Que dois-je faire lorsque je vois quelque chose de négatif chez mon prochain ? Qu’est-ce que cela révèle sur moi ? Et comment puis-je, à travers cela, contribuer à réparer le monde ? La rencontre avec les défauts de mon prochain : une occasion de réparation personnelle…
Les paroles de nos Sages sont bien connues : « Celui qui disqualifie autrui, le fait par son propre défaut. » Autrement dit, lorsqu’une personne voit un défaut chez son prochain, cela témoigne du fait que ce même défaut existe aussi en elle. Le fait même que j’aie remarqué ce défaut chez mon prochain indique que, moi aussi, je suis atteint par ce même travers ; c’est pourquoi j’y ai prêté attention chez lui.
Notre maître, le Ba'al Chem Tov, ainsi que ses élèves, ont fait de cet enseignement une véritable voie de vie. Chaque fois que je vois un défaut chez mon prochain, cela devient une occasion d’entrer dans un processus de réparation personnelle. Et c’est précisément à partir de ce travail sur moi-même qu’il devient possible d’aider également mon prochain à se corriger.
Essayons donc d’étudier plusieurs approches que nous enseigne le Ba'al Chem Tov : comment réagir et quelle attitude adopter lorsque je suis confronté à un défaut que je perçois chez mon prochain.
Sache ce qui est au-dessus de toi
Tout d’abord, nous devons comprendre la véritable nouveauté introduite par le Ba'al Chem Tov. Est-ce que chaque défaut que je vois chez mon prochain existe nécessairement aussi en moi ? N’existe-t-il aucune situation où mon prochain serait atteint d’un défaut sans que moi-même je ne sois concerné par ce défaut ?
Le Ba'al Chem Tov nous enseigne que mon prochain est mon miroir. Et pas seulement mon prochain : toute la réalité qui se déroule autour de moi m’indique comment agir et ce que je dois réparer dans ma personnalité.
La Michna dit dans les Pirké Avot : « Sache ce qui est au-dessus de toi » — Da ma lema’ala mimkha. Le Ba'al Chem Tov explique ainsi cette phrase : « Sache que ce qui est En-Haut vient de toi ». Le moyen de savoir ce qui se passe dans les mondes supérieurs passe par “toi”, par moi-même, par les mondes inférieurs. À partir de la réalité qui se déroule dans notre monde, je peux comprendre ce qui se produit dans les mondes supérieurs, selon le principe : « La royauté terrestre reflète la royauté céleste. »
La Présence divine infinie descend progressivement et se revêt dans nos mondes finis et terrestres. Dès lors, tout ce qui se passe autour de nous relève de la Providence divine. Plus encore : chaque événement qui se présente sur notre chemin nous transmet une allusion à la parole d’Hachem. Le Saint béni soit-Il parle à chacun à travers la réalité qui l’entoure.
Ainsi, Hachem me parle également à travers la rencontre avec l’autre. Et la rencontre avec autrui est toujours une expérience plus intense et plus bouleversante qu’une simple observation de la réalité. Par conséquent, l’allusion divine qui se révèle à travers mon prochain est plus précise, et peut toucher en moi un point beaucoup plus essentiel.
Les étapes du travail intérieur
« Tous les fléaux, l’homme les voit, sauf ses propres fléaux » et le saint Ba'al Chem Tov expliquait : « Tous les fléaux qu’un homme voit à l’extérieur proviennent de ses propres fléaux » (Ba'al Chem Tov sur la Torah, Beréchit 126). Les défauts que l’homme voit à l’extérieur de lui, chez ses prochains ou dans la réalité qui l’entoure, proviennent des défauts qui existent en lui. Le fait que j’aie remarqué le défaut ou la tare de mon prochain indique que ce même défaut existe en moi ; autrement je ne l’aurais pas remarqué.
Si le Saint Béni soit-Il, dans Sa providence, m’a fait voir ce défaut, Il m’invite ainsi à traverser un processus de correction et d’examen de mes traits de caractère, en particulier à corriger précisément ce défaut que j’ai remarqué. Si mon prochain me sert de miroir de mes traits de caractère, il se peut qu’à la suite de cette nouvelle découverte sur moi-même je développe de la haine envers moi à cause de ces mauvais traits présents en moi. Mais ici aussi, le Ba'al Chem Tov nous enseigne comment apprendre, à partir de l’observation d’autrui, à nous observer nous-mêmes :
« Si l’on voit quelque chose de mauvais chez son prochain, qu’il haïsse le mal qui est en lui, mais qu’il aime profondément la part sainte, comme sa propre âme… C’est là le sens de “Tu aimeras ton prochain comme toi-même”… De même que lorsqu’un homme connaît quelque mal en lui-même, cela ne le conduit pas à se haïr lui-même, bien qu’il haïsse le mal qui est en lui, ainsi doit-il agir envers son prochain » (Méor Einaïm, 'Houkat, au nom du Ba'al Chem Tov).
L’amour de mon prochain comme moi-même doit commencer par l’observation de moi-même. Je dois d’abord regarder à l’intérieur de mon âme et distinguer les parties bonnes des parties mauvaises ; aimer le bien et haïr le mal. La deuxième étape consiste à voir l’autre et à aimer le bien qui est en lui. Cette deuxième étape repose sur la première. Ma capacité à rencontrer le mal que je vois chez mon prochain, et que j’ai également découvert en moi, découle de la compréhension que je ne me hais pas entièrement malgré le mal qui est en moi. Dès lors, je peux aimer mon prochain de tout mon cœur et de toute mon âme malgré les défauts et les imperfections qui sont en lui.
Le Ba'al Chem Tov approfondit encore et ajoute un niveau supplémentaire à ce principe du miroir. Lorsque je vois un défaut chez mon prochain, non seulement je suis moi-même atteint de ce défaut, mais au moment même où je le vois, je suis jugé dans le Ciel pour ce même défaut. Pourquoi suis-je jugé précisément à ce moment-là ? Le Ba'al Chem Tov innove en enseignant que l’on juge l’homme selon la manière dont il regarde son prochain : s’il lui trouve des mérites, lui aussi sera jugé favorablement ; et si, à D.ieu ne plaise, c’est l’inverse, il sera jugé défavorablement.
C’est en réalité une troisième étape dans l’édifice que construit le Ba'al Chem Tov lorsqu’un homme voit un défaut chez son prochain. La première étape est l’introspection de l’homme à la suite de sa perception de l’autre ; la deuxième est l’amour de l’prochain malgré le mal qui est en lui ; vient maintenant la troisième étape : juger autrui favorablement et, par là même, être soi-même jugé favorablement devant le tribunal céleste.
La correction du défaut
La quatrième et dernière étape de cette merveilleuse construction constitue déjà la correction de ce défaut présent en moi et chez mon prochain. Le verset dit : « Tu ne verras pas l’âne de ton frère ou son bœuf égarés sur le chemin et tu t’en détourneras ; tu les ramèneras assurément à ton frère » (Deutéronome 22,1). Le Ba'al Hatoldot Ya'akov Yossef, disciple du Ba'al Chem Tov, explique que ce verset contient un enseignement pour le service de D.ieu. Lorsqu’un homme rencontre l’âne de son prochain, c’est-à-dire la matérialité de son prochain, le simple fait de cette rencontre indique que ce point existe également en lui. Dans ce cas, explique l’auteur du Toldot, il est interdit à l’homme de l’ignorer et de dire que ce défaut n’existe que chez son prochain. Il lui est au contraire ordonné : « Ramène ! » C’est-à-dire : reviens par le repentir sur le défaut qui se trouve en toi-même ; ainsi le défaut sera également corrigé chez ton prochain, accomplissant ainsi la fin du verset : « Tu les ramèneras à ton frère. »
Ailleurs, le Ba'al Chem Tov nous conduit dans une autre direction pour comprendre cette question. L’homme doit vivre avec la conscience que tout ce qui lui arrive et tout ce qu’il traverse est dirigé par D.ieu, et il doit prêter attention à ce que D.ieu lui dit. Il doit savoir que même si quelque chose le dérange pendant l’étude de la Torah ou la prière, cela vient de D.ieu et a une raison d’être. Peut-être que le Saint Béni soit-Il veut l’éveiller et le renforcer dans un certain domaine, ou bien le pousser à étudier la Torah avec plus d’attachement ou à prier avec davantage d’intention. Si l’on t’a dérangé au milieu de la prière, ce n’est pas pour rien : il y a là un message venu du Ciel.
Ainsi, le Ba'al Chem Tov nous enseigne que toute chose que tu vois, qui attire ton attention et laisse une impression en toi, est là pour te permettre de grandir et de t’élever.
Conclusion
Nous avons donc appris que lorsque je vois un défaut chez mon prochain, c’est en réalité un signe du Saint Béni soit-Il destiné à m’éveiller afin que je comprenne comment je vis avec les défauts qui existent en moi et pourquoi leur présence ne perturbe pas le cours habituel de ma vie.
La suite de cette réflexion consiste à distinguer les parties mauvaises de moi-même des parties bonnes, et à approfondir la compréhension que je hais le mal en moi tout en aimant le bien.
L’étape suivante est l’adoucissement du regard porté sur autrui : l’aimer pour ses bons côtés et le juger favorablement exactement comme je me jugerais moi-même dans le même cas. Cette étape comporte une récompense supplémentaire : en jugeant favorablement mon prochain, j’éveille également la miséricorde envers moi-même, et l’on me juge ainsi favorablement.
Bien entendu, la correction de mes défauts vient par le travail personnel accompli dans ce processus. Mais la cerise sur le gâteau est la correction des défauts de mon prochain qui découle de ma propre correction personnelle. La réciprocité entre mon prochain et moi ne réside pas seulement dans l’identification de mes défauts, mais aussi dans leur correction mutuelle. Puisque l’homme est un microcosme et que tout ce qui existe en lui existe dans le monde entier, et inversement, l’homme exerce une grande influence sur le monde entier, et pas seulement sur son entourage immédiat. Par son travail personnel dans le repentir Concernant ses propres défauts, le monde entier se trouve alors corrigé et perfectionné grâce à lui.
En pratique
En pratique, lorsqu’une personne est confrontée à un défaut qu’elle perçoit chez son prochain, elle doit se poser plusieurs questions :
Qu’est-ce qui me dérange chez mon prochain ?
Qu’y a-t-il de bon en lui ? Qu’y a-t-il de négatif ?
Où ce défaut existe-t-il en moi, et pourquoi suis-je capable de me pardonner à moi-même ?
Ensuite vient le travail personnel sur ce défaut, accompagné bien entendu d’une prière profonde pour parvenir à le réparer.
Meir Shorek




