Au début de la Parachat Noa’h, la Torah dit : « Noa’h était un homme juste, intègre dans ses générations » (Béréchit 6:9). Rachi, dans son commentaire célèbre et le tout premier sur cette Paracha, dit : « Certains de nos Maîtres l’interprètent à son éloge, et d’autres l’interprètent à son discrédit ». Maran, le Rav 'Ovadia Yossef zatsal, pose la question suivante : comment est-il possible que, tandis que la sainte Torah elle-même emploie des termes de louange : « homme juste, intègre dans ses générations », certains de nos Maîtres interprètent tout de même ce verset à son désavantage, prétendant que Noa’h n’était pas si grand ? S’il est possible d’interpréter ce verset positivement, comme le font les premiers, ne faudrait-il pas s’en tenir à cela ? Pourquoi chercher à tout prix une interprétation péjorative ?
De plus, dans la Haftara de cette semaine, le prophète dit : « Car ceci est pour moi comme les eaux de Noa’h » (Yéchayahou 54:9). Cela signifie que tout le déluge est appelé par le nom de Noa’h, comme s’il en était responsable. Mais en quoi Noa’h serait-il fautif ? N’a-t-il pas, durant cent vingt ans, construit l’arche avec un dévouement constant, faisant tout ce qui était en son pouvoir ? Que veut-on encore de lui ? Et le passage le plus dur se trouve dans le Zohar Hakadoch, qui rapporte qu’après être sorti de l’arche et avoir vu un monde en ruines, Noa’h se mit à pleurer et demanda à Hachem : « Maître du monde, Toi qui es miséricordieux et clément, n’aurais-Tu pas pu avoir pitié de cette génération ? Pourquoi avoir détruit Ton monde ? » Hachem lui répondit avec des mots tranchants : « Ra’ya chatya - berger insensé ! Tu Me demandes maintenant pourquoi J’ai détruit Mon monde ? C’est auparavant que tu aurais dû t’investir pour influencer les gens de ta génération, et tu ne l’as pas fait ».
De là, le Rav 'Ovadia Yossef zatsal explique que certes Noa’h a construit l’arche avec un immense dévouement pendant cent vingt ans, et pour cela, il mérite des éloges. Mais qu’en est-il du temps qu’il aurait dû consacrer aux gens de sa génération ? Il aurait dû leur enseigner, leur expliquer, les ramener sur le droit chemin. Pourquoi ne les a-t-il pas influencés positivement ? Il est entré dans l’arche et a été sauvé avec sa famille, mais pourquoi n’a-t-il pas sauvé les autres ? Pourquoi ne les a-t-il pas encouragés à faire Téchouva ? Il aurait dû s’efforcer de le faire et d’agir pour leur bien. Et parce qu’il ne l’a pas fait, il est appelé « berger insensé ». Nous apprenons de là que le Zikouï Harabim, le mérite d’influencer les autres pour le bien surpasse toutes les autres qualités. Aucune autre grandeur que possède un homme ne vaut autant que le fait d’élever les autres.
J’ai entendu de la bouche du Rav Nissim Yagen zatsal qu’il raconta un jour être allé chez l’un des géants de la génération - il me semble que c’était Rabbi Haïm Kanievsky zatsal - et il témoigna que ce géant se leva devant lui et lui dit : « Sache que dans le monde futur, tu es plus important que moi. Car toi, tu rends le public méritant. C’est pourquoi je suis moins important que toi, et ta part est bien plus grande que la mienne : la grandeur de celui qui fait mériter les autres n’a pas d’équivalent ».
Rabbi Eliyahou Lopian zatsal disait une chose extraordinaire et quiconque y réfléchit comprend aussitôt qu’il s’agit d’un trésor immense, d’une découverte capitale. Il arrive parfois qu’un homme ne soit pas digne de recevoir certains bienfaits du Royaume céleste. Mais s’il fait mériter le public, Hachem lui donnera même ce qu’il ne mérite pas. Et pour illustrer cela, il raconte une parabole. Un homme sortit faire des courses ; en chemin, il fut pris d’un fort mal de tête et chercha une tasse de café noir pour se soulager. Il regarda autour de lui et ne vit que des magasins de vêtements et d’alimentation, mais aucun café. Soudain, il aperçut un hôtel beau et luxueux à une cinquantaine de mètres. Il décida d’y aller, sachant que le prix serait certes plus élevé, mais qu’il trouverait sans doute un bon café. Et pour faire passer son mal de tête, il était prêt à payer.
Il entra dans l’hôtel et demanda au serveur combien coûtait une tasse de café. Le serveur lui répondit : « 170 shekels ». L’homme répliqua : « Pour ce prix-là, je peux t’acheter une vingtaine de paquets de café noir ! Quelle est la justification de ce prix ? » Le serveur lui dit : « Tu penses que tu ne payes que pour le café ? Tu payes aussi pour tout l’environnement : le tapis à lui seul vaut cinquante mille dollars, le lustre vaut cent mille dollars, et de même pour le piano et tout le mobilier autour de toi, qui sont très chers. Pour tout cela, tu payes ». L’homme demanda encore : « Et combien coûte une part de gâteau ? » Le serveur répondit : « Une part de gâteau coûte 220 shekels ». L’homme se dit alors : « Il vaut mieux que je reste avec mon mal de tête, plutôt que de m’attirer d’autres maux de tête en dépensant une telle somme pour un café et un gâteau ».
Il quitta l’hôtel les mains vides et aperçut, à l’écart, un groupe d’employés, serveurs et agents d’entretien, tous tenant une tasse de café fumante et une large part de gâteau. En s’approchant, il remarqua à côté d’eux des tasses vides et des gâteaux à moitié jetés. Il leur dit : « Si vous êtes si riches et achetez cafés après cafés et encore des parts de gâteaux, pourquoi êtes-vous simplement serveurs ? » Les employés lui répondirent : « Nous ne payons rien. Nous recevons tout gratuitement ». Il s’étonna : « Comment est-ce possible ? » Ils répondirent : « Nous travaillons ici pour servir les invités au nom du propriétaire. Sache que celui qui sert les invités pour le compte du maître de maison reçoit tout gratuitement ».
Le Rav Eliyahou Lopian enseigne ainsi : « Celui qui sert dans ce monde les invités, c’est-à-dire le peuple d’Israël, pour le propriétaire qui est Hachem recevra tout, même ce qui ne lui revient pas de droit. C’est pourquoi le Zikouï Harabim, le mérite d’influencer les autres pour le bien est d’une valeur si immense qu’il est impossible d’en estimer la grandeur et la récompense ».
Le Zohar Hakadoch, dans la Parachat Térouma, nous révèle des enseignements remarquables qui mettent en lumière la grandeur du mérite appelé Zikouï Harabim, c’est-à-dire le mérite de celui qui influence positivement le grand public. Nous verrons par la suite comment chacun peut y parvenir, même s’il n’est pas un Talmid ‘Hakham (érudit), ni une personne connaissant bien les livres saints. Ainsi sont les paroles du Zohar : tout celui qui participe à faire mériter le public, en rapprochant les éloignés de leur Père qui est aux cieux, provoque l’abaissement des forces du mal - la Sitra A’hra - et élève la gloire de D.ieu. Le sens simple de ces paroles est que, lorsqu’un homme faute, une force négative s’attache à lui. Mais lorsqu’un autre Juif vient et agit pour lui faire mériter, alors ces forces du mal sont chassées de lui. Par ce mérite, ce fautif peut désormais s’élever jusqu’à Hachem, car la Téchouva est d’une telle grandeur qu’elle rapproche l’homme jusqu’au trône céleste, et cela entraîne une élévation d'Hachem.
Le Zohar va encore plus loin et enseigne que celui qui a le mérite de faire progresser les autres soutient non seulement le monde d’ici-bas, mais aussi le monde supérieur. Il mérite de vivre assez longtemps pour voir les enfants de ses enfants, il accède à la richesse et à la prospérité dans ce monde, et au mérite d’une place dans le monde futur. À son sujet, il est écrit (Téhilim 112) : « Puissante sur la terre sera sa descendance, la génération des justes sera bénie ; richesse et abondance seront dans sa maison, et sa justice subsistera à jamais ». Et pourquoi tant de récompenses ? Le verset poursuit : « Une lumière s’est levée dans l’obscurité pour les hommes droits ». Cela signifie qu’un Juif a su, par sa simple action, faire briller une lumière au sein des ténèbres, éclairant la voie à ses frères et leur montrant le bon chemin. Voyez combien de bénédictions sont réservées à celui qui fait mériter le public ! Et cette grandeur est à la portée de chacun. Il suffit d’encourager quelqu’un à venir écouter un cours au Beth Hamidrach, d’étudier un passage de Torah avec lui, ou même de lui envoyer un lien vers un discours inspirant ou un message de renforcement spirituel. Une petite action peut suffire à influencer profondément une âme et l’on ne mesure jamais jusqu’où peuvent aller les effets d’un tel geste.
Le Rav Chalom Arouch raconte qu’il a créé des millions de disques diffusés à travers le monde entier, dans de nombreuses langues, y compris l’espagnol, notamment distribués au Mexique. Là-bas vivait un Juif, fervent admirateur du Rav, qui possédait un grand stock de ces disques et les partageait généreusement autour de lui. Un jour, il rencontra une connaissance non pratiquante et lui donna trois disques. Quelques semaines plus tard, il croisa de nouveau cet homme, cette fois avec une Kippa sur la tête. Il lui dit : « Sache que tu as bouleversé ma vie du tout au tout ». Touché par le contenu des disques, il avait commencé à faire Téchouva, à revenir vers la Torah, au point d’acheter lui-même de nombreux disques pour en faire bénéficier d’autres autour de lui.
Un jour, cet ami qui, grâce à D.ieu, avait eu le mérite de faire une Téchouva complète, se promenait près de la mer. Soudain, il aperçut une jeune fille debout sur un rocher élevé, à plusieurs mètres au-dessus de l’eau. Il comprit immédiatement qu’elle s’apprêtait à se jeter dans les eaux profondes. Il courut vers elle et lui cria : « Attends ! S’il te plaît, ne fais pas ça ! Tu sais bien que celui qui se donne la mort perd sa part dans le monde futur ! » Mais la jeune fille, dans un profond désespoir, lui répondit : « Laisse-moi tranquille… j’ai pris ma décision. Je n’ai plus de raison de vivre, plus rien à chercher dans ce monde ».
Il insista de manière convaincante : « Écoute-moi juste un instant. Je vais te donner quelques disques à écouter. Écoute-les, et après seulement tu décideras. Si tu veux quand même rester ici et accomplir l’irréparable, tu peux le faire. Mais si tu acceptes ma proposition, tu pourras toujours revenir ici pour mettre fin à tes jours ». Elle refusa : « Ces disques ne m’intéressent pas ». Il poursuivit, les larmes dans la voix : « Je suis même prêt à te payer, juste pour que tu les écoutes ! » Après de longues supplications, elle accepta de les prendre. Baroukh Hachem, elle les écouta à plusieurs reprises, et à la fin, comme le raconte Rav Arouch, elle fit elle aussi Téchouva, se maria avec un homme craignant D.ieu, et commença à diffuser la Torah pour faire mériter les autres.
Voyez donc combien est grande la valeur de celui qui fait mériter le public ! Un simple homme, sans être orateur ou savant, s’est contenté de transmettre trois disques à autrui et cela a ramené un Juif à la Torah. Ce dernier, à son tour, a sauvé une âme du désespoir et de la perdition, et l’a remise sur le chemin de la vie et de la foi. Quelle chaîne de mérites, quelle entreprise sublime ! Et au final, tout cela est compté comme un immense mérite au crédit du tout premier homme, celui qui a offert ces disques. Voyez combien un homme peut gagner, combien il peut mériter, et tout cela est à notre portée. Parfois, il suffit d’un seul mot aimable, d’un encouragement sincère, d’un bon conseil offert au bon moment. Et par ce simple geste, nous aurons fait mériter la personne qui se trouve en face de nous.
Je vais vous rapporter une histoire que j’ai entendue de la bouche même de notre maître le Rav 'Ovadia Yossef zatsal, et lui-même, en l’entendant, avait témoigné avoir été profondément ému. Le Rav raconte que, voici environ vingt ans, un homme à l’apparence orthodoxe vint le voir avec un enfant âgé d’environ six ans. Il demanda au Rav : « Que notre maître et guide bénisse mon fils, afin qu’avec l’aide de D.ieu, il grandisse et devienne un érudit en Torah ». Puis il ajouta : « Cet enfant, c’est grâce au Rav qu’il est né ». Le Rav, surpris, lui répondit : « Mais je ne vous connais pas, ni vous, ni l’enfant. En quoi cet enfant est-il né grâce à moi ? » L’homme lui dit alors : « Écoutez, Kvod Harav ». Il poursuivit en expliquant que l’histoire remontait à quatre ans après le décès de la Rabbanite Margalit (décédée en l’an 5754 – 1994), épouse de Maran. Cet homme, qui n’était pas Rav de profession, donnait cependant des cours publics sur des sujets de Torah. Il n’était pas grand érudit, mais il savait parler au cœur des autres. Un soir de veille de Pessa’h, le ministère de l’Intégration s’était adressé à lui pour lui dire qu’il y avait environ trois cents jeunes hommes qui ne savaient rien de la soirée du Séder, ni de son déroulement, et qui désiraient ardemment entendre des paroles de foi, de Torah et vivre un Séder avec quelqu’un qui les élèverait. Le ministère lui demanda donc s’il serait prêt à passer la soirée du Séder avec eux. Il répondit qu’en soi, il n’avait pas d’objection, mais qu’il devait demander à sa femme, enceinte de neuf mois. Lorsqu’il la consulta, elle répondit immédiatement qu’il était évident qu’il fallait y aller : la Mitsva de faire mériter le public passe avant tout.
La nuit du Séder, il arriva dans la grande salle du centre-ville de Jérusalem, où l’attendaient déjà trois cents jeunes hommes, la tête couverte d’une Kippa, prêts à vivre la soirée avec élévation et sainteté. Mais au moment de commencer le Kiddouch, sa femme l’appela et lui dit qu’elle ne se sentait pas bien, que les contractions avaient commencé. Il lui demanda si elle pensait qu’il pouvait encore différer un peu, puisque le Séder n’avait pas encore commencé, et tant de jeunes les attendaient. Mais elle insista : « C’est sérieux, il faut partir tout de suite ». N’ayant pas le choix, il demanda aux jeunes d’attendre un peu, espérant que tout se passerait bien et qu’il reviendrait rapidement. Étant donné qu’ils n’avaient personne d’autre pour faire le Séder à sa place, ils acceptèrent de l’attendre.
Il appela une ambulance et se rendit à l’hôpital Bikour ’Holim, le plus proche. En arrivant, sa femme souffrait déjà de fortes contractions. L’endroit était désert, seules quelques infirmières étaient présentes, la plupart étant parties fêter le Séder en famille. Une seule infirmière se présenta à eux, en leur disant : « Toutes les autres sont parties. Je suis la seule sage-femme volontaire à être restée ici, mais une autre femme est arrivée un quart d’heure avant vous ; je dois d’abord m’occuper d’elle. Je ne peux pas m’occuper de deux accouchements en même temps ». La femme, en proie aux douleurs, lui demanda : « Que vais-je faire, avec ces contractions et cette souffrance ? » L’infirmière répondit : « Que puis-je faire ? Je suis seule ici. Même un ange ne peut accomplir deux missions à la fois. Veuillez attendre avec patience. Je finirai avec la première et je m’occuperai ensuite de vous ».
N’ayant pas d’autre choix, ils patientèrent, tout en sachant que là-bas, trois cents jeunes attendaient, et que la situation était complexe. Peu après, sa femme lui dit : « Il y a ici une Mitsva de Zikouï Harabim qui dépasse tout. Je t’en prie, retourne là-bas, et par le mérite de cette Mitsva, D.ieu m’aidera ». Il lui répondit : « Comment puis-je te laisser seule, alors que tu es sur le point d’accoucher ? » Mais elle insista avec force : « J’ai décidé que tu irais. Va faire mériter ces jeunes qui t’attendent. On ne peut pas les laisser seuls, sans guide ».
Voyant qu’elle était déterminée, il quitta l’hôpital le cœur lourd et les larmes aux yeux, peiné de la laisser dans cette souffrance. Mais sa détermination le rassura un peu. Il revint vers la salle du Séder, où la soirée fut empreinte d’élévation spirituelle, de joie et de sainteté. À la fin de la soirée, tous vinrent à lui pour le remercier sincèrement d’avoir dirigé cette soirée unique, nourrie de récits de foi et de miracles, qui les avait profondément marqués.
Dans son cœur, il espérait que le bébé n’était pas né sans assistance, et s’inquiétait pour l’état de sa femme. Il courut à l’hôpital, et en arrivant, il vit le nourrisson déjà déposé à côté de son épouse. Rassuré, il lui demanda ce qui s’était passé. Elle lui répondit : Deux minutes après ton départ, alors que j’étais en plein travail et dans la douleur, je me suis tournée vers Hachem et j’ai dit : « Maître du monde, je veux faire partie de ceux qui font mériter le public, je suis prête à tout donner pour cela, je T’en prie, aide-moi. Soudain, j’ai vu devant moi une infirmière, différente de celle que nous avions vue ».
Elle s’approcha de moi et me dit : Je suis venue t’aider. Je m’appelle Margalit Yossef, je suis l’épouse de Maran Rav 'Ovadia Yossef, et je suis descendue du ciel pour t’assister dans ton accouchement. N’aie pas peur, j’ai été envoyée spécialement pour cela, en récompense de ton dévouement, de ton sacrifice et de ta volonté de faire mériter les autres. Elle m’a conduite en salle, m’a appuyée ici et là, et en deux minutes à peine, le bébé est né. Elle a veillé à ce que tout se passe bien et a disparu aussitôt. Pendant que l’autre femme était encore en travail depuis des heures, avec des cris et des douleurs, moi j’étais déjà apaisée, en paix, et tout s’était bien passé, Baroukh Hachem.
Lorsque Maran Rav 'Ovadia entendit cette histoire, il fut profondément ému jusqu’aux larmes. Il n’en avait jamais entendu parler, car en réalité ce récit ne lui avait été rapporté que six ans plus tard, directement par le père en question. Le père ajouta alors : « Cet enfant qui est né il y a six ans, c’est grâce à Maran, à la Rabbanite, et au mérite du Zikouï Harabim. Je vous en prie, Maran, bénissez cet enfant ». Le Rav le bénit de tout son cœur. Et on raconte que cet enfant grandit et devint un Talmid 'Hakham. Pourquoi ? Parce qu’il est né par le mérite du Zikouï Harabim, cette valeur qui se tient au sommet du monde.
Il faut comprendre qu’en réalité, ce que nous faisons pour les autres, nous le faisons d’abord pour nous-mêmes. Le Zikouï Harabimest une action dont le mérite se tient pour l’éternité, qui perdure à jamais, et qui occupe le rang le plus élevé dans le monde spirituel. Lorsqu’un homme arrive au ciel, s’il a influencé le public pour le bien, on l’élève jusqu’au trône de Gloire, on lui attribue la place la plus honorée, car la chose qui procure le plus de satisfaction à Hachem, c’est lorsque Ses enfants reviennent à Lui.
Le Rav Yaakov Ben ’Hanan est un Rav qui a consacré sa vie à faire mériter le public, notamment dans le domaine de la préservation de la sainteté et de la pureté. Il a d’ailleurs publié un ouvrage intitulé Ki Tetse Lamil’hama. Un jour, raconte-t-il, une femme est venue le voir et lui a demandé si elle pouvait faire un don de cinquante exemplaires du livre, à la mémoire de la mère d’une amie proche, récemment décédée. Le Rav lui répondit que chaque livre coûtait quinze shekels, prix coûtant, et qu’il était également prêt à inscrire le nom de la défunte dans le livre. Puis, il lui demanda : « Quand est-elle décédée ? » La femme répondit que nous sommes justement à la fin de la Chiv’a, la semaine de deuil ».
Le Rav réagit immédiatement : « Puisque c’est la fin de la Chiv’a, un moment aussi propice, peut-être pourrais-tu demander à ton amie si elle accepterait de financer davantage de livres, afin d’accroître le mérite pour le public ? » La femme appela son amie et revint ensuite vers le Rav en lui annonçant : « Mon amie m’a dit qu’elle a reçu il y a quelque temps un héritage de son père et qu’elle est prête à faire don de deux mille livres ! » Le Rav fut bouleversé par ce mérite immense, un véritable prodige.
Cette femme raconta ensuite que juste avant d’avoir appelé son amie, celle-ci lui avait justement raconté un rêve qu’elle avait fait la veille, durant la dernière nuit de la Chiv’a : son père lui était apparu en rêve, vêtu entièrement de noir, avec des couteaux et du sang sur lui, que D.ieu préserve ! Selon le Rav Petaya, lorsqu’un défunt apparaît vêtu de noir, c’est le signe que son état est grave, qu’il se trouve dans un lieu douloureux dans les cieux, au Guéhinam. La fille, bouleversée, s’était réveillée en pleurant, ne sachant à qui en parler, ni que faire. Et précisément ce matin-là, elle reçut cet appel concernant la possibilité de distribuer des livres pour le mérite du public. Elle accepta immédiatement de financer deux mille exemplaires en l’honneur de son père.
Et elle le fit ce même jour, le dernier jour de la Chiv’a. Deux jours plus tard, elle rêva à nouveau de son père, cette fois rayonnant, vêtu tout en blanc et souriant. Il ne lui dit que deux mots : « Merci beaucoup, merci beaucoup ». Elle garda cela pour elle, pensant peut-être que ce n’était qu’un songe illusoire. Mais deux jours après, sa sœur rêva elle aussi de leur père, toujours habillé de blanc, lui disant simplement : « Je suis bien ». Pendant près de six mois, plusieurs membres de la famille et voisins firent ce même rêve : le défunt apparaissait en blanc, répétant ces mots : « Je suis bien ».
C’est là toute la grandeur et la puissance du Zikouï Harabim ; son impact dépasse largement ce monde-ci et accompagne l’âme vers l’éternité. C’est l’un des investissements les plus rentables qu’une personne puisse entreprendre ; influencer les autres pour qu’ils récitent des Téhilim, qu’ils étudient la Torah ou la Halakha en son mérite, qu’ils inscrivent leurs enfants dans des Talmudé Torah, et plus encore. C’est ainsi que l’on mérite à la fois ce monde et le monde futur. Comme l’écrit le saint Zohar : « Sa justice subsiste à jamais », et par ce biais, nous mériterons toutes les bénédictions promises dans la Torah, Amen.




