Pendant des années, j’ai été dévorée par une passion absolue : le droit.
J’aimais cette effervescence, ce frisson de la loi.
Je me rappelle encore cette période gravée en moi, assise juste à côté du Procureur Général, au plus près du pouvoir de juger. Je vivais ma passion de la loi de l'intérieur.
Dans cet univers, tout me semblait millimétré. Chaque affaire qui passait entre nos mains semblait passer sous la lame d’un couteau bien affiné. Rien ne dépassait.
Rien, jusqu’à ce jour-là.
C’était un procès pour meurtre. Le dossier était implacable. Chose rare dans un procès, il y avait une accumulation incroyable de preuves, y compris des preuves ADN formelles. Tout accusait l'homme dans le box.
Et pourtant, le sort en a décidé autrement.
Je me souviens du Procureur se tournant vers moi, un brin hésitant, me demandant comment orthographier exactement le mot « acquittement ». C’était son tout premier acquittement dans une affaire de meurtre.
Il ne savait plus pour le "c". Il hésitait. J'avais répondu, surprise, "a-c-q" en souriant.
Que s'était-il passé ?
L’avocat de la défense avait réussi le tour de force de faire pâlir le juré en le culpabilisant. En lançant cette phrase terrible : « Vous allez mettre un innocent en prison », il avait fait vaciller les certitudes.
Les preuves étaient là, mais le doute — ou la peur — l'avait emporté.
Récemment, nous avons traversé les fêtes de Roch Hachana et Kippour. Et en y repensant, ces souvenirs de tribunal sont revenus me hanter.
Je me suis souvenue de cette sensation de toute-puissance qui, à l'époque déjà, me faisait peur. Cette sensation vertigineuse de juger, de décider du destin et de la vie d’un homme.
Alors, une question m'a traversé l'esprit : Hachem juge-t-Il comme on juge un homme en Cour d’Assises ?
Dans notre justice humaine, il y a le verdict, puis l'appel, puis la cassation. Il y a la peine qui tombe, puis d'éventuelles remises de peine une fois derrière les barreaux.
Il y a aussi ce voyeurisme presque pervers du public qui s'entasse sur les bancs pour assister au procès, pour voir un homme être disséqué.
La réponse est non.
Heureusement, non.
Le Tribunal divin n'a rien à voir avec le spectacle de nos Cours d'Assises. Là-haut, pas de public pour se nourrir du drame. La relation entre Dieu et l’Homme est d’une intimité absolue. C’est un face-à-face secret, pudique, empreint d'un amour qu'aucun juge humain ne pourra jamais ressentir pour un accusé.
Et surtout, il n'y a pas de date limite pour la procédure.
En droit humain, une fois les délais passés, la sentence est définitive. Face à Hachem, la Téchouva (le repentir, le retour) est possible à chaque instant. Il n'y a pas besoin d'attendre le procès en appel : le pont est toujours jeté, la porte est toujours ouverte.
Hachem ne cherche pas à condamner avec la rigueur froide d'un procureur, il attend simplement que nous revenions à Lui.
Dans cette Justice Suprême, la peine change radicalement de sens : elle n'est pas une sanction pour détruire ou exclure, mais une réparation.
La rigueur divine ne cherche jamais à nous enfoncer. Si nous traversons des épreuves, ce n'est pas une condamnation, c'est un processus de reconstruction.
C'est là que réside le véritable message d'espoir.
L'épreuve n'est pas une punition gratuite, elle est l'occasion de révéler nos forces cachées et de grandir. Hachem nous envoie des défis parce qu'Il connaît notre potentiel et qu'Il croit en notre capacité à les surmonter.
Il ne brise pas Ses enfants, Il les forge.
En tant que maman, ce regard d'amour inconditionnel et cette justice infiniment plus constructive me parlent plus que jamais.
La loi des hommes est imparfaite, parfois injuste, souvent théâtrale. La Loi d’Hachem, elle, protège notre dignité et répare nos manquements, loin du bruit et de la fureur du monde.
Elle nous garantit qu'aucune situation n'est jamais désespérée, que les erreurs peuvent toujours être rachetées et que, peu importe la lourdeur du dossier, le chemin du retour et de la guérison reste grand ouvert pour chacun d'entre nous.




