Question : “Je constate que j'agis souvent de manière impulsive, sans prendre le temps de réfléchir. Pourtant, je souhaite sincèrement bien faire, mais je commets régulièrement des erreurs qui ont des conséquences dans ma vie familiale et dans mes relations avec les autres. Je voudrais changer mais je retombe sans cesse dans les mêmes schémas…”

Réponse du Rav Boyer :

Il est écrit dans la  paracha de Choftim : « Tu établiras des juges et des policiers à toutes tes portes. » Nos Sages expliquent que l'homme est un « monde en miniature » et que ces juges et ces policiers existent également en chacun de nous. Les premiers commentateurs rapportent que, dans le cerveau humain, il existe une zone appelée « le juge » et une autre appelée « le policier ». Le juge est responsable de la réflexion : c'est lui qui donne son accord avant qu'une action ne soit entreprise. Le policier, quant à lui, est chargé de l'exécution concrète de cette action : c'est lui qui décide si elle sera effectivement réalisée ou non.

Ces deux zones sont actives dans le cerveau de l'homme. Entre elles existe une sorte de « bras » dont le rôle est de relier la partie du cerveau qui réfléchit et juge à celle qui prend les décisions et les met en œuvre. Ce « bras », c'est le daat – la faculté de relier la pensée à l'action. C'est à ce sujet que nos Sages ont déclaré : « Si tu manques de daat, qu'as-tu donc acquis ? Mais si tu possèdes le daat, que te manque-t-il ? » (Tan'houma, Vayikra 1).

En règle générale, ces deux zones fonctionnent harmonieusement grâce au daat qui les relie. Cependant, chez certaines personnes, l'une de ces zones fonctionne moins bien. Elles sont alors confrontées à des difficultés telles que l'impulsivité ou l'hyperactivité. Il en va de même pour de nombreux enfants souffrant de troubles de l'attention : chez eux, la partie du cerveau correspondant au « juge » est moins active. 

Nous avons reçu un jour la lettre d'un homme qui avait beaucoup souffert de ces difficultés durant son enfance. Il décrivait avec beaucoup de justesse ce qu'il ressentait. Par exemple, si un verre se trouvait sur la table et qu'il le faisait tomber en le cassant, il ne se rendait pas réellement compte de ce qu'il venait de faire. Ce n'est qu'après avoir entendu le verre se briser qu'il prenait conscience qu'il y avait, quelques instants auparavant, un verre posé sur la table. Il en allait de même lorsqu'il bousculait un camarade qui tombait au sol : ce n'est qu'après la chute qu'il réalisait que son ami se trouvait devant lui… et que c'était lui qui l'avait fait tomber. Dans une telle situation, le « policier » agit sans avoir reçu l'autorisation du « juge », parce que cette partie du cerveau est insuffisamment active. 

En conséquence, ces enfants essuient souvent de nombreuses critiques. Leur entourage les comprend mal, ce qui engendre chez eux une profonde frustration. En réalité, parce que certaines zones de leur cerveau fonctionnent moins efficacement, ils agissent avec une très grande rapidité, sans prendre le temps de réfléchir. Ils ne perçoivent pas vraiment ce qu'ils sont en train de faire ni les conséquences de leurs actes. Et cela leur coûte cher, à eux-mêmes comme à leur entourage. 

C'est précisément ici que la Torah nous adresse son enseignement : « Tu établiras pour toi des juges et des policiers à toutes tes portes. » La Torah nous enseigne que, selon la vision juive, le cerveau de l'homme est capable d'évoluer et de se transformer. Il est constitué d'un nombre immense de cellules. Certaines meurent tandis que d'autres naissent et prennent leur place. L'homme possède ainsi la capacité d'opérer de profonds changements au sein même de son cerveau.

Lorsque l'on souhaite développer une aptitude ou stimuler une région particulière du cerveau, il faut y porter une attention consciente et commencer à la renforcer. Prenons un exemple : lorsqu'une personne souffre d'une douleur à un endroit précis de son corps, elle consulte un kinésithérapeute. Celui-ci lui demande d'effectuer des mouvements qui, justement, provoquent de la douleur. En réalité, cette douleur est un message envoyé par le cerveau, qui s'oppose à l'exécution du mouvement. Mais si la personne persévère malgré la douleur, elle « éduque » progressivement son cerveau à accomplir ce mouvement malgré l'inconfort. Peu à peu, le cerveau s'y habitue... et la douleur finit par disparaître. 

Il en est de même pour la région du cerveau que nous avons appelée le « juge ». Il n'y a pas d'autre solution : il faut l'exercer. Cela demande un effort, ce n'est pas toujours agréable, mais c'est indispensable. En revanche, ce travail ne doit pas être entrepris lorsque la personne est déjà sous pression, emportée par ses émotions ou confrontée à une épreuve. Il doit se faire dans des moments de calme et de sérénité. Plusieurs fois par jour, avant d'accomplir un geste habituel, la personne doit s'entraîner à réfléchir quelques instants avant d'agir. Comme l'écrit le Ramban à son fils dans sa célèbre lettre : « Réfléchis à tes paroles avant de les prononcer. » Il s'agit tout simplement de faire travailler le « muscle » de la réflexion et de le renforcer. 

Tel est le sens du verset : « Tu établiras pour toi des juges et des policiers. » « Pour toi », c'est-à-dire en toi-même. Avant chacune de ses actions, l'homme doit d'abord réfléchir, obtenir l'approbation du « juge », puis seulement laisser le « policier » passer à l'action. Avec le temps, lorsqu'une personne s'habitue à réfléchir avant d'agir, elle réveille progressivement cette région du cerveau chargée du discernement et la rend pleinement opérationnelle. Ainsi, même dans les situations de tension, d'émotion ou d'impulsivité, cette nouvelle habitude continue de la protéger. Avec l'aide du Ciel, elle lui permet d'agir avec davantage de justesse et de maîtrise. 

Elle doit simplement prendre l'habitude, plusieurs fois par jour, de marquer un temps d'arrêt avant chacun de ses actes. Avant la prière, elle doit réfléchir devant Qui elle se tient. Avant de manger, elle doit penser au but et au sens de cet acte. Si elle souhaite demander quelque chose à une autre personne, elle doit d’abord réfléchir à ce qu'elle veut réellement obtenir et à la meilleure manière de le formuler. En exerçant ainsi cette faculté de réflexion, cette personne stimulera progressivement cette région de son cerveau qui, peu à peu, « reprendra vie » et retrouvera son fonctionnement normal…