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Toucher, caresser le Kotel : est-ce vraiment indispensable ?

Rédigé le Mardi 3 Novembre 2026
La question de Anonyme

Bonjour Rav,

Lorsque je me rends au Kotel pour prier, je remarque que beaucoup de personnes tiennent absolument à toucher les pierres du Mur, parfois même à les caresser ou à y poser longuement leurs mains.

Je voulais savoir s'il y a une importance particulière à toucher le Kotel lorsqu'on prie sur place.

Est-ce une bonne pratique, voire une nécessité pour profiter pleinement de la Kedoucha (sainteté) du Kotel ? Ou peut-on tout simplement prier devant le Kotel, sans le toucher, sans rien perdre de la valeur de sa prière ?

Et aussi, ne serait-ce pas une adoration interdite ?

La réponse de Rav Gabriel DAYAN
Rav Gabriel DAYAN
45899 réponses

Bonjour,

L’envie de toucher le Kotel est tout à fait normale et compréhensible. Certaines personnes ressentent le besoin de poser leurs mains sur les pierres, comme une manière de se rapprocher davantage de cet endroit et de créer un lien plus intime avec lui et d'en ressentir plus profondément la sainteté. Il n'y a évidemment rien de mal à cela.

Mais surtout, il ne faut pas penser que si l'on ne touche pas les pierres du Kotel, on passe à côté de quelque chose ou que notre prière aurait moins de valeur. La sainteté du Kotel et les bienfaits spirituels que l'on peut en retirer ne dépendent pas du fait de toucher ou non ses pierres.

Le Kotel est un lieu où se trouve la Chekhina d'une manière toute particulière. C'est pourquoi les prières qui y sont récitées ont une dimension particulière et sont particulièrement propices à être agréées et sont particulièrement bien accueillies.

Explications :

1. Le Rambam, Hilkhot Beth Habe'hira, chapitre 2, Halakha 2, écrit que l'endroit où fut construit l'autel du Beth-Hamikdach est celui où Noa'h avait construit son autel après être sorti de la Téva, après le déluge.

Autrement dit, bien que Noa'h soit sorti de l'arche dans les montagnes d'Ararat, situées dans le nord-est de la Turquie actuelle, il entreprit un long voyage jusqu'à Yerouchalaïm, accompagné de nombreux animaux, de bêtes et d'oiseaux purs, afin d'y construire un autel et d'y offrir des Korbanot. Il parcourut donc, une distance importante, d'environ 1 200 kilomètres à vol d'oiseau pour y arriver !

A travers cet enseignement nous pouvons remarquer quelle est l'importance de cet endroit, même avant que le Beth-Hamikdach ait existé [et surtout sans toucher quoi que ce soit].

2. Plusieurs Midrachim [Tan'houma, Chémot, chapitre 10 ; Chémot Rabba, chapitre 2, passage 2 ; Midrach Téhilim, chapitre 11, 3-4 ; Yalkout Chimoni, Les Rois I, passage 195] posent une grande question : où se trouve la Chekhina depuis la destruction du Beth-Hamikdach ?

Plusieurs avis sont rapportés. Selon certaines opinions, la Chekhina s'est retirée vers les cieux, tandis que, selon d'autres, elle est restée à l'emplacement du Beth-Hamikdach où se trouvait le Hé'khal [non loin du Lotel]. Une troisième opinion affirme que la Chekhina n'a jamais quitté le Kotel !

Cette idée repose sur le verset du Chir Hachirim, chapitre 2, verset 9 : "Voici, il se tient derrière notre mur, il regarde par les fenêtres et observe à travers les ouvertures."

Cela signifie que, même si la Chekhina a quitté l'endroit le plus saint qui puisse exister, elle n'a jamais quitté le Kotel.

Plusieurs décisionnaires des dernières générations ont rapporté cet avis afin de construire des raisonnements Halakhiques, ce qui prouve qu'ils lui accordent une importance majeure.

3. Le Zohar [Michpatim, 116a] enseigne également que la Chekhina se trouve au Kotel. Il donne même une explication symbolique au mot "Kotel" : les lettres "Kouf" et "Vav" ont ensemble la valeur numérique de 106, tandis que le mot "Tel" du mot "Talpiyot", fait allusion à la notion de hauteur et d'élévation, qui désigne le lieu vers lequel tous se tournent pour prier.

Nous comprenons donc que le Kotel n'est pas simplement un site archéologique impressionnant, ni le reste d'une ancienne muraille appartenant à un batiment fabuleux. C'est un lieu où la Chékhina continue de résider jusqu'à nos jours.

Les prières du monde entier se dirigent vers cet endroit et y trouvent leur source de réception : https://www.torah-box.com/question/face-au-kotel-pourquoi-certains-prient-vers-la-gauche_97132.html

4. La Pessikta de Rav Kahana chapitre 5, "Ha'hodech Hazé" et le Midrach Chir Hachirim Rabba, chapitre 2, verset 4 expliquent également le verset : "Voici, il se tient derrière notre mur" en précisant qu'il s'agit du Kotel.

Le Midrach Chir Hachirim Rabba ajoute : "Pourquoi ? Parce que Hachem a juré qu'il ne serait jamais détruit."

Le Midrach explique les mots du verset : "Il [Hachem] regarde par les fenêtres" : grâce au mérite des Avot [Patriarches]. "Il [Hachem] observe à travers les ouvertures" : grâce au mérite des Imaot [Matriarches].

Autrement dit, même si le Beth-Hamikdach a été détruit, le Kotel, lui, ne disparaîtra jamais.

5. Le Midrach Bamidbar Rabba [Nasso, chapitre 11, passage 2] rapporte un enseignement similaire dans le cadre d'une description de la délivrance future. Il explique que seuls ceux qui continueront à croire, même lorsque tout semblera désespéré, mériteront d'assister à la Guéoula.

Il cite à nouveau le verset : "Voici, il se tient derrière notre mur."

Le Midrach explique qu'il s'agit du Kotel, qui ne sera jamais détruit, car "la Chekhina se trouve à l'ouest."

Il poursuit : "Il regarde par les fenêtres" : grâce au mérite des Patriarches. "Il observe à travers les ouvertures" : grâce au mérite des Matriarches.

De même qu'il existe une différence entre une fenêtre et une petite ouverture, il existe une différence entre le mérite des Patriarches et celui des Matriarches.

Nous apprenons donc, que, même lorsque tout semble indiquer qu'Hachem a abandonné le monde, et que nos yeux de chair ne nous laissent entrevoir aucune issue, la Chekhina demeure à l'ouest, au Kotel.

C'est de là que viendra la délivrance. C'est de là qu'Hachem continue de veiller sur le monde et de le diriger. Le mérite de nos ancêtres nous protège, même si Sa manière d'intervenir nous semble parfois aussi discrète qu'un regard à travers une fenêtre ou une petite ouverture.

6. Le Abrabanel sur Yécha'yahou, chapitre 38, verset 2, s'appuyant sur le Targoum Yonathan, explique un épisode de la vie du roi 'Hizkiyahou en nous montrant l'importance et la grandeur du Kotel.

Le roi 'Hizkiyahou tomba gravement malade, le prophète Yécha'yahou lui annonça qu'un décret d'Hachem avait été prononcé : il allait mourir. Le verset raconte alors que le roi tourna son visage vers le mur et pria Hachem. Sa prière fut exaucée, le décret fut annulé et il guérit.

Selon l'explication du Abrabanel, le mur vers lequel 'Hizkiyahou s'était tourné était le Kotel.

Tous ces enseignements nous permettent de comprendre l'importance exceptionnelle du Kotel, qui est un lieu où la Chekhina réside et où il est possible d'obtenir beaucoup de choses [sans toucher quoi que ce soit].

7. Le fils de l'auteur du Aroukh Laner [Binyan Tsion, volume 1, réponse 3] posa une question à son père.

Nos Sages enseignent [Talmud Yoma 21b] que cinq éléments présents dans le Premier Beth-Hamikdach manquaient dans le Second. Parmi eux figurait la présence de la Chekhina.

Comment peut-on alors affirmer que, depuis la destruction du Beth-Hamikdach, la Chekhina continue de résider au même endroit ?

Le Aroukh Laner pose une autre question : nous demandons dans nos Tefilot à Hachem : "Qui ramènera Sa Chekhina à Tsion ?"

Mais si, comme l'affirment les Midrachim et le Zohar, la Chekhina n'a jamais quitté Tsion, pourquoi demandons-nous qu'Elle y revienne ?

Pour répondre à ces questions, il rapporte une parabole intéressante. Il commence par rappeler ce qui est mentionné dans le Talmud Sanhédrin 39a : Rabban Gamliel se trouvait dans la maison d'un homme qui ne croyait pas en Hachem. Selon une autre version, il s'agissait de la maison de l'empereur.

Cet homme lui posa une question : "Vous affirmez que la Chekhina réside partout où se trouve un Minyan, un groupe de dix juifs réunis pour prier. Mais comment est-ce possible ? Il existe de très nombreux Minyanim dans le monde. Où la Chekhina peut-elle donc se trouver ?"

Rabban Gamliel réagit en donnant une petite tape dans le dos du serviteur de son interlocuteur et lui demanda, sur un ton de reproche : "Pourquoi le soleil entre-t-il dans la maison de ton maître ?"

Le serviteur ne comprit pas la question et répondit que le soleil éclaire le monde entier et que sa lumière pénètre dans chaque maison dès lors qu'une fenêtre ou une porte est ouverte.

Rabban Gamliel répondit alors à son interlocuteur : "Si le soleil, qui n'est qu'un parmi les innombrables serviteurs du Créateur, peut éclairer toutes les maisons, à plus forte raison le Créateur Lui-même peut-Il être présent dans chaque Minyan de juifs !"

Il ajoute que cette histoire renferme un enseignement profond : le soleil se trouve à environ 150 millions de kilomètres de la Terre. Pourtant, sa lumière parvient à éclairer chaque endroit qui ne lui est pas complètement fermé.

Il en va de même pour la lumière de la Chekhina : elle éclaire notre âme et peut se trouver partout. Mais son intensité dépend de notre capacité à la laisser pénétrer. Plus nous écartons les fautes et ouvrons les fenêtres de notre cœur, plus cette lumière peut entrer et se révéler avec force.

Il explique ensuite qu'il faut distinguer deux notions : le Kavod Hachem [la Gloire divine] et la lumière de la Chekhina.

Hachem n'est pas visible. Même les anges qui Le servent se demandent les uns aux autres : "Où se trouve le lieu de Sa Gloire."

Dans le Premier Beth-Hamikdach, un événement exceptionnel se produisit : Hachem fit résider Sa Chekhina et Sa Gloire entre les deux barres de l'Arche sainte.

Cette manifestation de la Chekhina n'existait déjà plus dans le Second Beth-Hamikdach. Elle reviendra prochainement avec la venue de Machia'h.

Mais, même lorsque cette manifestation visible et particulière de la Chekhina a disparu, une lumière spirituelle continue de rayonner depuis sa source, et atteint tous les endroits où rien ne l'empêche de se révéler.

Certains lieux sont comme des pièces dont les fenêtres sont fermées : la lumière ne peut pas y pénétrer. Mais dès que les obstacles sont retirés, elle entre. Et plus on ouvre les fenêtres, plus la lumière devient intense.

C'est dans ce sens qu'il faut comprendre le verset : "Toute la terre est remplie de Sa Gloire."

La lumière d'Hachem, dont la source reste cachée, se trouve partout où aucun obstacle ne l'empêche de se révéler. Son intensité varie d'un endroit à l'autre. On peut comparer cela à la lumière du soleil : à midi, elle éclaire le monde entier, à l'exception d'une pièce totalement fermée dont les volets sont baissés. Plus on ouvre les fenêtres, plus la lumière s'y trouvera.

De même, lors d'une prière organisée avec un grand nombre de personnes, la lumière de la Chekhina peut se manifester avec une grande intensité. Bien entendu, il existe également une différence entre celui qui vit constamment avec une vraie Emouna et celui qui n'a pas encore atteint ce niveau.

Le Aroukh Laner explique ainsi les paroles des Midrachim et du Zohar : même depuis la destruction du Premier Beth-Hamikdach, alors que la manifestation particulière de la Chekhina s'est retirée, Sa lumière continue de rayonner avec une intensité particulière au Kotel.

Même lorsque des obstacles et des perturbations existent, cette lumière continue de nous influencer.

C'est pourquoi, depuis de nombreuses générations, on a toujours cherché à se rendre dans ce lieu Kadoch pour y prier.

8. Le Rikanti sur Chémot, chapitre 15, verset 1 rapporte lui aussi que la Chekhina n'a jamais quitté le Kotel. Il explique que depuis cet endroit qu'Hachem veille sur les hommes et juge le monde enntnier.

Rabbi Its'hak Farhi [un grand Kabbaliste], dans son ouvrage Tov Yerouchalayim, ainsi que Rabbi Moché 'Haguiz, dans son livre Sfat Emet, affirment que les prières récitées au Mur occidental ne restent jamais sans réponse [bienentendu, à condition que l'on ne fasse rien qui puisse empêcher d'être exaucé].

9. Le 'Hida lui-même composa des prières à réciter au Kotel. Il y demande à Hachem de réaliser la promesse formulée par le roi Chlomo lors de l'inauguration du Beth-Hamikdach : que toute prière adressée à Hachem en direction du Beth-Hamikdach soit entendue et accueillie favorablement.

Le 'Hida conclut que sa propre prière fut agréée par Hachem.

10. Pour des détails concernant le Kotel, cliquez sur ces liens :

https://www.torah-box.com/question/toucher-le-kotel-permis_45015.html

https://www.torah-box.com/question/face-au-kotel-pourquoi-certains-prient-vers-la-gauche_97132.html

https://www.torah-box.com/question/comportement-a-avoir-au-kotel_5968.html

Nous sommes à votre disposition, Bé’ézrat Hachem, pour toute question supplémentaire.

Qu'Hachem vous protège et vous bénisse.

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