Parmi les personnages figurant dans la B.D. Les aventures de Tintin, apparaissent deux détectives complètement stupides, Dupont et Dupond. Dans l’une des aventures, Tintin au pays de l’or noir, ces deux détectives se perdent dans le désert au volant d’une jeep. C’est alors qu’ils découvrent des traces de pneus récentes et pensent qu’en les suivant, ils vont pouvoir trouver un chemin menant à la ville. Mais en réalité, il s’agit des traces laissées auparavant par leur propre véhicule et, concrètement, ils ne font que tourner en rond. À chaque tour, ils découvrent avec satisfaction une nouvelle trace qui s’ajoute à la précédente, pensant à tort que d’autres véhicules se rallient à cette piste devenue de plus en plus fréquentée. Des heures passent ainsi, sans qu’ils ne réalisent qu’ils font en réalité du surplace.
Cette scène comique représente en fait une parfaite allégorie de l’existence de beaucoup d’êtres humains. Chacun d’entre nous aspire à remplir sa vie d’expériences enrichissantes et à laisser une trace après son passage sur terre. Mais l’existence possède son côté cruel : on peut être ébloui par des artifices et croire ainsi que nous avons réalisé des acquis importants qui vont satisfaire ces aspirations : une nouvelle maison, le dernier modèle de voiture, un avancement dans le travail, la découverte en vacances d’un lieu différent, la vision de réalisations cinématographiques, de nouvelles connaissances, des mets originaux…
Pourtant, derrière ces façades, il n’y a rien de nouveau sous le soleil. Les années se succèdent rapidement, on croit que l’on est sur la bonne route, mais on ne fait que tourner en rond sur nos propres traces, à l’image des Dupont et Dupond : les mêmes désirs, les mêmes habitudes, les mêmes défauts. On change de maison, de voiture, de décor, mais pas forcément de personne. Pas de remise en question, pas d’interrogations sur le sens de la vie ou la source du bonheur, pas de place pour une recherche profonde de ce que l’on est vraiment ni de ce qui peut permettre de se réaliser, de s’améliorer, d’être quelqu’un de bien. Les années passent, mais l’être humain peut rester finalement le même.
Cependant, un Juif a cette opportunité de ne pas être perdu dans ses choix existentiels : il est accompagné par la Source de vie la plus riche qui existe, la Torah, lui permettant justement de sortir des dédales du monde. En effet, chaque semaine, on lit la Paracha, qui représente une fraction de l’ensemble du ‘Houmach (le Pentateuque). On commence cette lecture juste après les fêtes du mois de Tichri, et elle se prolonge tout au long de l’année jusqu’à la fête de Sim’hat Torah, au cours de laquelle on la conclut. Il est vrai que l’on peut considérer cette lecture comme l’application sèche d’une loi du Choul’han ‘Aroukh. Mais celui qui s’investit dans la compréhension de cette section hebdomadaire découvrira une richesse d’enseignements qui peut changer son existence, en lui donnant une tout autre dimension. Chaque verset possède un potentiel extraordinaire d’éclairer, d’élever et de transformer.
Bien que nous revenions chaque année aux mêmes Parachiot, ce retour ne s’apparente pas à un retour à la case départ. La Torah, contrairement aux apparences, n’est pas un livre d’histoire commençant par le début de la création du monde et se terminant avec la mort de Moché Rabbénou. Elle constitue un trésor infini qui n’a ni début ni fin, et dans laquelle toute la Sagesse divine se trouve contenue.
Si l’on désire sortir du désert de la vie et ne pas tourner en rond, on se doit donc de s’inspirer de ce cadeau divin que représente le ‘Houmach.




