Être héritier d'une promesse, devenir acteur de l'avenir
La Paracha ‘Hayé Sarah nous raconte deux événements qui peuvent sembler ordinaires : AVraham achète un terrain pour enterrer Sarah et, ensuite, il entreprend de trouver une épouse pour son fils Its'hak.
Pourquoi la Torah consacre-t-elle autant de place à ces deux épisodes ?
Rav Jonathan Sacks nous invite à y voir un enseignement fondamental sur notre rapport à l'avenir, et sur le sens de la foi.
Depuis le début de son histoire, Avraham a reçu deux grandes promesses : celle d'une terre qu’il recevra en héritage et celle d'une descendance nombreuse. Pourtant, à la mort de Sarah, le bilan semble bien modeste. Avraham ne possède qu'un champ et une grotte, acquis chèrement et au prix d'une longue négociation. Quant à sa descendance, elle repose encore sur un seul fils, Its'hak, dont l'avenir familial reste à construire.
Tout semble donc encore à accomplir.
Or, face à une telle situation, une première tentation pourrait être de regarder la vie en spectateur, d’agir le minimum, en attendant patiemment que les promesses de l’Éternel s’accomplissent spontanément.
Et pourtant, Avraham ne semble pas adopter cette attitude. Il ne se résigne pas à attendre que les promesses se réalisent. Il agit, le texte biblique nous décrit une personnalité active, « à la manœuvre », qui redouble d’ingéniosité, d’audace, de volonté pour écrire son histoire et parvenir à ses fins. Il négocie âprement pour acquérir une première parcelle de terre. Il organise le mariage d'Its'hak pour assurer la continuité de sa famille et de l'Alliance.
C'est précisément là que réside l'enseignement essentiel de Rav Sacks : la promesse divine n'est pas une invitation à attendre, une dispense d’agir, mais, au contraire, un appel à prendre ses responsabilités.
La foi ne consiste pas à déléguer à D.ieu la construction de notre avenir. Elle consiste à puiser dans la confiance en Ses promesses la force d'agir, de surmonter les obstacles et de préparer ce qui viendra après nous. « Les grandes promesses deviennent réelles par de petits commencements » écrit ainsi Rav Sacks, et il nous appartient précisément de prendre ces premières initiatives, d’ouvrir le chemin par des actes qui sont à notre portée.
Cette Paracha nous enseigne également une autre dimension du leadership : la grandeur d'une génération ne se mesure pas seulement à ce qu'elle accomplit, mais aussi à ce qu'elle transmet, et à ce qu’elle rend possible de faire aux futures générations. « Les leaders voient la destination, commencent le voyage et laissent derrière eux ceux qui le poursuivront. Cela suffit à donner à une vie une forme d'immortalité. », écrit ainsi Rav Sacks.
Avraham ne cherche pas simplement à prolonger sa propre histoire. Il prépare celle de ses enfants. Il comprend que sa mission ne s'achève pas avec lui. Voilà pourquoi, il accorde autant d’importance au choix d’une épouse vertueuse pour Its'hak qui l’accompagnera dans sa mission spirituelle.
Quatre mille ans plus tard, les deux préoccupations qui traversent cette Paracha demeurent au cœur de notre identité : la terre d'Israël et la continuité du peuple juif.
La question posée à AVraham reste donc la nôtre : que faisons-nous aujourd'hui pour que les promesses d'hier deviennent les réalités de demain ?
Cette Paracha nous rappelle ainsi que nous ne sommes pas seulement les héritiers d'une histoire, nous en sommes les dépositaires et les acteurs.
La véritable fidélité à ceux qui nous ont précédés ne consiste pas simplement à conserver ce qu'ils nous ont laissé, mais à poursuivre leurs combats, et à préparer ce que nous laisserons à ceux qui nous suivront.
C'est peut-être cela, finalement, le message de ‘Hayé Sarah : une promesse n'a de sens que si elle devient une responsabilité et une invitation à agir ; et une transmission n'est véritable que si elle permet à la génération suivante de poursuivre et de faire grandir ce qui a été commencé. N’est-ce pas là un chemin vers l’éternité ?




