Les critiques sont censées être constructives, mais il ne faut absolument pas les prendre trop à cœur. Il est bien d’y penser, de vérifier si elles sont fondées et si elles peuvent aider à s’améliorer et à évoluer. Cela ne vaut toutefois pas la peine de se sentir blessé, car dans ce cas, ces remarques nous affaiblissent, voire nous dépriment, nous démotivent et nous brisent… 

Il faut remettre les critiques en perspective, car peu importe ce que l’on fera, il y aura toujours des gens qui auront à redire. 

Un jeune homme commit une bêtise, et ne s’en sortait pas. Le problème prit de telles proportions que la chose fut portée aux oreilles des médias. Le jeune homme se rendit chez son Rav, démoralisé et malheureux, et lui raconta qu’il était enfermé chez lui depuis que l’histoire s’était répandue. Il avait peur de sortir dans la rue, redoutant les critiques et les réactions des gens. Le Rav le rassura : « Tu n’as pas de quoi avoir peur. Si tu veux, tu peux attendre quelques jours jusqu’à ce que passe leur colère, mais ne crains rien et ne te vexe pas de ce que les gens disent. Pourquoi ? Pour deux raisons essentielles. Premièrement, les étiquettes changent très vite, dans quelques jours, quelque chose ou quelqu’un d’autre sera leur nouveau sujet de conversation. Deuxièmement, peu importe ce que tu feras ou diras, il y a toujours des gens qui auront quelque chose à dire. » 

Pour illustrer ses paroles, le Rav lui parla de l’ancien fait populaire, connu sous plusieurs versions : 

Il y a de cela plusieurs années, un jeune homme de la campagne, simple et bon, se maria avec une jeune femme de la campagne, intègre, gentille. Une semaine après le mariage, les jeunes mariés voulurent rendre visite à leurs parents et décidèrent pour cela de prendre leur âne. Au début, la femme s’assit sur l’âne et l’homme les tirait tous les deux. Les passants les regardaient, grimaçaient, puis murmuraient : « Regardez, déjà dès le début, elle l’éduque… Il tire comme un âne et elle est assise comme une reine… » Le mari entendit les remarques qui firent leur chemin vers son cœur. Il suggéra à sa femme d’échanger de place. Il s’assiérait sur l’âne et elle le tirerait. La femme accepta. 

Quelques minutes plus tard, des regards coléreux se tournèrent vers eux. « Il s’assied sur l’âne comme un prince, et la jeune mariée doit le tirer ?! Comment est-ce possible ? Est-elle une domestique ? Il devrait avoir honte ! » Le mari entendit cela et s’en offusqua. Il demanda à sa femme de monter aussi sur l’âne. Tous deux se félicitèrent alors d’avoir satisfait tous les avis. 

Soudain, ils s’aperçurent que les gens les dévisageaient avec colère. « Vous n’avez pas honte ?! », cria un passant. Un autre lança : « Vous faites souffrir les animaux ! » Au départ, les mariés ne saisirent pas le reproche, jusqu’à ce qu’ils réalisent que les gens autour parlaient de la souffrance du pauvre âne qui portait deux personnes, de surcroît, plutôt fortes ! Lorsque le mari comprit le sujet de leurs critiques, il descendit immédiatement de l’âne et enjoignit sa femme à en faire autant. Ils soulevèrent l’âne et le portèrent sur leur dos. Sans surprise, très rapidement, les passants ricanèrent : « Vous avez vu, on dirait trois ânes… »

Moralité : 

Peu importe ce que l’on fait, il y aura toujours des gens pour critiquer. Si on essaye de trop faire plaisir aux autres, cela risque de vite tourner au ridicule. On peut se tromper, cela arrive à tout le monde. Il se peut que l’on parle de nous dans notre dos, et peut-être même en face de nous. 

Malgré tout, on ne se sentira pas brisé. On fera tout notre possible pour réparer notre erreur et en assumer les conséquences. Hachem nous a donné la possibilité de réparer et de nous repentir. D’autres jours restent à venir et finalement, tout passera. Qu’en est-il de ce que l’on a dit de nous et des remarques qu’on nous a faites ? Comme on l’a dit, on essayera de ne pas s’en offenser ni de se démotiver.

La force d’un objectif authentique

En réalité, pour continuer à agir, à réparer et à construire, il faut de la force. Quelle est la vitamine de l’âme qui peut insuffler beaucoup de force ? Un but authentique ! 

Lorsqu’un homme a un but vrai à atteindre, dans lequel il croit, il développe de grandes forces pour avancer, renouveler et construire.

Le sauvetage en valait la peine… 

Un jeune homme fut emporté par une tempête en mer. Un homme sauta dans les eaux tumultueuses et lui sauva la vie. Après s’être remis de cet incident difficile, le jeune homme déclara avec émotion : « Comment pourrais-je vous remercier ? Vous m’avez sauvé la vie ! » Le sauveteur regarda le jeune homme dans les yeux et lui dit : « Fais en sorte que ta vie vaille la peine d’avoir été sauvée… » 

« Il existe une preuve vérifiée et attestée dans toute l’histoire universelle. Tous les grands, les gens actifs et aventureux, les artistes et entrepreneurs, du domaine de la politique à celui du spirituel et du développement des sciences, tous connurent la grandeur et la réussite non grâce à leur intelligence, mais essentiellement grâce à leur immense et puissante volonté d’atteindre leur but et de réaliser leurs rêves. Ce même don de soi, cette authenticité, placés au service de leurs idées et de leurs croyances. Ce qui n’est pas le cas de tous les autres savants dont l’intelligence ne leur octroya pas une telle évolution et une telle réussite. » (Torat Hanéfech, Rav ‘Haïm Zeitsik, p. 395) 

Une sorte d’examen 

Un jeune Rav fut nommé à la tête de la Rabbanoute de Hambourg. 

Dès son premier jour, le travail qui l’attendait n’apparut pas si simple. Une femme dont l’apparence témoignait de sa pauvreté vint le voir et lui demanda d’attaquer en jugement au tribunal rabbinique l’homme le plus riche de Hambourg, qui se trouvait être également, par hasard, l’homme le plus redoutable de la ville. Le jeune Rav écouta attentivement la requête de la dame. Bien que ce fût son premier jour à la Rabbanoute et que son poste n’était pas encore stable, et bien que l’accusé soit un homme de grande influence, le Rav enregistra sa demande et fixa une date de jugement. 

Mais la femme ne se suffit pas de cela. « Rav, cela ne peut pas attendre », le pressa-t-elle. « Il faut convoquer l’homme en question au tribunal rabbinique aujourd’hui ! » « Aujourd’hui ! », s’étonna le Rav. « Pourquoi donc ? Ce n’est pas le temps requis habituel ! » 

La femme expliqua la raison de son étonnante demande et le Rav analysa ses dires. Il était d’accord avec elle, il fallait procéder au jugement ce même jour. Le Rav appela immédiatement le bedeau du tribunal, et lui ordonna : « Rends-toi chez tel riche et dis-lui que le Rav demande qu’il vienne au tribunal sur-le-champ, car telle dame l’attaque en Dit Torah, ce qui doit être fait aujourd’hui ! » 

Le bedeau prit peur. Comment pouvait-il sommer l’homme le plus redouté de la ville au tribunal rabbinique ? Et qui plus est, immédiatement ?! Il tenta de se défaire de la mission oppressante et impossible selon lui, mais le Rav refusa toute excuse et complainte. Il expliqua au serviteur que du fait que le jugement devait se dérouler ce jour même, le notable devait se hâter. Il n’y avait pas d’autre possibilité ! 

« Rav », implora le serviteur découragé, « Si le Rav tente d’obliger cet homme à venir au jugement rabbinique, il va… », le serviteur se racla la gorge d’embarras, mais poursuivit : « cet homme, connu pour sa dureté, fera en sorte que le Rav ne soit plus Rav ici… » 

Le Rav fixa son serviteur du regard et déclara : « Quand bien même ! » Apeuré, tremblotant, le chargé du tribunal se rendit vers la demeure du riche, mais à son arrivée à la magnifique résidence, il s’arrêta. Il ne se sentait pas capable d’entrer et de transmettre les paroles de son maître. Il savait que cet homme détenait un grand pouvoir et des liens étendus et hauts placés dans toute la ville. Un seul mot de sa part pouvait lui faire quitter la ville et le forcer à prendre ce qu’on voudrait bien lui donner, car toutes les portes se fermeraient à lui. 

Le serviteur du tribunal tourna en rond près de la maison du riche. Il espérait que l’homme sorte de chez lui pour une quelconque raison, et que le courage lui vienne de s’adresser à lui. Combien de tours ne fit-il pas devant la résidence, mais l’homme n’en sortit pas. Il réalisa alors qu’il n’avait pas le choix. Il inspira profondément et tapa à la porte du notable. Lorsque le serviteur transmit à l’homme le message du nouveau Rav de la ville, ses mains tremblaient et il bégayait de peur. 

« Que dis-tu ?! Le nouveau Rav exige que je vienne au tribunal rabbinique, car une certaine femme m’attaque en jugement… ni plus ni moins ? » Le serviteur trembla de plus belle, et ressentit un profond malaise.

« Très bien », concéda l’homme finalement, « transmets au nouveau Rav en mon nom, qu’avec l’aide de D.ieu, Bli Néder, dès que j’aurai un peu de temps disponible, peut-être dans la semaine ou les deux semaines à venir, ou maximum dans un mois ou deux, j’irai le voir pour m’entretenir du sujet. » 

Le serviteur inspira pleinement en sortant de la fosse aux lions. Il retourna chez le Rav avec la réponse de l’homme. « Retourne chez lui », ordonna le Rav à son grand regret, « et dis-lui qu’il doit venir ici, au jugement, maintenant ! Dans l’heure ! L’affaire ne peut attendre. » 

Le bedeau, terrorisé, essaya d’expliquer au Rav que le poids de cet homme et son pouvoir dans tous les domaines étaient connus en ville. En revanche, la plaignante, insinua le serviteur, n’a ni argent, ni pouvoir, ni même de relations importantes. Aussi, peut-être le Rav souhaitait-il, en raison du temps imparti, reconsidérer d’adoucir un tant soit peu sa façon de procéder, qu’il n’exécute pas la loi, et qu’il n’exige pas du riche de venir au jugement aussitôt. 

Le serviteur n’eut pas le temps de finir l’exposé de ses arguments que le Rav le mit en garde : « Ne faites point, en justice, acception de personne », même au sujet de cet homme puissant il est dit : « Il ne faut s’éloigner de la vérité et de la justice devant aucun homme, quelle que soit sa richesse. » 

Le bedeau perdit toute contenance, mais la tâche lui revenait, et à son grand regret, il retourna chez le riche. Tout son corps tremblait et son front ruisselait de sueur. Il parvint difficilement à transmettre l’objet de sa venue commandé par le Rav, que l’homme vienne le voir en jugement aujourd’hui, dans l’heure ! Le notable perdit patience et se mit à crier que le Rav osait le convoquer ce jour une nouvelle fois, il devrait chercher un autre endroit où exercer sa fonction de rabbin… 

Le bedeau retourna chez le Rav et lui rapporta les paroles du notable. Il supplia le Rav de penser à lui et à sa famille et de ne pas lui ordonner d’y retourner. « Il ne peut rien faire à la femme qui lui intente un procès », murmura le serviteur, « mais D.ieu sait ce qu’il peut faire, si seulement il le décide ! » 

Le jeune Rav resta solide comme un roc. Il expliqua au bedeau : « Un Rav doit toujours faire ce qui est juste selon l’esprit de la Torah, sans avoir peur et sans craindre un homme. Si ce qui est juste est de convoquer cet homme aujourd’hui, c’est ce que je dois faire ! » Le Rav attendit que ses paroles pénètrent le cœur du serviteur, puis lui ordonna : « Va pour la dernière fois chez le notable, et dis-lui que s’il n’arrive pas dans le temps qui lui est imparti, il sera exclu de la communauté ! » 

L’âme du serviteur faillit quitter son corps. Il ne se sentait pas capable d’émettre de tels mots face au notable. Toutefois, courageusement, le bedeau prit la route. Il s’empressa de faire passer le message du Rav puis s’enfuit sans demander son reste. Quelques minutes plus tard, le notable se présenta à la maison du Rav. Le visage rayonnant, un sourire aux lèvres, il lui tendit la main et lui dit : « Félicitations, Rav, félicitations ! » 

Surprise générale, même la « misérable » femme qui demandait à poursuivre l’homme en justice se joignit à lui et transmit au Rav ses félicitations. Que se passait-il ? Tous étaient étonnés. Le riche se tourna vers le Rav et expliqua : « Cette femme n’intente aucun procès et je ne suis pas l’accusé. Il n’y a aucun jugement. Nous avons tout mis en scène afin de vous mettre à l’épreuve. Nous voulions vérifier si vous étiez digne d’être le Rav de notre ville. Du fait de votre jeunesse, nous craignions que vous soyez intimidé par des gens puissants et que vous ne vous en teniez pas à la vérité devant des personnes de pouvoir et d’influence. Rav, vous n’avez pas bougé d’un cil de la vérité et de la justice, même face aux menaces des plus redoutables. Vous êtes apte à exercer en tant que Rav de notre ville ! Félicitations, Rav, félicitations ! » (Selon Madrégat Haadam, p.11) 

Que serait-il advenu si le Rav avait redouté la critique et avait agi en fonction ? Il aurait tout perdu, tant la droiture que son poste…