En tant que femmes, on a souvent l’impression de vivre avec une contradiction intérieure. Je m’explique : vous allez être très heureuse de recevoir des invités, mais aussi pester seule dans votre cuisine quand personne ne vient vous aider à faire la vaisselle ou débarrasser. Vous allez être très heureuse d’être mariée, mais également en vouloir à votre conjoint parce qu’il ne vous a pas offert le cadeau que vous vouliez… On pourrait donner des exemples à l’infini. En fait, d’un côté, nous savons que nous devons nous réjouir de ce que nous avons, mais d’un autre, il y a cette petite voix dans notre tête qui nous dit : « Cela aurait été mieux comme ça… », « Pourquoi une telle n’a pas agi comme ça ? Moi à sa place... » Savez-vous quel est le dénominateur commun de toutes ces situations ? Ce sont les attentes. Voyons cela de plus près…
En réalité, plus nous avons des attentes vis-à-vis de notre entourage, plus nous risquons d’être déçues. Pourquoi ?
Parce que construire son bonheur sur ce que l’autre peut potentiellement m’apporter, me donner ou faire pour moi, c’est créer une dépendance et s’assurer que l’on ne sera jamais entièrement satisfaite. En effet, l’autre ne réagit pas selon vos schémas. Il n’a pas la même éducation, pas les mêmes valeurs, pas la même façon de réfléchir. Les chances pour qu’il agisse ou réagisse exactement comme vous l’auriez souhaité sont donc très faibles.
Prenons un exemple. Vous avez un tout petit appartement mais vous tenez à réunir la famille. Vous invitez donc régulièrement beaux-frères, belles-sœurs, cousins, cousines, etc. Un jour, une belle-sœur et sa famille déménagent à côté de chez vous dans une maison très spacieuse. Selon votre schéma de pensée, vous vous dites : « C’est génial, maintenant c’est elle qui va réunir la famille chez elle, il y aura plus d’espace ! » Sauf que les mois passent… et il n’y a pas une invitation à l’horizon. Si vous restez dans l’attente d’une invitation, vous serez à coup sûr malheureuse, aigrie, rancunière… et pire encore, vous développerez ce que l’on appelle une accusation à l’égard de votre belle-sœur, ce qui est très grave dans le Ciel.
À l’inverse, ce qui est attendu de vous, c’est de juger cette belle-sœur positivement. Peut-être vient-elle d’une famille où l’on n’était pas habitué à recevoir beaucoup de personnes. Peut-être que son mari ne supporte pas le bruit et le désordre. Peut-être a-t-elle honte de vous inviter dans son bel intérieur alors qu’elle sait que vous vivez dans un appartement étroit…
Avoir des attentes, c’est donc développer des accusations contre son prochain, lui envoyer des ondes négatives — si vous voulez reprendre des expressions dans l’air du temps — et cela ne peut être néfaste que pour lui… et pour vous.
Ensuite, avoir des attentes, c’est comme si votre bonheur était constamment en suspens.
« Je recommencerai à sourire quand la petite fera ses nuits. »
« Je serai sympathique avec mon mari quand il commencera, lui, par ramasser ses chaussettes » — exemple un peu nul, je vous l’accorde.
« Je serai gentille avec ma belle-mère quand elle commencera à m’aider davantage avec les enfants » — alerte rouge : sujet belle-mère, ne jamais oublier le respect des parents, même si c’est devenu très à la mode de critiquer sa belle-mère.
On ne le répétera jamais assez : la joie intérieure ne doit pas dépendre de facteurs extérieurs, d’un « et si », d’un « quand j’aurai » ou d’un « quand je serai ».
Par exemple : vous êtes invitée à un mariage où se trouvent toutes vos copines d’enfance. Vous n’avez qu’une hâte : les retrouver comme au bon vieux temps. Votre mari vous a dit que vous partiriez à 17h pour être à l’heure à la ‘Houppa prévue à 18h… Finalement, 18h20 : votre mari arrive seulement à la maison. Résultat : vous arrivez à 19h, vous avez raté le cocktail. Vous pouvez faire la tête, gâcher votre soirée, en vouloir à votre mari en vous disant : « Si seulement nous étions arrivés à l’heure… » Ou bien accepter la situation, choisir de profiter de ce qui vous a été donné, glaner un moment de bonheur comme nous le recommande Rav Pinkous dans son livre Néfech ‘Haya, plutôt que de rester dans un conditionnel qui ne peut que vous rendre malheureuse.
Attention : accepter une situation et composer avec la réalité ne signifie pas refouler ses émotions ni renoncer à exprimer son ressenti. Bien sûr, nous sommes humaines : nous pouvons être déçues, tristes ou frustrées, et il est parfois nécessaire de l’exprimer lorsque cela nous aide à nous sentir mieux. Néanmoins, l’expression de nos émotions et de nos besoins doit rester constructive. Elle doit nous permettre d’avancer, de nous faire comprendre ou de trouver des solutions, et non d’entretenir un mal-être, d’alimenter des rancœurs ou de nous enfermer dans la frustration.
Dans les Pirké Avot, nos Sages donnent la définition de la vraie richesse : « Quel est l’homme riche ? Celui qui se réjouit de sa part. » On comprend de là que pour être riche — c’est-à-dire rempli intérieurement — il ne faut pas vivre dans le futur ou dans le conditionnel, mais apprendre à composer avec ce que l’on a.
Et puis gardons toujours en tête que si le monde ne tourne pas toujours exactement comme je le voudrais, Hachem orchestre tout et sait exactement ce qui est bon pour moi et ce qui m’arrive est exactement ce qui doit m’arriver pour m’aider à m’avancer et à me construire…




