« Je suis perfectionniste » : tout le monde connaît cette réponse typique lors d’un entretien d’embauche, lorsqu’on vous demande quel est votre plus grand défaut. Cette affirmation vise à ne pas se dévaloriser tout en rassurant l’employeur qu’il s’apprête à embaucher quelqu’un prêt à s’investir corps et âme dans son travail. Ce concept est totalement en accord avec la société moderne, en quête constante de « perfection ».

Mais est-ce vraiment ce qu’Hachem attend de nous ? Hachem souhaite-t-Il réellement que nous cochions toutes les cases, que nous poussions chaque tâche jusqu’au bout ? Malheureusement, la perfection telle que la conçoit le monde moderne est souvent synonyme d’orgueil et peut conduire à un engrenage destructeur.

La perfection : un idéal trompeur

La société moderne valorise l’atteinte de résultats concrets. Elle établit des standards parfois irréalistes, et si l’on parvient à les atteindre, on est considéré comme ayant « réussi » : obtenir un CDI à 30 ans, un appartement à 40 ans, faire une taille 36, et avoir des enfants impeccablement présentés (peu importe si vous avez crié pendant une heure pour que chaque mèche de la coiffure de votre petite fille de 4 ans soit en place). On s’épuise alors à essayer de remplir ces objectifs par crainte du jugement d’autrui (Yirat Haseviva). Ce perfectionnisme mène souvent à l’insatisfaction, car les standards évoluent en permanence, et la barre est constamment placée plus haut : qui organisera le plus bel anniversaire ? Préparera le gâteau le plus élaboré ? Organisera le mariage le plus somptueux ?

Il est évident que cette vision est contraire aux valeurs de la Torah.

Par quoi sommes-nous motivés ? 

En fait, avant d’agir, il est essentiel de se demander : pourquoi est-ce que j’agis ? Pour satisfaire mon ego ou pour être en phase avec la volonté de D.ieu ? Certes, cette question semble philosophique, mais en réalité, elle ne l'est pas tant que ça. Par exemple, vous invitez votre amie et sa famille pour Chabbath. Vendredi, 12h : vous avez tout bien préparé, les enfants rentrent de l’école. Vous faites alors face à un choix : vais-je passer du temps avec eux ou bien préparer un fondant au chocolat en plus du dessert que j’ai déjà préparé ? C’est sûr qu’avec deux desserts, un post Instagram aurait fière allure, et cela donnerait l’image d’une femme parfaite qui gère tout, mais aux yeux d’Hachem, ne serait-il pas préférable que je passe du temps avec mes enfants ?

Il est donc toujours nécessaire de s'interroger sur notre première pensée : est-ce pour Hachem, parce que c'est nécessaire, ou pour entretenir mon image personnelle ? Dans le judaïsme, il existe un principe : "Sof Ma'assé Béma’hchava Téhila" (« la fin de l’action est pensée dès le départ »). Si cela vous semble familier, c’est normal, nous le chantons tous les vendredis soir dans le Lékha Dodi. Ce principe signifie que l’action découle de la pensée initiale, un peu comme un détecteur de mensonges à retardement. Ce principe juif souligne que la valeur d’une action est souvent mesurée par la pureté et la sincérité de la pensée de celui qui l’entreprend, plutôt que par une quête d’excellence apparente. Pour éviter le piège de l'orgueil, on doit constamment questionner la sincérité de ses actions.

Une fois dans l’action, on doit savoir s'arrêter au bon moment. Les Ba’alé Moussar parlent d’un phénomène appelé Haslama l’engrenage qui nous pousse à vouloir toujours plus, une sorte d’acharnement. Parfois, on est tellement enfermé dans son orgueil, sa volonté de réussir, d’aller jusqu’au bout, qu’on en oublie l’essentiel, quitte à provoquer des dommages collatéraux. Plutôt que d'être dans cet engrenage, il est important de reconnaître ses limites, savoir “déposer les armes” au bon moment : Hachem ne demande pas la perfection, mais plutôt l'effort sincère et l'authenticité.