Vous avez peut-être entendu parler du Tanya ; peut-être en avez-vous étudié quelques lignes. Ce livre révolutionnaire, surnommé « la Torah écrite du ‘Hassidisme 'Habad », présente une méthode structurée pour la vie de tout être humain. Il serait impossible de tenter de le résumer en un seul article ; nous avons toutefois sélectionné pour vous quelques perles qui offriront un petit avant-goût de ce grand trésor.

1. La sagesse peut mener aux illusions

Rabbi Chnéour Zalman, auteur du Tanya, est le fondateur du mouvement ‘Habad. Le mot « Habad » est l'acronyme de ‘Hokhma, Bina, Da'at (sagesse, compréhension, connaissance), ce qui exprime l'idée que le service du Créateur doit se manifester à travers les capacités intellectuelles de l'homme.

Il écrit ainsi (chapitre 3) :

« Même celui qui est sage et intelligent quant à la grandeur de l'Infini, béni soit-Il, s'il ne concentre pas son esprit et n'ancre pas sa pensée avec force et persévérance, il n'engendrera dans son âme ni crainte ni amour véritables, mais seulement des imaginations vaines. »

L'idée est que la sagesse et la compréhension ne sont qu'une saisie théorique. Elles sont certes la première étape, mais sans l'étape suivante, la Da'at, qu'il définit comme « attachement et union », la méditation n'aboutira à aucun résultat concret.

2. L'une veut gagner, l'autre veut perdre

C'est un combat qui ne finit jamais. Tout au long du livre, l'Admour Hazaken traite du combat intérieur entre les deux âmes, combat qui est l'histoire même de notre vie. Mais que veulent ces âmes ? Eh bien, il apparaît que l'âme divine veut gagner, et que l'âme animale veut... perdre.

Voici le texte (chapitre 9) :

« Le corps est appelé une petite ville. Et de même que deux rois se battent pour une seule ville, chacun voulant la conquérir et régner sur elle, c'est-à-dire diriger ses habitants selon sa volonté et les voir soumis à son autorité en tout ce qu'il leur ordonnera, ainsi les deux âmes, l'âme divine et l'âme vitale animale issue de la Klipa, se battent l'une contre l'autre pour le corps et tous ses membres. L'âme divine désire et veut être seule à le gouverner et à le diriger... Mais l'âme animale issue de la Klipa veut exactement le contraire, pour le bien de l'homme : qu'il la surmonte et la vainque, selon la parabole de la prostituée dans le saint Zohar. »

Quelle est cette parabole ? Le Zohar raconte l'histoire d'un roi qui veut éprouver le caractère de son fils et envoie une prostituée pour tenter de le séduire. Souhaite-t-elle réussir sa mission ou échouer ? Évidemment, elle veut que le fils du roi repousse ses avances, afin que le roi en tire de la satisfaction. De même, l'âme animale (et le mauvais penchant) incitent l'homme à pécher en mission pour D.ieu, mais ils désirent que l'homme les surmonte et les vainque. Il est important de s'en souvenir la prochaine fois que nous sommes face à la tentation du mauvais penchant...

3. Qui gouverne ? Pas qui vous pensiez

Une autre maxime traite de la question : qui est le véritable maître ? L'homme est-il naturellement enclin à suivre son cœur, ou bien est-ce le cerveau qui guidera sa route ? Rabbi Chnéour Zalman fait remarquer que c'est précisément le cerveau qui est le maître naturel de l'homme, pourvu que nous le lui permettions.

Extrait du chapitre 12 du Tanya :

« Le cerveau domine le cœur... de par sa nature et la constitution même de sa création : c'est ainsi que l'homme a été créé, de sorte que chaque homme peut, par la volonté qui est dans son cerveau, se retenir et maîtriser l'esprit de son désir dans son cœur. »

Cette maxime a de nombreuses implications, mais surtout elle restitue le pouvoir à sa place naturelle. Chacun et chacune d'entre nous peut dire à son cœur quoi ressentir. C'est entre nos mains.

4. L’aspiration à l’état de Bénoni (l’homme « intermédiaire ») 

Peut-être la maxime suivante (chapitre 14 du Tanya) est-elle le point culminant de tout le livre, que l'auteur a lui-même appelé « livre des Bénonim ». Elle se concentre sur la figure du Bénoni, non pas au sens plus connu de quelqu'un qui n'est ni l'un ni l'autre, mais comme un archétype que chacun peut imiter. 

« La mesure du Bénoni est la mesure de tout homme, et après elle tout homme est attiré. Car tout homme peut être Bénoni à chaque instant et à chaque heure, car le Bénoni n'a pas de répugnance pour le mal, ce qui relève du cœur et n'est pas constant, mais il s'écarte du mal et fait le bien, c'est-à-dire concrètement, en acte, en parole et en pensée, domaines où le libre choix, la capacité et la permission sont donnés à tout homme d'agir, de parler et de penser même à l'encontre du désir de son cœur et tout à fait contraire à lui. »

Résumons brièvement l'idée : le Bénoni est un homme qui n'a pas réussi à transformer sa personnalité. Le mauvais penchant est actif comme toujours et les tentations du monde lui font toujours de l'œil ; mais il a acquis une maîtrise totale de ses réactions aux divers stimuli. Selon les paroles de l'Admour Hazaken, chacun peut atteindre ce niveau.

5. Qui vaincra ? Ni les paresseux ni les lourds

Il semble que cette maxime n'ait besoin d'aucune introduction...

« Il faut faire connaître une grande règle : de même que pour vaincre dans une affaire matérielle, par exemple deux hommes qui luttent l'un contre l'autre pour se terrasser, si l'un est dans la paresse et la lourdeur, il sera facilement vaincu et tombera, même s'il est plus fort que son compagnon. Exactement de même pour la victoire sur le mauvais penchant : il est impossible de le vaincre dans la paresse et la lourdeur, qui proviennent de la tristesse et de l'engourdissement du cœur comme une pierre, mais seulement dans l'empressement qui provient de la joie, de l'ouverture du cœur et de sa purification de toute trace de souci et de tristesse dans le monde. » Cette maxime figure au chapitre 26.

6. Pour ceux qui cherchent le lien

Le chapitre du Tanya «ל”ב», en numérotation hébraïque, est le chapitre 32 (le chapitre 32 = ל״ב = Lamed-Beth, signifiant « cœur »), et il traite justement d'un sujet très lié au cœur : l'amour d'Israël. Comment parvenir à un amour véritable ? Rabbi Chnéour Zalman le dit en termes très directs :

« Ceux qui font du corps l'essentiel et de leur âme l'accessoire, il ne peut y avoir entre eux d'amour et de fraternité véritables, mais seulement un amour dépendant d'une chose précise. »

Tant que nous nous concentrons sur le corps, nos relations seront égoïstes et pleines d'intérêts. Celui qui veut atteindre un amour véritable et parfait doit se concentrer sur l'âme.

7. Pourquoi sommes-nous descendus dans le monde ?

Pourquoi et dans quel but l'âme entreprend-elle un voyage long, tortueux et dangereux ? Pourquoi est-elle descendue des plus hauts niveaux spirituels jusqu'en bas, tout en bas ? Il semble que si on le lui demandait, elle préférerait rester à l'abri sous le Trône de Gloire...

Mais le Créateur du monde avait d'autres projets (chapitre 37) :

« Voilà tout l'homme et le but de sa création et de sa descente dans ce monde : que Lui, béni soit-Il, ait une demeure dans les mondes inférieurs précisément. »

Il ne désire pas que des anges d'en haut Lui chantent leurs cantiques ; Il n'a pas voulu d'âmes, d'êtres spirituels jouissant de l'éclat de la Présence divine. Il voulait une demeure dans le lieu le plus bas qui soit, et vous avez deviné : c'est le monde dans lequel nous nous trouvons.

Alors, consacrons-nous à ce but...

Traduit d’un article de Rabbi Kaminker de Chabad.org