« La plus belle chose que l’on puisse expérimenter c'est le côté mystérieux de la vie ». Cette citation est d'Albert Einstein. À chaque fois que j’y pense, je réprime un frisson. Le célèbre physicien qui a énoncé  la formule de l’énergie (et d’autres), pour qui les théorèmes, calculs  et problématiques n’ont plus de secret– et nous savons tous combien ces exercices mentaux sont soumis à la rigueur, à la précision au  détail ultime -, lui-même, qui nous aurait semblé être un fervent défenseur de la logique absolue, déclare un tel propos. La plus belle chose c’est l’expérience. Le  mystérieux. L’inattendu…

Cette phrase évoque milles et une choses. L’escargot avançant sur l’herbe mouillée après la pluie, le dernier article dans son rayon au supermarché, l’amie qui frappe à votre porte après de longues années, le vent, la neige, les sauterelles, le goût du chocolat, la douceur du feu dans la cheminée, les volcans, les animaux aquatiques multicolores...

Et tellement plus. Le côté mystérieux de la vie se vit dans des moments forts désagréables à la première impression. Dans la frustration. Qui aime la frustration ? Personne. Nous préférons être comblé, satisfait plutôt que frustré. Pourtant, la frustration existe. Pour tous les êtres humains. Et nous ne la choisissons pas. Elle arrive sans que nous en soyons prévenus et elle nous surprend tant elle n’est pas désirée.

Qu’est ce que la frustration ?

Nous sommes tous des êtres avec des idéaux, des désirs, des volontés qui se traduisent en projets, en actes, en vécu.  Nous tendons à mettre en œuvre ces désirs, à vivre selon nos idéaux, à agir selon notre volonté. Et pour cela, fonction propre à l’être humain : nous pensons. Nous réfléchissons à comment faire en sorte que ma vision de la vie soit en accord avec mon quotidien ? Comment répondre aux attentes qui sont les miennes ? Alors nous imaginons que pour notre équilibre il est nécessaire d’agir de telle façon, nous croyons qu’il  faut intervenir à tel ou tel niveau dans telle perspective avec telle ou telle personne. Et nous sommes certains de notre choix et de notre voie car nous sommes proches de nous-mêmes, de notre moi profond.

La  réussite est au tournant de nombreuses fois, avec le bonheur, par conséquent, qui suit. Qu’en est-il quand non ?? Ce n’est PAS ce que nous attendions, voulions, espérions, ce pour quoi nous priions, ce dont nous rêvions. Quelle jeune fille dont l’aspiration était de se  marier jeune ne rencontra l’heureux élu qu’à la trentaine, quel  parent s’exclamait à quel point son enfant n’était pas celui qu’ il espérait … Combien ont prié  pour mettre au monde un garçon qui perpétuerait leur  nom…. D’autres pour obtenir un poste ou un diplôme qui leur conviendrait  « sur mesure »… Les exemples ne manquent pas. Tant la frustration existe. Même au quotidien. Voir défiler le bus sous ses yeux avant d’arriver à la station, déçue du comportement d’un proche, un repas de restaurant pas à son goût, une soirée annulée...

Nos pensées et sentiments affluent. Pourquoi ? Mais non, juste non. Pas maintenant, pas là, ici, à moi. Ce n’est pas possible. Ce n’est pas ça que je veux, que j’avais prévu. Il y a une erreur. Eh bien NON. Il y a une force au-dessus de toi. Pour nous, descendants de Avraham, un Créateur qui aime Ses Créatures et s'en occupe. Alors pourquoi ? Pourquoi me frustrer à moi ? 

Respirez.  Prenez une grande inspiration et respirez. Vous êtes en vie. Et vous n’avez pas l’objet, la  situation, la personne en face de vous, le vous-même que vous vouliez tellement. Vous êtes. Sans ce quelque chose. Et vous êtes frustrée. Mais en vie. C’est cela, à mon avis, la plus belle chose qu’on puisse expérimenter. Un soi frustré. Pourquoi ? Je me ressens encore plus vivante, je suis encore plus moi-même.  

Réfléchissez. Au début, c’est vrai, c’est la colère qui nous envahit, la tristesse, la déception. Ce peut être ensuite la rancœur, l’abattement, le désespoir. Pourtant, si vous vous posez après toute cette explosion, vous regardez autour de vous, vous verrez que l’univers est toujours là, le soleil se lève le matin, se couche le soir, les arbres s’agitent au gré du vent, les personnes qui vous aiment sont là.

Alors vous vous rendez compte que vous appartenez encore au vivant, et c’est là le miracle, le mystère de la vie. Dans les mots du Roi David : « D.ieu, Tu m’as éprouvé mais à la mort Tu ne m’as pas voué » (Téhilim 118, 18). Célébration ultime de la vie. 

De l'obscurité jaillit la lumière

Cette vie est tellement grande et précieuse que vous allez en faire autre chose. Cet AUTRE chose qui découle de la frustration est propulsé par une énergie surpuissante. THE ENERGIE !!!!!!!! La NOTRE !!! Plus la frustration est grande et a été vécue intensément, plus vous avez les moyens, le potentiel d’aller loin. Vous possédez une force pour construire quelque chose de nouveau, d’orignal, D’UNIQUE. De la destruction naît la lumière. Telle est la grandeur de l’être humain.

Comment ? Se retrouver avec soi-même sans ce qui était voulu amène à se questionner. Qui suis-je ? Pourquoi tenais-je tellement à cela ? Peut-être que sans aussi c’est possible. Vous découvrirez d’autres facettes de votre personnalité, d’autres aptitudes et capacités. Vous irez encore plus loin encore plus haut. Ne savons-nous pas que c’est bon pour un enfant de s’ennuyer ? Oui ! Un enfant aime être actif mais c’est justement dans l’ennui qu’il va déployer un effort, un dépassement pour trouver un jeu, une activité, un bonheur. C’est pareil pour nous. Quel homme ne vous dira pas que sa meilleure affaire arriva le jour où il pensait avoir tout perdu et qu’il se lança dans un projet fou ? Ou telle femme qui, après avoir rompu des fiançailles, entrevit enfin le style de conjoint qu’elle recherchait. Car c’est  dans l’absence que jaillit la présence. De l’obscurité jaillit une flamme.

Maintenant j’imagine un peu -à mon niveau-ce qui signifia pour Rabbi Akiva la perte de ses 24.000 élèves. L’œuvre d’une vie. Le monde était désolé, détruit nous disent nos maîtres. Mais il recommence. Avec 5 élèves qui ont assuré la transmission  jusqu’à nous. Avraham notre Père qui renonce à  sa vie entière dont la valeur primordiale était la bonté, le don envers autrui pour obéir à D.ieu et aller vers la Akéda (ligature d'Its’hak). La  lumière qui en a résulté protège notre peuple jusqu’à aujourd’hui.      

Enfin, le plus beau reste pour la fin. Quand vous parvenez à vivre cela, à sublimer votre épreuve, à  aller de l’avant avec la frustration, vous réalisez qu’en réalité, vous avez reçu ce que vous vouliez. Différemment, certes. D’une certaine manière si vous êtes honnête avec vous-même vous n’avez  rien perdu. La frustration a contrarié votre imaginaire, la vie est advenue en plus grand. L’enfant aura vécu son moment d’ennui qui ne l’est donc plus par définition, l’adulte aura été celui qu’il se devait être -et non celui qu’il a été contraint d’être. La frustration est apparue de par elle-même une source de satisfaction. Comme D.ieu le voulait.

Pour en revenir à Einstein : « Le hasard c’est D.ieu qui se promène incognito ». Remplacez dans la phrase « le hasard » par « dans ma vie » et vous percevrez la puissance du lien qui unit le Créateur à Sa Création. Dans la frustration. A nous de Le déceler et de L’en remercier…

Que vous ayez tous et toutes des vies magnifiques !!