« Cette année, je vais être plus patiente », « Je vais arrêter de crier », « Je vais moins me comparer aux autres », « Je vais enfin prendre davantage soin de moi ». Le mois d’Eloul est là et nous avons cette envie de faire mieux, de corriger ce qui ne va pas, de prendre de bonnes résolutions. Mais lorsque nous voulons changer quelque chose dans notre vie, nous commençons souvent par nous demander : « Qu’est-ce que je dois changer ? » Et si nous commencions par une autre question ? « Qu’est-ce qui se passe réellement en moi ? »...

Car avant de changer un comportement, il faut d’abord apprendre à l’observer. S’arrêter pour regarder.

L’une des démarches essentielles du mois d’Eloul est le ‘Hechbon Hanéfech, le bilan intérieur. Le Rabbi de Loubavitch compare ce bilan à celui d’un commerçant qui fait ses comptes : il regarde ce qui fonctionne, ce qui ne fonctionne pas et ce qu’il peut améliorer. Le but n’est pas de se condamner, mais de comprendre comment progresser. C’est exactement ce que nous pouvons faire avec nous-mêmes.

En coaching, lorsqu’une femme me dit : « Je suis trop nerveuse. Je suis une mauvaise mère. Je n’arrive jamais à garder mon calme », je ne vais pas immédiatement chercher comment faire disparaître sa colère. Je vais d’abord lui demander : « Dans quelles situations cela arrive-t-il ? Qu’est-ce que tu ressens juste avant ? Qu’est-ce que tu te dis ? Qu’est-ce qui déclenche cette réaction ? »

Et parfois, derrière « je suis trop nerveuse », on découvre de la fatigue, une surcharge, un sentiment de solitude, un besoin non exprimé… La personne passe alors de : « Quelque chose ne va pas chez moi » à : « Je commence à comprendre ce qui se passe en moi. » Et comprendre, c’est déjà commencer à pouvoir changer.

Se regarder avec vérité… mais sans se juger

C’est là que l’approche de Rabbi Na'hman peut particulièrement nous inspirer.

La Hitbodédout, ce moment où l’on prend le temps de parler à Hachem avec ses propres mots, nous invite à une parole sincère, sans masque. Je peux reconnaître mes difficultés, mes erreurs, mes contradictions… mais aussi mes forces et mes bonnes intentions.

Se regarder avec vérité ne signifie pas se regarder avec cruauté.

Rav Dessler nous donne ici une clé extraordinaire avec son concept de « Nékoudat Habé'hira », le point de choix : notre véritable travail ne se situe pas dans tout ce que nous faisons déjà facilement, ni dans ce qui nous paraît encore totalement inaccessible. Il se trouve dans cette zone où nous hésitons réellement, où nous pouvons choisir dans un sens ou dans l’autre.

Autrement dit : je n’ai pas besoin de tout conquérir aujourd’hui. Je dois identifier mon prochain point de choix. Et chaque fois que je fais un petit choix dans la bonne direction, cette zone de difficulté peut progressivement se déplacer. C’est une vision très encourageante du changement : je ne suis pas obligée de devenir parfaite. Je peux simplement travailler là où se trouve mon prochain petit choix.

Une chose à la fois

Il y a une autre erreur très fréquente lorsque nous voulons changer : nous voulons tout changer en même temps. À Eloul, nous pouvons avoir envie de devenir plus patiente, mieux gérer notre maison, être plus présente avec nos enfants, renforcer notre relation avec Hachem, prendre davantage soin de nous… Mais vouloir tout transformer à la fois finit souvent par nous décourager.

Alors choisissons une seule chose. Une réaction qui revient souvent. Une habitude qui nous pèse. Une parole que nous regrettons. Une pensée qui nous limite. Une Mitsva que l'on a du mal à accomplir …

Et surtout, choisissons un objectif réalisable. En coaching, on sait qu’un objectif trop ambitieux peut devenir une source de découragement. Il vaut mieux choisir une petite action que nous sommes réellement capables d’intégrer à notre quotidien.

Ainsi au lieu de dire : « À partir de demain, je ne crierai plus jamais. » Essayez plutôt : « Quand je sens que je vais perdre patience, je vais prendre trois respirations avant de répondre. » Ou, à la place de « Je vais prendre du temps pour moi tous les jours. » Dites : « Deux fois cette semaine, je vais prendre quinze minutes rien que pour moi. »

Il ne s’agit pas de placer la barre le plus haut possible. Il s’agit de choisir une marche que l’on peut réellement monter.

3 petits exercices pour votre Eloul

🌿 1. L’arrêt sur image

Choisissez une situation qui se répète et demandez-vous :

- Que s’est-il passé ?

- Qu’ai-je ressenti ?

- Qu’ai-je pensé juste avant de réagir ?

- De quoi avais-je peut-être besoin à ce moment-là ?

Observez sans vous juger.

🌿 2. Mes trois colonnes

Prenez une feuille et écrivez :

Ce que je fais aujourd’hui → quelle réaction ou habitude je voudrais comprendre ?

Ce que cela provoque → qu’est-ce que cela me coûte ou provoque dans ma vie et mes relations ?

Ce que j’aimerais faire autrement → quelle nouvelle manière de réagir j'aimerais développer ?

🌿 3. Mon petit pas

Reprenez la chose que vous avez choisie et transformez-la en une action concrète.

Complétez : « Cette semaine, je vais… »

L’action doit être suffisamment précise et réaliste pour pouvoir réellement être réalisée.

Faire son bilan pour retrouver de la vie

Le Ba'al Chem Tov, dont nous célébrons Haï Eloul, est associé à la notion de ‘Hayout, de vitalité. C’est peut-être l’un des plus beaux messages que nous puissions retenir pour notre travail intérieur. Notre ‘Hechbon Hanéfech n’est pas destiné à devenir une liste de reproches. Il est là pour nous permettre de retrouver de l’élan.

Et cela rejoint encore Rav Dessler : une introspection froide, qui ne fait que nous montrer nos défauts, risque de nous affaiblir au lieu de nous donner la force de grandir. Le travail intérieur doit réveiller en nous l’envie de nous rapprocher du bien.

Eloul est justement ce temps particulier où, comme le dit le célèbre enseignement 'hassidique, « le Roi est dans les champs » : Hachem se rend accessible à chacun, là où il se trouve.

Alors peut-être que faire Téchouva ne signifie pas seulement se demander : « Qu’est-ce que j’ai fait de mal ? » Mais aussi : « Où en suis-je ? Qu’est-ce que je veux vraiment améliorer ? Et quel est mon prochain point de choix ? »

Nous n’avons pas besoin d’attendre d’être parfaites pour commencer. Nous pouvons simplement regarder avec honnêteté, choisir avec lucidité, et avancer avec Hachem. Parce que la Téchouva n’est pas seulement un retour sur ce qui a été. C’est aussi un choix sur ce qui peut encore devenir.

Et peut-être que le véritable cadeau d’Eloul est là : nous rappeler que nous ne sommes pas condamnées à rester celles que nous étions hier. Un choix après l’autre, une prise de conscience après l’autre, nous pouvons déplacer notre « point de choix »… et nous rapprocher, doucement mais réellement, de la personne que nous voulons être...