L’alliance entre le peuple d’Israël et le Créateur transcende le temps, et s’inscrit dans le devenir de l’Histoire. Cette alliance existe depuis plus de 3 millénaires, et reste la base de l’explication du devenir de l’humanité. Cette alliance commencée avec Avraham se perpétue jusqu’à aujourd’hui ainsi qu’il est écrit : « Il n’abandonnera pas Son peuple ».
Il est intéressant de relier trois termes hébraïques à cette dimension. Trois termes – de deux lettres chacun – résument les moments de l’Alliance et sont reflétés par les trois Patriarches, Avraham, Its’hak et Ya'akov. Ces trois termes synthétisent l’Alliance. Ces termes sont : נא (Na) qui implique une introduction suppliante, une entrée en matière. Le deuxième terme est כן (Ken) qui traduit la confirmation positive de l’Alliance, et le troisième terme est על (‘Al) qui exprime l’élévation permanente de l’Alliance. Trois temps qui méritent chacun une réflexion, maillons de la chaîne qui maintient le peuple d’Israël depuis l’Antiquité.
D’abord, le terme Na implique une demande qui n’est pas encore réalisée. (C’est pourquoi ce terme signifie aussi : « à moitié cuit », non encore cuit.) C’est une demande qui désire une réponse. Avraham utilise quatre fois le terme Na dans sa prière à l’Éternel pour Sodome (Beréchit 18.3,4 ; 26.30, 31, 32). Avraham symbolisait ce désir, cette introduction : debout devant l’Éternel, il grimpe la montagne escarpée qui doit le guider vers le haut. Debout (‘Amad) est le terme employé par Avraham et montagne est le nom qu’il donne à l’endroit où il devait sacrifier son fils. C’est, avec lui, la première étape de l’Alliance.
Its’hak, lui, réagit de façon positive, quand il a compris qu’il était l’objectif du sacrifice. Il dit Ken (oui) en y allant avec son père. Sa foi est profonde, comme une graine qui, plantée dans le sol, va s’élever en un arbre. Le mot employé pour sa prière est Si’ha - qui exprime à la fois « petit arbre », mais aussi « parole » (Si’ha). Le lieu de la prière est le « champ » qui symbolise sa foi que de la graine, va sortir un arbre. C’est la deuxième étape, la germination de l’alliance, qui symbolise une acceptation « positive », étape nécessaire après l’effort premier d’Avraham.
Mais celui qui « maintiendra » l’Alliance, c’est Ya'akov qui détient la clé de la maison, terme qu’il utilise pour dire : « la maison du Ciel ». Comprenons ainsi le terme employé pour la prière Péguia (rencontre intime avec le Créateur). Pour lui, le mot ’Al exprime la direction de l’Alliance, son but : construire une maison (’Al – sur) élevée par le Tout-Puissant. Pour lui, l’Alliance est la spécificité du peuple, et il s’intitulera Israël. L’Alliance n’est pas à l’extérieur – comme la montagne ou le champ – mais traduit la réalité spirituelle d’Israël, sa supériorité morale. Il va construire, avec ses 12 enfants, l’identité juive, car il a « rencontré » à plusieurs reprises l’Éternel, dans ses prières. C’est lui qui reviendra en Erets Israël, après Lavan, mais c’est également le début de l’exil, car il vivra la fin de sa vie en Égypte, où naîtra le peuple juif, et cette naissance est la préparation à l’Alliance du Sinaï, perpétuant l’Alliance des patriarches jusqu’à l’arrivée de la Guéoula, la délivrance.
Les trois vocables – Na, Ken, ‘Al – les trois lieux, les trois termes de la prière doivent s’appliquer à notre époque, plus que jamais. Les verbes utilisés pour la prière des patriarches, pour le lieu de la prière devraient être un phare pour notre époque. L’alliance avec la transcendance doit donner un objectif dans une époque trop « mécanisée ». Ouvrons les yeux sur les dimensions d’une Alliance avec le Créateur. Les souffrances de notre époque doivent être un puissant levier pour faire régner une spiritualité nécessaire pour la venue de l’époque messianique.



