Voici un récit extraordinaire que raconte Rabbi Avraham Ganova’hsky (il débutait toujours en disant que l’histoire qu’il allait raconter était impressionnante) :

C’est l’histoire d’un juif qui était particulièrement très coléreux, ce qui nuisait beaucoup à sa vie, comme il est écrit dans le Talmud, traité Pessah’im (113b) : "La vie des coléreux n’est pas une vie". A cause de sa colère, on ne le supportait plus, ni dans sa famille, ni auprès de ses amis, et il ne savait pas comment se défaire de cette grave maladie dont il était atteint.

C’est alors que ce juif se rendit auprès de notre grand maitre le Steipeler pour lui décrire sa grande tristesse et son désespoir. Le Steipeler l’interrogea pour savoir de quelle manière il avait essayé de travailler sur sa colère : "J’ai essayé tous les conseils du monde et rien ne marche", dit-il.

C’est alors que le Steipeler lui dit qu’il avait un conseil pour le guérir, mais ceci à condition que l’homme contemple durant cinq minutes le visage du Steipeler sans interruption et sans distraction.

L’homme accepta avec joie.

Et voici que le Steipeler, de son doux et saint visage, commence à faire des grimaces diverses et variées : un œil en haut, un œil en bas, puis d’un coup, il prit un air maussade, puis son visage s’emplit de colère. Et ainsi, il changea à maintes reprises son saint visage par des attitudes des plus variées. Et cet homme se tenait immobile devant ce spectacle bizarre, mais puisqu’il avait accepté de regarder le visage du Rav sans réagir pendant 5 minutes, ce fut pour lui une situation invraisemblable.

5 minutes plus tard, le Rav repris son visage normal et dit au monsieur : "Voici à quoi ressemble un homme en colère" (Le Rav voulait lui montrer son propre visage comme dans un miroir).

Ce juif raconta que cette épisode l’accompagnait toute sa vie, et lorsqu’il voulait se mettre en colère, il se souvenaitt de suite du visage du Rav et se calmait.

En relation directe avec cette histoire, il est bien de ramener l’explication du Steipeler sur le verset suivant : « Aharon étendit sa main sur les eaux égyptiennes, et la grenouille sortit… » (Chemot 8,2). Rachi nous explique qu’il n’y avait qu’une seule grenouille, et les égyptiens l’ont frappée et ont jailli alors de nombreuses grenouilles.

Il  est étonnant que les égyptiens, ayant vu qu’en frappant une fois la grenouille, de nombreuses grenouilles en sortirent, n’ont pas cessé de la frapper. Ils avaient le choix d’arrêter de la frapper !

Le Steipeler nous explique que cette histoire nous apprend beaucoup sur la colère. Au moment où les égyptiens ont constaté que les coups démultipliaient les grenouilles, la logique aurait voulue qu’ils cessent immédiatement de frapper, mais la colère provoqua au contraire de vouloir la frapper encore et encore pour se venger et qu’elle cesse de se démultiplier… Ainsi, à chaque coup de bâton, elle se démultipliait de plus en plus, et leur colère grandissait en eux, au point que la terre d’Egypte était recouverte de grenouilles.

Ainsi est l’attitude des coléreux et des querelleurs. La colère obstrue l’intelligence. Dans le feu de l’action, on ne peut pas s’arrêter de réfléchir, on trépigne, on brûle, bien que les coups de bâton nous font souffrir deux fois plus.

On peut comprendre de cette explication qu’il vaut mieux se retenir et ne pas répondre malgré la honte, afin que la dispute cesse petit à petit, plutôt que de déclarer une guerre ouverte et de rajouter de l’huile sur le feu de la colère et de la discorde !