'Hechvan est un mois dont le nom même porte un message profond. À travers le monde, il existe un geste universel pour demander le silence. Quand on veut que les gens écoutent, réfléchissent, prêtent attention, que fait-on ? On porte un doigt à ses lèvres et on dit : « Chhh. » Ce son doux, ce léger passage de l'air sur les lèvres, est compris comme le signal du silence. Rav Samson Raphaël Hirsch fait remarquer quelque chose de remarquable : ce son, « chhh », est inscrit dans le mot même de 'Hechvan. Le nom lui-même contient l'appel au silence, à la réflexion et à la quiétude intérieure.

'Hechvan n'a aucune fête. C'est l'une des raisons pour lesquelles on l'appelle Mar-'Hechvan, « 'Hechvan l'amer ». Une autre raison, comme l'enseigne le Midrach, est qu'il était à l'origine destiné à être le mois où le roi Salomon inaugurerait le Beth Hamikdach, le Temple. Comme l'inauguration fut repoussée à Tichri, 'Hechvan resta « vide ». Mais dans l'avenir, lorsque le Troisième Beth Hamikdach sera inauguré, ce sera en 'Hechvan, et son amertume se changera en douceur.

Pourtant, même aujourd'hui, ce mois silencieux possède une profondeur spirituelle. Rav Hirsch explique que le mot 'Hechvan est également lié à « 'Houchim », nos sens. Réfléchissez-y : tous nos sens — la vue, l'ouïe, l'odorat, le goût, le toucher — fonctionnent en silence. Le mois de 'Hechvan est donc un temps pour ressentir plutôt que pour parler, pour intérioriser plutôt que pour s'exprimer.

Après le tourbillon des Jours redoutables, Yamim Noraïm et des fêtes — Roch Hachana, Yom Kippour, Souccot, Hochaana Rabba — nos âmes sont pleines. Nous venons de vivre une transformation spirituelle, un bouleversement complet. Et maintenant, 'Hechvan arrive comme une longue expiration. C'est le monde qui murmure « chhh ». Le temps de ralentir. Le temps d'assimiler. Nous vivons à une époque où le silence est devenu rare. Notre monde bourdonne de bruit constant et de distractions. J'appelle souvent nos téléphones des armes de distraction massive — et à juste titre. Les couleurs, les lumières, les notifications sans fin nous privent de calme et de sommeil. Ne prenez jamais votre téléphone au lit ; et si vous partagez une chambre, confiez-le à votre colocataire pour la nuit. Si vous voulez vraiment vous reposer, prenez un livre, et laissez votre esprit se détendre naturellement.

'Hechvan nous rappelle de faire une pause, de revoir, tranquillement, tout ce que nous avons absorbé pendant Tichri — les prises de conscience, les émotions, les résolutions. Nous ne pouvons pas grandir à partir d'expériences sur lesquelles nous ne nous arrêtons jamais pour réfléchir. Cette idée est intemporelle. Le Messilat Yécharim parle de la pratique essentielle de l'Hitbonénout, la réflexion. Dans notre hâte à faire davantage, nous accomplissons souvent moins. Nous devons nous ménager des moments dans la journée pour simplement être. Cela n'a pas besoin d'être long. Dix, quinze, vingt minutes de solitude silencieuse, sans personne, sans téléphone, sans distractions. Asseyez-vous, simplement. N'essayez même pas de penser. Laissez vos pensées venir et repartir. Ce simple geste peut ressourcer l'esprit d'une manière que nous ne pouvons imaginer.

Ceci est différent du ‘Hechbon Hanéfech, le bilan quotidien de ses actes, la révision de ce que nous avons bien fait, de ce que nous n'avons pas réussi à faire, de ce que nous pourrions améliorer. Cela aussi est essentiel, en particulier avant le sommeil. Mais l'Hitbodédout, le fait de s'isoler en silence, est quelque chose de tout à fait différent. C'est la discipline de l'immobilité. L'art d'écouter sa propre âme. Ce n'est pas facile. Le plus difficile n'est pas de le faire ; c'est de trouver le temps de le faire. La journée se remplit d'elle-même, et soudain c'est la nuit. Mais si vous le planifiez, ne serait-ce que quelques minutes de solitude, cela peut transformer tout votre rythme de vie.

Ainsi, alors que nous traversons 'Hechvan, embrassons le silence. Après le tonnerre des fêtes vient le murmure de la réflexion. Le monde dit : chhh... Et dans ce silence, nos âmes peuvent enfin parler.

Rabbi Yaakov Asher Sinclair