Chalom Rav,
En ce moment, de nombreux incendies ravagent la France.
Y a-t-il des prières spéciales ou autre pour amoindrir cela ?
Vu que chaque chose qui arrive a un sens, pourquoi cela arrive-t-il ?
Merci.
Bonjour,
En effet, la France étouffe.
42 degrés. Et le pic de chaleur n’est même pas encore arrivé.
Des nuits impossibles, un sommeil perturbé, des transports insupportables, des personnes âgées et des malades fragilisés, des incendies, une végétation brûlée…
Cette canicule est une véritable épreuve. Pour certains, elle représente même un danger.
Il faut se protéger, s’hydrater et surtout veiller sur les personnes les plus fragiles.
Mais la Torah nous invite aussi à regarder les événements autrement. À ne pas seulement demander : « Comment supporter cela ? », mais aussi : « Qu’est-ce que cela vient m’enseigner ? »
On entend partout : « C’est le climat qui change », « C’est comme ça. »
« Il n’y a rien à comprendre. Il faut subir. »
Bien entendu, nous n’avons pas la prétention de connaître LA raison exacte que D.ieu a en tête.
Mais nous avons le devoir de nous interroger :
« Qu’est-ce que D.ieu attend de moi à travers cela ? »
Car D.ieu ne cherche pas à nous punir. Il cherche à nous éduquer.
Et ce n’est pas la même chose. Un père n’éduque pas son enfant pour le faire souffrir. Il l’éduque pour le faire grandir.
Pensez-vous sérieusement que tout soit dû au hasard ?
Un objet qui se perd. Une personne précise qui croise notre chemin. Un projet soudainement bloqué.
Et, plus encore, une chaleur torride qui s’installe pendant plusieurs semaines et bouleverse la vie de millions de personnes…
Tout cela n’aurait vraiment rien à nous dire ?
Regardons maintenant la Terre d’Israël. Elle aussi souffre énormément de la chaleur. Et la Torah nous explique pourquoi D.ieu a choisi une terre qui dépend autant de l’eau du ciel.
Pourquoi la Terre d’Israël, présentée par la Torah comme une terre exceptionnelle, est-elle si chaude ? Pourquoi manque-t-elle régulièrement d’eau ?
Pourquoi ses agriculteurs doivent-ils scruter le ciel avec inquiétude ? Pourquoi l’eau y est-elle, depuis toujours, une question vitale ?
Et pourquoi la Terre sainte ne ressemble-t-elle pas à l’Égypte, traversée par le Nil, un fleuve sur lequel les Égyptiens pouvaient compter ?
La Torah souligne elle-même cette différence : « La terre dont vous allez prendre possession n’est pas comme l’Égypte d’où vous êtes sortis… C’est une terre qui boit l’eau des pluies du ciel. » (Dévarim 11, 10-11)
D.ieu aurait pu faire traverser Israël par un fleuve gigantesque. Il aurait pu garantir de l’eau toute l’année.
Mais Il a choisi une terre qui oblige l’homme à regarder vers le Ciel.
Pourquoi ?
Rav Avigdor Miller l’explique : lorsqu’un homme n’a plus besoin de lever les yeux vers le Ciel, il finit par croire que tout dépend de lui.
Et c’est là que commence le danger.
Le Talmud enseigne : « Le lion ne rugit pas devant une corbeille de paille, mais devant une corbeille remplie de viande. » (Brakhot 32a)
Ce n’est pas toujours le manque qui rend orgueilleux. C’est souvent l’abondance.
Malgré la puissance de l’armée israélienne, nous restons constamment sur le qui-vive. Malgré toutes les technologies modernes, l’agriculture israélienne demeure très sensible au climat.
Lorsqu’un hiver est trop sec, les agriculteurs s’inquiètent pour leurs champs et leurs récoltes. Pendant des décennies, les Israéliens ont suivi avec anxiété le niveau du Kinnéret, devenu le symbole national du manque d’eau.
La Torah a donc inscrit un message dans la géographie même d’Israël :
Ici, tu devras lever les yeux vers le Ciel.
La Torah promet : « Si vous écoutez Mes commandements, Je donnerai la pluie à votre terre… Vous mangerez et serez rassasiés. »
Puis, immédiatement après : « Prenez garde que votre cœur ne se laisse séduire et ne se détourne. »
Autrement dit, le plus grand danger n’est pas toujours de manquer.
Le plus grand danger, c’est de posséder tellement que l’on finit par croire que l’on n’a plus besoin de D.ieu.
Peut-être cette canicule vient-elle aussi nous rappeler cela.
En France et en Europe, nous sommes modernes, sophistiqués, équipés. Nous pensons tout maîtriser. Et pourtant, il suffit de quelques degrés supplémentaires pour dérégler nos nuits, nos transports, notre travail et toute notre organisation.
Quelques degrés suffisent pour nous rappeler une vérité essentielle : Nous maîtrisons beaucoup moins de choses que nous ne le croyons.
Bien sûr, il faut agir : se protéger, aider les plus fragiles, faire preuve de solidarité et prier pour ceux qui souffrent réellement de cette chaleur.
Mais il faut aussi savoir écouter.
Car le monde nous parle.
Dans la vision juive, le monde n’est pas un endroit où les événements se succèdent au hasard. C’est une immense salle de classe.
Chaque événement peut devenir une leçon. Chaque difficulté, un exercice. Chaque réussite, une épreuve.
Et tout peut nous conduire à lever les yeux vers le Ciel et à reconnaître avec humilité : « Je ne suis qu’un être humain. Tu es le Créateur du ciel et de la terre. Et je dépends entièrement de Toi. »
C’est aussi le sens profond du « Modé Ani » que chaque Juif prononce le matin.
Je reconnais que ma vie ne m’est pas due. Mes forces ne me sont pas dues. Ce que je possède ne m’est pas dû.
Tout est un cadeau.
Alors, cette semaine, au cœur de la canicule, faisons un exercice très simple.
La prochaine fois que vous ouvrirez votre réfrigérateur pour boire un verre d’eau fraîche ou que vous ressentirez le soulagement de la climatisation, arrêtez-vous une seconde.
Et dites simplement : « Merci Hachem. »
Car ce verre d’eau n’est pas seulement un confort.
C’est un rappel.
Même les choses les plus simples ne nous sont jamais dues. Elles sont les cadeaux quotidiens d’un Père qui dirige le monde avec amour.
Non pour nous faire souffrir, mais pour nous éduquer, nous faire grandir et nous rapprocher de Lui.