On sait que l’être humain est doué de cinq sens : l’ouïe, la vue, le goût, l’odorat et le toucher. Les sens sont l’intermédiaire entre le monde extérieur et le cerveau. Les nerfs qui sont excités par la réalité concrète sont les facteurs qui permettent l’action cervicale. Si ces nerfs sont en mauvais état, la réalité n’est pas perçue de façon correcte.

La Torah nous rapporte que deux des trois patriarches furent ainsi frappés, dans leur vieillesse, de cécité : Ya’akov demande à Yossef : « Qui sont ces enfants ? » et le texte dit clairement : « Les yeux de Ya’akov étaient devenus lourds à cause de la vieillesse et il ne pouvait pas voir » (Beréchit 48, 10).

La même expression « à cause de la vieillesse » avait été employée chez Its’hak : « Les yeux d’Its’hak étaient devenus faibles à cause de la vieillesse, et l’empêchaient de voir » (Beréchit 26, 1). Its’hak Avinou, on le sait, a utilisé ses quatre autres sens pour identifier son fils : « La voix, dit-il, c’est la voix de Ya’akov… » Il le tâte, il goûte les mets apportés par Ya’akov, et finalement, il le sent et déclare que l’odeur de son fils est l’odeur d’un champ béni par l’Éternel (Ibid. 27, 24). Entre autres, c’est la voix qui définit Ya’akov.

La Révélation du Sinaï a été accompagnée de nombreuses voix, et une expression mêle les deux sens, la vue et l’ouïe, ainsi qu’il est écrit : « Et ils virent les voix ». Ce mélange de l’ouïe et de la vue est la caractéristique de la volonté d’inclure toute la personnalité dans la Révélation du Créateur. De plus, les Mitsvot sont exprimées par deux verbes : la Création s’exprime par le verbe Omer (Maamar), et la Révélation a été réalisée par le verbe : Dibour.

Un verset résume cette illustration : « Il envoie Son message (Imrato : ce qu’Il dit) et bien vite Sa parole pourra courir » (Téhillim 147, 17). Création et Révélation s’expriment par la parole, et s’adressent donc à l’ouïe. Et la réponse du peuple fut : « Nous ferons et nous écouterons » (Chémot 24, 6). L’ouïe est liée à l’observance. Le premier mot du « Chéma’ » résume cette dimension : « Chéma’ Israël » (Écoute Israël) est dit jusqu’au dernier souffle.

Les paroles des prophètes confirment qu’il faut « entendre » l’enseignement divin. L’ouïe, plus que la vue, est le sens le plus immédiat. Il s’introduit dans le domaine de l’inconscient et l’on entend ainsi des choses que l’on voudrait ne pas entendre !

Au Temple de Jérusalem, il y avait toutes sortes d’instruments musicaux. Le dernier chapitre (150) des Téhillim évoque ces instruments qui créaient une harmonie au Temple, pour accompagner les sacrifices. Le Chofar était l’un de ces instruments. C’est ce qui nous reste aujourd’hui de l’atmosphère musicale du Temple de Jérusalem. Dans la Torah écrite, à deux reprises, le texte dit que le premier jour du septième mois (Tichri) est le jour de la Térou’a (son du Chofar) dans Vayikra, avec les autres solennités (Vayikra 23, 24) et dans Bamidbar (29, 1). La Torah définit donc cette fête par la Térou’a, c’est-à-dire par le son du Chofar, ce que la Torah définit en appelant chaque fois « Yom Térou’a » le premier jour du septième mois.

Il importe d’aller au-delà et de découvrir en profondeur le message du Chofar. On le répète : le son du Chofar entre dans les cœurs et fait réfléchir l’homme à son devenir. Le Rav Saadia Gaon donne dix points de référence pour éclairer le but du son du Chofar. Ces dix repères s’adressent au passé d’Israël, au présent, c’est-à-dire à notre actualité, et à l’avenir. Pour le passé, il rappelle le sacrifice d’Its’hak, la Révélation du Sinaï, les paroles des prophètes et la destruction du Temple de Jérusalem. Pour le présent, il évoque l’avènement du Roi de l’univers que l’on manifeste à Roch Hachana, et il évoque le premier jour des Dix Jours de Repentance, pour que nous fassions « Téchouva ». Les derniers repères concernent l’avenir : date du jugement dernier pour chaque individu, retour des exilés avec la venue du Machia’h, et enfin la Résurrection des morts.

Il faut remarquer que le son du Chofar évoque ainsi le passé, le présent et l’avenir d’Israël. Le Chofar est le symbole de Roch Hachana, non comme les quatre espèces de Souccot ou la Matsa à Pessa’h, qui symbolisent un aspect national d’Israël. Le Chofar est l’élément universel, destiné à faire entendre le message de la Transcendance. Adressée à Israël, mais destinée aussi à l’univers, la parole de l’Éternel, accompagnée du son du Chofar, a un objectif cosmique, et doit nous préparer à la Rédemption. Sachons s’y référer, à Roch Hachana. Apprenons à entendre et à comprendre la VOIX divine dont le Chofar est le véhicule.