Question d’une internaute : Suite à la naissance de ma fille il y a 3 mois Baroukh Hachem, mon aînée de 3 ans et demi, alors qu'elle était totalement propre le jour comme la nuit, a commencé à faire sur elle de façon très fréquente... Je sais que cela vient du déséquilibre de la naissance, mais je me demande comment je dois réagir face à ces "accidents" répétitifs et comment l'aider à remonter la pente ? Merci d'avance pour votre réponse.

La réponse de Mme Nathalie Seyman

La régression d’un enfant suite à la naissance d’un petit nouveau dans la famille est très courante et je dirai même saine, par le fait qu’il exprime à travers son corps son angoisse de ne plus être le petit dernier et ne garde ainsi pas toute cette négativité en lui. Mais ce phénomène continue d’inquiéter les parents et c’est compréhensible. Aussi faut-il bien comprendre tout ce qui entre en jeu dans cette étape afin de mieux l’appréhender et la traverser avec sérénité, main dans la main avec son enfant.

Pourquoi mon enfant régresse ?

Il y a trois raisons à cette attitude régressive :

- Que faisons-nous lorsque nous avons passé une mauvaise journée et que nous avons la sensation que tout va mal ? En général, on se fait réconforter par notre mari ou notre maman. Et il arrive même que l’on retourne aux basiques, c’est-à-dire pleurer, se lamenter ou encore mieux, se réfugier dans son canapé avec de la crème glacée ! Toutes ces actions sont des pratiques régressives. Régresser est un mécanisme de défense qui permet de mieux supporter ce que l’on vit en se remémorant les moments de bonheur et de douceur dans un monde qui nous agresse.

C’est exactement la même chose pour les enfants. L’arrivée d’un nouveau bébé dans la famille est une situation stressante pour l’enfant qui le précède. Il va devoir non seulement céder sa place de dernier, mais en plus s’attribuer un nouveau rôle : celui de grand frère ou grande sœur. Toutes ces nouveautés, bien que très joyeuses Baroukh Hachem, n’en sont pas moins angoissantes pour un petit bout qui ne gère pas encore ses sentiments. Afin de reprendre confiance et sécurité, il retourne alors un pas en arrière, là où il maîtrisait tout son environnement, et s’y réfugie.

- Ce qu’il est important de savoir, et qui va certainement vous rassurer, c’est que la régression est généralement signe précurseur d’une période de grande acquisition. En d’autres termes, c’est reculer pour mieux avancer ou prendre son élan pour mieux sauter. Le développement d’un être humain n’est pas continu : il est fait d’avancées, de retours en arrière, de bonds en avant, de piétinements, etc.

- Une autre raison à cette régression : l’enfant sait que cette attitude va lui permettre d’attirer l’attention de ses parents. Si cela marche pour le bébé, alors pourquoi pas pour lui ? Ses efforts pour ressembler à son petit frère ou sa petite sœur ne sont bien sûr pas faits pour mettre des bâtons dans les roues de ses parents, mais, au contraire, pour leur plaire. Il pense inconsciemment que si vous avez voulu un autre bébé, c’est parce qu’il n’en était plus un et qu’il lui faut donc retourner à ce stade. Ce ne sont Baroukh Hachem pas des pensées qui vont durer, c’est juste le temps de digérer son nouveau rôle de grand.

Qu’est-ce qui l’aide, qu’est-ce qui ne l’aide pas ?

Il est très important d’accompagner son enfant de manière appropriée durant cette phase. 

Ce qui va l’aider, c’est la patience, la bienveillance, ne pas faire attention plus que cela à ses attitudes régressives, ne pas s’en offusquer, ne pas s’en inquiéter outre mesure. S’il ressent qu’il a réussi à capter votre attention (qu’elle soit négative ou positive n’est pas important pour lui), il risque de continuer plus que de coutume. Il ne faut pas dramatiser ! Le plus important sera de valoriser le fait qu’il soit devenu le plus grand. Il faut parvenir à faire entrer son enfant dans son rôle de grand frère ou grande sœur et qu’il perçoit toute l’importance qu’a, à vos yeux, ce nouveau statut ! Si l’un des parents est aîné, il pourra lui raconter ses responsabilités, la confiance qu’on lui accordait, l’admiration des frères et sœurs cadets… Tout pour lui donner l’envie d’adosser son nouveau rôle avec fierté !

Beaucoup de parents ont tendance à s’inquiéter et ainsi à brusquer le rythme de leur enfant tant ils sont perturbés par ces changements et c’est cela qui risque de ne pas l’aider à traverser sereinement cette phase et peut-être même de la faire perdurer. Lorsqu’un enfant régresse, ses parents peuvent se sentir angoissés face à la perte de ce qui semblait acquis. Ils sont déjà si occupés avec le nouveau bébé qu’il peut leur paraître difficile moralement et physiquement de comprendre et d’accepter avec patience cette étape que traverse leur enfant. C’est tout à fait compréhensible, mais il faut garder en tête que moins vous y prêterez une attention particulière et stressée et plus rapidement cela passera. Délaisser systématiquement le bébé pour rester avec son ainé ne l’aidera pas non plus. Au contraire, cela risquera de le conforter dans son rôle de bébé et l’empêchera d'accéder au niveau au-dessus. Il faut faire comprendre à l’enfant qu’un nouvel enfant ne signifie pas que l’un remplace l’autre, mais qu’une nouvelle organisation se met en place.

Mes conseils

- Moins vous interviendrez et plus vous aurez de chances que la régression demeure un état passager. Par exemple, lorsque votre fille fait au lit, ne dramatisez pas, ne la grondez pas et ne lui remettez surtout pas de couches, mais proposez-lui par exemple de vous aider à changer les draps. Gardez en tête que cela va passer, ce ne sont que quelques semaines difficiles.

- Ne paniquez pas, comme je l’ai dit précédemment, régresser est une réaction parfaitement normale ! Cela ne remet aucunement en cause vos compétences parentales.

- Restez bienveillante : Ne la grondez pas, soyez compréhensive et patiente : en s’apercevant que vous êtes toujours comme avant, les comportements régressifs de votre fille cesseront d’eux-mêmes.

- Écoutez votre fille : C’est évidemment important de lui parler, mais encore plus de l’écouter. Elle a un trop-plein à évacuer et le fait de parler, même pour dire des choses générales, est très utile. Le bébé ne parle pas, lui, on peut lui parler, mais on ne peut pas l’écouter verbalement, c’est donc un pouvoir qu’elle possède et ce n’est pas anodin de le lui rappeler.

- Cédez sur quelques points et restez ferme sur d’autres : Vous pouvez la laisser régresser pendant quelque temps sur certaines attitudes, comme par exemple si elle veut reprendre le biberon ou la tétine, mais tout en lui précisant bien que c’est pour lui faire plaisir, parce que tout le monde sait bien qu’elle est assez grande pour s’en passer. Mais pour d’autres attitudes qui vous gênent, comme le fait de vouloir porter de nouveau une couche par exemple, gardez le cap.

- Montrez-lui les avantages à être grand plutôt que de redevenir bébé : Vous pouvez l’amener à des activités de grande et le bébé devra rester avec le papa, car elle est trop petite pour venir avec maman. Ou bien lui donner des responsabilités, jouer à un jeu de société pour les grands, etc.

- Le plus important : valorisez-la dans son rôle de grande sœur. Tout en restant vigilante, donnez-lui des petites responsabilités envers sa petite sœur. Cela lui permettra d’entrer plus rapidement dans son rôle et surtout d’en percevoir toute l’importance.

De manière générale, cette phase de régression ne dure que l'espace de quelques semaines. Une fois lassée de faire le bébé, votre fille se mettra sans doute à montrer sa supériorité d’âge à sa petite sœur pour lui montrer l’exemple de ce qu’il faut faire. N’hésitez pas à lui expliquer toute l’importance du rôle d’ainé dans la vie quotidienne, mais aussi dans la Torah ! C’est lui qui ouvre le chemin et montre la voie à suivre à ses cadets. C’est une grande marque de confiance de la part d’Hachem de l’avoir choisie comme grande sœur, car Il savait qu’elle seule serait capable de jouer ce rôle à merveille !

Béhatsla’ha !

Si vous avez une question à poser à la psy, envoyez un mail sur l'adresse suivante entrefemmes@torah-box.com. Mme Seyman essaiera d’y répondre et la réponse sera diffusée de façon totalement anonyme.