Un merveilleux exemple de la sensibilité du Rav Chakh est relaté par le Rav Mordékhaï Uzband. Au bureau de la Yéchiva, travaillait un Juif âgé, appelé Rav Tsvi. Il avait déjà un âge vénérable, pas loin de celui du Rav Chakh. Chaque jour, ils se rencontraient sur l’esplanade de « Chaaré Yocher » à l’entrée de la Yéchiva de Poniowitz. A l’issue de la prière, le Rav Chakh descendait les escaliers, où l’attendait déjà le Rav Tsvi, dont le rôle était de lui remettre les lettres personnelles du Rav envoyées des quatre coins du globe.

Certaines lettres, provenant du monde entier, n’avaient pas d’adresse bien définie, et étaient adressées à « Rav Chakh - Israël », et transmises régulièrement par les employés de la poste aux bureaux de la Yéchiva, et l’un des rôles de Rav Tsvi consistait à remettre les lettres au Rav, chaque jour.

Ces rencontres matinales quotidiennes auraient pu cesser, si le Rav Tsvi, dont les signes de l’âge commençaient à se manifester, mettait à exécution son plan de quitter son poste.

Ses amis, collègues, et un grand nombre d’autres personnes tentèrent de le persuader qu’il n’était pas recommandé de quitter un tel emploi, plein de satisfaction, pour demeurer entre quatre murs où l’on n’entendait pas le moindre bruit, mais l’homme se boucha les oreilles. Il semblait qu’il était déterminé à quitter son emploi.

Le projet de Rav Tsvi était sur le point de se concrétiser lorsque le Rav Chakh intervint. Avec sagesse et discernement, il s’adressa à lui un jour lorsqu’ils se rencontrèrent au rez-de chaussée. « Qu’est-ce que j’ai appris, tu t’apprêtes à nous quitter ? », commença le Rav Chakh et poursuivit de suite : « Je vais te dire la vérité… moi aussi, j’ai pensé plus d’une fois quitter… je suis comme toi, très âgé… mes forces ne sont plus les mêmes qu’autrefois… mais alors j’ai pensé : "Qu’adviendra-t-il ? Qui me rendra visite ? Je vais rester seul chez moi, à m’ennuyer, dans une maison vide, sans amis… je n’aurai personne avec qui échanger un mot, et ce ne sera pas du tout agréable !" Réflexion faite, j’ai compris que c’était une erreur. J’ai compris que je devais rester à la Yéchiva. Rav Tsvi, écoute-moi : reste aussi à la Yéchiva ! Ce sera mieux pour toi, exactement comme pour moi ! »

Et c’est ainsi que Rav Tsvi resta à son poste. Dans sa sagesse, le Rav Chakh était parvenu à lui faire passer un message positif, qui relevait son estime de soi, et le conduisit, malgré tout, à prendre la bonne décision.

Si le Rav Chakh lui avait expliqué directement qu’un homme tel que lui pourrait se retrouver sans occupation, déprimé après avoir quitté son emploi - ces propos n’auraient sans doute pas eu l’effet escompté, mais après s’être comparé à lui, et lui avoir expliqué qu’il ne présentait pas d’arguments à la légère - après les avoir bien pesés par rapport à sa propre situation -, ses propos trouvèrent une oreille attentive, et eurent l’effet escompté.

Il est important de préciser que, chaque matin, après la prière du matin, lorsque Rav Tsvi attendait le Rav Chakh au pied des escaliers pour lui transmettre le paquet de lettres arrivées à la Yéchiva, le Rav Chakh s’arrêtait pour échanger quelques mots avec lui, et parfois teintait ses propos de Torah, et tout ceci, dans le but de mettre ce Juif de bonne humeur !

Tous les élèves de la Yéchiva apprirent ainsi que même si un homme a la tête au ciel, et que toutes ses pensées sont dirigées vers la Torah et la crainte divine, il peut trouver du temps pour les choses les plus infimes, comme donner à un Juif simple le sentiment qu’il est son meilleur ami !

« J’aimerais te raconter quelque chose, dit le Rav Chakh à la petite fille, moi aussi je suis un Guer Tsédek »

Autre exemple de la noblesse des Midot du Rav Chakh dans l’histoire suivante :

Cette histoire s’est déroulée dans la famille d’un Guer Tsédek, un converti venu s’installer en Israël depuis les Etats-Unis, et dont la fille souffrait constamment de brimades en raison de son origine. Même après leur arrivée en Israël, le secret de leur origine fut dévoilé, et l’histoire se répéta : à l’école, des petites filles commencèrent à se moquer de la petite, qui, à un moment donné, annonça sur un ton résolu qu’elle n’irait plus à l’école.

A un moment donné, quelqu’un suggéra aux parents désemparés de se tourner avec leur fille vers le Rav Chakh. Il pourrait peut-être s’adresser au cœur de la petite et la faire changer d’avis. Les parents acceptèrent, et une fois l’accord du Rav Chakh obtenu, ils se présentèrent avec leur fille chez lui.

Lorsque la petite fille entra dans le bureau du Rav, toute émue, il s’adressa à elle sur un ton empreint de douceur : « Ma fille, sais-tu qui je suis ? » « Oui, répondit la petite fille, le Rav Chakh ! » Le géant de la génération lui répondit alors : « C’est juste. Mais j’aimerais te raconter quelque chose. Tu sais, moi aussi je suis un Guer, un converti ! »

« Vous êtes Guer ? », s’étonna la fillette, alors que le Rav Chakh opinait de la tête, il prit un ‘Houmach de la bibliothèque, et présenta à la petite fille le verset (Dévarim 10, 19) : « Vous aimerez l’étranger, car vous étiez étrangers en pays d’Egypte ». « Tu vois, poursuivit le Rav Chakh, tous les Juifs sont des Guérim, et moi, parmi eux ! »

Ces propos firent leur effet béni, et la fillette retourna sur les bancs de l’école. Nous pouvons apprendre un message important de la manière dont le Rav Chakh choisit d’encourager la petite fille : il ne tenta pas de lui expliquer qu’elle devait faire abstraction des brimades constantes de ses camarades de classe, il ne tenta pas non plus de lui faire comprendre qu’elle n’avait pas de difficultés, il fit une chose : il releva son estime d’elle-même ! Il lui enseigna qu’elle ne valait pas moins que ses camarades !

Une autre histoire de ce genre a eu lieu avec un orphelin brisé, venu chercher une consolation auprès du Rav Chakh. Le Rav, qui endossait la souffrance de tout Juif, s’adressa gentiment au jeune orphelin :

« Regarde, mon enfant, dans mon enfance, j’ai vécu tant de souffrances et de malheurs ! J’ai passé toutes les années de mon enfance loin de chez moi, dans le dénuement et le manque, et je n’avais même pas de quoi me nourrir ! Et à présent, tu le vois toi-même ! J’ai un grand appartement, et même une voiture ! »

Il ne fait aucun doute que ni le vaste appartement, ni la belle voiture n’occupaient une quelconque place chez le Rav Chakh. Ils ne lui apportaient aucune espèce de bonheur, mais il savait très bien que, pour encourager l’enfant orphelin, il fallait parler en employant les notions qui lui étaient familières.

S’il lui avait dit que les orphelins sont nombreux, et que tous s’en sortent très bien, l’enfant serait certainement sorti de chez le Rav d’humeur sombre. Mais le Rav, grâce sa finesse et sa sensibilité, savait trouver les mots justes…

Il accordait de l’importance aux difficultés d’autrui et donnait même le sentiment que lui, qui avait traversé des malheurs et des privations dans son enfance, pouvait comprendre le cœur de son interlocuteur… Il sut même insuffler de l’espoir à l’orphelin pour une fin meilleure - en ayant recours à ses notions actuelles, et il réussit. L’orphelin quitta le bureau du Rav Chakh, rasséréné et renforcé, et un sourire qu’on n’avait plus vu depuis longtemps sur ses lèvres, se dessina sur son visage.