Aujourd'hui, à l'occasion de la Hiloula (jour anniversaire de décès), du gaon, Rav Bentsion Abba-Chaoul, l'équipe Torah-Box est heureuse de vous offrir deux histoires exclusives sur sa vie... car celui qui parle du Tsadik le jour de sa Hiloula, celui-ci prie pour lui. Allumez une bougie en disant "Likhvod haRav Bentsion Abba-Chaoul, zékhouto taguèn 'alénou". Que son mérite protège tout le Klal Israel, Amen !

Le Rav Bentsion Abba-Chaoul est né à Jérusalem en 1924 (5684), et était l’un des plus grands Rabbanim et décisionnaires de sa génération.

Dans sa jeunesse, il étudia à la Yéchiva « Porat Yossef » dans la vieille ville, avec le Rav Ovadia Yossef dont il était le compagnon d'étude attitré et d’autres Rabbanim.

Après le décès du Roch-Yéchiva, le Rav Ezra Attiya, il fut nommé Roch-Yéchiva avec le Rav Yéhouda Tsadka.

Il est décédé le 19 Tamouz 5758 (1998) et est enterré au cimetière de Sanhédria, à Jérusalem.
 

Le Chidoukh de son père Eliyahou Abba-Chaoul et sa mère Banyah

Banyah restait à la maison en bonne compagnie. Elle étudiait les livres de Halakha laissés par son père. Elle maîtrisait les lois des bénédictions, du Chabbath, les interdictions de mélanger le lait la viande et les nombreux détails qui s’y rapportaient, ainsi que les lois de pureté et d’impureté. Lorsque les juifs des pays arabes arrivèrent en Israël, dans les années 50, elle put se servir de ses connaissances pour donner des cours, en arabe, aux femmes ; c’est ainsi qu’elle put sauver des dizaines de foyers, et aider de jeunes couples à se construire sur des bases solides.

Pour l’heure Banyah fût atteinte d’une maladie qui la maintenait au lit. La mère d’Eliyahou, sa voisine, s’occupait d’elle quotidiennement. Elle avait ainsi pu constater la grandeur de cette jeune fille, ainsi que la finesse de son caractère. C’est ainsi qu’était né l’idée de proposer à son fils de rencontrer Banyah.

C’est donc au terme d’une épuisante journée de travail que Katone Halèvy ouvrit la porte de son modeste logis aux parents d’Eliyahou, pour permettre une rencontre que tous souhaitaient prometteuse. Il n’y avait rien à proposer, la lampe à pétrole illuminait faiblement la pièce et le mobilier ainsi que l’exiguïté des lieux laissaient peu de place aux jeunes gens, pour se parler discrètement.

Banyah ne perdit pas un instant. Elle tendit son bras pour attraper le Zivhé Tsédek, un ouvrage de halakha complexe, en général étudié par les érudits de haut niveau. C’était un ouvrage de référence, écrit par rabbi Abdallah Somekh, lui-même maître de rabbi Yossef Haïm (za’l), un ouvrage de halakha.

-          Regarde ce livre, dit-elle à Eliyahou. Est-ce que tu comprends ce qui y est écrit ?

-          Je sais lire, mais je ne comprends pas ce qui est écrit, dut-il avouer après avoir plusieurs fois baissé et relevé la tête.

-          Lorsque j’étais petite, mon père m’a enseigné le Houmach, la Michna. Il a implanté en moi, l’amour de la Torah, afin que j’épouse un ben Torah, un homme qui se consacre à l’étude de la Torah. Lorsque ma mère m’envoyait à l’épicerie, je tardais à revenir. Non pas parce que je bavardais avec mes camarades, mais parce que je m’arrêtais sous les fenêtres de la yéchiva, qui se trouvait sur ma route. Et j’écoutais durant de longues minutes la voix de l’étude de la Torah, la mélodie de la Torah… Déjà, je rêvais au jour où j’entendrais, moi aussi, cette mélodie, chez moi, dans ma maison, dans mon foyer…Je voulais que mon mari fût l’un de ceux-là… Je crains que ce ne soit pas à toi que mon père m’a destinée. Les larmes embuaient déjà ses yeux ; elle ne put continuer.

Eliyahou se taisait. Que pouvait-il dire ? Que pouvait-il opposer à de tels arguments ?

Banyah continua :

-          Lorsque j’avais cinq ans et demi, mon père est partie pour Boukhara, où il devait occuper les fonctions de rav, dans une communauté. J’avais l’intuition que je ne le reverrai pas. Avant de partir, il m’a fait venir auprès de lui, et m’a dit : « Banyah ! 17 générations ininterrompues de rabbanim se sont succédées jusqu’à nous ; promets-moi que tu continueras cette chaîne ; je le lui ai promis. J’ai prêté serment, j’ai juré. Comprends que je ne peux pas effacer ce serment.

Eliyahou continuait de se taire.

« Nos jeunes amis ont-ils fini leur conversation ? » demanda rabbi Abba. Banyah remit le livre en place ; pour sa part, elle avait fini.

-          Pas encore, lâcha Eliyahou. Puis il se tourna vers Banyah :

-          Lorsque j’ai étudié au Talmud Torah, un de mes maîtres m’a raconté l’histoire de rabbi Akiva et de sa femme, Rahel. On nous a dit qu’il était ignorant, qu’il exerçait le métier de berger et qu’elle l’a envoyé étudier la Torah. Il sourit, puis reprit :

Ils nous ont aussi raconté qu’à la fin, son père a finalement été d’accord avec ce mariage, une fois qu’il était devenu rabbi Akiva….

Cette fois, ils étaient deux à sourire. Banyah et Eliyahou purent donc s’approcher de leurs parents, afin de recevoir leur bénédiction.

Si rabbi Abba et son épouse méritèrent de fiancer leur fils avec Banyah, ils ne purent cependant assister à leur mariage….
 

Après la naissance de Rabbi BenTsion…

La famille (de Rabbi BenTsion) était pauvre. La cordonnerie de rabbi Eliyahou (son père) ne donnait pas les rentrées nécessaires pour faire vivre sa maisonnée. Il accepta donc une proposition d’association dans un magasin de fruits et légumes, à Beth hakérem, un quartier alors excentré de Jérusalem. Là encore, loin de donner satisfaction, cette affaire ajoutait l’épuisement aux tracas et à la pauvreté.

L’associé proposa même à rabbi Eliyahou de quitter Jérusalem. Sa réponse fût claire, et conduisit d’ailleurs rapidement à la fin de cette association infructueuse : « Vas en paix ! Je ne quitterai jamais Jérusalem ! A aucun prix ! Il y a ici des talmidé hakhamim, et c’est à leur ombre que j’élèverai mon fils, dans la Torah et dans la crainte du Ciel…. »

Pour ne rien arranger à ce tableau préoccupant, l’enfant (le « petit » BenTsion) était souvent malade. Le magasin de légumes était un véritable esclavage pour rabbi Eliyahou. C’était son épouse qui devait systématiquement se rendre chez le médecin. Après avoir recouvré sa « liberté », il pût enfin prendre le relais, et s’occuper de la santé de son fils. Cependant, l’argent manquait toujours. Banyah (sa maman) allait l’emprunter chez sa propre mère. Elle répugnait à lui révéler l’état de ses finances. Elle préférait lui dire qu’elle avait un gros billet en sa possession, et qu’elle ne voulait pas le « casser ».

Il lui arrivait également d’emprunter à l’épicerie du coin de la rue, sans révéler, là aussi, la vérité. La visite chez un médecin coûtait à l’époque, deux grouchim, l’équivalent d’un demi-euro de notre époque ! Le dispensaire « Hadassa » où était suivi l’enfant avalait ces emprunts ; et la pauvreté était toujours là, pressante, obsédante…

La mère était brisée, l’enfant était toujours aussi malade, et le père continuait de se battre. Evidemment, tout le monde priait ; on continuait à servir le Créateur avec joie et dévouement, mais malgré tout, dans une atmosphère d’épuisement. Au terme de l’une de ces journées harassantes, durant lesquelles, elle courait d’un médecin à l’autre, Banyah finit par s’endormir. Elle fit un rêve, dans lequel un homme au visage noble lui apparut, et lui fit cette déclaration :

« Ton fils sera un grand du peuple d’Israël, et la situation de ton ménage s’améliorera. En voici un signe : lorsque tu te réveilleras, tu trouveras une pièce d’or dans ton porte-monnaie, avec laquelle tu pourras acheter à manger pour ta famille, afin de la faire vivre. Concernant ton fils, lève-toi et rends-toi à la synagogue dans laquelle a eu lieu, aujourd’hui, une circoncision. Tu prendras l’eau avec laquelle le mohel se lave les mains, et nettoie ses ustensiles ; tu en enduiras ton fils, et il guérira ! »

A son réveil, elle se dépêcha d’ouvrir son porte-monnaie dans lequel se trouvait effectivement une pièce d’or. Puis elle se rendit à la synagogue la plus proche. Une circoncision s’y était effectivement déroulée, ce qui lui permit de mettre la main sur l’eau salvatrice. De retour à la maison, elle en enduisit Ben Tsion, qui commença à guérir instantanément !

Au retour de son mari, elle raconta les formidables évènements qui avaient marqué la journée. « Nous n’allons pas dépenser cette pièce à l’épicerie. Elle est une véritable ségoula (trésor), assurant la réussite, dit-elle à son mari. A mon avis, tu devrais plutôt louer un magasin et ouvrir un atelier de réparation et de fabrication de chaussures ».

Jusqu’à présent, et en l’absence d’un magasin, rabbi Eliyahou ne pouvait que réparer des chaussures, ce qui ne lui donnait que de très maigres ressources. Un magasin serait une toute autre affaire. Il pourrait y disposer des machines, y entreposer de la marchandise, et développer son chiffre d’affaire. Pour tout ce qui concerne les affaires de ce monde, nos Sages (traité Baba Métsia 59a) recommandent aux maris d’écouter leur épouse.

« Certains écoutent leur épouse et s’enrichissent » dit leMidrach (Devarim rabba 4,5). Il passa donc rapidement à l’action. En quelques mois, la situation s’améliora : ses chaussures étaient de bonne qualité, il faisait des réductions aux bné Torah, et de plus s’occupait lui-même des chaussures commandées par les grands rabbanim de la ville, comme rabbi Ezra Attia par exemple, le roch yéchiva de Porat Yossef.

Les ouvriers qu’il put rapidement engager pour faire face au développement de l’atelier, pouvaient en témoigner : chaque fois qu’il s’occupait des chaussures de l’un de ces grands talmidé hakhamim, il chantonnait, heureux comme un élève qui sert ses maîtres, et qui crée un objet de Mitsva ! (Source : Editions Véhaarev)

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