Beaucoup de gens confondent encore bonheur et plaisir. La vérité, c’est que plaisir et bonheur ont peu de choses en commun. Le comprendre et l’accepter est l’une des prises de conscience les plus libératrices qui puissent exister…

Je vis au pays de Walt Disney, des Looney Tunes et de Jurassic Park : oui vous avez compris, j’habite à Hollywood, là où le soleil brille à longueur d’année.

Je vois déjà certains d’entre vous m’envier. Vous vous imaginez peut-être que les gens qui habitent un endroit si magique, où le plaisir est roi, sont plus heureux que les autres. Si c’est ce que vous pensez, c’est qu’hélas, vous vous faites de fausses idées sur la nature du bonheur.

Beaucoup de gens confondent encore bonheur et plaisir. C’est normal, vu que les mots en hébreu pour bonheur et fortune se ressemblent, à une lettre près ! Le bonheur se dit Ocher (אושר), tandis que la fortune se dit ‘Ocher (עושר). Mais la vérité, c’est que plaisir et bonheur ont peu de choses en commun.

Le plaisir, c’est une sensation agréable que nous ressentons sur le moment. C’est pourquoi le mot plaisir en hébreu (Taava - תאווה) signifie également “limite”, car il est limité dans le temps. Le bonheur en revanche, c’est ce que nous éprouvons après. C’est une émotion plus forte et plus durable.

Aller dans un parc d’attractions, assister à un match de foot, regarder un film ou manger au restaurant sont des activités de divertissement qui aident à se détendre, à oublier ses problèmes pour quelques heures et peut-être même à rire. Mais ne nous leurrons pas : elles ne procurent pas de bonheur, de vrai bonheur, car leurs effets positifs sont limités ; ils prennent fin en même temps que le plaisir. 

L’envers du décor…

Nos Sages nous enseignent dans la Michna (Avot 4,1) : “Qui est l’homme sage ? Celui qui apprend de tout un chacun”. Or je me suis souvent dit que si les stars de Hollywood avaient un rôle à jouer, un enseignement à nous livrer, c’est de nous apprendre que le bonheur n’a pas grand-chose à voir avec le plaisir.

Car ces gens riches et beaux qui passent leur temps dans des soirées mondaines, roulent en voiture de rêve et vivent dans des demeures luxueuses ont apparemment tout pour être "heureux". Mais dans leurs mémoires, ces célébrités racontent le malheur caché sous les paillettes : dépression, alcool, drogue, mariages brisés, enfants à la dérive, solitude, etc.

Ceux qui s’accrochent à l’idée fausse qu’une existence remplie de plaisirs et dénuée de toute souffrance équivaut au bonheur diminuent en réalité leurs chances d’atteindre le véritable bonheur ! Car si bon temps et plaisir sont synonymes de bonheur, alors en toute logique, douleur devrait être synonyme de malheur…

Là encore, c’est la Michna de Avot qui nous fournit la réponse (4,6) : “Nourris-toi de pain trempé dans le sel ; bois de l’eau en petite mesure ; dors sur la terre [...] Et si tu agis ainsi, heureux es-tu et tu connaîtras le bien”. 

Aussi étonnant soit-il, nos Sages nous enseignent donc ici que c’est le contraire de ce que l’on pense qui est vrai, à savoir que les choses qui conduisent au véritable bonheur impliquent toujours quelque souffrance ! 

Réussir l’éducation de ses enfants, par exemple, exige forcément d’avoir investi des années à leur donner le maximum de nous-mêmes au détriment de notre propre confort ; être heureux en couple passera obligatoirement par apprendre à faire des concessions et renoncer à certaines choses pour notre conjoint ; vivre sainement implique de bannir les excès de nourriture, de cigarette et d’alcool ; etc.

Nous vivons dans une génération où nombreux sont ceux qui se soustraient aux efforts nécessaires pour atteindre le bonheur en imaginant de manière erronée que c’est ainsi qu’ils l’atteindront. Ils fuient la contrainte qu’induisent inévitablement le mariage, l’éducation des enfants, l’engagement religieux, l’altruisme etc.

Mariage, enfants… Et le plaisir dans tout ça ?!

Demandez à un célibataire endurci pourquoi il hésite à passer sous la ‘Houpa, alors qu’en même temps, il a de moins en moins de plaisir à multiplier les aventures sans lendemain. S’il est honnête, il vous répondra qu’il a peur de l’engagement. Car l’engagement est quelque chose de difficile, tandis que le célibat, pour qui ne respecte pas les lois de la Torah, est rempli de plaisirs, d’aventures et d’émotions fortes. Ce n’est pas pour rien si, en hébreu, le terme biblique pour mariage, Nissouïn, provient de la même racine que celui qui désigne “porter un joug”, Lassèt. Alors certes, le mariage offre aussi du plaisir et des émotions fortes, mais là n’est pas l’essentiel du mariage, qui est plutôt caractérisé par un travail constant sur soi, la maîtrise de son ego au profit de l’autre et une capacité à donner !

De même, les couples modernes qui font le choix délibéré de ne pas avoir d’enfants optent en réalité pour une vie faite de plaisirs et dénuée de toute difficulté, au lieu de choisir une vie de bonheur qui implique forcément un certain degré de difficulté.

Alors oui, ils peuvent aller dîner dehors quand ils en ont envie, voyager comme bon leur semble et se coucher aussi tard qu’ils le veulent sans avoir à se soucier de l’école du lendemain ni des fréquentations qu’ils auront devant leurs enfants. Tandis que les couples avec bébés s’estiment heureux lorsqu’ils réussissent à dormir une nuit entière ou que des vacances scolaires viennent stopper leur rythme effréné… Je ne connais aucun parent qui qualifierait d’“amusant” le fait d’élever des enfants !

Mais les couples qui décident de ne pas avoir d’enfants ne connaitront hélas jamais le bonheur intense de serrer leur enfant dans les bras ou de le border le soir après avoir récité avec lui le Chéma’ Israël. Ils ne connaitront pas le bonheur de regarder un bébé sourire pour la première fois ni faire ses premiers pas, pas plus que celui d’assister à la naissance de leurs petits-enfants…

Se libérer et… changer sa vie !

Alors oui, moi aussi, comme vous, j’aime m’amuser et profiter de la vie. Mais la différence avec certains, c’est que je suis pleinement conscient que ces formes de divertissement ne contribuent pas de façon réelle à mon bonheur. Des activités moins faciles – me lever tôt pour aller à l’office du matin, élever mes enfants, créer une relation durable avec ma femme, essayer de faire du ‘Hessed autour de moi – me procurent plus de bonheur que le plaisir ne pourra jamais le faire !

Comprendre et accepter que le vrai bonheur n’a rien à voir avec le plaisir est l’une des prises de conscience les plus universelles et les plus libératrices qui puissent exister. Tout d’abord, elle vous permet de libérer du temps : vous pourrez alors arrêter de vous adonner à des plaisirs futiles et vous consacrer aux activités qui génèrent du vrai bonheur. Elle vous permet de libérer de l’argent : comme vous savez que l’achat de cette nouvelle voiture ou de ces habits dernier cri ne contribuera en rien à votre bonheur, vous n’y consacrerez pas votre argent. Enfin, elle vous permet de vous libérer de la jalousie, cette tare qui “exclut l’homme du monde” selon nos Sages : dès lors que vous avez compris que les gens riches et brillants qui semblent si heureux ne le sont peut-être pas du tout, vous cessez de les envier et commencez à apprécier votre propre vie, même si elle est faite de choses simples. 

A partir du moment où l’on comprend que le plaisir n’apporte pas le bonheur, on commence à gérer sa vie différemment. Essayez, le résultat peut littéralement métamorphoser votre existence !

Dennis Prager, adapté par Elyssia Boukobza