Aujourd'hui, ce blog est un peu différent.
D'habitude, je vous raconte les aventures de Sheyna, les joies, les défis, les petites victoires de notre vie avec une petite fille extraordinaire, porteuse de trisomie 21. J'essaie d'y glisser un peu d'humour, parce qu'entre les rendez-vous médicaux, les séances de rééducation et les couches, il vaut mieux savoir rire... sinon, on finit par demander un abonnement à vie chez le psychologue.
Mais aujourd'hui, je voudrais simplement dire un mot.
Merci.
Enfin… « simplement ». Vous me connaissez. Chez moi, un merci finit toujours par faire un article.
Aujourd'hui, cet article est dédié à Guéout.
Une jeune 'Hayelet (soldate) de 20 ans, engagée dans la marine israélienne. Une future capitaine.
Pendant ses vacances, avant de repartir naviguer, elle avait proposé de venir jouer de temps en temps avec Sheyna.
C'était le programme.
Sauf que le cœur, lui, n'a jamais très bien su suivre les programmes.
Elle s'est attachée à ma fille.
Et Sheyna s'est attachée à elle.
Alors les « de temps en temps » sont devenus « presque tous les jours ».
Elle l'a emmenée à la piscine.
Au parc.
Faire du sport.
Découvrir de nouvelles choses.
Rire.
Courir.
Grandir.
Et les jours où nous avions un rendez-vous médical, elle venait nous chercher avec sa voiture. Elle m'évitait les taxis, les correspondances, les poussettes à plier dans tous les sens et les journées qui commencent déjà par un marathon avant même d'arriver chez le médecin.
Je ne sais pas si Guéout réalise ce qu'elle nous a offert.
Du temps.
Du répit.
Des sourires.
Et à une maman fatiguée, c'est parfois le plus beau des cadeaux.
Mais Guéout n'est pas la seule.
Depuis un an, Sheyna est entourée d'une équipe extraordinaire.
Ses orthophonistes.
Sa kinésithérapeute.
Sa diététicienne.
Sa Ganenet.
Notre assistante sociale, toujours à chercher comment nous aider un peu plus.
Toutes ces femmes ont accompagné Sheyna avec un amour, une patience et un dévouement incroyables.
Elles n'ont jamais vu un diagnostic.
Elles ont vu une petite fille.
Une petite Néchama.
Une enfant d'Hachem.
Et puis il y a les mamans du Mahon.
Celles que je croisais dans les couloirs.
Celles qui couraient d'un rendez-vous à l'autre.
Celles qui applaudissaient le moindre progrès de leur enfant comme s'il venait de recevoir le prix Nobel.
Parce que oui, chez nous, un nouveau son, un pas de plus ou une cuillère tenue toute seule méritent largement une standing ovation.
Et j'ai appris à les connaître.
La plupart ne sont pas religieuses.
Nous ne nous habillons pas de la même manière.
Nous ne vivons pas toujours notre judaïsme de la même façon.
Pourtant...
Cette année, Hachem m'a offert une immense leçon.
J'ai vu ces femmes consacrer leur vie à leurs enfants.
J'ai vu des professionnelles donner bien plus que ce que leur fiche de poste exigeait.
J'ai vu des mamans et des thérapeutes prendre soin de ces précieuses Néchamot avec une tendresse infinie.
Et j'ai compris quelque chose.
La bonté ne porte pas un uniforme.
Elle ne se reconnaît pas à une manière de s'habiller.
Elle se reconnaît à la manière dont une personne traite les enfants d'Hachem.
J'ai appris la véritable Ahavat Israël.
Celle qui consiste à regarder un Juif d'abord avec le cœur.
À chercher le bien réel qu'Hachem a déposé en lui.
À voir son étincelle divine avant tout le reste.
Cette année, j'ai appris à regarder moins les apparences et davantage les cœurs.
Un jour, notre assistante sociale m'a posé une question.
« Quels sont les trois premiers mots que tu voudrais que Sheyna apprenne ? »
Je n'ai pas eu besoin de réfléchir.
« Je t'aime »
« Pardon »
« Merci »
Je t'aime.
Parce que savoir aimer, recevoir de l'amour et, surtout, savoir l'exprimer est un cadeau immense. Je prie pour que Sheyna n'ait jamais peur d'ouvrir son cœur.
Pardon.
Parce que savoir reconnaître ses erreurs, demander pardon, faire preuve d'humilité et vouloir grandir est l'une des plus belles qualités qu'un être humain puisse posséder.
Merci.
Parce que la Hakarat Hatov (reconnaissance) est l'un des plus grands fondements de notre vie.
Dire merci, ce n'est pas seulement être poli.
C'est apprendre à voir le bien autour de soi.
À reconnaître les personnes qu'Hachem place sur notre chemin.
À ouvrir les yeux sur les cadeaux qu'Il nous envoie chaque jour.
Alors aujourd'hui, je voudrais simplement vous dire :
Je vous aime.
Pardon de ne pas vous avoir assez remerciées pendant cette année.
Et surtout...
Merci.
Merci à Guéout.
Merci à toute l'équipe du Mahon.
Merci aux orthophonistes, à la kiné, à la diététicienne, à la Ganenet, à notre assistante sociale.
Merci aux mamans extraordinaires que j'ai rencontrées.
Merci à toutes celles qui ont aimé Sheyna comme si elle était un peu la leur.
Et merci à Hachem.
Merci de nous avoir envoyé des Chelou'hot aussi exceptionnelles.
Des femmes qui m'ont aidée à faire grandir ma fille.
Et qui, sans même le savoir, m'ont fait grandir, moi aussi.
Je pensais que cette année serait celle où Sheyna apprendrait à marcher un peu mieux, à parler un peu plus, à gagner en autonomie.
Je ne pensais pas que ce serait aussi l'année où sa maman apprendrait une si grande leçon.
La véritable Ahavat Israël.
Voir le bien réel qu'Hachem a déposé dans le cœur de chaque Juif.
Regarder au-delà des apparences.
Chercher la bonté.
Reconnaître l'étincelle divine qui brille en chacun.
Finalement, je crois que Sheyna m'a appris bien plus que je ne lui ai appris.
Et si un jour elle dit, avec son plus beau sourire :
« Je t'aime. Pardon. Merci. »
Alors je saurai qu'elle aura appris l'essentiel.
Et peut-être que moi aussi.
La Maman de Sheyna




