est une bénédiction. Rabbi Na'hman enseignait qu'il n'est pas si simple d'être simple. Il n'est pas facile de conserver cette simplicité et cette intégrité. Lorsqu'elles sont abîmées, il est très difficile de les retrouver. Le cynisme ne laisse plus de place à la simplicité. [...] Le mois d'Éloul incarne précisément cette simplicité. Il nous rappelle qu'il est toujours possible de changer, de réparer, de recommencer. Comme un enfant qui pleure puis se calme, qui se vexe puis oublie… Il est toujours possible de repartir à zéro, avec simplicité et sincérité. [...]

2. ש Deuxième lettre du mot Téchouva– שיוויתי ה’ לנגדי תמיד - « J'ai constamment placé Hachem devant moi. »

« "J'ai constamment placé Hachem devant moi" : dans toutes mes actions, j'ai toujours gardé Sa crainte devant mes yeux. »

Avant toute chose, il faut comprendre qu'Hachem est avec moi dans les moments de sainteté, par exemple pendant la prière. C'est là que se situe le véritable défi. [...] Ce verset est souvent brodé sur le rideau de l'Arche Sainte, dans les synagogues. Mais est-il également gravé devant mes yeux à chaque instant de mon existence ? Là encore, c'est un véritable défi. Voici une belle histoire rapportée par le Rav Eliezer Sim'ha Weiss au sujet de l'Imré Émet de Gour. Dans les années 1920, l'un de ses 'Hassidim vint lui annoncer qu'il partait dix jours à Paris pour affaires et lui demanda une bénédiction afin de réussir son voyage. Le Rabbi le bénit, puis lui fit une demande personnelle. Il lui expliqua qu'à Paris se vendaient des cigares particuliers, réputés être les meilleurs d'Europe, et qu'ils ne se trouvaient que là-bas. Il lui demanda donc de lui rapporter une boîte de ces cigares. Le 'Hassid fut surpris par cette requête, mais accepta avec joie. Il promit même de lui rapporter deux boîtes s'il le pouvait.

Le voyage eut lieu. Deux semaines plus tard, le 'Hassid revint remercier le Rabbi et lui raconta combien ses affaires avaient été fructueuses. Le Rabbi lui demanda alors : — As-tu apporté les cigares que je t'avais demandés ? L'homme rougit. — "Rabbi, pardonnez-moi. J'ai été tellement occupé à Paris que j'ai complètement oublié votre demande. Mais ne vous inquiétez pas : en revenant, je suis passé par la Belgique. Je m'en suis souvenu et j'y ai acheté les meilleurs cigares. On m'a même dit qu'ils étaient supérieurs aux cigares français". Le Rabbi secoua doucement la tête et lui répondit : — "Mon cher 'Hassid, je n'avais pas besoin de ces cigares. Si je t'ai demandé de les acheter précisément à Paris, c'était uniquement pour que, durant tout ton séjour là-bas, tu penses à mes cigares… et qu'ainsi tu te souviennes sans cesse que tu as un Rabbi".

Le 'Hafets 'Haïm disait que l'appareil photo avait été inventé parce que la foi dans la Providence divine avait diminué. Grâce à cet outil, il devient plus facile de comprendre que chacun de nos actes est véritablement enregistré. Peut-être toutes les inventions modernes viennent-elles renforcer notre foi, devenue plus faible, dans la Providence divine ? Tous ces nouveaux systèmes nous montrent que tout est effectivement enregistré, mémorisé, comptabilisé. Il existe des statistiques impressionnantes sur tout ce qui se produit en une seule minute sur Internet. [...]

3. ו Troisième lettre du mot Téchouva – ואהבת לרעך כמוך « Tu aimeras ton prochain comme toi-même »

[...]  « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » est une affirmation très générale. Rabbi Akiva dit qu'il s'agit du « grand principe de la Torah ». C'est vrai. Mais peut-être justement parce qu'il est si grand, faut-il le décomposer en petites applications concrètes. Il ne doit pas rester un slogan ou une belle affiche. Voici donc un entraînement pratique. Le célèbre ouvrage de Moussar Or'hot Tsaddikim donne des instructions très concrètes pour apprendre à vivre ce verset : « L'homme ne doit pas se réjouir d'un bien qui lui arrive lorsqu'il entraîne un préjudice pour les autres. Ainsi, si quelqu'un possède une grande quantité de blé, il ne doit pas se réjouir d'une hausse des prix ou d'une famine sous prétexte qu'il gagnera davantage. De même, il ne doit pas se réjouir de la mort d'une personne, même si cela lui apporte un héritage ou un quelconque avantage.

En résumé, on ne doit jamais se réjouir du malheur d'autrui, même lorsqu'il nous procure un bénéfice. C'est cela : "Tu aimeras ton prochain comme toi-même". Habitue ton cœur à se réjouir lorsque les autres connaissent le bonheur. Et réjouis-toi plus encore lorsque tu vois des hommes courir accomplir la volonté du Créateur. » Ces paroles nous enseignent plusieurs étapes. D'abord, ne pas se réjouir d'un bien qui nous profite s'il cause du tort aux autres. Ensuite, ne pas se réjouir du malheur d'autrui, même lorsqu'il tourne à notre avantage. Puis, nous habituer à nous réjouir sincèrement du bonheur des autres. Et surtout, nous réjouir lorsque nous voyons d'autres Juifs accomplir des Mitsvot. On oublie souvent la fin de ce verset, qu'il est important de rappeler.[...]

4. ב Quatrième lettre du mot Techouva – בכל דרכיך דעהו - « Dans toutes tes voies, connais-Le »

Le Metsoudat David explique : « "Dans toutes tes voies, connais-Le" signifie : dans toutes tes occupations, garde Hachem à l'esprit. Réfléchis à accomplir chacune de tes actions de manière à servir la volonté de D.ieu. Alors, Il guidera tes pas sur un chemin droit et tu réussiras. » Dans tout ce que nous faisons et dans chaque chemin que nous empruntons, nous devons connaître Hachem. C'est un véritable défi. L'un des Admourim de 'Habad disait que, sous un certain aspect, les hommes d'affaires ont un avantage sur ceux qui passent leur vie dans les maisons d'étude. Pourquoi ? Parce qu'ils peuvent percevoir la Providence divine de manière très concrète. Celui qui travaille toute la journée derrière une caisse, l'agriculteur qui attend la pluie, le commerçant ou l'entrepreneur… chacun peut voir, au quotidien, la main d'Hachem dans la réalité. Lorsque le verset dit : « Dans toutes tes voies, connais-Le », cela signifie également que notre service d'Hachem se poursuit jusque dans notre téléphone portable et dans notre fil d'actualité. Il n'existe pas, d'un côté, la synagogue où l'on sert Hachem, et de l'autre, un univers numérique dans lequel la Torah n'aurait plus rien à dire.[...]

5. ה Cinquième lettre du mot Techouva - ‘הצנע לכת עם ה - « Marche humblement avec ton D.ieu »

Le Malbim commente :« "Marche humblement avec ton D.ieu" : que cela se fasse avec discrétion et dans l'intimité, car ce sont des choses qui concernent uniquement l'homme et son Créateur, et c'est précisément là que réside la beauté de la pudeur. L'homme ne doit pas laisser son cœur s'enorgueillir dans les questions touchant à la connaissance de D.ieu, ni chercher à se montrer plus sage que les Mitsvot. Il doit simplement marcher humblement avec son D.ieu. » Qu'il est difficile de garder un secret… Qu'il est difficile d'accomplir une véritable action qui demeure discrète. Le respect de la vie privée est une valeur profondément juive. Déjà lorsque l'on disait de nos campements : « Qu'elles sont belles, tes tentes, ô Ya'akov ! », nos Sages expliquaient que chacun veillait à ne pas regarder à l'intérieur de la tente de son voisin. Il existait une véritable intimité. Aujourd'hui, tout semble vouloir transformer nos vies en une immense tente ouverte. Les frontières entre le privé et le public, entre l'intime et ce qui est exposé au regard de tous, disparaissent peu à peu. Et lorsqu'il n'y a plus de frontières… il n'y a plus non plus de véritable monde intérieur. Tout est exposé. Tout est à l'extérieur.

Le Rav Chlomo Wolbe écrit que l'essentiel, en ces jours d'Eloul, consiste justement à construire un monde intérieur face au monde extérieur. Il cite le verset : « Je ne demande qu'une seule chose à Hachem, je la désire : demeurer dans la Maison d'Hachem tous les jours de ma vie, contempler la douceur d'Hachem et visiter Son sanctuaire. Car Il me cachera dans Sa Soucca au jour du malheur, Il me dissimulera dans le secret de Sa tente. » Puis il ajoute :« Dans tout ce chapitre, le roi David prie pour acquérir une véritable intériorité. C'est toute l'aspiration de son âme. Les jours de miséricorde sont particulièrement propices à construire en nous un monde intérieur. Voilà ce que nous désirons. »

Résumons et formulons un vœu pour nous tous :

Puissions-nous être intègres avec Hachem notre D.ieu.

Puissions-nous Le placer constamment devant nos yeux.

Puissions-nous aimer notre prochain comme nous-mêmes.

Puissions-nous Le connaître dans toutes nos voies.

Et puissions-nous marcher humblement avec notre D.ieu.

Chana Tova !

Extrait et traduit de l'article "La Téchouva selon Rabbi Zoucha de Anipoli",

de Sivan Rahav Meir