L'histoire suivante est rapportée dans le premier livre du Maguid de Jérusalem, Rav Chalom Shwadrone zatsal (ce livre n'a pas été traduit en français, et a été écrit en anglais par Rav Pessah Krohn) : 

Il y a de nombreuses années, juste avant la première guerre mondiale, vivait à Moscou un jeune garçon qui s'appelait Haïm Shaya. 
 
Il avait un professeur particulier, qui lui enseignait des Michnayot. 
 
Pour le motiver à les apprendre et à les réviser, son grand-père lui avait promis un beau cadeau s'il les connaissait bien. 
 
Haïm Shaya avait un ami, Pin'has Chalom, qui étudiait aussi avec le même professeur. Et lorsque le grand-père de Pin'has Chalom a entendu ce que celui de Haïm Shaya a promis à son petit-fils, il a décidé d'en faire de même avec le sien : lui acheter un beau cadeau s'il connaissait bien les Michnayot. 
 
Les deux garçons ont appris les Michnayot. Il les ont révisées puis récitées. Et chacun a reçu son cadeau : Haïm Shaya a reçu une belle paire de bottes ; et Pin'has Chalom, un beau pull. 
 
Ces deux éléments étaient tellement nécessaires pour supporter le froid glacial du pays dans lequel ils vivaient ! 
 
Alors que chacun portait sur lui son cadeau, Haïm Shaya et Pin'has Chalom ont rencontré un de leurs amis. 
 
C'était Shayké, qui vivait seul avec sa maman dans une maison extrêmement inconfortable. Le froid y entrait, l'humidité s'y infiltrait... Mais ils étaient très pauvres, et Shayké devait donc, entre autres, se vêtir de haillons ; et il portait les mêmes depuis plusieurs mois... 
 
D'un commun accord, Haïm Shaya et Pin'has Chalom ont décidé de donner tous les deux leur cadeau à Shayké : Haïm Shaya a enlevé ses bottes, Pin'has Chalom a enlevé son pull ; et ils les ont tous les deux offerts à Shayké, pour qu'il puisse affronter l'hiver. 
 
Celui-ci était tellement heureux !
 
Il a couru chez sa mère, lui raconter ce qu'il s'était passé. 
 
Lorsque Haïm Shaya est rentré chez lui, il avait les pieds bleus de froid. Sa mère n'a évidemment pas apprécié le fait qu'il ait marché sans bottes dans la neige, ni le fait qu'il ait offert les précieuses bottes qu'il venait de recevoir. 
 
Peu après, Haïm Shaya a attrapé une pneumonie. Après quelques semaines lors desquelles sa vie était en danger, il s'est baroukh Hachem rétablit. Et peu après son rétablissement, il a entendu que la mère de son ami Shayké était décédée. 
 
Shayké s'est retrouvé seul, sans famille. 
 
Haïm Shaya a demandé à son père s'ils pouvaient accueillir Shayké dans leur maison, mais celui-ci n'a pas accepté, car la maison était déjà bien trop petite pour la famille nombreuse qu'ils étaient ; et il était tout simplement impossible d'y faire dormir une personne supplémentaire. 
 
Le père de Haïm Shaya a cependant dit à son fils : "Je veillerai à ce que Shayké ait chaque jour à manger et où dormir". 
 
Cela n'a pas satisfait Haïm Shaya, qui a continué à insister lourdement pour que Shayké vienne habiter chez eux. 
 
A un moment, le père de Haïm Shaya, excédé, a dit à son fils : "Si tu veux tellement que Shayké ne soit pas seul, tu n'as cas aller dormir avec lui à la ézrat nachim !". 
 
Aussitôt dit, aussitôt fait ! 
 
Haïm Shaya a couru annoncer à Shayké : "A partir d'aujourd'hui, je dors avec toi dans la ézrat nachim !". 
 
Shayké n'en revenait pas : comment son ami était-il prêt à renoncer à sa famille et au confort de sa maison, et à dormir dans la ézrat nachim avec des vagabonds, juste pour lui ?! 
 
Chaque soir, les deux amis s'abritaient sous la couverture que Haïm Shaya avait apportée. Ils discutaient longtemps ensemble, puis s'endormaient. 
 
Lorsque la première guerre mondiale a éclaté, la ézrat nachim a été fermée. Haïm Shaya est retourné chez lui, et Shayké est parti habiter en Amérique du Sud, avec de la famille lointaine.
 
Soixante ans plus tard, Shayké (qui était devenu un homme d'affaires prospère) est allé, pour la première fois de sa vie, en Israël. 
 
Le soir de Ticha Béav, il est allé au Kotel, et y a vu de nombreuses personnes assises parterre, et qui pleuraient la destruction du Beth Hamikdash. 
 
Parmi les voix des personnes présentes, il en a distinguée une qu'il connaissait particulièrement bien, et qui lui rappelait un souvenir très lointain... Encore plus lointain que son immigration en Amérique du Sud... 
 
En voyant le visage duquel cette voix provenait, Shayké a reconnu son ami de Russie, qui lui avait tant apporté par sa présence le soir dans la ézrat nachim : Haïm Shaya ! 
 
Après quelques instants, Haïm Shaya s'est rappelé lui aussi de son ami d'enfance. Et c'est évidemment avec beaucoup d'émotion qu'ils se sont retrouvés, ce soir de Ticha Béav. 
 
Haïm Shaya a une famille nombreuse, et des difficultés à assumer toutes les dépenses qu'elle implique. 
 
Shayké est un riche homme d'affaires, qui n'oubliera jamais ce que son ami a fait pour lui, en le soutenant lors de sa terrible solitude lorsqu'il était enfant...
 
A compter de ce jour, il prend sur lui d'aider Haïm Shaya, qui reçoit chaque mois un chèque de sa part. 
 
Hachem a choisi de faire en sorte que ces deux amis se retrouvent précisément à Ticha Béav, comme pour nous dire : 
 
"En vous disputant, vous amenez sur vous la tristesse du 9 Av. Et lorsque vous vous aimez et êtes sensibles à autrui, le 9 Av devient un jour de joie et de retrouvailles". 
 
Qu'il en soit ainsi très bientôt ! 
 
Retranscription : Léa Marciano